‹ Correspondance, entretiens, documentsChapitre 18 sur 500 · Mot turc · texte numérisé non relu

Mot turc

et après tout me commanda de chanter louanges à mon Dieu. Le ressouvenir du QuomocLo cantabimus in terra aliéna des enfants d’Israël captifs en Babylone me fit commencer, avec la larme à l’œil, le psaume Super jlumina Babylonis et puis le Salve , Regina , et plusieurs autres choses ; en quoi elle prit autant de plaisir que la merveille en fut grande. Elle ne manqua point de dire à son mari, le soir, qu’il avait eu tort de quitter sa religion, qu’elle estimait extrêmement bonne, pour un récit que je lui avais fait de notre Dieu et quelques louanges que je lui avais chantées en sa présence ; en quoi, disait-elle, elle avait un si divin plaisir qu’elle ne croyait point que le paradis de ses pères et celui qu’elle espérait fût si glorieux, ni accompagné de tant de joie que le plaisir qu’elle avait pendant que je louais mon Dieu, concluant qu’il y avait quelque merveille.

Cet autre Caïphe ou an, esse de Balaam ht, par ses discours, que son mari me dit dès le lendemain qu’il ne tenait qu’à commodité que nous ne nous sauvassions en France28, mais qu’il y donnerait tel remède, dans peu de temps, que Dieu y serait loue. Ce peu de jours furent dix mois qu’il m’entretint en ces vaines, mais à la fin exécutées espérances, au bout desquels nous nous sauvâmes avec un petit esquif et nous rendîmes, le vingt-huitième de juin , à Aigues-Mortes 29 et tôt après en Avignon, où Monseigneur le vice-légat 30 reçut publi-

28. Il était impossible de fuir par terre, la régence, de Tunis étant entourée de déserts infestés de bêtes fauves. Par mer, la fuite était périlleuse, vu la surveillance continuelle que l’on exerçait sur les côtes. Les renégats en fuite, quand ils étaient repris, payaient de leur vie leur tentative audacieuse.

29. Petite ville du Gard placée sur les bords d’un grand étang, à près de deux lieues de la mer, à laquelle elle est reliée par un canal construit sous Louis XV.

30. Pierre-François Montorio, né en mars 1558 à Narni, évêque de Nicastro en 1593, vice-légat d’Avignon en 1604, nonce à Cologne en 1621, mort à Rome en juin 1643.

quement le renégat, avec la larme à l’œil et le sanglot au gosier, dans l’église de Saint-Pierre, à l’honneur de Dieu et édification des spectateurs. Mondit seigneur nous a retenus tous deux pour nous mener à Rome, où il s’en va tout aussitôt que son successeur à la trienne31, qu’il acheva le jour de la saint Jean, sera venu 32. Il a promis au pénitent de le faire entrer à l’austère couvent des Fate ben fratelli 33, où il s’est voué34, et à moi de me faire pourvoir de quelque bon bénéfice. Il me fait cet honneur de me fort aimer et caresser, pour quelques secrets d’alchimie que je lui ai appris, desquels il fait plus d’état, dit-il, que si io li avesse datto un monte di oro 35, parce qu’il y a travaillé tout le temps de sa vie et qu’il ne respire autre contentement. Mon dit seigneur, sachant comme je suis homme d’église, m’a commandé d’envoyer quérir les lettres de mes ordres, m’assurant de me faire du bien et très bien pourvoir de bénéfice. J’étais en peine pour trouver homme affidé pour ce faire, quand un mien ami, de la maison de mondit seigneur, m’adressa Monsieur Canterelle, présent porteur, qui s’en allait à Toulouse, lequel j’ai prié de prendre la peine de donner un coup d’éperon jusques à Dax pour vous aller rendre la présente et recevoir mesdites lettres avec celles que j’obtins à Toulouse de bachelier en théologie 36, que je vous supplie

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