‹ Correspondance, entretiens, documentsChapitre 209 sur 500 · A FRANÇOIS DU GOUDRAY Monsieur · texte numérisé non relu

A FRANÇOIS DU GOUDRAY Monsieur

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai reçu la vôtre, du huitième octobre, si me semble, par laquelle [vous] me mandez ce que Monsieur Le Bret vous a dit que dom Le Bret, son cousin, lui mande touchant votre retour. Or il faut que je vous die devant Dieu, en la présence duquel je parle, que je ne sais ce que c’est, que je n’ai point dit aucune parole à dom Le Bret, que je sache, qui lui ait donné sujet d’écrire cela, ni rien approchant ; mais que peut-être cela vient de ce qu’on lui a mandé de delà que vous n’aviez plus à faire à Rome et que vous aviez dit que vous deviez partir dans quinze jours. Voilà tout ce que je sais de cela par la conjecture de ce que je vous dis ; car ce bon Père ne m’a rien dit de ce qu’il a écrit.

Quant à ce que vous dites qu’il vous a dit, et devant, de choses dans le même esprit, je vous dirai que, parlant à ce bon Père de nos affaires de Rome, pource que Monsieur Le Bret lui écrit tout ce qui se fait, parlant, dis-je, de notre séjour à Ferrare, je lui témoignai la peine en laquelle j’étais pour cela, sans lui avoir dit autre chose que ce que je pourrais dire en votre présence, sans vous donner sujet d’aucune peine, et qu’il est vrai que ce bon Père, par le zèle qu’il a pour nous, qui est tel que je doute fort que je l’aie si grand pour îa Mission que lui, il me dit qu’il voulait écrire à Monsieur son cousin qu’il levât les bulles en votre absence. Or, comme il me dit cela d’un plein abord, je n’y lis pas

Lettre 188.

Recueil du procès de béatification.

tant d’attention ; mais, ayant repassé cela dans mon esprit, je le fus trouver exprès pour le prier de n’en rien faire, pource que j’avais peur que cela ne vous fît peine, et que je voyais qu’il était expédient que cela se fît par vous. Et néanmoins j’ai su, après, qu’il en avait écrit quelque chose, dont je fus extrêmement fâché.

Voilà, Monsieur, tout ce que je puis dire touchant cela, avec toute la liberté et simplicité qu’il m’est possible. Et n’ayez pas pourtant opinion que ce bon Père ait de vous aucun sentiment que très bon, Dieu merci, et plein d’estime et d’affection, et certes avec sujet. C’est pourquoi je vous supplie très humblement de ne pas donner lieu à aucune pensée contraire à ce que je vous dis, et d’éloigner de vous celles que je vois par la vôtre que vous avez faites de moi et de ce bon Père. Vous savez que la bonté de votre cœur m’a donné, Dieu merci, la liberté de vous parler avec toute confiance et sans vous rien celer ni déguiser ; et me semble que vous avez cru connaître cela jusques à présent par mon procédé avec vous. Jésus, mon Dieu ! serais-je réduit à ce malheur qu’il me fallût faire ou dire quelque chose à votre égard contre la sainte simplicité ! Oh ! Dieu m’en garde, Monsieur, et à l’égard de qui que ce soit ! C’est la vertu que j’aime le plus et à laquelle je fais plus d’attention dans mes actions, si me semble ; et, s’il m’est loisible de le dire, je dirai que cela se fait avec quelque progrès, par la miséricorde de Dieu.

Au nom de Dieu, mon petit Père, rejetez ces pensées comme des tentations que l’esprit malin vous jette dans le vôtre et croyez que mon cœur n’est pas tant le mien que le vôtre, et que vous m’êtes plus que je ne me suis à moi-même à plaisir et consolation, et que c’est cela qui me fait espérer votre retour ; mais je ne désire pas que ce soit pendant le fort de l’hiver et en ce danger,

mais en la manière dont je vous ai écrit par ma dernière, qui est à dire vers le mois de février ou de mars, si ce n’est que vous vous mettiez sur les galères de France qui doivent apporter le cardinal de Lyon 1 à Rome, qui doit partir vers les avents, auquel cas il serait bon ou de prier Monsieur Gilioli de vous aller trouver à Rome, ou de l’aller prendre pour aller attendre les galères à Livourne, qui est le port de mer de Florence.

Je ne vous dis rien de l’affaire de Saint-Lazare, pource que je vous ai déjà mandé que je vous priais de faire signer la supplique par le Pape pour mettre la chose en état d’être faite d’ici à cinquante ans, comme vous nous mandez ; et si la chose se pouvait expédier à quelque bon compte, il faudrait y entendre.

Or sus, voilà donc, Monsieur, tout ce que je vous dirai pour le présent de moi, sinon que je vous salue avec toute la tendresse de mon cœur et que je vous prie d’avoir soin de votre santé, qui suis, en l’amour de Notre- Seigneur, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.

De Saint-Lazare, ce 6 novembre 1634.

Suscription : A Monsieur Monsieur du Coudray, prêtre de la Mission, à Rome.

1. Alphonse de Richelieu, frère du cardinal-ministre. Il allait à Rome prêter main forte à l’ambassadeur ordinaire Henri de Noailles, pour obtenir du Pape l’annulation du mariage que Gaston d’Orléans venait de contracter avec Marguerite de Lorraine. La lenteur des négociations finit par impatienter le ministre de Louis XIII, qui écrivait le 3 octobre 1635 : « Il serait important que le roi envoyât à Rome quelque personne de condition en qualité d’ambassadeur extraordinaire qui fût de son naturel agissant plus violemment que M. de Noailles et que le cardinal de Lyon. » ( Lettres , instructio?is diplomatiques et papiers d'Etat du cardinal de Richelieu , Paris, 1853- 1877, 8 vol. in-4, t. IV, p. 307.)

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