A JEAN DE FONTENEIL
Monsieur,
7 décembre 1634.
La grâce de N.-S. soit avec vous pour jamais !
M. de la Salle m’a écrit par plusieurs fois l’affection que N.-S. vous a donnée pour notre petite manière de vie et pour lui et pour M. Brunet, et celle avec laquelle vous travaillez au salut du pauvre peuple et pour nous aux occasions 2. Or, de tout cela, Monsieur, je vous en remercie très humblement et prie N.-S. qu’il soit lui-même votre remerciement et votre récompense et qu’il répande sur vous de plus en plus l’abondance de ses grâces et bénédictions.
O Monsieur, que mon cœur est rempli de consolation toutes les fois que ledit sieur de la Salle m’écrit votre
Lettre 189. — Reg. G f° 14 v°. Le copiste note que l’original était de l’écriture de saint Vincent.
1. Jean de Fonteneil, né à Bordeaux vers 1605, fut l’ami et l’imitateur de saint Vincent. Ses grandes qualités lui firent obtenir les plus hautes dignités du diocèse ; il fut nommé chanoine de Saint-Seurin en juillet 1623, vicaire général archiépiscopal particulier le Ier novembre 1639, vicaire perpétuel de l’église paroissiale de Sainte-Colombe, puis de Saint-Siméon, à Bordeaux, grand archidiacre, chancelier de l’Université de Bordeaux en 1650, vicaire général du diocèse le 10 septembre 1655. Convaincu, comme son ami saint Vincent, du grand bien qu’étaient appelés à faire les séminaires, les missions, les retraites et les réunions hebdomadaires d’ecclésiastiques pour conférer ensemble sur des questions de théologie, de discipline ou de piété, il fonda à cet effet la congrégation des Missionnaires du clergé, qui dirigea le séminaire des ordinands de Bordeaux, les séminaires d’Aire et de Sarlat et fut mise en possession de la chapelle de Notre- Dame-de-Montuzet, des cures de Saint-Louis-du-Marais et de Saint- Simon-Cardonnat (Gironde). Cette congrégation dura peu. Elle ne survécut que trois ans à son fondateur, qui mourut à Bordeaux le 2 mars 1679. (Cf. Bertrand, Histoire des séminaires de Bordeaux et de Bazas, Bordeaux, 1894, 3 vol., t. I, p. 207 et suiv.)
2. Il n’y avait pas longtemps que Messieurs de la Salle et Brunet travaillaient dans le diocèse de Bordeaux, car le pouvoir d’y prêcher et d’y confesser leur avait été donné le 21 octobre précédent. (Bertrand, ibid.t p. 215.)
zèle au salut des âmes, votre assiduité à la conquête d’icelles, la bénédiction que NcS. vous y donne et la vertu solide qui est en vous ! Certes, Monsieur, tout cela produit en moi une joie que je ne vous puis exprimer et une affection toute particulière à prier Dieu qu’il lui plaise vous continuer et vous augmenter les mêmes grâces.
C’est là, Monsieur, la récompense que vous attendez de nous pour tant et tant d’actes de charité que vous exercez incessamment pour nous de delà, j’y ajoute l’offre que je vous fais, Monsieur, de la petite compagnie et de son service, avec toute l’affection et l’humilité qui m’est possible, et le mien particulièrement, qui me donne la confiance de me recommander à vos saintes prières et qui suis, en l’amour de N.-S., Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Vincent Depaul.