A ANTOINE PORTAIL, PRÊTRE DE LA MISSION
A PÉBRAG
Paris, le 15 août 1636.
Tant s’en faut qu’il soit expédient de rappeler ici le
Lettre 231. — Manuscrit Saint-Paul, p. 68.
1. Cette lettre et la lettre 232 sont du même jour, ou peu s’en faut.
2. La nouvelle que les Espagnols, maîtres de quelques places fortes en Picardie, étaient entrés à Corbie le 5 août, avait jeté l’épouvante parmi les populations menacées. Les habitants des campagnes se réfugièrent dans les villes avec leurs meubles ; les religieux et les religieuses sortirent de leurs monastères. Paris reçut quantité de malheureux partis précipitamment de chez eux et dont la misère faisait pitié. Le roi se hâta de préparer une nouvelle armée et de mettre la capitale en état de défense. Il partit lui-même en Picardie à la tête de ses soldats et reprit en peu de temps les places perdues. Corbie se rendit le 14 novembre ; le 21, Louis XIII entrait dans Paris en triomphateur.
Lettre 232. — Reg. 2, p. 221.
frère [Philippe] h que, s'il y était, il faudrait l’envoyer ailleurs, pource que Paris attend le siège des Espagnols qui sont entrés en la Picardie et la ravagent avec une puissante armée, dont l’avant-garde s’étend jusqu’à io ou 12 lieues d’ici, de sorte que le plat pays s’enfuit à Paris ; et Paris est si épouvanté que plusieurs s’enfuient en d’autres villes. Le roi tâche néanmoins de dresser une armée pour s’opposer à celle-là, les siennes étant, hors ou aux extrémités du royaume ; et le lieu où se dressent et s’arment les compagnies, c’est céans, où l’étable, le bûcher, les salles et le cloître sont pleins d’armes, et les cours de gens de guerre. Ce jour de l’Assomption n’est pas exempt de cet embarras tumultueux. Le tambour commence à y battre, quoiqu’il ne soit que sept heures du matin, de sorte que, depuis huit jours, il s’est dressé céans 72 compagnies. Or, quoique cela soit ainsi, toute notre compagnie ne laisse pas de faire sa retraite, trois ou quatre exceptés, mais pour partir et s’en aller travailler aux lieux éloignés, afin que, si le siège vient, la plupart soient exempts de la risque qui se court en cas pareil. J’écris à M. l’abbé1 2 que je pourrai lui envoyer quatre ou cinq prêtres de la compagnie et lui demande la charité pour cela. J’en enverrai une autre partie à Messeigneurs d’Arles et de Cahors, et j’espère les faire partir au plus tôt, avant que les affaires se brouillent davantage. J’ai eu ordre d’en user de la sorte par notre supérieur 3, lequel nos amis approuvent, puisqu’ils ne sauraient s’employer en ces quartiers, émus pour le présent. Or, jugez et faites juger de là à ce bon frère s’il est expédient qu’il revienne.
Je suis.de votre avis, et m’en suis toujours douté, qu’il a la nature paresseuse et qu’il est tenté du démon de