A Saint-Lazare
[Entre 1634 et 1639 * 1-J
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J'ai une affliction sensible de ce que je ne vous puis aller voir, à cause du monde que nous avons et d'autres que j’attends. Je vous supplie de m'en excuser et de ne vous pas laisser aller à la douleur ; c’est le bon plaisir de Dieu, que vous aimez tant. O Dieu ! quel motif que celui du plaisir de Dieu ! Et quel motif encore que celui de penser que cette bonne fille jouit à présent du bonheur de sa gloire ! Enfoncez-vous là dedans, Mademoiselle, et n'en sortez pas, je vous en supplie.
Je vous enverrai quatre prêtres pour assister à l’office et tâcherai de voir Madame Goussault et de lui dire la chose en la manière que vous me marquez. J’espère demain, Dieu aidant, de vous allez voir, le matin. Vous me consoleriez fort si vous vouliez vous mettre en repos dans votre lit pendant ces deux jours.
Bon jour, Mademoiselle. Je suis votre très humble serviteur.
Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.
Lettre 230. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1. Cette lettre a été écrite entre l’institution des Filles de la Charité de la mort de Madame Goussault.
Mademoiselle,
[Août 1636 L]
Me voici de retour en meilleure disposition, Dieu merci ; mais nous voici dans les armes qu’on distribue céans aux soldats * 1 2. Si l’on amène ces pauvres filles de Liancourt, je ne vois point d’inconvénient que vous les receviez chez vous en attendant, et cette bonne veuve pour la dresser ; après cela, Madame de Liancourt les pourra placer ailleurs. Cela me paraît mieux ; qu’en pensez-vous ?
Je ne réponds rien à la plainte que vous me faites touchant mon voyage et mon séjour à La Chapelle sans vous voir ; mais je recours pour la seconde fois à votre charité et espère qu’elle n’attendra pas la troisième pour me le pardonner. J’espère que nous aurons l’honneur de vous voir dans deux ou trois jours et suis cependant, en l’amour de Notre-Seigneur...