A AMIENS
Novembre 1636.
Tous nos malades sont hors de fièvre, et depuis, par la grâce de Dieu, il n’est point arrivé céans aucun accident ; et chacun se porte bien en quatre endroits où se fait la mission, et ici aussi, de sorte qu’il y a apparence que Notre-Seigneur aura pitié de cette petite compagnie, par l’intercession de la sainte Vierge, que nous avons envoyé visiter à cet effet par M. Boudet, à Chartres. Tout est néanmoins dans l’ordre de la Providence, laquelle aura peut-être agréable d’en disposer autrement. Son saint nom soit béni ! Il est le maître et fait tout pour le mieux. Laissons-lui conduire le tout* 1.
Je vous ai voulu dire ceci avant toutes choses, pource que je crois que c’est la chose du monde qui vous peut le plus contenter ; et je vous avoue que ce que vous me dites par votre lettre m’a fait voir clairement la part que votre cœur a prise à cet accident; et me semble que je n’ai jamais mieux connu les profondes racines que la charité envers les personnes du corps a jetées en vous, qu’en cette occasion, et ne vous puis exprimer combien cela m’a attendri.
Or sus, béni soit Dieu de tout et de ce qu’il s’est voulu rendre le ciment qui vous a lié plus étroitement à la compagnie, et par elle à lui ! Je le remercie de tout mon cœur des emplois qu’il vous donne et de la manière que je me persuade que vous vous en acquittez, et notam-
vaient à l’Hôtel-Dieu le logement et la nourriture. (Cf. Abelly, oÿ. cit., t. I, chap. xxix, p. 139 ; Alexis Chevalier, U Hôtel-Dieu de Taris et les Sœurs Augustines , Paris, 1901, p. 320, in-8. )
Lettre 249. — Reg. 2, p. 276.
1. La peste s’était déclarée à Saint-Lazare dans le courant d’octo-' bre. (Cf. lettre 247.)
ment de la façon que vous prenez l’affaire de ces bonnes religieuses réformables et qui pourront être en effet réformées par le conseil et par l’ordre que Monseigneur le cardinal 2 a établis pour cela à Paris. Je vous en dirai seulement ce mot, que nous devons, en cas pareil, nous contenter de proposer le bien à faire à ceux dont il dépend, sans se persuader que, pource qu’on l’a entrepris, il le faut faire réussir. Les bons anges se contentent de proposer et laissent le reste à faire à Dieu et aux personnes qui leur sont commises.
Je salue M. Grenu et vous aussi avec toute la tendresse qui m’est possible...
Comment vous portez-vous, Mademoiselle, de votre peine du matin ? Désirez-vous envoyer visiter Monsieur votre fils ? Si cela est, je vous enverrai un homme à ce soir ; mandez-moi votre volonté cependant tout simplement, je vous en prie, et conciliez-vous le plus de gaieté qui vous sera possible en union de celle de la sainte Vierge en cas pareil.
Monsieur votre fils se porte bien, comme j’espère, et moi je suis votre serviteur et vous irai voir si le présent porteur ne me dit que vous vous portez bien. Adieu donc, Mademoiselle ; soyez bien gaie en Notre-Seigneur.
Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.