‹ Correspondance, entretiens, documentsChapitre 290 sur 500 · SAINTE CHANTAL A SAINT VINCENT · texte numérisé non relu

SAINTE CHANTAL A SAINT VINCENT

[ Décembre 1636 * 1 2.]

Mon très honoré et cher Père ,

Je supplie le divin enfant de Bethléem de faire abonder votre âme en grâces et des bénédictions de sa sainte nativité. Il y a longtemps que je ne me suis donné l'honneur de vous écrire. J e ne crains pas toutefois que vous m' oubliiez devant Dieu et vous conjure de me donner une de vos messes } car je suis

Lettre 257. — Les Epistres spirituelles de la Mère Jeanne Erançoise Frémiot , baronne de Chantal , Lyon, 1666, in-8, p. 185, lettre

1. L’éditeur donne comme destinataire « un père de religion » ; c’est, à n’en pas douter, le supérieur des monastères de Paris, saint Vincent de Paul.

2. La première phrase de la lettre indique nettement l’époque de l’année ; le mot sur le récent séjour de sainte Chantal à Paris limite le choix aux années 1628 ou 1636 ; le passage relatif au Visiteur donne plus de poids à la seconde hypothèse, car la question ne se posait pas encore en 1628.

'pauvre à V extrémité. Cette vie yne serait pesante si je n y voyais le bon plaisir de Dieu , qui me suffit pour toute consolation. C'est ce que je puis dire de moi , mon cher Père , n en sachant que dire autre.

Notre chère sœur la supérieure du faubourg Saint-/ acques de Paris 3 m'a communiqué V avis qu'il vous a plu nous donner au sujet de notre union 4. Il est bon et solide , mais je n ai su néanmoins y joindre mon cœur ; ce que je vous dis avec cette franchise , parce que votre bonté m'en a donné la confiance. Notre esprit ne saurait supporter nulle autorité sur nous que celle de mes seigneurs nos prélats , ni nul secret contre eux. Il faut, si nous voulons avoir nos esprits en repos, que nous y traitions avec une entière confiance et simplicité , autrement nous ne serons plus filles de notre bienheureux Père , qui nous a laissé cette affection gravée dans nos cœurs ; outre que nous avons un certain goût et révérence qui nous porte à nos supérieurs ; ce qui ne peut procéder que de sa grâce et qui me fait espérer de grandes bénédictions par cette voie-là. Ce si pourquoi , mon très cher Père , voyant tous les moyens d'union que V on nous propose , heurter en certaine manière cette autorité, nous ne saurions en accepter pas un ; et j'ai cette confiance que Dieu fera ce qui ne se peut faire par formalités ni prudence humaine. Jusques ici sa Providence nous a conduites et maintenues dans une parfaite union et conformité ; j' espère qu elle nous y fera persévérer par les mêmes moyens ; et notre lien de la sainte charité aura plus d'efficace et de force en sa douceur et sainte liberté que toutes les lois et obligations que l'on pourrait établir. Voilà mon sentiment , mon Révérend Père , qui est tout conforme à celui dans lequel notre bienheureux Père est parti de cette vie. Dites-moi si je ne dois pas demeurer en paix là-dessus. J'écris à nos sœurs sur cela et les exhorte, en la meilleure façon que je puis } à persévérer en la voie oit Dieu les a mises, et de conserver par ci-àprès leurs esprits en union et conformité , par les mêmes moyens qu'elles ont

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