Pierre Colombet
Lettre 261. — L. a. — Original à la Visitation d’Amiens, aujourd’hui transférée à Tournay.
1. Assistante et directrice à la Visitation d’Angers. Sœur Marie- Euphrosine Turpin, née à Paris en 1605, quitta le monde à dix-neuf ans, malgré l’opposition de son père, pour s’enfermer au premier monastère de la Visitation, où elle fit profession le 22 février 1625. Elle fut du nombre des sœurs qui passèrent au monastère du faubourg lors de sa fondation. « Notre digne Mère, lisons-nous dans le livre des professions du premier monastère (Arch. Nat. LL 1718, p. 6), notre digne Mère a conçu une si grande estime pour elle dans un voyage qu’elle fit à Paris, qu’elle l’adopta pour fille de notre sainte source et la choisit pour travailler sous elle à l’achèvement du cou- -
Monsieur le commandeur 2 et notre chère Mère la supérieure de la ville 3 m’ayant fait l’honneur de me proposer la pensée que Notre-Seigneur leur a donnée, que vous serviriez Dieu utilement à la Madeleine, et ayant considéré la chose en toutes ses circonstances, je vous dirai tout simplement qu’il me semble qu’ils ont raison [de désirer] qu’après avoir considéré la chose devant Dieu, vous y sentiez de l’attrait. Voici les raisons qui me portent à cette opinion.
C’est, premièrement, que l’œuvre de soi est très saint, puisqu’il consiste à donner la main aux âmes qui se vont perdant, qui vont incessamment déshonorant Dieu et remplissant les enfers, pour les tirer de la masse de perdition, 'les faire vivre selon Dieu et enfin pour faire l’office de leur second rédempteur et les mener comme par la main dans la gloire que Notre-Seigneur leur a acquise par son sang précieux, emploi qui est si grand devant Dieu qu’il l’a estimé digne de son Fils et seul capable de l’attirer sur la terre.
Deuxièmement, pource que cette pensée est tombée dans l’esprit de ce sien grand serviteur, auquel il a donné grâce pour votre saint Ordre et pour la Madeleine, et en celui de notre chère Mère, que vous connaissez, encore que non pas peut-être tant que moi, l’un et l’autre vous ayant en estime et singulière affection.
Troisièmement, pource qu’il me semble que Notre-Seigneur vous a donné assez de part à son esprit pour con-
tumier ; elle la consultait sur les difficultés qui s’y rencontraient. » Sœur Turpin ne quitta le monastère d’Angers qu’en 1640 pour aller fonder celui d’Amiens, dont elle fut la première supérieure. C’est là qu’elle mourut le 20 décembre 1651 à l’âge de quarante-six ans. (Cf. Abrégé de la vie et des vertus de la très honorée Mère Marie liu'phrosine Tur'pin dans Y Année Sainte des Religieuses de la Visitation Sainte-Marie, Annecy, 1867-1871, 12 vol. in-8, t. XII,