Hélène-Angélique Lhuillier
naître l’importance de cet œuvre, pour l’affectionner et pour vous y employer utilement.
Quatrièmement, pource qu’il me semble que votre manière de vocation de delà, comme vous me l’avez dite, ne paraît pas si importante à la gloire de Dieu que celle d’ici.
Je ne vous mets que ces quatre raisons, pour lesquelles vous devez faire une grande attention à cette proposition, quoique je vous en pourrais donner beaucoup d’autres.
Or je vois, si me semble, les raisons contraires qui vous pourront faire douter si Dieu le veut :
Premièrement, que c’est votre supérieure4 qui vous envoie à une qui vous demande. A quoi je réponds que vous êtes fille de cette maison 5 et non du faubourg, quoique vous y résidiez, et que cette maison a droit, si me semble, de vous rappeler en son besoin et que, l’obéissance de votre supérieure y intervenant, vous avez obligation de revenir ; en second lieu, que la bonne Mère du faubourg a témoigné à Monsieur le commandeur qu’elle le trouvait bon et qu’elle vous en écrirait ellemême, comme elle fait, et que, si l’on vous demande de delà, vous n’êtes pas moins souhaitée ici.
4. La Mère Marie-Agnès Le Roy, supérieure du second monastère, d’où Marie-Euphrosine Turpin avait été envoyée à Angers. Cette religieuse, née à Mons en 1603, était, par sa mère, nièce de Philippe de Cospéan, évêque de Lisieux. Elle entra en 1624 au premier monastère, qu’elle quitta, à la demande de la marquise de Dampierre, pour s’unir au groupe des sœurs qui furent envoyées au monastère du faubourg lors de sa fondation. Elle y devint directrice, puis assistante. Le suffrage des sœurs lui confia même six fois la charge de supérieure, qu’elle porta du n juin 1634 au 24 mai 1640, du 27 mai 1646 au 13 mai 1652 et du 6 juin 1658 à l’année 1664. Elle alla en personne commencer les monastères d’Amiens et de Mons, où elle resta trois mois, fonda celui d’Angers et le troisième de Paris et eut une grande part à l’établissement de celui de Varsovie. La mort l’enleva le 18 mai 166g. ( Année Sainte , t. V, p. 547.)
5. Le premier monastère, où la sœur Turpin avait fait son noviciat.
Deuxièmement, vous me direz que l’emploi de la Madeleine semble n’être pas convenable à des filles de Sainte-Marie. A quoi je vous dirai que l’emploi au salut des âmes est propre aux enfants de Dieu et que, puisque Notre- Seigneur a jugé le soin de la Madeleine pouvoir être digne de sa bonté et de celui de la Vierge Marie, qu’il ne faut pas douter qu’il ne soit convenable aux filles de .Sainte- Marie.
Troisièmement, vous m’observerez que peut-être vous faites besoin à Angers. A quoi je vous réponds qu’on y pourvoira de quelque aùtre qui n’y sera pas peut-être moins agréable et utile que vous.
Quatrièmement, il vous tombera dans l’esprit que peutêtre vous n’aurez pas assez d’esprit pour servir à la conduite d’une si grande maison et si difficile. A quoi, je vous réponds que vous serez deux pour cela, Notre-Seigneur et vous, et qu’avec lui vous pourrez tout.
Cinquièmement, vos parents vous viendront en l’esprit, et qui peut-être ne le trouveront pas bon. Mais à cela je vous réponds qu’on le saura avant que la chose vous soit annotée et que, quand il y aurait de la répugnance, il me semble que vous devriez passer par dessus, comme vous avez fait généreusement touchant votre voyage pour Angers.
Sixièmement, que si la pensée de l’estime du monde vous voulait donner quelque atteinte, ce que je ne pense pas, répondez-lui, ma chère sœur, que tant s’en faut que l’on ait moins estimé Sainte-Marie en son corps, ni les filles qui y sont, pour s’être appliquées au soin de cette maison-là, qu’au contraire je n’ai jamais ouï dire tant de bien de votre saint Ordre, ni des filles qui sont à la Madeleine, que depuis qu’on a pris soin de ces pauvres créatures, et que nous devons estimer honorable tout ce que Notre-Seigneur et la sainte Vierge ont fait ; et que, l’un et l’autre s’étant appliqués au soin de la Madeleine,
vous pouvez honorablement servir selon Dieu et selon le monde au salut de ces hiles.
Voilà, ma chère sœur, les objections qu’il me semble que la chair et le sang, le monde et le diable vous pourront faire ; et les réponses à icelles me semblent si raisonnables et conformes au bon plaisir de Dieu que, si j’étais ma sœur Marie-Euphrosine et qu’une personne me tînt la place que je vous tiens et avait autant de charité pour moi comme je vous estime et vous chéris en Notre-Seigneur, il me semble que je baisserais la tête et acquiescerais à cette proposition. Et c’est aussi, ma chère sœur, ce que j’espère que vous ferez si Notre-Seigneur ne vous fait connaître manifestement qu’il désire le contraire ; auquel cas j’acquiesce à ce que vous en ferez, d’aussi bon cœur que je suis, en l’amour de Notre- Seigneur et de sa sainte Mère, ma chère sœur, votre très humble serviteur.
Vincent Depaul.
Prêtre de la Mission très indigne
Je vous prie de présenter nos très humbles recommandations à notre chère Mère supérieure d’Orléans 6 et de m’aider à la remercier du très charitable accueil qu’elle me ht, il y a quelque temps, chez elle.
De Paris, cette veille de saint Mathias 7 1637.
Suscription : Ma chère sœur Marie-Euphrosine Turpin, religieuse de Sainte-Marie.
6. Claude-Espérance Jousse. Elle fut supérieure pendant deux triennats consécutifs, du 21 mai 1634 au 24 mai 1640, et le redevint dans la suite.