A ISABELLE DU FAY
[Octobre ou novembre 1626 2.]
Mademoiselle,
La grâce de Notre- Seigneur soit avec vous pour jamais !
Votre lettre m’a trouvé parti de Paris et m’a été rendue en ce lieu de Loisy-en-Brie, où nous tâchons à travailler parmi quantité de gens de la religion, où nous avons besoin de prières pour la confirmation des catholiques qui restent, n’espérant rien sur les autres, parce qu’ils ne se trouvent ès lieux où ils pussent profiter. Au reste, je ne vous ai point donné avis de mon départ. Me le pardonnerez-vous pas bien ? Mais, je vous en prie, comment votre cœur a-t-il reçu cela ? N’a-t-il point tancé le mien de rudesse ? Or sus, j’espère qu’ils s’accorderont bien ensemble en celui qui les contient, qui est celui de Notre-Seigneur.
Je ne vous réponds point à la proposition de votre retour à Paris, pource que j’estime que la chose est faite. Quant à l’affaire dont vous me faites l’honneur de m’écrire que vous désirez me communiquer, au retour, s’il vous plaît ; que si la résolution presse, faites ce aue Notre-Seigneur vous en conseillera lui-même ; sinon, au retour, s’il vous plaît, comme je vous ai dit.
Mon Dieu ! combien sont différentes les filles de
Lettre 13. — Reg. 1, f° 4 v°. — Le copiste note que l’original était en entier de la main de saint Vincent.
1. Femme de grande piété, toute dévouée à saint Vincent, qu'elle aidait de sa fortune. Si une gênante infirmité ne l’en avait empêchée, elle aurait pris une part plus active aux travaux du saint. Son oncle paternel René Hennequin, avait épousé Marie de Marillac, tante de Louise de Marillac.
2. Il suffit de comparer cette lettre avec la lettre précédente pour se convaincre qu’elles ont été écrites à peu de jours d’intervalle, peutêtre le même jour.
votre directeur : l’une toute pleine de respect envers la défense de l’Eglise, et l’autre de confiance à l’égard de l’affaire de Poissy 3 ! Or sus, Notre-Seigneur est également honoré en toutes deux, à ce que je vois de votre communauté, dont je salue la Mère 4.
Tenez-vous cependant toute gaie, Mademoiselle, je vous en prie, et honorez à cet effet la sainte tranquillité de l’âme de Notre-Seigneur, et soyez toute pleine de confiance qu’il dirigera votre cher cœur par la sainte dilection du sien, en l’amour duquel je suis votre très humble et obéissant serviteur.
Vincent Depaul.