‹ Correspondance, entretiens, documentsChapitre 324 sur 500 · Benoît Bécu · texte numérisé non relu

Benoît Bécu

Lettre 281. — Les reliques de Messire Jean du Verger de ELauranne, abbé de Saint-Cyran, par François Pinthereau, Louvain, 1646, in-8, p. 347 et suiy.

1. Jean du Verger de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, né à Bayonne en 1581. L'abbé de Saint-Cyran avait fait la connaissance de saint Vincent à Paris vers 1622 et n'avait pas tardé à se lier d’amitié avec lui. Au dire de Barcos, son neveu, il aurait rendu au saint des services signalés ; la congrégation de la Mission lui serait redevable, dans une certaine mesure, de la possession du collège des Bons-Enfants et de Saint-Lazare ( Défense de feu M. Vincent de Faut, p. n), ainsi que de la bulle d’approbation obtenue en cour de Rome. Ce qui est sûr, c’est que les entrevues, assez fréquentes au temps où le saint habitait les Bons-Enfants, devinrent plus rares après 1632 et cessèrent presque à partir de 1634. Le motif se devine. Tant que le saint garda quelque espoir de ramener Saint-Cyran aux idées traditionnelles de l’Eglise, il consentit à entendre des propos qui blessaient ses sentiments les plus intimes ; mais quand il eut la conviction que cet esprit si profondément altéré ne se rendrait ni à ses instances ni à ses raisonnements, il préféra espacer ses visites. Au mois d’août 1637, presque à la veille du jour où l’abbé de Saint-Cyran devait partir pour le Poitou, saint Vincent alla le voir chez lui, le supplia de renoncer à quatre erreurs qu’on lui attribuait, et devant l’émotion que provoquaient ses paroles, il s’excusa doucement et le pria de vouloir bien

accepter un cheval pour le voyage. L’abbé ne se justifia que le 20 no¬

vembre 1637 par la lettre ci-dessus. Quelques mois après, le 15 mai

que f assistai le long d'une nuit 2. Ne sachant 'pas à quoi mon mal se terminerait , que je portais sans me tenir dans le lit , j'ai eu diverses pensées , au cas qu'il plût à Dieu de me mener à la veille de ma mort , et parce que j'avais lors en l'esprit les derniers discours que vous avez eus avec moi , je songeais à vous faire savoir par écrit que } par la grâce de Dieu , je n' avais mon cœur nullement chargé de ces quatre choses que vous me vîntes dire chez moi, et que j'en avais d'autres en V âme, que vous ignorez 3 , pour lesquelles j'ai sujet de craindr° les jugements de Dieu , qui reçoivent quelque sorte d'allègement à V accusation de ces vérités catholiques , qui passaient pour mensonges et faussetés parmi ceux qui aimaient mieux la lueur et V éclat que la lumière et la vérité de la vertu . La disposition d'humilité que vous avez au fond du cœur pour croire ce que Von vous ferait voir dans les livres saints , me fait assez connaître qiLil n'y avait rien de plus facile que de vous faire consentir 3 par le témoignage même de vos yeux , à ce que vous détestez maintenant comme des erreurs. Mais quand je vous ouis, dans la suite de votre fraternelle admonition trouver mauvais , et quand ajouter cette cinquième correction aux autres quatre } de ce qu'autrefois je vous avais dit en particulier que j'avais envie de vous faire rendre un bon office et à

1638, Saint-Cyran était arrêté et enfermé au château de Vincennes. Parmi les papiers trouvés chez lui se trouvait une copie de la lettre du 20 novembre. Dans son désir d’accumuler les charges contre son prisonnier, Richelieu ne pouvait négliger d’entendre un témoin aussi bien renseigné que l’était saint Vincent. Il le fit convoquer devant M. de Laubardemont, maître des requêtes ; puis, sur son refus de répondre à un juge laïque, il l’interrogea lui-même. Les jansénistes ont prétendu que le saint comparut enfin devant Lescot, confesseur du cardinal, et ils ont publié un compte rendu de sa déposition, écrite, disent-ils, de sa main. Ce document, que nous croyons authentique, est certainement altéré ou incomplet. L’emprisonnement de Saint-Cyran était l’oeuvre personnelle de Richelieu. Dès que le cardinal fut mort, Louis XIII permit au prisonnier de communiquer avec les personnes du dehors. Cette mesure de clémence fut bientôt suivie d’une seconde : le 16 février 1643, Saint-Cyran fut remis en liberté. Il ne jouit pas longtemps de la faveur royale ; une attaque d’apoplexie l’enleva le 11 octobre 1643. On a dit, s’appuyant sur une phrase équivoque de Barcos, que Vincent de Paul assista à ses funérailles. Le fait est inexact, et Barcos lui-même a déclaré qu’on l’avait mal compris. (Cf. notre étude sur les Fafports de Saint Vincent de Faut avec l'abbé de Saint-Cyran, Toulouse, 1914, in-8.)

2. Madame d’Andilly. (Interrogatoire de l’abbé de Saint-Cyran, question 9.)

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