Ses péchés. ( Interrogatoire, question
toute votre friais on, je jugeai que ce ri était 'pas le temfs de se défendre et de vous éclaircir far des preuves même sensibles et artificielle s , de ces choses que vous trouvez mauvaise s jusques à les condamner hardiment sans les entendre. Cela fut cause que je me tins comme sur une fente3 dans la grande fassion et agitation que je me sentais avoir de vous farter et de vous faire voir la fausseté des choses que vous me ref rochez, fintôt four vous excuser de fri avoir abandonné au temfs d'une f ers écution , comme un criminel , que four aucune mauvaise ofinion que vous eussiez de moi. J'ai facilement sufforté cela d'un homme qui m'avait honoré dès longtemfs de son amitié et qui était dans Paris en créance d'un farf alternent homme de bien, laquelle on ne fouvait entamer sans blesser la charité. Il m'est seulement resté cette admiration dans lame, que vous , qui faites frofession d'être si doux et si retenu fartout 3 ayez fris sujet d'un soulèvement qui s'est fait contre moi far une tri fie cabale 4 et four des intérêts assez connus , de me dire des choses que vous ri eussiez osé fenser aufar avant , et qu ainsi, au lieu que je devais attendre de la consolation de vous , vous ayez fris de là une hardiesse extraordinaire , contre votre inclination et coutume, de vous joindre aux autres four m' accabler } ajoutant cela de flus aux excès des autres , que vous avez entrefris de me le venir dire à moi-même dans mon frofre logis, ce que nul des autres ri avait osé faire.
J'ai cru que je manquerais à la franchise de l'amitié et même à la charité de V Evangile , si, afrès avoir laissé fasser le temfs nécessaire four èvaforer la chaleur qui né était montée à la tête, je ne vous faisais à vous seul cette flainte, du dedans de la maison d'un excellent évêque 5 , dont je vous écris 6, et qui rendra des témoignages tout autres de moi, s'il est besoin } à toute l'Italie , où il est connu, sans farler de la France, où, far la grâce de Dieu , je ri en ai fas besoin ; car, quand la faction ne sera flus et que les intérêts grossiers ? sources des fassions et des discours qu' on a tenus de moi, seront fassês, je demeurerai de ce côté-là aussi net et irrèfrochable devant les hommes , comme je le frêtends être devant Dieu, qui , étant la vérité essentielle } a une farticulière offosition à toute sorte d'ignorance et de fausseté qui en frocède ; ce que Madame
4. L’abbé de Prières, Sébastien Zamet, évêque de Langres, et les Pères jésuites, auxquels s’unirent quelques Oratoriens. (Interrogatoire, question 91.)
5. Henri-Louis Chasteigner de la Rocheposay, évêque de Poitiers.
6. Saint-Cyran écrivait sa lettre de Dissay, commune de la Vienne, près de Poitiers. Louis Chasteigner avait une maison de campagne dans cette localité.
la duchesse de Longueville 7 , qu'on avait suscitée contre moi , me donne sujet de dire , sans me flatter far la réparation copieuse qu'elle m'en a faite , un mois avant sa mort ? devant une personne de nom qui en gouverne plusieurs autres qui ne vous sont pas inconnues ; et après elle , Monseigneur le cardinal de La Valette, qui, ayant été informé par le menu de ces accusations, s'en est moqué et a rendu, sans que je m'en sois mêlé, un témoignage de moi et de ce qu' on m'impute si avantageux que j' aurais honte de le dire. ]' aune mieux vous désigner un de vos amis à qui il Va dit, quand vous aurez envie de le savoir ; et j'ose vous dire qu'il n'y a aucun de ces Messieurs les prélats qui hantent chez vous, avec qui je ne demeure d' accord et à qui je ne fasse passer et autoriser de leurs suffrages toutes mes opinions, quand il me plaira de leur en parler à loisir ; car étant lumineux comme ils sont et la vraie source, par leurs prédécesseurs, de toute la discipline qu'il faut garder envers les âmes, tant s'en faut qu'ils s'y opposent, qu'au contraire ils en seront ravis et me remercieront. Ce que je vous dis seulement pour vous faire savoir avec quelle sûreté je parle , sans que j'aie aucun dessein de vous troubler dans l'honneur qu'ils vous rendent et dans le repos dont vous jouissez dans leur entretien et conversation. Car, pour le regard de votre maison , vous avez cru rendre un bon office cV avoir empêché celui que je lui voulais rendre. Tant s'en faut que j'en sois fâché, que je vous remercie affectueusement de m'avoir délivré de cette peine , sans peut-être avoir diminué pour cela le gré que Dieu me saura de la bonne volonté qu'il m'avait donnée d,e vous servir autant dans le spirituel que dans le temporel , encore que vous savez bien que je V ai fait sans m' être mêlé dans les commencements par lesquels vous vous êtes établi dans les lieux où vous êtes, auxquels je ri aurais voulu pour rien du monde prendre aucune part 8. Ce qui vous devait, plus que toute autre chose , faire connaître combien je suis peu attaché à mon sens et disposé à baisser avec mes amis, contre le jugement de ma conscience } qui ne me permettrait jamais de faire de telles choses. Je les ai soutenues par une contestation publique, jusqu'à faire changer d' avis, par force de raiso?is et d'importunités, celui à qui vous en avez toute l' obligation 9. Je
7. Louise de Bourbon, sœur du dernier comte de Soissons, épouse de Henri II, duc de Longueville, grande amie de Port-Royal, morte le 9 septembre 1637.
8. A Saint-Lazare. Ce n’est pas que l’établissement de saint Vincent à Saint-Lazare répugnât à Saint-Cyran, mais il avait pour principe de ne pas s’occuper des affaires temporelles des autres. (Interrogatoire, questions 37 et 108.)