A ROMANS
27 décembre 1637.
Il y a long temps que je balance si je vous dois prier de venir travailler à Richelieu, où M. le cardinal fonde une Mission 2, tant pour ce duché-là 3 que pour l’évêché de Luçon 4, avec l’emploi aux ordinands et aux exerci-
Lettre 287. — Reg. 2, p. 277.
1. Bernard Codoing, né dans la ville d’Agen le 11 août 1610, ordonné prêtre en décembre 1635, reçu dans la congrégation de la Mission le 10 février 1636, tient une place importante dans l’histoire des premiers compagnons de saint Vincent. Il fut le premier supérieur du séminaire d’Annecy (1640-1642), dirigea la maison de Rome pendant deux ans (1642-1644), puis fut mis à la tête du séminaire Saint-Charles, situé dans l’enclos de Saint-Lazare (1645- 1646), passa de là à Saint-Méen dans des circonstances particulièrement difficiles (1646-1648), ensuite à La Rose (1648-1649) et enfin à Richelieu (1649-1650), toujours en qualité de supérieur. Il eut de grands succès dans ses missions en France et en Italie. Ses sermons étaient si goûtés que caint Vincent eut un moment l’idée de les publier. Bernard Codoing aurait rendu plus de services au saint s’il avait eu moins d’attachement à ses idées propres et s’il avait su se défendre contre la tendance à la précipitation. Nous serions tenté de dire : heureux défauts ! car ils nous valent quelques-unes des plus belles lettres qui composent la correspondance de saint Vincent.
2. Le contrat de fondation fut passé le 4 janvier 1638 au château de Rueil entre le cardinal de Richelieu et saint Vincent. Le saint prenait l’engagement d’envoyer sept prêtres à Richelieu avant le mois de mars et d’en ajouter trois autres avant deux ans pour remplir les fonctions curiales dans cette localité, donner des missions dans le duché, les évêchés de Luçon et de Poitiers, préparer les ordinands et recevoir les prêtres aux exercices spirituels. Le cardinal, de son côté, faisait donation au saint du revenu des greffes de Loudun, qui étaient affermés 4.550 livres, et s’engageait à procurer le logement nécessaire.
3. Le duché-pairie de Richelieu avait été constitué en 1631 avec les baronnies de Faye-la-Vineuse, de l’Isle-Bouchard et de Chinon.
4. « ...Desquels dix, est-il dit dans le contrat (Arch. Nat. MM 534),
tants du diocèse de Poitiers * * * * 5. D’un côté, je regardais le besoin de ce bon peuple où vous êtes, et le bon usage qu’il fait de la grâce que Notre-Seigneur lui présente ; mais, de l’autre, j’ai considéré que la même nécessité et le même usage se trouvent dans le peuple du Poitou ; car l’on m’a écrit, et M. Renar, qui en est revenu, me l'a dit, qu’on n’a jamais vu des âmes si touchées, ni un tel abord 6 de tous côtés ; et ce qui m’a fait résoudre du côté de Richelieu, c’est l’obligation que nous y avons, la fondation étant à perpétuité. Cela fait, Monsieur, que je vous supplie très humblement de partir, la présente reçue, si vous n’êtes en mission ; et si vous y êtes, que ce soit, au nom de Notre-Seigneur, incontinent après que vous l’aurez achevée, sans divulguer ceci que sur votre départ. Il ne faut pas manquer à l’obligation que nous avons d’être audit Richelieu le 20 ou 25 de janvier. Vous pourrez assurer les peuples de delà que lorsqu’il plaira à Dieu
il y en aura quatre qui demeureront dans la ville de Richelieu pour y faire les fonctions de ladite Mission, trois seront envoyés de cinq en cinq ans dans chaque ville et village dudit duché de Richelieu
pour y faire aussi lesdites fonctions de ladite Mission ; et après qu’ils auront été par tout ledit duché, attendant le temps convenable de recommencer, ils feront ladite mission dans l’évêché de Poitiers ou autres lieux circonvoisins dudit duché, ainsi qu’il plaira à Son
Eminence, et les trois autres seront envoyés dans l’évêché de Luçon aux mêmes fins, lesquels six qui seront envoyés dans ledit duché et dans ledit évêché de Luçon, seront obligés d’y aller quatre fois l’année, aux saisons les plus convenables, et s’y employer six semaines à
chaque fois... »
5. « Ledit Vincent s’oblige... de recevoir en ladite maison de la Mission de Richelieu à perpétuité, instruire, loger et nourrir pendant douze jours, avant chacun des quatre-temps de l’année, tous ceux du diocèse de Poitiers qui voudront prendre les ordres sacrés esdits quatre-temps, et de recevoir toute l’année à perpétuité en ladite maison et y loger et nourrir pendant quinze jours tous les prêtres que Monsieur l’évêque de Poitiers et ses successeurs voudront envoyer pour faire les exercices spirituels et être instruits aux fonctions ecclésiastiques, pourvu toutefois qu’il ne soit point envoyé plus de huit prêtres à la fois, outre ceux qui doivent être promus aux ordres sacrés. » [Ibid.)