‹ Correspondance, entretiens, documentsChapitre 336 sur 500 · Assemblée des dames de la Charité de l’Hôtel-Dieu · texte numérisé non relu

Assemblée des dames de la Charité de l’Hôtel-Dieu

3. Le texte original porte : de vache et qu’à cet effet et d’en prendre. Il est clair que le saint a oublié d’effacer et qu'à cet effet.

4. Très grand était à cette époque le nombre des enfants abandonnés chaque année dans la ville et les faubourgs de Paris. Saint Vincent en comptait de trois à quatre cents. (Abelly, of. cit ., t. II, chap. x, ire éd., p. 362.) Le passant qui en découvrait un devait en donner connaissance au commissaire du quartier, auquel revenait seul le droit de le ramasser. Les enfants trouvés étaient portés à l’Hôtel- Dieu et de là à la Couche, rue Saint-Landry, où une veuve, qu’aidaient deux servantes, était chargée d’en prendre soin. Les revenus manquaient à la maison et le dévouement aux nourrices. Aussi la mort faisait-elle de si nombreuses victimes parmi ces petites créatures que saint Vincent pouvait dire dans un de ses entretiens aux dames de la Charité : « Il ne s’en trouve pas un seul en vie depuis 50 ans, si ce n’est que depuis peu il s’est trouvé que quelqu’un... a vécu. » Les servantes leur donnaient des narcotiques pour les faire dormir, ou les* 1" vendaient huit sols à des misérables, qui, après avoir rompu bras et jambes à ces pauvres petits, s’en servaient pour exciter la pitié des passants. Saint Vincent, qui s’occupait de tant d’œuvres de charité, connaissait la Couche. Il déplorait ces abus et cherchait les

tendrement comme s’il commençait dès à présent de nous aimer ; car tous les plaisirs de Dieu sont toujours nouveaux et pleins de variété, quoiqu’il ne change jamais.

Je suis, en son amour, avec pareille affection que sa bonté le veut et que je le dois pour l’amour de lui, Mademoiselle, votre très humble serviteur.

Vincent Depaul.

Ce premier jour de l’an [1638 5].

Suscrifttion : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras

moyens d’y remédier. La compagnie des dames de la Charité s’occupait des malades de l’Hôtel-Dieu. Le chapitre de Paris les pressa de se charger aussi des enfants trouvés. Après deux ans de réflexion et de prières, saint Vincent résolut de faire un essai. La lettre cidessus nous montre que l’oeuvre eut de modestes commencements : deux ou trois enfants confiés aux soins de quelques Filles de la Charité et nourris de lait de vache. Bientôt ce nombre fut porté à douze, et quatre nourrices leur furent données. On les installa rue des Boulangers, près de la porte Saint-Victor. Ce modeste essai donna de bons résultats. Aussi les dames furent-elles d’avis, en 1640, de recevoir tous les enfants trouvés qui seraient présentés. Le roi et la reine s’intéressèrent à l’entreprise. En 1642, Louis XIII donna 4.000 livres sur son domaine de Gonesse ; en 1644, l’aumône fut doublée. Puis les dames obtinrent le château de Bicêtre, où les enfants sevrés furent portés en 1647. Enfin en 1651, le séjour de Bicêtre ayant été reconnu nuisible à la santé des enfants, ceux-ci revinrent à Paris et furent logés à l’extrémité du faubourg Saint-Denis, et plus tard, en 1670, dans deux maisons situées l’une devant Notre-Dame, l’autre au faubourg Saint-Antoine. ( Saint Vincent de Vaut et les Dames de la Charité , par P. Coste, Paris, 1918, in-8, pp. 17-34.)

Pour l’histoire des Enfants trouvés, on peut encore consulter avec profit les règlements faits par Louise de Marillac pour les sœurs chargées des enfants trouvés ( Pensées , pp. 195 et 196) ; ses

mémoires sur le même sujet ( ibid ., p. 199) ; la Vie de Madame de Miramion [par l’abbé de Choisy], Paris, 1706, in-4, p. 140 et suiv. ; 1 "‘Histoire de V Assistance -publique , par Alexandre Monnier, Paris, 1856, in-8, p. 396 et suiv. ; Léon Lallemant, Un chapitre de l’Histoire des Enfants trouvés. La maison de la Couche à Taris , Paris, 1885, in-8.

5. Ce fut cette année-là que commença l’œuvre des Enfants trouvés. (P. Coste, op. cit., p. 21, note 1.)

Mademoiselle,

[Janvier 1638 * 1.j

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je vous renvoie votre mémoire et les miens et vous prie de mettre ces mots que vous ajoutez ou changez dans le mien, lequel je vous prie de prendre la peine de copier à votre commodité, et de me renvoyer le tout ; je dis même le mémoire que vous avez fait et que je vous renvoie 2.

j’ai envoyé prier M. de Cordes de venir céans aujourd’hui, et ai chargé mon mémoire de M. de Marillac 3.

Je ne trouve point d’inconvénient que vous voyiez Madame de Liancourt à votre loisir.

Vous verrez pour ces deux filles. La petite me paraît comme vous la dépeignez ; si l’autre est bien appelée, sa ville de Nogent en aurait besoin avec le temps 4.

Les parents de la fille morte à PHôtel-Dieu demanderont leurs hardes avec raison. Pour encore, jusques à ce que la chose soit liée, nous verrons. Cependant il vaut mieux les laisser où elles sont. Il faudra faire la loi avant que de la mettre en pratique.

Bien volontiers je vous avertirai de vos fautes et lie vous en laisserai passer pas une.

Je n’entends pas bien ce que vous me dites des offi-

Lettre 289. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1. Cette lettre semble antérieure de quelques jours à la lettre 297.

2. Il s’agit ici, pensons-nous, de mémoires relatifs au nouvel établissement des Enfants trouvés.

3. Michel de Marillac, petit-fils du garde des sceaux, seigneur d’Ollainville, conseiller au Parlement de Paris, mort le 29 décembre

4. Elle ne donna pas satisfaction. « O mon Dieu ! que cette pauvre créature m’a trompé ! », s’écriera plus tard saint Vincent.

cières et de vous. De dire de n’être pas nommée dans la chose, quelle raison avez-vous pour cela ? Il faut se garder de tomber dans le vice de singularité, pource qu il a sa racine dans la vanité, et celle-ci dans l’orgueil, qui est le vice de tous vices ; et moi je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, votre serviteur.

J’irai confesser Mademoiselle d’Atri 5

La Chapelle et ne pourrai voir M. de Cordes que vendredi, à ce qu’il me vient de mander.

Voici la lettre de Madame la comtesse de Maure.

5. Marie- Angélique d’Atri, née en 1617, fut élevée au Port-Royal. Elle y connut Saint-Cyran et lui ouvrit plusieurs fois sa conscience. Elle traversa dans sa jeunesse une crise terrible dont nous aurons l’occasion de parler plus loin. Son aversion des choses de Dieu était telle qu’on la crut possédée du démon et que l’official de Paris chargea saint Vincent de l’exorciser. Peu après sa guérison, elle fut mise dans un couvent de Dominicaines, d’où elle ne tarda pas à passer chez les Bénédictines du monastère récemment fondé à Picpus-les-Paris. Elle y était déjà le 19 juin 1638 et s’y trouvait encore en 1639, étudiant toujours sa vocation. Le 19 juin 1638, elle comparut devant le tribunal chargé d’enquêter sur Saint- Cyran. Dans sa déposition, qu’a publiée le jésuite François Pinthereau ( Les reliques de messire Jean du Verger de Hauranne , abbé de Saint-Cyran , Louvain, 1646, in-8, p. 421), elle déclara que son humeur mélancolique, jointe à certaines maladies, la portait aux scrupules. L’attrait qu’elle ressentait pour la vie religieuse, voie dans laquelle la poussait Saint-Cyran, était combattue en elle par sa répugnance à prendre des engagements. En 1639 ou peu après, elle retourna à Port-Royal et y fit bâtir près de l’église un petit ermitage, qu’elle habita jusqu’à la dispersion, en 1669. Elle termina ses jours le 21 octobre 1676 près de Forcalquier, où elle s’était retirée. Janséniste ardente, elle consacra une partie de son immense fortune aux œuvres du parti. Son esprit était peu pondéré et sa volonté indécise. Saint-Cyran lui a écrit plusieurs lettres de Vincennes.

[Janvier 1638 * 1.j

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je pensais vous aller voir ces jours ici, particulièrement aujourd’hui ; mais m’en voilà absolument empêché. Je le ferai le plus tôt qu’il me sera possible. Je vous dirai cependant que je suis en peine de votre Lèvre de la nuit et que je vous prie de vous ménager le plus qu’il vous sera possible pour Notre-Seigneur et pour son œuvre. Encore me semble-t-il que vous êtes moins malade cet hiver que les autres, notamment pendant que vous étiez demeurante dans la ville ; et c’est ce qui me console un peu.

Parlons de trois choses. Des petits enfants trouvés. L’on me presse d’une manière qui n’est pas imaginable, du côté de M. Hardy 2. Il me rend coupable de tout le retardement. Mademoiselle du Mée est aux champs. Quel inconvénient que vous fassiez acheter une chèvre et que vous continuiez à faire une plus ample expérience ?

La seconde, c’est que l’on nous demande une sœur de la Charité pour Saint-Germain-en-Laye, où se fait !a mission et où la Charité est établie dès dimanche passé 3 ;

Lettre 290. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1. Cette lettre a été écrite avant la lettre 295, durant la mission de Saint-Germain-en-Laye.

2. Sébastien Hardy, sieur de la Tabaize, ancien conseiller du roi et ancien receveur des aides et tailles de l’élection du Mans, qui laissa à l’oeuvre des Enfants trouvés, le 27 janvier 1640, une rente de cinquante livres tournois. (Arch. Nat., Y 180, f° 208 v°.)

3. Le roi, conseillé par Richelieu, avait choisi, pour donner la mission, Nicolas Pavillon, qui venait d’être nommé à l’évêché d’Alet. Le succès fut considérable. Louis XIII alla entendre plusieurs fois le prédicateur. Des dames de la cour, des filles d’honneur de la reine.

c’est pour mettre en tram ces bonnes femmes. Que vous semble si vous y envoyiez Barbe 4. Ils ont une raison particulière là de la souhaiter, à cause des soldats que le roi désire qui soient assistés ; et faudra une chambre pour cela, tandis que la cour y sera. Oh ! que je souhaiterais que vous y puissiez aller ! Mais quoi ! Notre-Seigneur tire plus de gloire de vous comme vous voilà. Revenons à Barbe. Lui pourrez- vous donner une compagne, ou si vous l’enverrez seule ? Le premier serait le meilleur. En aurez-vous en ce cas une autre pour Saint-Jacques5.

Je ne sais que vous dire de celle de Saint-Paul 6, sinon que j’ai peur que vous excitiez du murmure. L’esprit de Marguerite a quelques retours parfois. J’ai écrit à M. de la Salle qu’il me mande si cette fille pourra utilement faire l’école. En tout cas, ce n’est que pour un temps ; l’on en aura besoin pour Richelieu.

La troisième chose regarde Marie, de Saint-Laurent 7. Son père m’a fait des instances fort grandes pour la re¬

assidues jusques-là aux assemblées mondaines, ne se montrèrent plus au milieu des courtisans. Une confrérie de la Charité fut instituée. Elles donnèrent leur nom. On les vit, modestement vêtues, visiter et servir, à tour de rôle, les pauvres et les malades. Les seigneurs de la cour, mécontents, firent entendre au roi que la fréquentation des malades par des personnes qui approchaient la reine de très près était un danger pour la famille royale. Le roi s’émut ; mais la reine prit la défense de ses dames et demoiselles d’honneur. Les seigneurs cherchèrent alors à déconsidérer Pavillon. Ils racontèrent à Louis XIII que le prédicateur l’avait comparé à la bête de l’Apocalypse. De leur côté, les mousquetaires, à l’instigation des courtisans, allèrent se plaindre de ce que Pavillon leur avait conseillé de se contenter de leur paye, sans rien exiger de leurs hôtes. Pavillon dut se défendre. Il le fit en un long mémoire ; et comme le mémoire ne suffisait pas, il pria le roi de s’en rapporter au jugement de la Sorbonne, qui lui donna gain de cause. (Etienne Dejean, op. cit ., p. 15, note 2.)

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