‹ Correspondance, entretiens, documentsChapitre 382 sur 500 · Marie-Angélique d’Atri · texte numérisé non relu

Marie-Angélique d’Atri

6. Louis de Rochechouart, comte de Maure, est surtout connu par l’opposition qu’il fit à la politique de Mazarin. Alors que tout le monde tremblait devant le puissant ministre, il vint à la cour le 20 mars 164g, et prononça une harangue en plein conseil pour demander son expulsion. Il combattit dans le parti des princes jusqu’au jour où, blessé à la tête et au bras dans un combat qui eut lieu à

la faire exorciser, selon l’avis que plusieurs personnes de grave piété lui avaient donné, qu’elles craignaient que cette bonne enfant ne fût travaillée de quelque possession ou obsession maligne. Le sujet qu’ils avaient de le croire était l’aversion qu’avait cette bonne hile des choses de Dieu, qui était venue à un tel point depuis son enfance qu’elle était à la Ville-l’Evêque * * * * * 7 auprès de Mademoiselle de Longueville 8, qu’il y avait trois ans qu’elle ne priait point Dieu, et environ deux ans qu’on l’avait tenue enfermée dans une chambre au Port-Réal 9, sans entendre la sainte messe. Ce fut donc là le sujet qui ht avoir cette opinion à ces bonnes âmes et la raison pour laquelle j’eus le bien de la voir. D’abord elle me montra son état avec jugement et candeur ; car elle a l’esprit fort bon et solide incomparablement au delà du commun des hiles, mais un peu mélancolique. Ma pensée fut d’abord qu’il n’y avait que cette humeur mélancolique qui la travaillait. Le respect que je devais néanmoins à ceux qui étaient d’avis qu’il y avait quel-

Libourne en 1652, il fut pris et retenu prisonnier par les troupes du

roi. Il mourut dans sa terre d’Essai, près d’Alençon, le 9 novembre

1669, à l’âge de soixante-sept ans, sans laisser de prostérité. (Cf.

Histoire de la maison de Rochechouart , par le général-comte de Ro-

chechouart, Paris, 1859, in-4, t. II, pp. 81-88.)

7. Dans la paroisse Sainte-Madeleine de la Ville-l’Evêque, à Paris.

8. Marie d’Orléans, née le 5 mars 1625 d’Henri d’Orléans II et de Louise de Bourbon, mariée le 22 mai 1657 à Henri de Savoie II, duc de Nemours, veuve le 14 janvier 1659. Après la mort de ses frères, elle succéda en tous les biens de sa maison. Elle mourut sans laisser d’enfants le 16 juin 1707. C’était, dit Saint-Simon ( Mémoires , éd. de Boislisle, Paris, 1879-1914, 26 vol., in-8, t. II, p. 225), une « femme fort haute, extraordinaire, de beaucoup d’esprit, qui se tenait fort chez elle à l’hôtel de Soissons, où elle ne voyait pas trop bonne compagnie, riche immensément et vivant très magnifiquement. »

9. Le fait de cette séquestration est tellement étrange qu’on peut se demander si le copiste du reg. I a bien lu. Ne faudrait-il pas : elle était restée au lieu de on V avait tenue ? Mais peut-être Mademoiselle d’Atri se livrait-elle pendant la sainte messe à des excentricités impies. Dans cette hypothèse, il n’y aurait pas lieu de croire le texte fautif.

que obsession maligne, lit que je soumis mon jugement au leur et que, faisant mon rapport à M. l’official, je lui dis que je pensais qu’il n’y avait point d’inconvénient que M. Charpentier — c’est un ecclésiastique d’insigne piété de cette ville 10 — lui fît quelques exorcismes secrets, doucement et sans provoquer l’esprit malin au dehors, plutôt par imprécation que par exécration, qui était l’avis du R. P. Général de l’Oratoire 1X, ce qui ne fut point exécuté à cause de la maladie dudit sieur Charpentier. Cependant il plut à Dieu envoyer à Mademoiselle votre hile une maladie assez grande et dangereuse, en laquelle son esprit s’ouvrit ; et M. 12 et Madame la comtesse de Maure, craignant son salut, la portèrent à se confesser à moi ; ce qu’elle ht d’une confession générale de toute sa vie passée, avec la plus grande exactitude que j’aie jamais vue, car elle y employa trois ou quatre heures à diverses reprises ; et ce fut en cette action en (laquelle je me conhrmai en l’opinion que j’avais eue auparavant ; et la maladie ayant été un peu longue et en quelque espèce de langueur, il me sembla qu’elle était rentrée dans le travail de la même humeur. Or, comme elle fut guérie néanmoins, elle s’en trouva tout à fait délivrée, de sorte qu’elle demanda à se reconfesser à moi et à communier, ce qu’elle n’avait fait pendant sa maladie, et ht ces actions avec liberté d’esprit, comme aurait fait une autre personne. A quelque temps de là, elle demanda d’être re-

10. Hubert Charpentier, gradué en théologie de la maison de Sorbonne, était né à Coulommiers le 3 novembre 1565. Après avoir contribué à la fondation de Notre-Dame de Garaison, il fonda deux établissements pour honorer la croix du Sauveur : l’un à Bétharram, l’autre au Mont-Valérien, près de Paris. Il mourut à Paris le 10 décembre 1650.

11. François Bourgoing, prédécesseur de saint Vincent à la cure de Clichy.

12. Texte du manuscrit : et le soin de M. — Ainsi construite, la phrase n’a aucunj sens.

ligieuse et qu’on la reçût au Port-Réal. D’abord qu’elle me le dit, je lui répondis qu’il n’était pas temps et qu’il lui fallait pour le moins un an avec Madame sa tante 13 et qu’elle l’emmenât prendre l’air des champs, avant que de penser à l’exécution de ce dessein ; et lui ai dit la même chose toutes les fois que Monsieur et Madame la comtesse de Maure et elle m’ont fait l’honneur de m’en parler. Cela pourtant ne l’a pas empêchée de poursuivre secrètement son entrée en religion, ni d’alléguer quantité de raisons, partie fondées sur les jugements de Dieu et partie sur ce qu’elle ne pouvait supporter les façons de faire du monde. Ce qu’ayant su Messieurs de BouCemont, et ayant fait entendre à Monsieur et à Madame la comtesse de Maure que l’intention de Votre Grandeur est qu’elle entrât en religion, après quelque difficulté de part et d’autre ils y ont acquiescé, quoiqu’avec grande peine, dans l’appréhension que cette bonne enfant ne rentre dans la même humeur ; et moi, après avoir représenté à mesdits sieurs de Bourlernont le danger dans lequel l’on mettait cette bonne fille, et eux passant par dessus toutes lesdites difficultés, estimant que c’est votre intention, ils l’ont mise non au Port-Réal, mais en un monastère de Jacobines 14.

Voilà, Monseigneur, ce qui s’est passé en cet affaire et

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