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La comtesse de Maure

14. Bien qu’elle parle plus d’une fois, dans ses lettres, de la prétendue possession et de la guérison de Mademoiselle d’Atri, la Mère Angélique-Arnauld passe sous silence l’intervention de saint Vincent. Elle écrivait à M. Macquet le 29 juin 1637 ( Lettres de la Révérende Mère Marie-Angélique Arnauld , abbesse et réformatrice de Fort- Royal , Utrecht, 1742, 3 vol. in-12, t. I, p. 106) : « N’oubliez pas la demoiselle dont je vous ai parlé, qui est toujours au misérable état qu’elle était. » Même recommandation à sainte Chantal le 9 novembre : « Je vous supplie très humblement de prier Dieu pour la délivrance d’une pauvre fille possédée. » (Communication de M. Gazier.) « C’est la plus pitoyable histoire du monde », écrivait-elle encore à la sainte le 22 décembre, et elle lui demandait quelques reliques de saint François de Sales pour chasser le démon. ( Lettres , t. I, p. 132.)

ce que Messieurs de Bourlemont ont trouvé à propos que j’écrivisse à Votre Grandeur ; ce sera à elle, Monseigneur, à juger à présent ce qui sera le meilleur pour la conduite de cette bonne fille. J’ai de la peine de vous entretenir de cette sorte de discours ; mais j’ai cru, Monseigneur, y être obligé selon ma conscience, et que vous, Monseigneur, ne l’aurez jpas désagréable, puisqu’il y a du danger du salut de Mademoiselle votre fille. Que s’il plaisait à Dieu me faire digne de rendre à Votre Grandeur quelque service plus agréable, sa divine bonté sait que j’en ai un très grand désir et qu’il n’y a personne au monde sur qui N. -S. ait donné à Votre Grandeur plus de pouvoir que sur moi, qui suis en l’amour de N. -S...

La guérison ne se fit pas attendre, puisque la Mère Angélique pouvait ajouter le 17 février 1638 : « La demoiselle que je vous avais tant recommandée... fut délivrée deux heures après avoir mis à son cou l’image de bois de la sainte Vierge que la bonne Mère nous a donnée. » Les dispositions de Mademoiselle d’Atri changèrent si bien qu’elle se sentit portée vers la vie religieuse et aurait suivi ses goûts sans l’opposition de sa famille. ( Lettres , t. I, p. 136.) Un mois après, la Mère Angélique recommandait à M. Macquet la plus grande discrétion sur cette merveilleuse conversion. « Je vous supplie, au nom de Dieu, qu’on ne parle point de ce miracle de la sainte Vierge que vous savez. Voila l’humeur des filles, et c’est la mode, de ne vouloir honorer Dieu, sa sainte Mère et les saints que par miracles et discours... J’ai tort de vous l’avoir dit, et je vois bien que ce n’a pas été par l’esprit de Dieu, puisqu’au lieu de produire dans ses filles une nouvelle, secrète et intérieure confiance en la sainte Vierge, elle n’a fait que du bruit. Je m’assure que pas une ne l’a priée ensuite de la délivrer de ses imperfections. U vaut bien mieux qu’elles ne parlent jamais que de parler même des miracles de cette façon ; la sainte Vierge aime mieux leur silence. » ( Lettres , t. I, p. 138.) Comment concilier le récit de la Mère Angélique avec celui de saint Vincent ? Il semble qu’il y eut deux guérisons, dont l’une ne dura pas ; mais il serait difficile de dire quelle fut la première. Le désir exprimé par la Mère Angélique dans sa lettre de mars 1638, qu’il ne soit plus parlé du miracle, n’aurait-il pas été provoqué par une rechute ? Quoi qu’il en soit, la guérison était définitive avant le 19 juin. Plus tard, dans une lettre du 22 octobre, la Mère Angélique rappelle à Mademoiselle d’Atri la grâce dont elle a été l’objet.

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