A BERNARD GODOING, PRÊTRE DE LA MISSION
A RICHELIEU
29 août 1638.
Je loue Dieu, Monsieur, de la grâce qu’il vous a faite de vous surmonter de la sorte que vous avez fait touchant l’instance qu’on vous a faite d’aller au pays, et je le prie qu’il vous rende souverain et absolu sur vousmême, en sorte que vous n’ayez qu’un même vouloir et non-vouloir avec Dieu toujours et en toutes choses, ce qui est, certes, l’état parfait des personnes de notre vocation. Mais la consolation que mon âme a reçue de ce côté-là a été mêlée de la douleur de votre indisposition. Au nom de Notre-Seigneur, Monsieur, faites votre possible de recouvrer la santé et de la ménager pour en servir Dieu et les pauvres plus longtemps. Ce soin modéré n’empêche pas la générosité que nous devons avoir d’exposer nos vies dans les rencontres pour le salut de notre prochain. O Monsieur, que je demande instamment à Dieu qu’il nous anime tous de cette générosité !
Mademoiselle,
Je tâcherai d’aller ou d’envoyer pour vos filles samedi à La Chapelle. Je n’ai plus ma petite hévrotte, ce me semble, ou peu. Assurez-vous, Mademoiselle, que j’aurai plus de soin de ma santé, s’il se peut ajouter
Lettre 343. — Reg. 2, p. 33.
1. Le registre fait adresser la lettre « à M. N. à Richelieu ». La mention Au même M. N , mise en tête des deux lettres qui font suite sur ce registre, l’une du 12 décembre 1638, l’autre du 25 mai 1642, nous permet de conclure que toutes trois étaient destinées à Bernard Codoing, car la troisième est, à n’en pas douter, pour lui.
Lettre 344. — Manuscrit Saint-Paul, p. ço.
quelque chose à celui que j’ai, pource que vous me le recommandez.
Je prie Notre-Seigneur qu’il bénisse votre voyage et votre personne et qu’il multiplie ses bénédictions à votre âme et à celle de Madame la présidente Goussault, avec laquelle je vous prie d’être bien gaie, dussiez-vous diminuer un peu de la petite sériosité que la nature vous a donnée et que la grâce adoucit, par la miséricorde de Dieu, en l’amour duquel je suis...
De Paris, ce 30 août 1638.
Mademoiselle,
[Septembre 1638 b]
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je suis en demeure vers vous ; l’embarras que j’ai eu depuis votre lettre en est cause. Je loue Dieu de la satisfaction que vous aurez retirée de Monsieur votre fils, et le prie qu’il lui fasse la grâce d’exécuter ses bonnes résolutions.
Quant au garçon, je n’ai rien à redire, si vous lui en avez parlé, sinon que je ne puis que je n’appréhende que, faisant plus que vous ne pouvez, la chose ait quelque suite ; néanmoins je vous prie de n’avoir aucun égard à ce que je vous en dis.
J’ai été à Saint-Germain 2. Madame de Liancourt se
Lettre 345. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.
1. Saint Vincent annonçait à Lambert aux Couteaux, le ier octobre 1638, le départ de Barbe et de Louise pour Richelieu. La lettre ci-dessus est antérieure. Comme elle est de l’époque des vendanges, il faut la placer en septembre.