Dans la lettre
et, si je ne me trompe, le 3e est de votre manière d’agir moins rapportante à la simplicité et à l’humilité d’un missionnaire. Je vous envoie un collet ; vous pourrez faire ajuster les vôtres à celui-là. Si peu que nous voulions suivre le monde quant aux habits, cela montre que nous en avons quelque petit échantillon dans le cœur et que, si nous n’y prenons garde, nous nous laisserons emporter à l’esprit du monde. De dire qu’on nous prendra pour d’autres, c’est orgueil et vanité d’esprit que de changer de façon pour cela. O Monsieur, que qui saurait bien J.-C. crucifié serait bien aise de passer, comme lui, pour le moindre des hommes, voire pour le pire, non seulement pour les actions personnelles, mais même pour celles de notre condition ! Eh ! que nous profitera d’avoir eu quelque humilité selon la personne, si nous avons de la vanité dans notre condition ! O Monsieur, qui nous donnera la grâce de nous mettre à la dernière place des hommes et de nous y tenir selon l’état de notre personne et selon celui de notre vocation ! Si nous voulons nous préférer aux autres et avoir des choses qui nous distinguent d’eux, tenez pour certain, Monsieur, que Notre- Seigneur nous fera tomber dans telle confusion que nous serons à mépris à ceux-là et à tout le monde. Je crois cette vérité comme je crois qu’il faut que je meure.
Je vous dis ceci pour répondre à quelque chose que vous m’écrivîtes peu après votre retour à Toulouse, dans la parfaite confiance que j’ai que votre cœur le trouvera bon et que vous vous tiendrez ferme dans les petites pratiques et dans les maximes que vous avez vues ici. Je n’ai garde que je demande à qui que ce soit comme vous faites, ni comme vous êtes. Je désire que tout le monde sache que je suis toujours dans la bonne opinion que j’ai eue de vous quand l’on vous a destiné pour
l'emploi que la Providence vous a donné. Et, qui plus est, c’est que je crois, comme ce que je vous ai dit ci-dessus, que, quand vous auriez à dire quelque petite chose différente de nous, que le même ange qui a rendu saint François-Xavier si exact à l'observance de ce qu’il avait vu en la Compagnie et si soigneux d’apprendre tout ce qui s’introduisait de nouveau de deçà, pour faire de même de delà, que le même ange, dis-je, vous fera faire le même à vous. Oh ! cela je le tiens pour indubitable.
Il est vrai, Monsieur, ce que vous me dites touchant le bon Monsieur Durot ; mais, comme il a une bonne âme et l’esprit bien fait, j’espère qu’il sera un jour un fort bon missionnaire. Il a l’esprit doux;. Je vous prie, Monsieur, de le traiter de même, j’ai fait voyage avec trois carmes déchaussés sans avoir pu discerner quel était le supérieur, j usques à ce que je l’aie demandé trois jours après que j’ai été avec eux ; tant il est vrai que le supérieur vivait avec les autres avec bonté, douceur, condescendance et humilité, et que les autres vivaient avec lui avec confiance et simplicité. O Monsieur, qui nous donnera cet esprit !
Je pense, pour la confession dans le faux bourg, que quoiqu’il ne nous soit pas loisible d’y confesser, que nous le pourrions à un quart de lieue de là, s’il y avait une chapelle, quoique les pénitents fussent de la paroisse du faux bourg.
Vous pouvez penser, Monsieur, quant à la dépense, qu’il ne m’est jamais entré dans l’esprit qu’il y eût quelque chose à redire en vous. O Jésus S jamais cette pensée ne s’est présentée à moi, bien éloigné qu’elle soit entrée en moi. Ce que je vous en ai dit, c’est pour garder un ordre et pour faire trouver la compagnie en cette pratique pour les siècles à venir. La manière sera comme M.
Durot vous pourra dire que faisait M. Codoing. Que si elle vous paraît trop occupante, vous la mettrez moin^ par le menu ; et puis je pense qu’un supérieur fait bien de se faire soulager du temporel par son compagnon.
Pour le voyage de Toulouse, je suis engagé à le faire quand M. d’Alet y ira ; mais il n’est pas prêt à cela, car ni lui ni quinze ou dix-huit autres évêques nommés n’ont point encore leurs bulles. Dès qu’il les aura pourtant, il fait état de partir.
Je travaille à la mission de joigny avec M. Perrochel, il y aura tantôt trois mois. Monsieur Renar y était aussi, qui en est revenu indisposé avec M. Mouton.
Je loue Dieu de ce que la fin de la mission de Vernon 2 a été plus à votre gré que le commencement, et le prie qu’il vous fasse la grâce de vous tenir à l’esprit de douceur et d’humilité que Notre-Seigneur vous a donné. Jamais l’aigreur n’a servi qu’à aigrir. Saint Vincent de Ferrier dit qu’il n’y a pas de moyen de profiter par la prédication si l’on ne prêche des entrailles de compassion. Eh ! bon Dieu ! et quel moyen de vaincre des esprits tels que vous dépeignez ceux-là par le même esprit ! Si nous combattons le diable par esprit d’orgueil et de suffisance, nous ne le vaincrons jamais, car il a plus d’orgueil et de suffisance que nous ; mais si nous agissons contre lui par humilité, nous le vaincrons, car il n’a point de ces armes-là, ni ne s’en saurait défendre. C’est ce que disait saint Dominique à quelques docteurs d’Espagne qui étaient venus à son secours contre les Albigeois, avec lesquels ils agissaient par esprit de suffisance. Je prie bien Dieu qu’il vous fasse la grâce d’agir dans cet esprit à Muret, où vous vous en allez. Quant à la Charité que vous vous proposez d’y établir, voici le règlement qu’on a accoutumé de pratiquer dans les pa-