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Matthieu Molé

mercier de ma part, comme je fais avec toute l’humilité qui m’est possible, et de lui dire que je mets cette grâce au rang des plus grandes que j’aie jamais reçues de lui, et que, dans deux ou trois jours, j’aurai le bien d’aller voir M. le procureur général aux champs, où il est, et de le prier d’écrire selon le sens que mondit sieur le commandeur a ordonné à M. Dufestel que la lettre soit faite.

Nos missionnaires destinés pour le diocèse de Genève commencent à se réunir, je dis l’un d’eux, de la maladie de laquelle il sort4. J’espère qu’il sera en état de partir au plus tard vers le dixième octobre 5.

Je vous supplie, ma chère Mère, de faire encore nos excuses à M. le commandeur de ce côté-là et de vous assurer que mon âme est pleine de reconnaissance des obligations que nous vous avons, et que vous serez, ma chère Mère, dans le temps et dans l’éternité, et moi, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Vincent Depaul.

De Paris, ce 27 septembre 1639.

Mademoiselle,

Il faut agir contre ce qui fait peine, et briser son cœur ou l’amollir pour le préparer à tout. Il y a apparence que Notre-Seigneur veut prendre sa part de la petite

4. Cette phrase est inintelligible par suite d’une mauvaise lecture du copiste.

5. D’après le contrat de fondation, saint Vincent devait envoyer deux de ses prêtres à Annecy avant le 15 septembre. Nous voyons ici que des circonstances indépendantes de sa volonté retardèrent leur départ.

Lettre 402. — Abelly, op. cit ., t. III, chap. v, sect. I, p. 37.

compagnie. Elle est tout à lui, comme je Fespère, et il a droit d’en user comme il lui plaira. Et pour moi, mon plus grand désir est de ne désirer que l’accomplissement de sa sainte volonté. Je ne puis vous exprimer combien notre malade 1 est avant dans cette pratique ; et c’est pour cela qu’il semble que Notre- Seigneur le veuille mettre dans un lieu où il pourra continuer plus heureusement durant toute l’éternité. Oh ! qui nous donnera la soumission de nos sens et de notre raison à cette adorable volonté ! Ce sera Fauteur des sens et de la raison, si nous ne nous en servons qu’en lui et pour lui. Prions-le que vous et moi ayons toujours un même vouloir et nonvouloir avec lui et en lui, puisque c’est un paradis anticipé dès cette vie.

Mademoiselle,

[g ou 10 octobre 1639 1*]

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais 1

Je vous remercie très humblement du soin que vous avez de moi. Ma petite fièvre est tierce ; voici le troisième accès. Elle me prit le soir que j’eus le bien de vous voir, pour être descendu au réfectoire incontinent après avoir rendu le petit remède que je pris. Le premier ac-

1. Ce malade, « un des principaux prêtres » de la « congrégation et des plus utiles », dit Abelly, était, semble-t-il, de ceux qui prêtèrent leur concours à Louise de Marillac. Ce pourrait bien être Jean de la Salle, mort à Paris le g octobre 1639. M. Pémartin pense que cette lettre a été écrite à l’occasion de la maladie d’Antoine Portail en 1660. Ce 11’est pas probable ; car Louise de Marillac elle-même était alors à toute extrémité.

Lettre 403. — L. a, — Dossier des Filles de la Charité, original.

1. Cette lettre a été écrite le jour ou le lendemain de la mort de Jean de la Salle.

cès m’ôta le sommeil tout à fait. Le lendemain, comme depuis, je me provoquai à suer, qui a fait que les accès sont diminués, avec ce que j’ai été saigné deux fois, de sorte que celui que j’ai à présent est fort doux. M. notre médecin est d’avis que je me purge mercredi prochain. Je vous prie de nous faire faire la médecine. Celle que vous envoyâtes dernièrement a été inutile, non pas celle que prit M. Blatiron 2, qui s’en est allé avec Monsieur d’Alet 3, car il s’en est fort bien trouvé.

je vous remercie de l’avis que vous me donnez touchant l’infirmerie et de la part que vous prenez à notre sujet de douleur, et vous recommande notre frère Alexandre 4, auquel l’on donnera à ce soir l’extrême onction, ensemble au serviteur de M. le prieur 5. Le reste se porte bien, Dieu merci.

Je fus hier fort consolé, sachant que vous vous portez mieux, et prie Dieu qu’il vous redonne la force qu’il faut pour tant de besogne que Notre-Seigneur vous prépare.

Je vous dirai un mot seulement touchant la perte que

2. Etienne Blatiron, prêtre de la Mission, né à Saint-Julien-Chapteuil (Haute-Loire) le 6 janvier 1614, reçu dans la congrégation de la Mission le 6 janvier 1638, ordonné prêtre en 1639, placé à Alet (1639-1641), Saintes (1641), Richelieu, Rome (1644-1645), Gênes (1645-1657). Il se signala surtout dans ce dernier poste, où, comme supérieur d’une maison nouvelle, il eut tout à organiser. Saint Vincent voyait en lui un de ses missionnaires les plus accomplis et « un très grand serviteur de Dieu ». (Cf. Abellly, op. cit. , t. III, p. 70.) Etienne Blatiron mourut à Gênes le 24 juillet 1657, victime de son dévouement pour les pestiférés. Sa biographie a été publiée dans le t. II des Notices , pp. 151-203. On trouve dans le manuscrit de Lyon un rapport sur les vertus adressé à saint Vincent.

3. Nicolas Pavillon avait reçu la consécration épiscopale le 22 août dans l’église de Saint-Lazare. Saint Vincent avait promis d’aller avec lui dans son diocèse. Il ne le put. Le nouvel évêque quitta Paris le 8 octobre, accompagné d’Etienne Blatiron, qui devait diriger son séminaire. E. Dejean fait connaître les incidents de ce voyage. {Op. cit., p. 17.)

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