‹ Correspondance, entretiens, documentsChapitre 487 sur 500 · Mois et année de la mort de Jean de la Salle · texte numérisé non relu

Mois et année de la mort de Jean de la Salle

de sa maladie jusqu’à la fin, sans aucune pensée contraire. Il avait toujours craint la mort ; mais, comme il vit dès le commencement qu’il l’envisageait avec plaisir, il me dit qu’il en mourrait, parce, disait-il, qu’il m’avait ouï dire que Dieu ôte à la fin l’appréhension de la mort à ceux qui l’ont eue pendant leur vie et qui ont exercé la charité envers les pauvres. Je ne puis vous dire les sentiments de dévotion qu’il a laissés à la compagnie. L’on était pour lors dans la retraite et, au rapport de l’oraison, chacun disait ce qu’il lui avait ouï dire de plus édifiant et rapportait les vertus qu’il lui avait vu pratiquer ; ce qui nous a donné sujet de faire des conférences sur cela même. Nous fîmes avant-hier la première et continuerons vendredi prochain. Vous ne sauriez vous représenter les effets de cette conférence. J’avais difficulté à cela ; mais, considérant que l’esprit de l’Eglise est qu’on s’entretienne des vertus de ceux qui sont morts en Notre-Seigneur, et que pour cela elle a établi des notaires pour recueillir et manifester les combats des martyrs et les saintes actions des confesseurs, les oraisons funèbres qu’on fait à Paris pour les grands et pour toutes sortes de personnes en Provence et en Languedoc, en quelques endroits sur la fosse à son enterrement, un dimanche, après le dîné du jour des obsèques, j’ai pensé que nous pourrions faire cela utilement et en ai consolation. Je désire même que cela se conserve dans l’humilité et la charité chrétienne. Il me semble qu’il y a lieu d’espérer que quelques-uns se corrigeront de leurs défauts et d’autres s’encourageront dans la vertu. Il y en a un de ceux qui parla avant-hier, qui dit qu’il s’était résolu, par la grâce de Dieu et par les prières et l’exemple du défunt, à une chose d’importance, à laquelle il n’avait aucune disposition auparavant. Je pense, Monsieur, que vous ferez bien d’en faire une chez vous, dont le premier point pourra être des motifs de nous

entretenir des bonnes paroles et des bons exemples que nous avons remarqués dans le défunt ; 2e point, quelles sont les paroles que vous lui avez ouï dire ; 3* point, quels exemples.

Mademoiselle,

[13 octobre 1639 1.]

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je vous remercie très humblement de votre bonne médecine ; je la pris hier et me fit trois opérations. Monsieur notre médecin est d’avis que j’en prenne encore demain une avec du sirop de rosepale 2. Je vous supplie très humblement de me faire encore cette seconde charité et de me l’envoyer à ce soir.

J’ai toujours ma petite üévrotte. Notre frère Alexandre 3 nous donne quelque espérance, et l’autre frère aussi. Le premier a encore le jour de demain, qui est son 14e, un peu à craindre. Monsieur Dehorgny est malade d’une colique avec un peu de fièvre.

Cette petite incommodité me donnera le moyen de penser un peu plus à nos petites affaires de la Charité ; et après cela, si Notre-Seigneur me donne vie, nous y travaillerons à bon escient. Votre lettre me fit voir avanthier quelque petit regret pour cela dans votre esprit.

Lettre 406. — Manuscrit Saint-Paul, p. 56.

1. C’est la date qui ressort de la comparaison de cette lettre avec la lettre 403. Le saint dit ici qu’il a pris médecine la veille. Il écrivait le 9 ou le 10 octobre : « Notre médecin est d’avis que je me purge mercredi prochain. » Le mercredi suivant était le 12. C’est donc le jeudi 13 qu’il écrit la lettre ci-dessus.

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