‹ Correspondance, entretiens, documentsChapitre 494 sur 500 · A TOULOUSE · texte numérisé non relu

A TOULOUSE

Décembre 1639.

J’ai reçu votre lettre de Toulouse et ai rendu grâces à Dieu de vous y avoir conduit. J’arrivai à Richelieu deux ou trois jours après votre départ et fus bien contristé de ne vous y pas trouver. J’y ai fait la visite et ai vu l’état des choses et ce qui s’y est passé jusqu’à maintenant. Je vous supplie, Monsieur, au nom de N. -S., de reprendre l’esprit qu’il vous avait donné à Saint- Lazare. Jamais personne n’y a été à plus grande édification. Je prie Dieu qu’il vous fasse la grâce d’en donner autant de delà. M. de Sergis vous a désiré à l’exclusion de tout autre ; ce qui vous doit faire connaître l’estime et l’affection qu’il a pour vous. Il me mande qu’il vivra en frère avec vous. Je vous supplie, Monsieur, d honorer la direction de Notre-Seigneur en sa personne, de l’estimer, de l’affectionner et de lui obéir en cette qualité. Oh ! que la direction de ceux qui nous aiment et qui nous estiment est douce et que ce nous est un grand attrait pour entrer dans tous leurs sentiments ! Si nous étions bien mortifiés, nous serions indifférents en ce point ; et selon la règle de la volonté de Dieu, nous devrions préférer les plus exacts aux plus acquiesçant à nos humeurs ; et comme je vous ai vu fort tendrement affectionné à l’heureuse pratique de la divine volonté, j’espère que, quand votre nature ne trouvera pas son compte dans l’exactitude d’un directeur, la pratique fidèle de la volonté de Dieu vous fera supporter, pour l’amour de lui, toutes les petites difficultés qui vous pourront arriver ; car nous n’en manquons jamais avec

Lettre 412. — Reg. 2, p. 279.

qui et en quelque lieu que nous soyons. Si nous sommes contraires bien souvent à nous-mêmes, comment n’aurions-nous pas de petites aversions, des rencontres et des aliénations avec un autre ? L’un des actes principaux de la charité, c’est de supporter notre prochain ; et il faut tenir pour maxime indubitable que les difficultés que nous avons avec notre prochain viennent plutôt de nos humeurs mal mortifiées que d’autre chose.

Je ne vous dis que ceci, Monsieur, quoique j’aurais à vous dire beaucoup d’autres choses touchant la sainte dilection, pource qu’elle est un état si parfait que celui qui a le bonheur de l’avoir est pour vivre comme dans un petit paradis en ce monde et pour avoir la gloire éternelle en l’autre, etc.

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