‹ Correspondance, entretiens, documentsChapitre 5 sur 500 · Ms · texte numérisé non relu

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plusieurs sessions furent consacrées, comme toujours, à l’examen des écrits. Le tribunal fit reviser trois cent quarante-quatre lettres et en retint trente-deux, les plus importantes sans doute, pour les joindre au dossier du procès. Ces trente-deux originaux, tous de l’écriture du saint, appartenaient à la maison de Saint-Lazare. Des experts furent appelés pour en constater l’authenticité. Un copiste juré les transcrivit dans le volume des procès-verbaux des séances ; la copie fut confrontée avec l’original, et les quelques légères variantes que l’on découvrit furent signalées en marge. Ce sont donc des copies authentiques, de même valeur que l’original; et on peut encore aujourd’hui constater la parfaite conformité de celles dont les originaux n’ont pas été perdus. Parmi ces lettres, cinq sont inédites, vingt ne nous étaient connues que par des fragments généralement altérés, les sept autres nous donnent un texte plus pur que le texte publié en 1880.

Les archives de la Mission possèdent deux anciens registres de copies, que nous appellerons, pour les distinguer, registre 1 et registre 2. Le registre 1 est cartonné et mesure 3 to millimètres sur 220. Ces

mots italiens ajoutés en première page : Copie di lettere n° cento settantotto- 1 7 8-scritte da San Vincen\o di Paoli poj^tate da Parigi ïanno irjg2y nous font connaître le nombre de lettres qu’il contenait quand il était complet. La disparition du dernier ou des derniers feuillets a réduit ce nombre à cent soixante-quatorze. La cent soixante-quînzième lettre termine le soixante-douzième feuillet et se continuait sur le soixante-treizième, que nous n’avons plus.

Un portrait de saint Vincent, au-dessous duquel sont écrits les mots Sanctus Vincentius a Paulo , Congrégations Missionis et Puellarum Charitatis fundator a été ajouté en tête du recueil. Le manuscrit luimême pourrait bien être du dix-septième siècle. L’écriture, sans être belle, est lisible. Les lettres sont données dans leur entier. Les mentions signée , non signée , olographe 25, minute de la main , montrent que le copiste a eu sous les yeux les documents originaux eux-mêmes ou leurs minutes. On ne trouve dans son recueil aucune lettre à des prêtres de la Mission. Quatre sont adressées à la reine de France, trois à la reine de Pologne, deux au Pape, deux à Mazarin, une au nonce, neuf à des cardinaux, vingt-trois à des évêques, sept à la duchesse d’Aiguillon, une à Turenne, une à Louise de Marillac, cinq à des Filles de la Charité, onze à Mademoiselle du Fay, onze à des religieuses de la Visitation, deux à Philippe-Emmanuel de Gondi, deux à Louis de Chandenier, etc. Autant qu’on peut en juger par les treize lettres du registre dont les originaux sont venus jusqu’à nous, nous pouvons nous fier complètement à l’exactitude du texte. Toutes les lettres de ce recueil ont paru en 1880, sauf une.

Nous lisons dans la vie manuscrite de René Alméras, successeur de saint Vincent: « On ne peut exprimer le soin qu’il a pris de suivre pas à pas les sentiments de ce premier supérieur. Non content d’avoir fait mettre en lumière sa vie, où sont décrites les qua-

25. Ce mot ne s’emploie plus de nos jours que pour les testaments.

lités de sa conduite, il a cru les devoir de plus rechercher dans ses lettres, où il semble qu’il a comme gravé son esprit, ses maximes et son caractère sur une infinité de sujets, parlant à toutes sortes de personnes. A cette fin, il en a fait faire des extraits et les a liés dans i3 ou 14 mains de papier... Et afin que ceux qui lui succéderaient dans la conduite de la Compagnie pussent aussi profiter de ces mêmes lettres et en tirer plus facilement les instructions dont ils auraient besoin, il les fit aussi ranger, quelques mois avant sa mort, selon les diverses matières et transcrire proprement dans de gros livres reliés, comme un précieux trésor pour la Compagnie. »

Ces extraits furent classés sous quinze titres:

i° Institution, perfection, gouvernement et emplois de la congrégation de la Mission en général;

2° Ordres et avis donnés aux visiteurs et aux supérieurs;

3° Avertissements, encouragements et congratulations à des particuliers;

40 Missions dans les pays chrétiens et chez les infidèles;

5° Séminaires et autres fonctions de l’Institut;

6° Pratique de quelques vertus ;

70 Défunts de la Compagnie;

8° Lettres de consolation aux externes dans l’affliction ;

90 Reconnaissance envers les amis et bienfaiteurs ;

10* Conseils donnés et bonnes œuvres suggérées même à des personnages éminents ;

1 1° Affaires diverses ;

12° Lutte contre le jansénisme;

1 3° Assistance des pauvres;

140 Conduite des Filles de la Charité;

i5° Conduite des religieuses de la Visitation.

Le tome I est le seul que nous ayons. Il n’épuise que les trois premières parties de ce vaste programme. Nous l’appellerons registre 2. Sa hauteur est de 370 millimètres et sa largeur de 270. Il comprend trois cent cinquante pages et nous donne cinq cent quarante-neuf fragments, ou plutôt cinq cent quarante-huit, car l’un d’eux est en double. Plus de cent de ces fragments font partie de lettres dont nous avons de par ailleurs le texte entier. Si l’on en excepte une vingtaine, tous sont extraits de lettres adressées à des membres de la congrégation de la Mission. L’écriture, belle et régulière, se lit avec la plus grande facilité. Le copiste ne reproduit jamais le mot Monsieur au début des lettres, ni la formule initiale habituelle au saint. Il ne s’est pas cru tenu de copier servilement l’original. Il arrange d’ordinaire la première phrase de ses extraits de manière à lui enlever toute dépendance de la partie qu’il omet, modernise des mots, supprime des longueurs. Ses modifications toutefois n’offrent pas grande importance, et dans l’ensemble son texte est bien celui de l’original. Pour qu’on puisse s’en faire une idée, voici, dans la lettre 91, le passage qui a été le plus altéré :

Texte du registre 2. — Il me fit donc l’honneur de me dire qu’il avait conféré avec Messieurs ses religieux touchant notre manière de faire au chœur, le logement et l’ameublement et la pension que donne-

raient ceux qui voudraient vivre parmi nous. Or, p oui' ce dernier chej , qui est que chacun de Messieurs les religieux ne paiera que 200 livres de pension, je vous dirai, Monsieur , que j’acquiesce très volontiers à cela, quoique ayant supputé la dépense au fur que les choses valent à présent, il nous en coûtera davantage, et que les pensions même des écoliers sont de (S o écus.

Vrai texte. — • Mondit sieur le prieur me fit donc l’honneur de me dire hier au soir , qu’il avait conféré avec Messieurs ses religieux touchant notre manière de faire au chœur, le logement et ameublement et la pension que donneraient ceux qui voudraient vivre parmi nous. Or, je vous dirai que, pour la dernière difficulté , qui est que chacun de Messieurs les religieux ne payera que 200 livres de pension, que j’acquiesce très volontiers à cela, quoique ayant supputé la dépense au juste de ce quil nous a coûté à présent, il nous en coûtera davantage, et que les pensions même des écoliers sont de go livres.

Quelque peu importantes que soient ces altérations, il est regrettable que le copiste les ait faites. Son excuse est qu’il vivait au dix-septième siècle, qui n’avait pas, comme le vingtième, le souci d’une exactitude minutieuse et que la plupart de ses contemporains se montraient moins scrupuleux que lui. Nous empruntons au registre 2 huit fragments inédits.

Le manuscrit 1292 de la Bibliothèque municipale d’Avignon est ainsi décrit dans le catalogue: « Dixhuitième siècle, papier, 94 feuillets, 262 sur 190 millimètres, reliure peau chamoisée. » Il a pour titre :

Lettres choisies du Vénérable Vincent de Paul , instituteur et premier Supérieur Général de la ... Congrégation de la Mission. Ces lettres ou plutôt ces extraits de lettres, au nombre de quatre-vingt-dix-neuf, auxquels s’ajoutent en supplément dix autres fragments, sont rangés en huit groupes, suivant l’enseignement qu’ils contiennent:

i° Confiance en Dieu et abandon à la Providence;

2° Persévérance dans sa vocation ;

3° Régularité et perfection;

4° Soin de la santé et charité envers le prochain;

5° Soin des malades, support mutuel et union ;

6° Courage de surmonter ses propres inclinations pour la gloire de Dieu;

7° Confiance en Dieu et défiance de soi-même;

8° Oraison, reconnaissance.

Presque tous les fragments du manuscrit d’Avignon se trouvent dans le registre 2, et ils s’y trouvent avec les mêmes variantes. Parmi les trois fragments qui font exception, deux sont connus de par ailleurs. Nous n’emprunterons donc à ce manuscrit qu’un seul extrait, déjà publié dans le recueil de 1880.

Le manuscrit d’Avignon représente une famille de manuscrits assez répandus avant 1792 dans les maisons des prêtres de la Mission. Il nous en reste deux autres spécimens.

L'un d’eux est le manuscrit 20 de la Chambre des députés : dix-huitième siècle, papier, cent quarantetrois pages, 200 millimètres sur 145, reliure basane. Même titre, mêmes divisions, même groupement des lettres, réduites ici à soixante-quinze. On y trouve de plus copie de la prétendue sentence de mort portée

contre Notre-Seigneur par Pilate et un supplément de vingt-trois fragments qui lui sont propres, tous relatifs à la Compagnie des Filles de la Charité, dont cinq sont restés inédits.

L’autre manuscrit est à la Maison-Mère des prêtres de la Mission. Il est cartonné, de la seconde moitié du dix-huitième siècle, contient soixante-quatorze fragments en cent vingt-deux pages et mesure 217 millimètres sur i5o. Il s’arrête à la sixième partie, dont il ne donne qu’une lettre ou plutôt un fragment de lettre. En somme, copie inachevée du manuscrit d’Avignon, sans rien de spécial.

Le manuscrit 869 de la Bibliothèque de Lyon a pour titre : Livre contenant l’abrégé de la vie des prêtres , clercs et frères de la Congrégation de la Mission qui ont vécu et qui sont morts dans la* pratique des vertus convenables à leur vocation . Dans ce recueil, où l’on trouve tout au long les notices de René Alméras, d’Edme Jolly et de Jean-Baptiste Anselme, prêtres de la Mission, une place a été faite à la correspondance de saint Vincent. Les Extraits des lettres de saint Vincent vont du folio 168 au folio 196. Ils contiennent l’éloge des missionnaires récemment décédés. Quelques-uns de ces fragments n’ont pas encore été publiés. On les trouve aussi à la Bibliothèque du musée Calvet d’Avignon, dans le manuscrit 774 Delandine, qui reproduit tout le contenu du manuscrit de Lyon et quelques documents en plus. Les deux manuscrits sont du dix-huitième siècle. Celui de Lyon est relié en parchemin et se compose de deux cent quatre-vingt-six feuillets mesurant 260 millimètres sur 90.

Les archives départementales de Vaucluse possèdent un registre in-40 de trente-sept feuillets, coté D 274, qui contient quarante-deux extraits de lettres de saint Vincent, lettres adressées pour la plupart aux supérieurs de Rome. Il ne se trouve dans ce manuscrit rien que nous ne connaissions par d’autres sources.

Le manuscrit de Marseille, que nous nommons ainsi à cause de son titre : Extraits des lettres de saint Vincent de Paul déposées dans les archives de la Mission de France à Marseille , appartient à la Maison- Mère des prêtres de la Mission. C’est un simple cahier de dix-sept pages, sur lequel ont été transcrits, dans leur ordre chronologique ou à peu près, probablement à l’occasion de l’ouvrage de M. Pémartin, peu après sa publication, soixante-quatre fragments, généralement courts, de lettres adressées en très grande partie à Firmin Get. Il nous a été impossible de retrouver le document que le copiste a eu sous la main. La conformité du texte constatée pour les extraits des lettres dont nous possédons l’original, garantit l’exactitude de l’ensemble. Vingt de ces fragments seront publiés ici pour la première fois.

Les Filles de la Charité de la paroisse Saint-Paul à Paris possédèrent jusqu’en 1814 un recueil in-folio de quatre-vingt-huit pages, écrit dans la seconde moitié du dix-septième siècle et intitulé: Extraits de Lettres de Jeu Monsieur Vincent et feu Mademoiselle Le Gras . Les lettres du saint y sont représentées par plus de cent fragments, celles de sa fille spirituelle par sept seulement. L’écriture n’est pas toujours la même; on reconnaît à la page 7 celle de Julienne Loret, une

des principales collaboratrices de la fondatrice. Les extraits sont séparés assez souvent par un léger espace blanc ou par un simple alinéa. Il est parfois difficile de les distinguer entre eux, et il se pourrait qu’une fois ou l’autre, faute d’indication suffisante, nous ayons rattaché à une même lettre des extraits de lettres différentes, ou inversement. Le manuscrit fut donné en 1814 à Dominique-François Hanon, vicaire général de la Congrégation de la Mission. Il est allé enrichir depuis les archives de la Maison- Mère des sœurs. Nous lui ferons une quarantaine d’emprunts.

Acôté des recueils manuscrits se placentles recueils imprimés et les ouvrages anciens qui ont mis largement à contribution la correspondance du saint. Il convient de placer en première ligne la Vie du Vénérable Serviteur de Dieu Vincent de Paul 26 par Louis Abelly. Nombreuses sont les lettres de saint Vincent citées ou simplement signalées par son premier biographe. On en compte un peu plus de deux cents, parmi lesquelles cent environ figurent dans le recueil de M.-Pémartin. Comme la plupart des écrivains de son temps, Abelly ne s’est pas fait scrupule de retoucher les textes qu’il cite, sous prétexte d’en améliorer le style ou de les rendre plus clairs. Du moment que la pensée était respectée, on trouvait tout naturel que

26. Paris, 1664, 3 t. in-40 en un vol. C’est toujours à cette édition que nous nous référerons, parce que les autres éditeurs ont plus ou moins retouché les citations d’Abelly.

les imperfections de l’expression fussent écartées. Malheureusement le mauvais goût rendait souvent l’expression plus défectueuse, au lieu de l’améliorer, et la pensée à laquelle on prétendait ne pas toucher, souffrait parfois de ces changements.

Abelly remplace des mots, intercale de petits commentaires, modifie des tournures. Sous sa plume prédicament devient réputation11 ; hommes de bien , honnêtes hommes 28 ; vous ave % mille raisons, vous ave% tout sujet 29 ; gaillards , ceux qui seraient trop libres*® ; dévots, florissants en piété31. Abelly se plaît à accentuer la note pieuse des expressions du saint. Ainsi il écrit: ces saints jours au lieu de ces jours 32 ; le très saint Sacrement au lieu de le saint Sacrement 33.

La concision de saint Vincent lui semble parfois nuire à la clarté; il y remédie en allongeant la phrase. En voici quelques exemples :

27. Abelly, o-p. cit ., t. III, chap. xxiv, sect. I, p. 348, et lettre du 6 août 1657 à Honoré Bélart.

28. Abelly, oj>. cit., t. II, chap. xn, p. 4i5, et lettre du 4 octobre 1646 au cardinal Grimaldi.

29. Abelly, op. cit., t. III, chap. xxn, fin, p. 325, et lettre du 27 juin iôbo à une religieuse de la Visitation.

30. Abelly, op cit., t. II, chap. ix, p. 35i, et lettre d’octobre i658 à Louise de Marillac.

31. Abelly, t. II, chap. 1, sect. 11, § 3, p. 3i, et lettre du 25 juillet 1634 à François du Coudray.

Autres exemples de mots et d’expressions échangés : brayes (lettre du 24 juillet 1607 à M. de Cornet) et caleçons (Abelly, op. cit., t. I, chap. iv, p. i5); cruelles (lettre du 29 février 1660 à Anne-Marie Bollain) et -pleines d’ angoisse (Abelly, t. II, ch. vu, p. 33o) ; sollicitude (lettre du 18 juillet 1659 à Antoine Durand) et vigilance (Abelly, t. III, ch. xxiv, p. 33y); vigilance ( ibid .) et ferveur (ibid.)j avec sujet (lettre du 18 juillet 1659 à Antoine Durand) et non sans raison (Abelly, t. III, ch. xxiv, p. 337) ; consommer ses jours (lettre du 27 février 1660 à Firmin Get) et se consumer (Abelly, t. III, chap. xxi, fin, p. 314); conservez-vous (lettre du 3o décembre i636 à Louise de Marillac) et ménagez votre santé (Abelly, t. I, chap. xxix, p. i35).

3a. Abelly, t. I, chap. xxiv, p. ii3, et lettre i38 à Louise de Marillac.

33. Abelly, t. II, ch. ix, p. 35 1 et lettre 354 à Louise de Marillac.

Vrai texte. — Oh! certes , c'est une illusion 34.

Abelly. — Oh! certes, si vous avie\ cette pensée , vous vous tromperie^ grandement, et ce serait une pure illusion 35.

Vrai texte. — Qu'elles iront la tête levée au jour du jugement 36 /

Abelly. — Mais avec quelle sainte confiance paraîtront-elles au jour du jugement après tant de saintes œuvres de charité quelles auront exercées^1 !

Vrai texte. — Aye\ pitié de nous38.

Abelly. — Aye\ donc pitié de nous et nous veneq donner la main pour nous tirer du mauvais état ou nous sommes 39.

Assez souvent la phrase de Vincent de Paul est plus alerte, plus vive, plus française que celle que lui prête 'son biographe. Le saint écrit à Louise de Marillac40: « Oh! quel arbre vous avez paru aujourd’hui aux yeux de Dieu, puisque vous avez produit un tel fruit! » Nous ne voyons pas pourquoi à ces mots Abelly a substitué les suivants41: « Oh! que vous avez paru aujourd’hui devant les yeux de Dieu

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