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A FRANÇOIS DU COUDRAY, PRÊTRE DE LA MISSION

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

mun séjour à Paris, que saint François de Sales établit dans cette ville un couvent de la Visitation. A son appel, sainte Chantal, alors occupée à la fondation de Bourges, vint à Paris, le 6 avril 1619, avec trois de ses filles. L’évêque de Genève les installa lui-même, le i'er mai, dans une maison de louage du faubourg Saint-Michel. La communauté se transporta en 1620 de la rue de la Cerisaie à l’hôtel du Petit-Bourbon, que sainte Chantal avait acheté, et en 1628 de l’hôtel du Petit-Bourbon à l’hôtel du Cossé, rue Saint-Antoine, où le commandeur Noël Brulart de Sillery fit construire, à ses frais, une magnifique chapelle, dont il posa lui-même la première pierre le 31 octobre 1632. (Cf. Fondation du 'premier monastère de la Visitation Sainte-Marie de Paris, ms. conservé à la Visitation d’Angers ; Histoire chronolo gique des fondations de tout Vordre de la Visitation de Sainte-Marie , Bibl. Maz., ms. 2430 ; Félibien, Histoire de la ville de Paris , Paris, 1725, 5 vol. in-f°, t. III, p. 1312).

Le premier monastère avait à sa tête en 1629 Hélène- Angélique Lhuillier, née en 1592 de François, seigneur d’interville, et d’Anne Brachet, dame de Frouville, mariée en 1608 à Thomas Gobelin, seigneur du Val, maître ordinaire de la chambre des comptes, reçue à la Visitation de Paris le 2 juillet 1620, après annulation de son mariage et sur le conseil de saint François de Sales, professe le 12 février 1622, plusieurs fois réélue supérieure. Saint Vincent de Paul disait que « c’était une des plus saintes âmes qu’il eût connues ». ( Sainte Jeanne-Françoise Frémyot de Chantal. Sa vie et ses œuvres, Paris, 1874- 1880, 8 vol. in-8, t. V, p. 65, en note.) Il la mit en rapports avec le commandeur de Sillery, dans l’espoir qu’elle achèverait de le ramener à Dieu. Cette sainte religieuse mourut, le 25 mars 1655, au monastère du Chuillot, dont elle fut la première supérieure. Son nom revient souvent dans la vie de sa soeur, Madame de Villeneuve par le P. de Salinis, Paris, 1918, in-8‘>. (Vie manuscrite de la Mère Hélène-Angélique Lhuillier, Arch. des Filles de la Croix de Tréguier.)

11 y a trois jours que nous sommes arrivés en cette ville, en bonne disposition, Dieu merci, où Ton commença hier l’examen des ordinands 1 et continuera-t-on aujourd’hui, qui est vendredi, et demain, pour commencer l’exercice dont Dieu a donné la première pensée à Monseigneur de Beauvais 2, dimanche prochain. L’ordre était que lesdits ordinands vivront et logeront ensemble au collège 3, là où Monsieur Duchesne le jeune 4 doit aller vivre avec eux et leur faire observer le règlement qui leur a été prescrit pour l’emploi de la journée. Et Monseigneur de Beauvais fera l’ouverture de l’exercice dimanche au matin ; et Monsieur Messier 5 et Monsieur

1. Ce fut en juillet 1628, dit Abelly (o-p. cit ., t. I, chap. xxv, p, 117), au cours d’un voyage, après une conversation avec saint Vincent, que l’évêque de Beauvais résolut de recevoir chez lui les ordinands, au mois de septembre, pour leur faire donner les connaissances nécessaires à leur nouvel état et les instruire des vertus qu’ils devaient pratiquer. Le saint prépara un règlement écrit et vint tout disposer une quinzaine de jours avant l’ordination. Telle fut l’origine des retraites des ordinands, qui devaient attirer à Saint-Lazare Bossuet, le commandeur de Sillery et tant d’illustres personnages.

2. Augustin Potier, seigneur de Blancmesnil, sacré à Rome le 17 septembre 1617, renouvela son diocèse, avec l’aide de saint Vincent et d’Adrien Bourdoise. Il appela les Ursulines à Beauvais et à Clermont, fit donner des missions, auxquelles il prit lui-même part, établit un séminaire dans son palais épiscopal et multiplia les confréries de la Charité. Il devint grand aumônier de la reine et fit partie du conseil de conscience. Nommé premier ministre à la mort de Louis XIII, il allait recevoir le chapeau de cardinal quand l’influence de Mazarin l’emporta définitivement sur la sienne. Il mourut le 20 juin 1650. (Cf. Histoire du diocèse de Beauvais , par Delettre, Beauvais, 1842-1843, 3 vol. in-8°, t. III, pp. 377-438 ; Augustin Potier, par Fernand Potier de la Morandière, Paris, 1902, in-8°, )

3. Le Clerc, ami intime de Bourdoise, en était le principal. L’époque des vacances lui donnait toute facilité de disposer du collège en faveur des ordinands.

4. Bernard Duchesne, docteur de Sorbonne, faisait partie de la communauté de Bourdoise dès son origine. Il prit une part active aux œuvres de ce saint homme.

5. Louis Messier, un des premiers compagnons de Bourdoise, dont il fut le bras droit, archidiacre de Beauvais et docteur en Sorbonne. Son frère fut curé de Saint-Landry et doyen de la faculté de théologie à la Sorbonne.

Duchesne c et moi 6 7 devons parler alternativement chacun son tour, selon la matière qu’on a jugée convenable ; et Monsieur Duchesne le jeune et un autre bachelier, curé d’ici, doivent enseigner les cérémonies requises a chaque ordre. Plaise à Notre-Seigneur donner sa sainte bénédiction sur ce bon œuvre, qui semble être utile à son Eglise ! Et je vous prie de le recommander à Notre- Seigneur.

Mais comment se porte la compagnie ? Tout le monde est-il en bonne disposition ? Chacun est-il bien gai ? Les petits règlements s’observent-ils toujours ? Etudie-t-on et s’exerce-t-on sur la controverse ? Y tenez-vous l’ordre prescrit ? Je vous supplie, Monsieur, qu’on travaille à cela qu’on possède bien le petit Bécan 8. Il ne se peut dire combien ce petit livre sert.

Il a plu à Dieu de se servir de ce misérable à la conversion de trois personnes, depuis que je suis parti ; mais il faut que j’avoue que la douceur, l’humilité et la patience, en traitant avec ces pauvres dévoyés, est l’âme de ce bien. Les deux premières personnes ne m’ont guère coûté, parce qu’elles avaient disposition ; mais il m’a fallu employer deux jours avec le troisième. J’ai bien voulu vous dire cela à ma confusion, afin que la compagnie voie que, s’il a plu à Dieu se servir du plus

6. Jérôme Duchesne, docteur de Sorbonne et membre de la communauté de Saint-Nicolas depuis 1612, devint archidiacre de Beauvais. Il avait donné une mission à Montmirail en 1621 en compagnie de saint Vincent. (Abelly, 0 p. cit., t. I, chap. Xin, p. 55.)

7. Saint Vincent expliqua le décalogue. Jérôme Duchesne venait assister à ses entretiens. Il en fut si touché qu’il se sentit porté à faire au saint sa confession générale (Abelly, op. cit., t. I, chap. xxv, p. 118.)

8. Martin Bécan, jésuite belge, a écrit contre les calvinistes un grand nombre d’opuscules. Il a composé en outre une Somme théologique, une Analogie de P Ancien et du Nouveau T estament, un manuel des controverses et un abrégé de ce manuel. Bécan était très goûté à son époque, surtout à cause de sa clarté et de sa méthode.

ignorant et misérable d’icelle, qu’il se servira plus efficacement de chacun de ladite compagnie.

Monseigneur de Beauvais n’a point déterminé le jour qu’on doit commencer la mission en ce diocèse au mois d’octobre. Il veut que je sois en cette première ; mais je tâcherai de prendre le temps pendant l’intervalle pour vous aller voir, afin d’entendre la reddition des comptes de l'intérieur de la compagnie depuis la dernière qu’on a rendue, afin que cela serve de disposition au prochain emploi.

Comment se porte Monsieur Lucas en son travail ? Cet emploi lui revient-il ? Revient-il souper et coucher au collège 9 ? Assiste-t-il point, les fêtes 10, à nos conférences ?

Je vous supphe de saluer toute notre compagnie, en commun et en particulier, et de dire à Monsieur Lucas que je le prie d’assurer Monseigneur de Bazas * 11 de mon très humble service ; et vous, je vous prie d’avoir soin de votre santé et de me mander si Monsieur de Saint- Martin 12 est venu au collège et s’il va voir Monsieur de Bazas avec Monsieur Lucas.

J’oubliais à vous dire que je pense que vous ferez bien de sentir le tailleur qui travaille au logis, s’il a quelque pensée de se donner à la maison 13. Il l’a eue autrefois ; mais sa vue courte et la difficulté qu’il avait de faire parfois la cuisine le retint et moi aussi.

Adieu, mon cher petit père 34. Je suis en l’amour de

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