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A ANTOINE PORTAIL, PRÊTRE DE LA MISSION

AUX GEVENNES

Monsieur,

2i juin 1 63 1 .

J’espère beaucoup de fruit de la bonté de Notre- Seigneur, si l’union, la cordialité et le support sont entre vous deux. Au nom de Dieu, Monsieur, que ce soit là votre grand exercice ; et parce que vous êtes le plus ancien, le second de la compagnie et le supérieur, supportez tout, je dis tout, du bon M. Lucas ; je dis encore tout, de sorte que, vous déposant de la supériorité, ajustez-vous à lui en charité. C’est le moyen par lequel Notre-Seigneur a gagné et dirigé les apôtres et celui seul par lequel vous viendrez à bout de M. Lucas. Selon cela, donnez lieu à son humeur ; ne lui contredites jamais sur l’heure ; mais avertissez-le cordialement et humblement après. Surtout qu’il ne paraisse point au-

4. Des ratures recouvrent .cette phrase et la précédente. La qualité de l’encre permet de croire qu’elles sont de saint Vincent à partir du mot beaucoup.

Lettre 70. — 'Recueil des exhortations et lettres de saint Vincent , deuxième partie, p. 110.

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cune scission entre vous. Vous êtes là sur un théâtre sur lequel un acte d’aigreur est capable de tout gâter, j’espère que vous en userez de la sorte et que Dieu se servira d’un million d’actes de vertu que vous pratiquerez là dedans, comme de base et de fondement au bien que vous devez faire en ce pays-là.

[Avant i632 L]

Je vous remercie de l’argent que [vous] m’avez envoyé, Mademoiselle, et vous prie de vous mortifier d’entendre demain la messe ici, parce que je la dirai dès les quatre heures et que vous ne pourriez vous lever à cette heurelà sans vous mettre en danger de retomber.

Quant au reste, je vous prie une fois pour toutes de n’y point penser, jusques à ce que Notre-Seigneur fasse paraître qu’il le veut, qui donne maintenant les sentiments contraires à cela. L’on désire plusieurs bonnes choses d’un désir qui semble être selon Dieu, et néanmoins il ne l’est pas toujours. Ains Dieu permet cela pour la préparation de l’esprit à être selon ce qu’on désire. Saül cherchait une ânesse ; il trouva un royaume ; saint Louis, la conquête de la terre sainte, et il trouva la conquête de soi-même et de la couronne du ciel. Vous cherchez à devenir la servante de ces pauvres filles * 1 2, et Dieu veut que vous soyez la sienne, et peut-être de plus de per-

Lettre 71. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original. Il n’est pas facile de bien saisir le sens de cette lettre ; l’interprétation qu’en donne Abelly (t. I, chap. xxiv, p. 113) semble quelque peu contradictoire.

1. Cette lettre a été écrite avant la fondation des Filles de la Charité et l’acquisition du prieuré de Saint-Lazare.

2. Les filles que Louise de Marillac employait à l’instruction des enfants dans les villages et au soin des malades dans les confréries de la Charité.

sonnes que vous ne le seriez en cette façon ; et quand vous ne seriez que la sienne, n’est-ce pas assez pour Dieu que votre cœur honore la tranquillité de celui de Notre- Seigneur ? Et il sera propre et en état de le servir. Le royaume de Dieu est la paix au Saint-Esprit ; il régnera en vous, si votre cœur est en paix. Soyez-le donc, Mademoiselle, et vous honorerez souverainement le Dieu de paix et de dilection.

Je me recommande à vos prières et vous souhaite le bonsoir avec autant de tendresse de mon cœur que je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, votre serviteur.

Suscrifttion : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras

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