A FRANÇOIS DU GOUDRAY, PRÊTRE DE LA MISSION
A ROME * 1
Du 20 juillet i63i.
Vous voilà donc enfin arrivé à Rome, où est le chef visible de l’Eglise militante, où sont les corps de saint Pierre et de saint Paul et de tant d’autres martyrs et saints personnages, qui ont d’autres fois donné leur sang et employé toute leur vie pour Jésus-Christ. O Monsieur, que vous êtes heureux de marcher par-dessus la terre où ont marché tant de grands et saints personnages ! Cette considération m’émut tellement lorsque je fus à Rome il y a trente ans 2, que, quoique je fusse chargé de péchés,
Lettre 72. ■ — Reg. 2, p. 1.
1. On sait les démarches inutiles que le saint avait faites en 1628 pour obtenir l’approbation de son Institut. Le seul moyen d’aboutir était d’avoir à Rome un procureur chargé de le représenter et de négocier en son nom. François du Coudray fut choisi et partit en mai 1631. Le 12 janvier 1632, la congrégation de la Mission était officiellement reconnue et les faveurs demandées pour elle accordées.
2. Le voyage que saint Vincent fit à Rome en 1607, après sa captivité, n’était pas le premier. Le saint affirme à plusieurs reprises, dans ses conférences aux missionnaires (Conf. du 17 octobre 165g, 2e point) et aux Filles de la Charité (Conf. du 30 mai 1647 et du
je ne laissai point de m’attendrir, même jusqu’aux larmes, ce me semble. Je pense, Monsieur, que c’est cette même considération qui vous fortifia et conserva la nuit que vous arrivâtes à Rome, là où, après avoir été bien harassé par le chemin de 30 milles que vous fîtes à pied, vous fûtes contraint de coucher sur la dure et de travailler tout le lendemain avec l’ardeur du soleil pour entrer dans la ville. Oh ! que de mérites vous vous êtes acquis par ce moyen !