J. S. DENNIS
| Lieutenant, etc., Donné sous mon seing au Fort de Pierre, Etablissement d'en Bas, ce sixième jour de décembre de l'année de Notre-Seigneur 1869. - ;
Forr De Prerre, 2--80 Pr. M., 6 décembre 1869. (MÉMOIRE.) ‘ Aux Canadiens enrôlés à Winnipig.
L'on m'a dit que les rebelles se montraient en corps dans la ville de Winnipig et qu'ils agissaient de façon à provoquer un conflit avec le parti loyal. Pour le moment, je me refuse de contribuer à précipiter un pareil événement, et je réitère, par conséquent, mes ordies du 4 de ce mois aux Canadiens enrôlés, de quitter la
ville et d'aller s'établir à l’école de Kildonan, où des provisions sont rendues, et.où ils’
seront à portée d'être secourus dans le cas d'attaque.
Il faut que le major Boulton, ou en son absence le Dr. Lynch, voie à ce que cela se fasse. Il va sans dire que si leur départ ne peut avoir lieu sans être cause d’un combat, ils doïvent rester où ils sont, mais sans provoquer d’hostilités. Qu'ils profitent de la nuit
pour venir.
J. $. Denis, - Lieutenant-colonel.
(Æ 4) —— : - - 6 décembre 1869.
Au Colonel Dennis, etc.
Caer Monsreur,—Je profite de l’occasion qui m'est offerte pour écrire que je suis profondément convaincu que vous ne devez faire à présent aucun mouvement agressif.
Je vous en prie, ne recourez pas à l’agression. Je ne désespère pas de la paix. Une guerre civile coûterait beaucoup plus cher que ne valent les prétentions des deux partis. Beaucoup d'autres pensent comme moi. \ !
Tout à vous, .
James Ross.
P. $.—I1 se peut qu'aujourd'hui ou demain vous ayez à recevoir une députation de la population anglaise, qui vous demandera avec instance de‘ne faire aucun mouvement agressif. Je dis à se peut, ne pouvant vous l'annoncer positivement que cette après-midi.
À la hâte.
——— | JR.
‘ Fort DE PIERRE, 6 décembre 1869.
James Ross, Ecr., Winnipig.
Caer Moxsieur,—Je viens de recevoir votre note. Je pense que ma commission me
fait un devoir de ne pas ralentir les préparatifs voulus pour faire cesser, par la force des armes s'il le faut, la rébellion dans l'Etablissement. En même temps, je vous dirai que je :
serais heureux de voir les personnes dont vous parlez. Je ne prendrai pas l'offensive tant que je croirai devoir retarder ce mouvement. Rien ne me serait aussi agréable que de voir la paix se rétablir sans qu’il soit besoin de recourir à la force ; mais on a trop tempo-
risé jusqu'ici, ebil me semble que c’est de 1à que le parti insurrectionnel a recruté sa force’
‘ morale, - É Croyez-moi, ete., ° - J. S. Dennis,
€ L. 3; Fort Garry D'EN BAs, 9 décembre 1869.
Moxsreur,—Pour votre information, j'ai l’honneur de vous faire part des faits suivants venus à ma connaissance ces jours derniers. Selon mes instructions, je me suis rendu vendredi, le 3, à l'établissement écossais, pour organiser des compagnies dans la paroisse, Le lendemain, ; je reçus une lettre, me demandant d'aller chez le Dr. Schultz, et me disant qu’un nombre d'hommes étaient réunis là pour défendre.la place le soir précédent, vu que l’on craignait une attaque des Français. Je m'y rendis le soir après avoir rempli mes autres devoirs, et je vis qu'ils avaient obtenu du renfort, que leur nombre était d’:nviron 69, Canadiens et autres. L'on me dit que le motif de la réunion était la probabilité d’une attaque de la part des Français, qui avaient bu dans les auberges. J'ai inscrit les noms de tous les hommes présents et les ai classés en subdivisions et sections. Ils choïisirent eux-mêmes leurs officiers et sous-officiers, et je les plaçai ensuite dans les maisons de manière à ce qu'ils fussent tous à portée du commandement. Entre neuf et dix heures, vos ordres d'évacuer la place arrivèrent. Comme ïil se faisait tard, que la ville était tranquille et qu'il y avait bon nombre de femmes dans la maison, je crus qu'il valait mieux rester.
Comme les hommes étaient distribués dans troismaisons et qu'ils dormaient, le mémoire ne fut pas communiqué à tous. La ville a été paisible toute la nuit, et le lendemain matin, je suis allé avec M. Snow pour vous veir. Tout était tranquille à mon départ:
Comme c'était le dimanche, je dis à ceux qui n’avaient pas de logis de rester paisibles jusqu’à mon retour. Je ne revins qu'à minuit le même soir, pour la raison que mon cheval était épuisé de fatigue. Une fois chez le Dr. Schultz, je remarquai que le nombre des Français avait augmenté et que la situation paraissait tourner aux hostilités et prendre un aspecs. peu encourageant pour la cause que vous défendez. Ce soir-là, 96 Français quittèrent le fort et “vinrent parader dans la ville. J’ordonnai aux hommes de ne provoquer aucune attaque. La nuit s'est passée sans démonstration de Ia part des Français. Le lendemain matin, j'ai réuni les officiers de la compagnie et quelques autres pour leur communiquer vos ordres et leur démontrer l'inutilité de rester ici, et que s'ils restaient c'était à leur risaue et péril et contrairement à vos crdres.
Je pris l'avis de chacun, et tous convinrent de partir. Je priaien conséquence le Dr. Schultz d’éloigner sa famille etles autres dames. J'ai ensuite dit aux officiers de faire partir leurs hommes un par un durant le jour et avec leurs armes, ou s’ils partaient sans armes, d'attendre que tout fût prêt et de les faire sortir en corps, ce qui pouvait s’exécuter facilement, j'en étais sûr, puisque les Français ne voulaient que leur faire quitter la place et rien de plus. J'ai dit aux officiers de ne pas donner ces ordres aux hommes tant que tout ne serait pas prêt, de”crainte qu'ils fussent connus au dehors et que les Français ne fissent une démonstration, car ï! fallait s occuper d’abord des femmes qu’il y avait dans la maison. Je lui recommandai de partir le plus tôt possible, mais surtout pas plus tard que trois heures. Je partis ensuite avec M. Hallett pour aller à une assemblée à la paroisse, St. Jacques et exercer ensuite quelques compagnies, dans la paroisse Kiüldonan. J’ai pris possession de la maison de M. Prud'homme, pour y placér les hommes, et fait quelques arrangements. J'ai essayé ensuite d'entrer en ville, vers quatre heures, mais cela me fut impossible. Après cela, je vous ai écrit pour vous faire connaître la situation et pour vous dire que je craignais pour eux, mais pas trop, convaincu que j'étais qu'ils pouvaient se retirer librement, s’ils le vouläient, pour la raïson que les Français ne feraient pas feu les premiers. D'un autre côté, la position qu’ils avaient d’abord prise n'avait d'autre but que la protection des maisons où ils étaient et de la propriété du gouvernement, contre un petit nombre de Français, qui, dimanche, . paraissait avoir considérablement augmenté. Plusieurs hommes sont partis * lundi, maïs il ne leur fut pas permis dé revenir. Quant aux événements subséquents, vous en êtes déjà informé. Après mes ordres de ce matin, je ne comprends pas pourquoi il ne sont pas partis.
. J'ai, etc., .
ï C.-W. BouzTon:
(“N) | | Paras Episcopas, 6 décembre 1869.
Au colonel Dennis. ‘ :
Ouen CoLonEt,—[l me fait peine d'avoir à dire que la situation s'aggrave chaque jour de plus en plus. L'absence de manifestations de loyauté de la part de la population anglaise et de détermination à supporter le gouvernement de M. McDougall m'a beaucoup désappointé. Au lieu de voir diminuer la force des insurgés, les observations que j'ai faites aujourd’hui au Fort Garry et les renseignements que je tiens: de M. McTavish et autres personnages dignes de foi me donnent a certitude que plus de 600 hommes sont maintenant sous les armes. Je ne vois pas non plus que l’on puisse compter sur leur manque dè courage ou de détermination. En sus de ce grand déploiement de force, on croit, parait-il, savoir de bonne source qu'il yachez eux détermination de venger toute perte
de vie, si on les attaque, en portant le massacre d une maison à l’autre, ou au moins en
recourant à des assassinats particuliers.
Je crois donc très problématique le succès d’une attaque contre les insurgés avec les forces qüe vous pourrez réunir, et les conséquences de la guerre seront telles qu'une victoire ne sera guère moins fatale qu'une défaite pour l'établissement du gouvernement canadien.
Il ne faut pas que vous croyiez que ceb avis vous est donné par un homme craintif, Bien que je nel’aie encore dit à personne, je suis allé à la première réunion du conseil d’Assiniboia prêt à recommander d’abattre l'insurrection par la force, et lorsque vous êtes entré, j'avais l'espoir qu'un déploiement de force serait suffisant, mais le nombre des insurgés n’a fait qu ‘accroître avec l'opposition, et je pense qu’il peut maintenaint se mesurer avec tous les corps que l’on pourrait y opposer. Je vous conseille donc de renoncer pour le moment à toute idée d'a attaquer la position des Trançais au Fort Garry, de même qu'à tout projet de recourir à la ruse pour vous emparer des rebelles. Repoussez, au moins pour un temps, tout projet de ce genre, dont le résultat ne pourrait être que désastreux. Il ÿ à tout à gagner à attendre, Il se présentera peut-être une occasion de mettre le gouverneur McDougall en communication directe avec les mécontents, et je pense que C'est vers ce but que vous devez diriger vos efforts. D'un autre côté, il serait mal - d'agir avant de connaître au juste les vues du gouvernement caiadies et du peuple sur l'état de choses actuel. Je crois aussi que le peuple mérite que le gouverneur McDougall le consulte. Je suis moi-même un de ceux qui, dans ce moment, n'ont aucune “notion de la nature de son gouvernement. Quant à moi, cela ne m'inquiète guère, car je ne suis pas seulement fidèle à à la reine ; j'ai aussi une entière confiance dans les intentions du Canada. Je sais que tout finira bien, mais une chose importante fait maintenant défaut. L’attitude du gouvernenr MeDougall devrait être très conciliante et l’on devrait faire connaître clairement comment sera administré ce gouvernement, et aller, autant que possible, au-devant des vœux exprimés par les mécontenté, en référer au Canada pour certaines de leurs demandes, maïs prômettre que toutes leurs plaïntes seront libéralement prises en considération.
Cette condescendance peut répugner,sans doute, mais la crise ‘est grave pour le Canada, et elle demande à être traitée avec beaucoup de sagesse. Je ne parlerais pas ainsi sans la certitude où je suis qu’une attaque serait inconsidérée, tant que le nombre actuel des insurgés se maintiendra, et si je ne considérais pas que les personnes à la fois autorisées et compétentes doivent essayer de s'expliquer avec eux avant de hasarder une attaque.
L'ancien gouvernement d’Assiniboia ne pouvait, faute de renseignements, faire lui-même ces démarches ; ; son rôle devait se borner à conseiller l'obéissance, mais les circonstances actuelles exigent plus que cela.
Je suis avec considération, ete. ,
R. Terre DE RUrERT.
* Sans donte de la maison du Dr. Schultz. .
[“0.”] Pazais Episcopar, 7' décembre 1869.
__ Owen Coronzz DENNIS,—-Il est rumeur que, vous vous proposez de venir immédiatement avec les forces à votre disposition. Je ne crois pas cette rumeur fondée, mais ce dont je suis sûr, c’est que toute tentative de ce genre est maintenant inutile. A l'heure qu’il est, ils ont environ 60 prisonniers, ils sont plus de 600 et leur enthousiasme ne connaît plus de bornes, Force vous est de rester inactif, car il pourrait y aller de la vie des prisonniers. La vérité est, je le crains, que rien ne peut être fait par vous ; il ne peut résulter maintenant que du mal d’une attaque. | «Je suis très sincèrement, etc., R. Terre De Rurerr.
Oxer CoLonEz DENNIs,—Je partage en tout point l'avis de l'évêque. J. MCcLEAX, archi-diacre.
À Æ. B. Bannatyne, écr., Winnipig.
Cner Moxsieur,—J'espère que l'incluse convaincra le parti français de mon désir d'éviter d'en venir aux mains à propos d’une question qui, j'en suis sûr, peut être réglée pacifiquement, Veuillez avoir la bonté de faire connaître aux personnes qui ont pris les armes que je serais bien aise de contribuer de toute manière à une entente.
Le document sera imprimé et distribué aujourd’hui.
‘ - Croyez-moi, ete., J. S. Dennis.
[“P”] Fort 'GaRRY D'EN BAS, RIVIÈRE-ROUGE, 9 Décembre 1869.
À tous ceux que ces présentes concernent.
“ Certains papiers imprimés d’une date récente eb mis en circulation par le parti français, disent que ceux qui sont maintenant sous les armes veulent avoir une entrevue avec le lieutenant-gouverneur, dans le but de lui soumettre leurs prétendus droits. Je désire que cette nouvelle se réalise, car elle pourrait “produire de bons résultats. Croyant que le parti sous les armes est sincère dans son désir de la paix, et étant convaincu que la révocation del'appel aux armes des sujets loyaux, dans l'espoir d’une telle entrevue, délivrerait la situation de beaucoup d’embarras et contribuerait à rétablir la paix et sauverait le pays de la ruine et de la désolation, j’exhorte le parti loyal dans le territoire du Nord- Ouest et je lui ordonne de cesser toute démarche en conformité de l'appel aux armes que j'ai fait, et j'exhorte le parti français à donner au peuple une preuve qu'il désire sincèrement voir la fin des troubles qui agitent leur patrie, en envoyant, dans un cour délai, une députation au lieutenant-gouverneur, à Pembina.
“ Donné sous mon seing, au Fort Garry d’en Bas, ce 9 décembre 1869.
#J, $. DENNIs,
“Lieutenant eb Conservateur de la paix “dans et pour les territoires du Nor d-Ouest.’
AU COLONEL DENIS. — JT ai été chez Dease faire ma commission. M. Dease a pris la lettre et m'a dit ne pouvoir rien faire parce qu'il était trop tard; qu'il ne pouvait bouger sans avoir quelqu'un derrière lui chargé de surveiller ses actions. Il ne voulait
‘ donner aucune lettre. Il craignait que je ne fusse arrêté, Il m’a chargé de vous dire qu'il
ne savait que faire actuellement, La seulé décision prise, à leur ‘assemblée est: qu'ils doivent se tenir ensemble, âfin que les Français ne puissent les contraindre autrement que par la force à joindre leur parti. Ila dit aussi que son parti n’aimerait pas à se battre contre les Français, mais que jamais non plus il ne se battrait contre le gouvernement. C'est là tout ce qu'il m'a dit, sauf qu'il était sans nouvelle aucune.
ST. BoNIFACE, 5 décembre 1869.
RôLe de service signé par l'effectif de la Rivière-Rouge, Fort de Pierre, Etablissement de la Rivière-Rouge, Territoires du Nord-Ouest, ler décembre 1869, ‘
Considérant que des corps nombreux d'hommes armés, illégalement rassemblés, ont commis dans ces dernières semaines de actes de violence contre la paix publique 'et protesté contre les autorités existantes ;
Nous, soussignés, avons consenti et consentons par le présent à nous enrôler et à servir sous les ordres du lieutenant-colonel Dennis et de l'officier ou des officiers qu'il pourra nommer, pour arrêter et repousser, par la' force des armes si-c’est nécessaire, les corps armés ainsi illégalement formés eb agissant comme susdit, et nous consentons à fournir les armes et munitions que nous avons pour le dit service.