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AVERTISSEMENT

Un premier volume, où les lettres de jeunesse sont reliées entre elles par un commentaire biographique, a montré la formation d'Eugène Fromentin, d'abord poète, écrivain, en proie au romantisme sentimental dont vécut sa génération, puis s'en évadant peu à peu pour s'absorber dans l'art de peindre (1). Deux courts séjours en Algérie, en 1846 et en 1847-1848, lui ont révélé l'Orient ; il a trouvé sa voie. L'année 1848 s'écoule, de mai à octobre, dans les environs de La Rochelle, à Saint-Maurice et à Lafond. Là, les troubles politiques, les entraves mises par la famille au développement de la vocation artistique ont déterminé chez le jtMine hoinmr une crise de sensibilité qui a faiUi Tairt' soinhi»M' au port son talenl méconnu. Mais la fainillo a cédé. Fromentin rentre à Paris, porteur iruue admirable floraison de dessins algériens, liche (!<» souvenirs lumineux que le temps va lentement polir et

(1) Eugène Frombntin, Lettres de jeunesse. — Biographie et notes par Pierre Blanchon. — Librairie Plon-Noiirrit et. C", 1909.

qui fourniront la matière du Sahara et du Sahel. C'est à ce tournant de sa vie que nous le retrouvons. Le nouveau recueil que voici contiendra des notes biographiques un peu moins étendues que le premier, plus de lacunes assurément. Le peintre écrivain va conquérir la célébrité. Sa vie, sauf deux ou trois mois chaque année, se passe à Paris. Ses amis l'entourent. Armand du Mesnil, noble esprit et grand cœur, l'encourage, exerce sur sa production intellectuelle l'influence la plus clairvoyante et la plus heureuse. Fromentin s'abandonne aux joies du foyer. Dès lors, le temps est passé pour lui d'écrire ces lettres intimes, toutes d'analyse psychologique et de sentiment, qu'échangent entre eux les jeunes gens à l'âme profonde. Ses idées artistiques, il les mûrit solitairement, il les jette au vent des causeries familières, en attendant le jour où il lui sera donné d'en formuler l'essentiel dans les Maîtres d'autrefois.

Que ne possédons-nous, même par fragments, ces conversations d'atelier où Eugène Fromentin donnait la réplique à Gustave Moreau, le créateur original et subtil aux côtés duquel, vingt-cinq années durant, il travailla dans une communion féconde ! Combien il est regrettable aussi qu'aucun des élèves du peintre de l'Algérie ne nous ait conservé la trace écrite du haut enseignement qu'il savait donner aux jeunes gens de son entourage 1

Quelques notes d'art, de courts fragments des

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carnets de voyage, des impressions cristallisées toutes fraîches en marge d'un catalogue de musée devant le tableau qui les fit naître, montreront dans Eugène Fromentin la sensibilité aux prises avec la pensée critique et la science du métier. Il n'est spectacle, semble-t-il, d'un attrait plus vif au regard des artistes et des curieux de psychologie.

Rien de piquant, rien d'instructif encore comme de relire un demi-siècle plus tard les jugements portés à l'origine sur des œuvres de valeur. Les comptes rendus annuels des Salons de Fromentin dans les principales publications du temps ont donc fait ici l'objet d'extraits ou de brèves analyses.

Un dernier chapitre, laissant de côté l'écrivain, qu'on ne saurait aborder en si peu d'e-pace, tente de définir en qu3lques mots le peintre dans sa dernière manière et de préciser l'influence qu'il exerça sur les artistes de son temps, enfin d'ébaucher un portrait de l'homme tel que l'ont connu. (mi s( s jours de célébrité, ses familiers et ses admirateurs.

Une bibliographie assez étendue, sans prétendre à être complète, esl placée à la fin du vohiiuiv Ell»^ sera de quelque secoin^s à ceux qui, abordaiil Télndt^ du maître, auront h^ (h^sseiii (\o la poiissiM- j)ln^ à fond.

En définitive, s'il pénètre moins avant dans l'intimité de l'auteur de Dominique, d'année en année plus jalousement interdite aux profanes, ce nouveau volume d(^ correspondance et d'extraits suit néan-

moins pas à pas le développement de l'artiste, en même temps qu'il vient marquer d'un trait plus vigoureux la figure naguère esquissée au cours du premier.

De cette double publication, ni l'homme, ni le peintre, ni l'écrivain ne sortira diminué. Ses fidèles sauront mieux ce qu'ils aiment en lui, ce qui le grandit à leurs yeux. Tel fut, en mettant au jour ces documents, l'ardent souci du commentateur (1).

(1) Aux personnes que j'étais heureux de remercier en tête des Lettres de jeunesse, et tout d'abord à Mme Alexandre Billotte, fille d'Eugène Fromentin, dont le concours a assuré cette publication tout entière, qu'il me soit permis d'ajouter quelques-uns des collaborateurs auxquels je dois plus particulièrement la matière de ce dernier volume : M. René Billotte, le neveu de l'artiste et le gardien scrupuleux de sa mémoire, a bien voulu me communiquer les lettres reçues par lui de Fromentin en 1870-1871 et m'autoriser à faire état des vivants souvenirs de son intimité avec le maître. — Mme Aurore Lauth-Sand a consenti à livrer au public, en 1909, dans \d. Revue de Paris, aujourd'hui dans les pages qui suivent, la correspondance entre son illustre aïeule et le peintre de l'Algérie. — Mme Charles Busson et Mme Sautai, sa fille, Mlle Jeanne Bida, Mme Hamman, née Protais, ont mis de fort bonne grâce à ma disposition les lettres adressées à MM. Charles Busson, Alexandre Bida et Alexandre Protais avec lesquels Fromentin entretenait dans les dernières années de sa vie les relations les plus cordiales. — L'obligeante communication faite par M. Gaston Périer de la correspondance de son grand-père, M. Gaston Romieux, me permet d'offrir aux admirateurs de Dominique les seules pages où l'auteur ait causé avec un entier abandon du roman cher à tous les esprits délicats.

A ceux que je viens de nommer, à ceux aussi que j'ai dû me contenter de mentionner au cours de la correspondance et de nouveau à Mlle Lilia Beltrémieux et à Mme Ralph Wilson,née Bataillard, dont la contribution à ce dernier volume demeure inappréciable, j'adresse ici l'expression de ma très vive gratitude.

ET

FRAGMENTS INEDITS

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