‹ Correspondance et mémoires d'un voyageur en Orient (volume 2)Chapitre 13 sur 28 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

§. I. —Ce que se propose l'auteur de cet écrit.

L'amour-propre de chaque nation aspirant à une antiquité d'origine qui se perde dans la nuit du passé , ses annales , ses traditions et ses légendes exposent les titres de sa généalogie; et, si les preuves ne sont ni lucides ni assez abondantes , il se trouve d'ordinaire quelque auteur dont rîmagination se charge complaisamment d'y suppléer. Sans vouloir contester ici les prétentions d'aucun peuple en particulier y nous dirons seulement que les races comprises dans la famille dite de Sem ou sémitiques » peuvent , avec raison, revendiquer ce mérite, qui constitue comme la vieilte noblesse de l'humanité. Le livre de Moïse, considéré sous le rapport de la pure critique, est encore te titre de ce genre le plus in^éfragable; et , après les Juifs , dont il est l'histoire et le code religieux , nul autre peuple ne peut invoquer le même témoignage avec plus de droit que les Ghaldéens.

Maintenant, tious cherchons à établir un fait digne d'at-

tention , et peut-être nouveau , c'est que la natÎDD chaU déenne , la même qu'ont citée les auteurs sacrés et profanes, dès la plus haute antiquité , existe actuellement au centre de TAsie occidentale, et s'y est conservée dans son intégrité primitive. A cette démonstration se lie un ordre de questions importantes pour Thistoire orientale et dignes d'un examen sérieux ; puisqu'elles contredisent des opinions accréditées par la science actuelle. En mettant toute la clarté possible dans l'exposition des preuves, nous rappellerons au lecteur que, ces pages étant écrites au pied même des montagnes des Ghaldéens et dans le dénûment scientifique du voyage , il ne doit point être trop exigeant. Un jour, nous pourrons. Dieu aidant, traiter les mêmes matières avec plus de correction et de développement.

§. II.— De l'étendue et de la positioa du pays des Ghaldéens.

S'il est dans la géographie ancienne un pays dont les limites ne puissent être tracées d'une manière claire et précise , assurément c'est la Chaldée. Cette région , comme celle des Mèdes > des Parthes et des Arméniens , reste de loin enveloppée des obscurités et du vague d'une terre inconnue. Le voyageur arrive-t-il sur les lieux , il les voit éclairés d'une lumière qui dissipe toutes les ombres ; et il conçoit que l'éloignement seul est la cause des incertitudes ou des erreurs qui le trompaient lui-même.

Les livres anciens , et surtout les Saintes-Lettres , nous font chercher la Chaldée, tantêt au milieu des ruines de Babylone , ou dans la Mésopotamie , tantôt dans les plaines du Sindjar, ou aux environs de Ninive, puis, enfin, dans les montagnes qui séparent de ces contrées la Médie et la

terre des Arméoiens. Ezéchiel met dans la boache de Dieu ees paroles : «c Je conduirai mon peuple à Babel , au pays a des Chaldéens '. y> Abraham était né àUr, ville des Ghaldéens *, que , d'après un passage d'Ammien Marcellin ^, on croit retrouver dans le désert de Nisibe. Jérémie répète en plusieurs endroits que la région des Chaldéens est au nord de la Palestine ^. Mais ce renseignement n'éclaircit rien , l'Assyrie et la Syrie ^ étant situées dans la même direction. L'idée imparfaite que les auteurs sacrés avaient de la configuration de la terre, représentée par eux comme quadrangulaire ^ et enveloppée de l'Océan , ne pouvait être rectifiée par les explorations des voyages ; puisque la loi interdisait toute communication avec les infidèles du dehors. Du reste , les documents fournis par les écrivains de la Grèce et de Rome , étant moins complets et comparativement plus modernes, ne peuvent résoudre les mêmes difficultés. C'est ici le lieu de regretter la perte de l'histoire de Bérose , prêtre de Bélus , sur les antiquités de la Babylonie y et la destruction des archives qu'il avait consultées. Cependant la critique peut , à l'aide d'inductions et de raisonnements , coordonner ce qui semble d'abord contradictoire ; et 9 de prémisses mal formulées , il sort quelquefois une conclusion satisfaisante. La confusion apparente des témoignages qui nous montrent les Chaldéens répandus depuis l'ancienne Susiane jusqu'à la chaîne du Taurus et

' I, Moue, Xfl, 13.

* I, Moïse, XI, 27, 28.

» Lib. XXV, cap. 8.

Page 1