‹ Correspondance et mémoires d'un voyageur en Orient (volume 2)Chapitre 14 sur 28 · I, 13, 14. 16.-111, 12, 18.-IV · texte numérisé non relu

I, 13, 14. 16.-111, 12, 18.-IV

* Dan., XI, 6, 7, 8.— Zeph., Il, 13.

* Job, XXXVII, 3.— XXXVIII, 13.-l8aïe, XI, !2.-Ezech., XXV, 4.-JadUb, XVI, 5.

— leo —

du Niphate ne prouverait-elle point que réellement la Chaldée embrassait toute cette étendue de pays et qu'elle était le nom général de régions désignées simultanément par un nom particulier? Cette question se résoudra d'ellemême par lexamen de celle qu elle itnpliqne sur l'origine et l'état des Ghaldéens anciens et modernes.

. §. m. — De l^origine des Ghaldéens et de lem* première société.

Le nom primitif sous lequel les Ghaldéens apparaissent dans rÉcriture-Sainte est celui de Cdsedm '. Les commentateurs ont proposé des étymologies peu satisfaisantes de cette dénomination, qu'il convient mieux, suivant nous, de considérer comme un nom propre de tribu , distinction encore usitée parmi tous les anciens peuj^s de l'Orient , entre autres chez les descendants des Ghaldéens, ainsi que nous le dirons subséquemment. Dans cette supposition , la branche première de la famille chaldéenne sortirait de la même souche que la famille du peuple juif ; puisque ' Gésed, son chef probable , était fils de Nachor, frère d'Abraham ^ lequel quitta la ville d'Ur-Gasedim, pour aller s'établir dans la terre de Ghanaan ^.

Cette communauté d'origine prouve un fait important,

' On le rapporte À la racine arabe Cctsed, errer, signification qai exprimerait la vie nomade de ce peuple. — Eichborn'sallgem. biblioth. der bibliscben litter. Th. X. s. 425. — Mais ce sens ne peut convenir i toute la nation chaldéenne, dont une partie considérable était agricole et habitait des villes. Le nom û'Ur-Casedim, cité chaldéenne , confirme cette observation pour les temps les plus reculés.

» I. Moïse, XXII, 22.

3 I, MoUse, XI, 26.

* I, Moïse, XI, 28.-Néhem., IX, 7.

a savoir : que la langue des Ghaidéeos était dès le priri'^ cipe la même que celle du patriarche , père du peuple élu de Dieu. Le langage de ces deux nations , commun è tous les dfôcendants de Sem ', a été pour ce motif appelé Sém^^ tique : dénomination plus juste que celle d'Âraméen, adoptée par quelques savants, puisqu'elle est plus générale. Ce* pendant son acception n est pas encore assez étendue pour comprendre plusieurs autres peuples parlant ses dtalecteâ , tels que les Phéniciens et toutes ces tribus de la; race de Cham répandues dans l'Ethiopie , l'Egypte et le pays de Chanaan '.

Les Livres Sacrés, qui sont ici notre unique guide, s W priment assez clairement pour, nous faire supposer que le peuple fixé primitivement dans la Babylonie avait avec les Ghaldéens un langage commun , s'il ne descendait pas directement de la même souche. En effet , ou les fondateurs de Babel ^, d'Erek *, d'Accad ^ et de Cioleneh * ; dans la terre de Stnéar, étaient de la même tribu que Nemrod , leur chef , et , dans ce cas , ils sortaient de Couch , père

' I, Moïse, X, 31.

* I, MoKse, X, 6, 21. —Journal des savanls, novém. 1823, p 651.

^ Bab^lonc. Buxlorf lexic. cbald. Talmud, p. 233.--GeBea)asLehr* gebaudedcr bebr. Spracbe S. 134.

"* On a longuement écrit sur la position de cette ville. (Cellayus, not. orb. ant., t. 1, p. 833). Entre toutes les opinions, celle de Bochari nous semble la plus probable. —Arocca ou Àrecba ( Ptolem., lib. YI, cap. 3. — Aromien Marcel., lib. XXIU, cap. C) serait la cité d'ArderiJui. mentionnée par Hérodote.

"^ Bocbart place Accad sur les bords de TArgade, rivière mentionnée par Ëlieo. Saint Jérôme et saint Ëpbrem pensaient que c'était Nisibe.

^ On s'accorde généralement à placer cette ville au tieu qu'occupa Ctésiphon, l'Al-madain des Arabes. Saint Jérôme nous dit, dans son commentaire sur )a Genèse : « Chalanne, qusB postea, verso nomine, a Seleuco regeestdicta Seleucia, vel certe qus nunc KTitai^wv appellatnr.»

II, a

des Éthiopiens * , dont le langage a les plus intimes analogies avec le chaldéen; oa» ce qai est pins vraisemblable, ces aborigènes étaieat des tribus de ta famille sémitique qui avaient pris antérieurement possession du sol, et qu'avait asservies à sa domination le premier homme Violent. Dans i*ud ou l'autre cas , ils ne pouvaient parler un idiome différent de celui des peuples dits sémitiques et araméens , trait essentiel de leur caractère » sur lequel nous ne pouvons trop insister, parce qu'il les fera reconnaître dans leur cionfrontatîon av^ un peuple plus moderne. La nature da dialecte samaritain, né du mélange des Babyloniens et des Erékiens "" avec les restes de l'ancienne population , dans le territoire de Samarie, prouve la justesse de celle observation.

Ç. IV. — De Ninive, second établissement social des Clialdéens.

p€û après que Babylone eut été bâtie sur les rives de l'Ëupbrate, une autre ville, noQ moins célèbre et aussi florissante, s'éleva plus au nord, sur les bords du Tigre. C'était Ninive. On a prétendu qu'elle avait également pour fondateur Nemrod : opinion qui contrarie le texte sacré, et qui s'oppose  l'interprétation généralement reçues. Ce qu'on

' I, Moïse, X, )0. — Id. ihid., 7, 8.

* Esdras, IV, 9.— Ce peuple, faisant partie des colons transportés en Palestine de la Babylonie , de la Susianc et du pays des Elymécns, habitait vraisemblablement la ville d'Erek.

' D'après ce sentiment , on établit une liaison qui n'existe pas entre le verset 10 et U du chapitre X précité (Genèse); et Ton veut qu*Âssur soit un nom de pays, bien qu'il fallût alors grammaticalement le signe de raccusatif ; au lieu d'être le nom du fils de Sem. (td. ihid. 22 }. En outre, on est en désaccord avec les auteurs profanes, qui, loin de constater cette identité, appellent Ninus le fondateur de Ninive. (Diodore de &icile, t. Il, cap. 1. Gtésias.) — Les écrivains arméniens donnent seu-

peut admettre avec vraisemblance, c'est que Ninive fut assujétie de bonue heure aux souverains de Babylone. Bar- Hebraeus dit eflectivement * que, au temps d'Arpaxad, cinquième roi de Babylone , le monarque d'Assyrie se récolta contre les Chaldéens, dont la puissance avait faibli, et les vainquit, ainsi que les Mèdes. Dès lors ce royaume acquit rapidement une grande extension ; puisque le faux prophète Biléam menace déjà de la vengeance des Assyriens la tribu chananéenne des Kénites , errante sur la rive orientale du Jourdain.

Le nom de Chaldéens donné constamment aux habitants de Babylone par Bar-Hebrasus , historien de la même nation, qui avait sous la main des ouvrages anciens, actuellement perdus, concorde avec la tradition orale que nous avons recueillie sur les lieux où il naquit, et qui fixe aux environs de Bagdad rétablissement primitif des tribus chaldéennes. Les témoignages populaires ne sont point à dédaigner chez les nations de TOrient. Foulées depuis des siècles par de durs oppresseurs et consolées seulement par les souvenirs du passé , elles persistent dans leurs coutumes, avec une persévérance incompréhensible à notre mobilité inquiète >.

lement à Nemrod le nom de Bel , qui peut lui convenir k raison de la signification de Maître ou Seigneur^ ou bien parce qu*il éleva À l'bonneur du dieu Bélus un temple, supposition que confirmeraient les traditions persanes, qui font de ce prince , d'après Tautorité de rAIcoraQ , rinventeur et le propagateur de l'idolâtrie sur la terre. ( P^oy, le Rouzet-el-Sefahde Mirkoud, et Bibl. orient. d'Herbelot.)

' Bar. Hebr. Syr., Chr., p. 1 1 .

' C'est ainsi que nous avons vu avec étonnement le nom de J7ouchenaq, fille de Darius Godoman , porté par une simple paysanne du paysd'Ourmi. (Bar. Hebrsus, chron. Syri., p. 9.)

Les Babyloniens représenteront pour nous les fils aines de la famille chaldéenne, dont la branche la plus illustre est ensuite celle des descendants d'Assur. Le peuple de Ninive ayant secoué le joug de son rival , le peuple de Babylone conserva longtemps la supériorité nationale, quil devait à son ciel moins énervant, et surtout à ses montagnes , dont la nature rude et pauvre rendait plus capables de fatigues et plus avides de conquêtes les tribus qui les habitaient. En effet, Salmanassar, le destructeur de Samarie, l'aurait-il repeuplée avec des colons babyloniens, si ceux-ci n'avaient été ses vassaux'? Depuis Amraphel% roi de Sinéar, qui, ligué avec le roi d'Ëlam , livra la guerre aux chefs de plusieurs tribus chananéennes, l'Écriture Sainte garde un silence absolu sur les souverains de Babylone; tandis quelle mentionne les monarques d'Assyrie ^. C'est que ceux-ci exerçaient une autorité suprême sur la Babylonie, dont le chef, préposé par eux, ne remplissait que les fonctions subalternes d'un viceroi. Tel était Mérodach-Baladan , cité par Ptolémée sous le nom de Mardokempadus , qui proposa au roi de Juda de lui prêter appui contre les Assyriens^. La force seule contenant dans le devoir ces gouverneurs d un ancien empire, leurs efforts pour s'affranchir des liens d'une suzeraineté incommode entraînaient TÉtat dans des révolutions perpétuelles. Mérodach-Baladan , usurpateur de la couronne, enlevée à un prince que Bérose nomme Acise ^, ne

' II. Rois, XVII, 24.

' I, Moïse, XIV, 1.

3 IV, Moïse, XXIV, 24; psaume LXXXIII, 9; II, Rois, XV. 13; Isûie, VII,6;II, Rois,XVÏ, 6-8.

* IL Rois, XX, 12.— Isale. XXXIX, 1.

^ Cbron. Armén.d'Eusébe, t. II p. 42, 43.

jouit que six mois des fruits de son forfait ; puisqu*il fut renversé par Bélibe , ouËlibe , que Sanhéribe combattit comme rebelle et traîna captif à sa capitale, après avoir mis à sa place son propre fils Esarhaddon ' . La nécessité de comprimer ces dissensions intestines obligeait le monarque de Ninive a entretenir dans Babylone une garnison assez forte pour assurer sa suprématie politique.

Ces guerriers étaient des Chaldéens d* Assyrie, ayant une origine et un langage communs avec les habitants de Babylone*, mais beaucoup moins avancés dans la civilisation. Peuple pasteur et montagnard , il est dépeint par le prophète Habacuc^ avec de sombres couleurs. Celte colonie militaire, qui forma dans la suite une garde prétorienne, comme celle des janissaires et des mamelouks , retirant et conférant le pouvoir, suivant ses intérêts ou ses caprices, n'aurait-elle pris possession de Babylone qu'au temps de Salmanassar? Le prophète Isaïe les appelle un peuple maveau ^. De là on a conclu que les Chaldéens étaient nonseulement un peuple distinct des Assyriens, mais que au lieu d'entrer en conquérants dans la Babylonie , ils avaient été vaincus par les Assyriens, leurs ennemis, qui , pour les retenir plus sûrement dans la servitude , les avaient transplantés dans des contrées désertes^. Puis , suivant la même

' Isaïe, XXXVII, 37, 38.

" Jérémie, XXIV, 5.--XXV, 12.— Ezéch. XII, 13.— XXÏ, 27.

* Hab. 1,6,14.

4 Isaïe, XXIII, 13.

' Michàëlis Specileg. geogr. Hcbr. exters, p. H, p. 77, 103.— Orjeiit. biblioth., XVII, 264. Supplem. adiex. Hebr., p. 1367.— Ritter, Geogr. Asie, V th., §. éO, p. 798.— Âdclung Milhrid., I,p. 314.— Eicborn Repert, VIII, I13.-Geseiiius, Comment, ad IsaKe, XXIII, 13. — HofTms, gramm. Syria., p. 4 , 16.— Norberg, de Chaldsis septentr. originis in seicctis opusculis acadcmicis , p. 111, p. 150.

interprétation, cette race, au lieu d'être sémitique, serait médo-persane ; et le Gurdistan aurait été le lieu assigné pour son exil.

$. y. — Le témoignage du prophète Isaïe conûrme et ne détruit

point notre opinion.

D abord , voyons ce que dit le prophète. Le verset en question est détaché d un chapitre où il se propose de ramener le peuple juif à des sentiments humbles et à une crainte salutaire des châtiments de Dieu. Les prospérités de la terre s'évanouissent comme un songe; pour le prouver, il met en scène Sidon , environnée de toute la pompe de sa puissance ; et il se demande qui a forcé ses citadelles et ruiné ses palais. «Regardez, dit-il, la terre des Chalii déens , ce peuple qui n* était pas y et qu Âssur avait établi « dans des lieux désolés'.» Voilà les instruments de la vengeance céleste. Sans doute Isaïe fait allusion à la conquête de la Phénicie par le successeur de Thiglathpilesar, Salmanassar, ce roi qui éleva la monarchie assyrienne au plus haut degré de gloire, en rendant tributaire Hosée, roi d'Israël "", et en saccageant Samarie, dont il dispersa la population captive dans la Mésopotamie , TÂssyrie et le pays des Mèdes. De ces paroles si concises, comment induire que les Ghaldéens sont un peuple moderne et des soldats mercenaires, que le souverain deNinive incorporait dans ses armées , soit qu'il leur donnât une solde , soit qu'il exigeât ce service comme prix des terres assignées à leurs colonies? Pourquoi ne pas s'attacher au sens premier et

' H, Rois, XVII, 8.

naturel da texte , qui rappelle seulement ce fait : que les Chaldéens ne commencèrent à devenir un peuple, que lorsque le fondateur de Ninive, Assur, les réunit aux bords du Tigre. Ce témoignage ^ ijiterprété. de la sorte » acquiert d autant plus d'importance, qu'il confirme la communauté d'origine de la population des deux.graodes capi-' taies, comme nous ledidioDS.précédemment'.

Si on explique l'expression de peuple Qmn'éUdLpoB^ dans le sens de Nouveau, de Moderne, comment concilier ces paroles avec celles du prophète Jérémie, qui appelle les Chaldéens un peuple aussi ancien que le monde""? De plus^ à quelle famille rattachera-t-on les Chaldéens de la ville d'Ur, patrie d'Abraham? Étaient-ils les mêmes que ceux mentionnés par Job^ et que ces tribus, placées dans la Mésopotamie par le prophète Ëzéchiel , sur les rives du Chaboras^? On ne résout donc aucune difficulté en distinguant des autres tribus ces Chaldéens, conquérants de la Babylonie et de la Phénicie, et en leur assignant une race différente. Tout, au contraire, devient comprébenàible et net, en considérant chaque tribu de ce nom comme au^ tant de branches d'une seule ancienne famille , éparse dans la terre de Babylone, dans la Mésopotamie, dans la Syrie occidentale , et dans tout le royaume d'Assyrie.

* Hérodote , l'historien de la Grëc6 qui donne sur ces contrées les renseignemenis les plus précis, nous représente les Assyriens elles Chaldéens comme un seul peuple que le roi de Perse avait pris à son service, Liv. VII, §. 63.

* jér.,v, 15, ohrm m*

* Job, I, 17.- Ézéch.I, 3.

§. YI. — Des monts Cardou , antique et perpétuelle résidence

des Chaldéens.

Les Chaldéens habitent encore les montagnes dont la chaîne épanouie entre Mossoul , Diarbekir, Van et Suleimania , couvre le pays de ses innombrables rameaux. Retranchés là , comme dans une forteresse inexpugnable, ils se sont maintenus dans une indépendance et une liberté sauvage, qu'ils prisent toujours au-dessus de tous les autres biens. Ces monts portaient anciennement le nom de Gorduiens , Carduiens ou Cardou • , d après récriture et la prononciation des Chaldéens et le témoignage des Li vresSacrés. La version syriaque*, en effet, ne dît pas, comme le texte hébreu et la tradition arménienne ^ , que FArche se soit arrêtée au mont Ararat, mais bien sur le sommet de la montagne Cardou.

Les premiers chrétiens bâtirent, au lieu désigné par la tradition, un couvent, dit le Monastère de TArche ^, oii ils célébraient une fête annuelle, en mémoire du jour oii le patriarche en était sorti avec sa famille ^\ Selon le compagnon de voyage de Tabbé Sestini ^, Sullivan , des dervi-

' StraboD, lib. XVI. t* ^«pî ro/)<ft/*iovj.— Gellarius» lib. III* cap. \ 1. Assemani , Biblioth. orient., t. III, p. 2, p. 734.

' Touré Cardou, 09^JD «*f Q^

^ I, Moïse, YIII, 4.— Moïse de Chorène, Hb. II , cap. 6, p. 90. — Tchamtch., t. II, p. 837.— Geogr.ancien.de TArmén., p. 377.— ToUrnefort, t. III, p. 316. — Travels of Morier, p. 312.— Commencement de rbistoire arménienne de Jean YI, le Patriarche. — Eusèbe, prép. évang., lib. IX, cbap. il, 12.

^ Beit-Chévélab,

^ Assem.. Biblioth. orient., t. Il, p. 113.

^ ^ennelj's illastr. of the history of the expcd. of Cyrus, p. 16?.

ches musulmans y entretiennent actuellement, dans un oratoire, le feu perpétuel d'une lampe. On montre toujours au voyageur ce sommet vénéré, sur le chemin de Mossoul à Amadia; les Turcs l'appellent Dj(mdi\ Alors le mont Cardon serait le même que TArarat , nommé Hacis par les Arméniens*, et Agri-dagh par les mahoraétans, opinions dont le désaccord , loin de nuire à la concorde des textes sacrés, prouve, au contraire , que ce fait mémorable s'est accompli dans cette "partie de l'Asie. Les monts Cardou, Macis, Ararat ne sont d'ailleurs que des anneaux de l'immense chaîne appelée Taurus ^, qui, du Liban

' C'est ce qui fait dire à l'auteur turc Véhebi , dans son poëme didactique de Tukhfé Yéliebi.

3I Aâ» i^^^^s*- ^à çUd c^«XajI ^yJ (^A'^

^ Saint Martin, Mém. sur l'Ann., t. I. p. 49-264. ~Ker Porter Travels, t. I, p. 182, 184, t. II, p. 636.^ Parmi les Arméniens, plusieurs montagnes disputent à l'Ararat Thonneur d'avoir servi de port au vaisseau de Noè. Ainsi , on nous a indiqué comme le Macis an pic très* élevé, qui domine les solitudes où mourut saint Grégoire rilluminatear, dans le voisinage d'Erzingam. Quelques-uns citent encore l'Arakadz, dont le sommet est blanchi par des neiges éternelles, comme celui de l'Ararat, auquel il est opposé. On découvre encore, à l'ouest du lac de Van, une haute montagne, que l'on nomme Subhan Thag , parce que le patriarche ou prophète Noë, au rapport des Turcs et des Curdes , descendant de Tarcbe, prononça ces mots : « Subhan Allah , » c'est-à-dire , gloire à Dieu. Nous traduisons surtout ce mot, d'après le sens primitif de son radical chaldécn , qui revient continuellement dans la liturgie , sous la forme de Chevoukhlaf Tichevoukhla^ Gloire, Honneur. Gr&m, arab. de H. deSacy, t. II, p. 70. La hauteur de cette montagne, que Mac- Kinnelr appelle Sipan, est fixée à 1 1 .000 pieds au-dessus du niveau de la mer.— Denys, dans sa chronique, qui remonte à l'année des Grecs , 1077 , rapporte que l'arche aborda au mont Cardou.— Assem., Bibliotb. orient., t. III, p. 1, p. 2l7.

' Taurus est le mot Tor ou Taur, ( 9olZ <1cs langues ciialdcenno ,

jusqu'au Caucase, divise et morcelle le sol de l'Asie occidentale y en prenant des noms diiïérents.

En insistant sur ce point, nous voulions montrer l'ancienneté historique des monts Gardou, que nous pensons avoir été constamment le pays central des Chaldéens. L'af- Gnité de ces deux noms est sensible pour quiconque connaît les lois de permutation qui régissent les radicaux des dialectes sémitiques '. Cette contrée est certainement celle que Plutarque, dans la vie de Lucullus, appelle Gordyena *, et qui reparaît dans Pline ^, Ptoléméc^, Ammien Mar-

phéDiciennc, arabe , hébraïque etc., signifiant Montagne , Auquel les Grecs ont donné une terminaison helléniqae. Les aateurs arméniens parlent d'une montagne, dite Doros , avoisinant les monts Sim et Sassoun , dans la province d'Arznik, qui estl'Arzane des écrivains du Bas- Empire. -Proc, de Bello persico, lib. I, p. 24i— Ammien Alarcellin , llb. XXV, cap. 7. — Agalh., lib. IV, p. 140. - Geogr. Arm., Venise, 1822, p. 6?, 71.

' Le caf et le kop appartiennent également à la classe des palatales. Les Chaldéens ont suivi dans la transcription de leur propre nom , l'écriture des Livres Sacrés, puisque leurs anciens livres sont perdus; d'ailleurs rien ne prouvequ'il ne s'écrivit pas primitivement parun caf. Le caf hébreu remplace souvent le kop cbaldéen, comme le montrent les mots

j3f daq, briser, et rn dak, qui a la même signification ; Jt^^^QjD

qoubàa cty^lD ^o6aasignifiantCa5(2u&,^onnft,dansles deux langues. Quant à la permutation du lamad et du resch, c'est^a-dirc de L et de Vli, elle est si fréquente dans les langues hébraïque, arabe, arménienne et grecque (Gcsen. Lcbrgeb. der Hebr. Spra.,p. 129.— Hofrm.,grammM syr., p. IH), qu'il est inutile de le rappeler. Les Turcs, dans les mots qu'ils empruntent aux Persans, en fournissent plusieurs exemples, qui frappent l'étranger arrivant à Constanlinople. Ainsi les gens du peuple disent Bulader , au lieu de Burader, frère, et Salv au lieu de Serv, cyprès. Volncy a fait la même observation. ( Aecher., p. m, p. 168. }

' Plut., t. I, p. 508, 512; édit. Ruald.

' Plii7.,llb. Vï.cap. 15.

i Ptoi.,lib. V, cap. 13.

eelliu ' , sous les noms analogues de Gordène , Gordouène et Gardène.

Le nom de Gardou se reproduit dans certaines localités détachées de la chaîne de montagnes , parce qu elles ont toujours été habitées par des Ghaldéens. Telle est File de Cardpu , formée par le Tigre, au nord de Mossoul, et Gardaliabeda , appelé aussi Sena * , qui est la Ytlle de Kerkouky présentement le siège d'un évéché catholique chaldéen.

J. VII. — Que la province Arméaienne deGordjaïk faisait partie

de la Glialdéc.

La Ghaldée était le pays de Gordjik ou Gordjaïk, que les Arméniens rangent parmi les quinze provinces dont se composait leur royaume, et qui était compris entre le Vasbouragan, le pays des Mogs, FArroénie persane et TAssyrie. Effectivement , d après le géographe Yartan , les monts de Gordjik sont les montagnes des Gorduiens ^ ; et

' Lib. XXIV, cap. 8.

' ^^J^f ^jO Cardaliabeda, ou Sena ad Tigrim. Elle est arrosée par

le petit Zab, qui , suivant Abuiféda, se réunit au grand Zab, à dix parasanges vers le sud. (Tab. géogr,. n. 265.) Il ne faut pas confondre ceUe ville avec Senna, située an nord, dans l'Irakadjem, etqui est la résidence de la puissante famille curde des Ardélans. Il s^^ trouve aussi des Châldéens, tous catholiques > au nombre de 70 familles environ. Il y avait nne troisième ville de ce nom , mentionnée également par Abuiféda , entre Edesse et Amid , et célèbre chez les Jacobites par le couvent de Barsuma (Assem., Bibl. orient , t. III, p. 21, p. 783.) Kirkook. dit M. KerPorter, t. II, p. 439, est regardée comme une des villes les plus considérables du Bas-Gurdistan , qui , en s' étendant des frontières occidentales du Khousistan jusqu'à la haute chaîne du Curdislan , comprend presque toute l'Assyrie proprement dite. ' Géogr. ancien, de l'Armé., p. 138.

Moïse de Ghorène nous les représente comme la barrière que la nature avait élevée entre sa patrie et la terre assyrienne '. Là sont les sources du Tigre , nommé encore par les Chaldéens Zaba ; parce que ses flots , disent-ils , resserrés en des ravins profonds et s ouvrant avec violence un passage , hurlent comme le loup *.

C'est du nom de Zaba ou Daba qu a été appelée Adiabène par les anciens toute cette contrée , qu'ils étendaient tellement vers le sud qu'on l'a confondue avec l'Assyrie elle-même ^.

§. VIII. — Cequ*était le pays des Mogs, et pourquoi il avait

reçu ce nom.

A l'ouest de Gordjaïk, s'étend un canton arménien, dont le nom était aussi inconnu que le pays qui le portait. C'est la contrée que Thistorien Thomas Ardzerouni appelle la région des Mogs ^. Selon lui Barsuma , l'un des plus ardents propagateurs du nestorianisme , vint y prêcher sa funeste

' Hist.. Hb. I, cap. 13, lib. Il, cap. 71.

' Zaba ou Z)a&a signifie efTecti veinent Loup dans toutes les langues sémitiques. Les anciens donnaient fréquemment ce nom aux rivières coulant à travers un pays montagneux. Nous avons vérifié ce fait, en remontant le Lycus, qui se jette dans le Pont, prés d'Héraclée, et en découvrant les sources de TautreLycus, tributaire de l'Iris, dans le centre des montagnes les plus sauvages de l'Arménie-Mincure , prés de la vallée d'Erzingam. Non loin de là^ commençait le cours d'une autre rivière, qui va, en suivant une direction opposée, se jeter dans TEupbrate. Les Arméniens l'appellent KaHl, ce qui veut encore dire Loup.

3 Pline, lib. V, cap. 12.~Ammlen Marcellin, lib. XXIII, cap. 20.- Strabon, lib. XVI, cap. ].— Géogr. ancien, de l'Arm., p. 140. — Assem. Bibliotb. orient., t. III, p. 2, p. 711. — Les auteurs arabes et persans changent ce nom en celui d'Haza. f^oy. Assem., t. II, p. 115 et 4?0.

* Il vivait vers l'an 908 de notre ère. Il a composé une histoire divisée en cinq livres, sur la maison des Ardzerouni, régnant à cette époque dans le Vasbnuragan et sur la partie septentrionale du Gurdisliin,

doctrine. Il appelle Sempad I^' roi du Vasbouragan et des Mogs; parce qae les princes des Mogs et des Antzaviens s étaient soumis à son autorité '. Comme ces cantons étaient la frontière méridionale de TArménie , ils devaient

qai l'avoisine. Pendant notre visite au couvent d'Aghthamar, nous avons trouvé un exemplaire de cet ouvrage , original de la copie qui est entre les mains des Arméniens de Gonstantinople, et sur laquelle a été copié le manuscrit de la bibliothèque de Saint Lazare de Venise. Ce manuscrit est sans doute le plus ancien, et peut-être le seul qui se soit conservé; puisque nous Tavons cherché vainement dans la bibliothèque d'Echemiazin. II a été transcrit Tan 862 de l'ère arménienne, c'està dire Tan 1413 de l'ère chrétienne , par un certain Daniel , religieux du monastère. Le format est in-4; et il a 500 pages à double colonne d'une écriture peu serrée.

' Le mot ^nlzavien est le synonyme exact du mot Troglodyte, on habitant des cavernes. Il caractérise la nature de ce pays, voisin de celui des Mogs , et qui, au rapport de Jean le Patriarche, autre historien contemporain de Thomas Ardzerouni, est hérissé d'affreuses montagnes, d'où se précipitent des cascades mugissantes. Les habitants avaient, nous dit-il, le nom vulgaire de Cardahs^ et non pas Carbahs, comme récrit l'auteur de la Géographie ancienne de l' Arménie {Wenise, 1822, p. 197), qui a faussement substitué un f)é au diun, lettres qu'il est fort aisé de confondre. Régis spirituellement par des évêques, selon le témoignage d'Elisée, auteur arménien du v^ siècle, ils avaient embrassé de bonne heure la foi chrétienne; puisque au rapport de Moïse de Chorène, Tapôtre St.-Barthélemy , qui les évangélisa^ « triomphant de la « puissance des démons, renversa leur temple, consacré à la déesse « Anats; et bâtit une église , au lieu dit Gangavar, près des sources du « Tigre. Cette église fut mise sous l'invocation de la Sainte-Vierge, dont « rapAtre confia l'image miraculeuse à la garde des saintes femmes , « sœurs d'Ousgan , d'Ormuztad et de Makovder. Le lieu prit ensuite le « nom d'Hokéats-Yank.» (Géogr. ancien., p. 198, 199.) Cette tradition, sous tous les rapports , est pleine d'intérêt ; puisqu'elle nous prouve l'existence du culte d'une divinité babylonienne chez les Cardahs, ou Cbaldéens septentrionaux , et qu'elle nous donne des renseignements précis sur le lieu qu'ils habitaient. En effet, Hokéats-Vank est i douze heures, au sud de la ville de Van; et il relève des beys de Djulamerk. Lea eaux du Zab coulent au pied de la montagne , tenant à la chaîne du mont Arnos, M. le colonel Shiel , dans une petite relation du voyage

être habités en partie par des gens de race arménienne , comme nous avons eu occasion de (observer , en traversant les vallées de TArnos, qui s étendent parallèlement au bord du lac de Van. Toutefois, le fond de la population devait appartenir à une race différente , qui ne peut être que celle des Chaldéens.

Le nom de Mog est un mot zend et pehivi, qui a passé dans la langue chaldéenne, à l'époque où le symbole religieux de la Perse fut adopté par le peuple de Babylone. Il représentait la classe pontificale, initiée, sans doute, à des doctrines secrètes , dont l'abus et Timposture firent tomber ensuite ce titre en discrédit '. Les prêtres ainsi désignés étaient ces anciens desservants du temple de Bélus qu'avait visités et entretenus Hérodote , et qu'il nomme Chaldéens, aussi bien que le prophète Daniel ^ Ils avaient

quMl fit en 1836, de Tébriz au camp de Reschid-Pacha , et que la société géographique de Londres a publiée récemment, nomme faussement cette chaîne les monts Erdoz, Le versant oriental du mont Masis, ainsi que le pays situé au midi de l'Araxc, en face de Nachdjivan, est, il est vrai, appelé Ardaz ou Ardoz; mais toute la longueur du Vasbouragan sépare ces deui points. Dans la langue chaldéenne vulgaire et littérale, le mot ^rana signifie Chèvre de monUignes, Chamois, et le mot Arouna se traduit par Arche , nouvelle preuve de l'unanimité de la tradition qui rattache à ces contrées les premiers souvenirs postérieurs au déluge.

* Mog ou Mag^ dont le composé Mobed est encore usité dans la langae persane, avec la signification de docteur, a été rapporté au radical Meh, Mah, Grand, Auguste, ( Kleuker, Zend-Avesia, III, th. s. 22.Sammerk. 9.) Hyde, veter, pers. relig.hist., cap. 30, p. 369.— Les Hébreux, dans la transcription de ce mot, ont changé le ê en A* ce qui nous donne Mag^iP^y\ ( Jérém., XXXIX,13} , orthographe plus conforme au nom arménien Mog» En syriaque, c'est y m. ^ >^w^ Maaoucha. formt

moderne, et qui semble refaite sur le mot latin Magus» ' Xrtx^fltroi, lib. I, 183. —Dan., II, 4, 5, 8.

encore les noms de Sages on Philosophes ' , de Voyants et ^Astronomes "*. Lorsqu'ils mêlèrent aui principes élevés de la science et de la sagesse les superstitions de Tidolàtrie et toutes les erreurs de Tastrologie et de la divination , ils furent appelés Enchanteurs , Interprètes de songes , Sorciers 9 en un moi y Magiciens ^ Maintenant, pourquoi prétendre que cette classe ait pris le nom de Ghaldéens, afin de se ménager la protection de la race conquérante qui les avait asservis ^7 Ou pourquoi imaginer , avec le savant Miinter ^ , que cette caste sacerdotale , d abord abaissée par ses vainqueurs , se releva de son humiliation par sa science, et se fondit peu à peu avec les Chaidéens; de sorte quils ont fini par former un seul et même peuple? Les pontifes et les sages de Babylone étaient, avant la venue des Assyriens, ce qu ils ont été durant les siècles de leur domination , et ce qu ils nont pas cessé d'être, lorsque le vice-roi , Nabopolassar , ligué avec le roi des Mèdes , Cyaxares, renversa la puissance de Ninive; c est-à-dire quils étaient Chaidéens , comme leurs dominateurs, quils parlaient la même langue et partageaient, sans doute , les mêmes croyances religieuses. Ce qui les distinguait seulement des Casdim barbares , c'était le degré de culture et de civilisation auquel était parvenue la florissante Babylone. Cicéron était bien instruit de ce fait, lorsqu'il nous dit : « Dans la nation des Assyriens , sont les Chaidéens, ainsi

• Dan., II, 12, 18, Î4, 27.— IV, 8, 16. -V, 7, S.-^Jérém., L, 36.— Isaie , XLI V, 26.

' Isaie, XLYH, 13.

' Dan., I. 20.— II, 2, 10, 27.— IV, 4.— V, 7, 11.

* Herder, Idées $ur lapMlos. de l'idsioire de l'humanité, yoI. III, p. 72.

' A^ntiquarische Abèandlungeti , p. 144 *.

a nommés à cause du nom de leur race , et non point à « cause de leur profession '. » Si, comme nous l'assure* Strabon, ils habitaient, dans Babylone, un quartier séparé, on ne peut les assimiler pour cela aux Juifs des villes dltalie, ni aux chrétiens des cités roahométanes deTOrient, et en conclure qu'ils avaient une autre origine, et que leur religion n'était point celle du peuple ^. Les lévites isolés des onze tribus, chez la nation d'Israël, n'étaîent-ils pas, comme tous les autres Hébreux, de la race d'Abraham?

Une objection plus grave peut-être que toutes les autres contre l'opinion que nous soutenons est celle que la philologie a tirée des noms de divinités, de rois, de fonctions et de dignités , qu'elle fait dériver de l'ancienne langue des Perses ^. Cependant nous ne voyons pas dans les étymologies proposées, dont la plupart sont fort contestables et loin d'être satisfaisantes , une raison de renoncer à notre sentiment.

D'abord le nom de la plus ancienne divinité connue chez les Babyloniens , Bel , Baal ou Bêlas , appartient aux langues^ sémitiques. Le mot Babel , on Babylone, qui exprime le fait incontestable de la confusion des langues,

' Cicero de Divinal.t lib. I, cap. i. «Quà ia ( Assyriorura) nalione, Chaldsi, non ex arlis sed è genlis vocabulo nominati , diulurna observatione siderum, scienliani putanlur eCTeclsse , ut pi'xdici posset quid cuiqae eventnrum et quo quisque fato natas est. »

' Lib. XVI, c. !,§. 6.

' Ritlec's Geogr. Asien., th. V, p. 7Î7.

^ Gesenius , Geschichte dcr Hcbr. Sprache , p. 63.— Lorsbach's Ar* chiv. fur Bibli. und morgenl. Lilter., t. II, s. 936. — Norberg'$ setecta opuscula academ., t. III, p. 168.

^ Gesenius, dans son précieux ouvrage des moDUments ée la langue phénicienne, l'a suflBsamment démontré. — Perizonlus, Orig. babyl., p. 94. - Euscb,, Prspar. cvang., lib. IX, eap. 18.

est aussi ctairement expliqué par la langue chaldéentie que le motNinive, qui, d'après la langue hébraïque, signifie Demmre , ÉiablissemeiU ' . Les autres noms de villes , de montagnes , de fleuves , qui ne changent pas , quelles que soient les vicissitudes de la vie sociale du peuple qui les occupe , sont dérivés de la même source. Les historiens musulmans, et surtout ceux de la Perse, attribuent à la langue des Syriens la signification de Rébelliàn et de Violence exprimée par le nom de Nemrod , cet orgueilleux , qui, selon eux, osait, dans Timpuissance de son délire, décocher des flèches contre le ciel '.

Maintenant, de ce que les noms des monarques postérieurs, Mérodach-Baladan S Nebucadnetzar^, Tiglathpilesar^, Sanherib, n'indiquent pas une origine chaldéenne, et peuvent renfermer quelques radicaux explicables par des mots étrangers au chaldéen et correspondant à des racines persanes , comment oser en inférer rigoureusement que les peuples qu'ils gouvernaient n'étaient pas des Chaldéens? Le sceptre, dans l'antiquité, plus encore que dans les sociétés modernes, était souvent dévolu à un étranger heureux, lequel avait d'autant plus de chances de fonder une dynastie que son origine lointaine ou inconnue

' Rosenmuller, Bibli. géogr., t. II, s. 51.— /btd., s. IH. — Gesen. Lebrgeb. der Hebr. Spr., s. 134.

' Alcoran, Surat,XXYIII. Simonisonomasticon, V. T., p. 472.>-Roscnmuller, ibi(Lf p. 79. — La langue chaldéenne offre dans son radical mrad ce sens premier de révolte t de défection, plus exclusivement que les dialectes de la même famille.

' Bohlen, Symbol, ad interpr. s. codic e ling. pers.» p. 26. — Gese- Dius, comment, ad Isalam, t. II, p. 345.

* Lorsbach, Archiv. fur die morgenland. Lilter, t. II, p. 247.— Gesenius, ibid,, p. 342.

^ Bohlen , ibid,, p. 24.

rélevait plus au-dessus de la jalousie et des rivalités des chefs de la nation. C'est ainsi que les deux dynasties principales des Pagratides et des Ardzérounîs , qui ont régné sur les royaumes voisins d'Arménie et de Géorgie, étaient : la première, d origine juive; etlautre, d'origine assyrienne'. Mais laissons de c6té cette conjecture , et admettons que les rois de Ninive et de Babylone descendent de la même souche que les peuples auxquels ils commandaient ; rien ne s'opposerait encore à ce que, étant Chaldéens , leurs noms ou leurs titres trouvassent une explication dans un idiome étranger. Depuis la propagation de l'islamisme, tous les souverains persans, tatares , mongols et turcs qui ont dominé tour à tour sur les mêmes contrées n'ont-ils pas des noms arabes? Cependant l'historien ou le critique qui , à défaut de tout autre renseignement , comme c'est ici le cas, en conclurait que leur origine et leurs langues sont arabes , se tromperait étrangement.

Examinons quelques-uns de ces noms les plus célèbres : Nebachadnelzar, ou Nabuchodonosor, signifierait Nebo, le Dieu prince; et Nebo serait le nom chaldéen de la planète de Mercure ^ La désinence de Tiglatbpilesar ^ rappellerait Vidée du feu; Sanhérib^ ou Sennakérib, exprimerait les attributs sacerdotaux que ce monarque avait ajoutés à sa puissance temporelle. Que résulterait-il de là? La preuve d un fait que nous ne contestons nullement, et que nous espérons

' Hoîse de Cboréne, Bib. I, cap. 22, p. 68, 59.— Les historiens Jean le Patriarche et Samuel d'Aoi conÛrineQt cette tradition.— Ro«efhnial« 1er, ibid., p. 129.

' Gesenias, Comment, ad Isa., t. II, p. 342.

' Ezer ou Ader, en pehlvi, signifie Feu, radical qui se trouve dans le nom de la province de l'Aderbidjan. — Bohlen, ibid,, p. 24. — Gescnlus, Gomm. ad Isa. XXXYI, ].

même établir ea un autre lieu par des preuves iiouveiies: savoir que le symbole religieux des Chaldéens fut modifié primitivement par une antre doctrine, sortie delà Médie, et qui agit directement sur la société spirituelle et politique des nations de TÂrménie, dé la Chaldée et de Tlnde. Cette opinion a déjà été émise par le prince des savants du siècle, feu M. le baron Sylvestre de Sacy, notre immortel mattre. a L'analogie frappante du zend et du sanskrit, dit-il, est a une observation d'une haute importance pour l'histoire ; a puisqu'elle peut conduire à penser que les doctrines in* a diennes et la mythologie brahmanique sont peut-être le (( résultat du mélange d un système antérieur avec celui a qui aura été apporté dans llnde par une colonie partie «c des environs de la mer Caspienne et de ïondeime « Médie \ » Strabon avait déjà observé que les Persans et les Arméniens adoraient les mêmes divinités que les Mèdes \

Les souverains de Babylone et de Ninive, poussés sans doute par la classe pontificale à réformer le culte de la nation , prirent ensuite , à leur avènement au trône , un titre, qui devenait conune la profession publique de leur foi. Il ne serait point improbable que cette réforme fât ellemême la première cause de raffranchissement des Mèdes, qui ' supportèrent plus de cinq siècles le joug assyrien. Quelque sympathie religieuse des Chaldéens put seconder lesefforts de Déjocès, et enhardir son fils Phraorte, au point de venir mettre le siège devant Ninive. Nabopolassar n aurait point combiné ses armées avec celles de Cyaxares, pour porter le dernier coup à la monarchie dominatrice de

' Journal des savants , mars 182f , p. 136. • Slrab.,XI,cap. 13, §. 16.

Babylone, si quelque idée religieuse neùt rapproché les peuples de la Médie et de la Ghaldée. La nouvelle dynastie babylonienne , ayant eu pour instruments de son élévation les mattres déjà puissants des Mèdes , dut contracter avec eux une alliance plus intime. Aussi voyons-nous Nobopolassar demander en mariage, pour son filsNebuchadnetzar, la fille de Gyaxares. Ces rapports politiques favorisèrent lextension des mêmes doctrines religieuses, et durent opérer des changements administratifs dans TÉtat. Voilà pourquoi le prophète Daniel trouva à Babylone rinstitution des mages et l'organisation de nouveaux dignitaires, établis simultanément.

Les critiques qui admettent, comme nous, lorigine sémitique des Ghaldéens , envahisseurs de la Babylonie , embarrassés par cette difficulté , ont cru la résoudre en distinguant ces mêmes Ghaldéens du peuple assyrien, dont ils auraient été les mercenaires , et en disant que ces noms étrangers appartiennent à la langue assyrienne, qui serait un dialecte ' médo-persan. Mais, si la langue assyrienne était différente de la langue chaldéenne, comment le système graphique aurait- il été le même, ainsi que le déclarant les écrivains juifs , qui appellent assyrienne Técritore des Ghaldéens? Osera-t-on soutenir, comme les savants que nous contredisons, que ces auteurs se sont trompés *, en appliquant à la Ghaldée et à la Babylonie le mot d*A^ syrie? Mais ils sont donc mieux informés que les Juifs con-

' Kosenmnller, ibid,, p. 33.

* id, ibid., Wie dieSprache, so hatten die Babylonier unstreiUg a«ch die Scfarift mit den Ghaldaern gemein , welche spatere indische Schriftsteller ungenau die y^ssyriêche ncnnen; indcin sie Assyrien, in ausgedchnterein Sinne fiir Babylonien und Glialdâa nehmcn. — 7<f • Gqsenius, Gcscli. dcrliebr. Spr., p. 142.

lemporains , qui vivaient sur les lieux, et communiquaient avec ces peuples par le langage, ainsi que le font actuellement les Juifs dispersés au milieu des Chaldéens , que nous avons vus et entendus converser avec eux et s'expliquer intelligiblement, bien qu'ils parlent un dialecte plus rapproché de Thébreu que celui de la Chaldée orientale ' . Une nation peut perdre son indépendance politique, passer des clartés de la civilisation aux ténèbres de l'ignorance ; sa langue peut subir des altérations telles qu elle s'eflace entièrement; mais elle n'oubliera jamais son nom national, témoins les Basques, qui s'appellent encore Euscaldounac. Or, qu'on demande à un Chaldéen quel est le nom de sa nation, MilUt; il répond aussitôt : Childam, ou Assori, Les Arméniens, leurs antiques voisins, les désignent sous ce donble nom ; et les débris de C4îtte race célèbre, qui , dispersée dans le Diarbekre et le pays d'Orfa , a perdu l'usage et rintelligence de sa langue nationale , revendiquent le nom d' Assori aussi bien que les Cbaldéens vivant dans leurs montagnes. Grégoire Bar-Hebraeus ' donne constamment à ses compatriotes , répandus dans tout le pays qu'il désigne sous le nom de BethrChaldaié, ou Maison des Chaldéens, le nom de Souraïe, lequel, dans la prononciation et l'orthographe des Chaldéens de la Perse, se dit et s* écrit Sougraï '\

' Les saintes Ecrilurcs , qui racontent la délivrance miraculeuse de Jonas , précipité à la mer, ne disent point que la Providence opéra , en faveur du prophète, le prodige nouveau de lui donner la science infuse de la langue des habitants de Ninive. C'est que, à celte époque, Jonas pouvait peut-être, en parlant la langue hébraïque (Jon., ch. I, v. 9), être compris du peuple dans ses prédications.

' Chron. syria. passim, p. 5, 9, 10, 28, 32. 40.— « Nous Syriens , dil-il, nous commençons notre ère à celle des Séleucides.»

' mW^J1£0 ^'^ ^ * exactement le son de nôtre l mouillé, ce qui

identifie ce nom à l'ancien mol Souriaié,

Jos. Simon Âssémani , en dédiant son admirable ouvrage au souverain pontife, Clément XI , dont la munificence» aussi bien que le zèle éclairé de ses prédécesseurs , a doté TEurope des trésors de la littérature syriaque , établit clai-rement l'identité des Syriens , des Assyriens et des Cbaldéens ' . Ce n'était point par esprit de système qu'il proclamait ce fait y si clair à ses yeux qu'il n'a jamais pris la peine de le discuter expressément. Il suivait le témoignage de la tradition , confirmée par les anciens auteurs ^.

Cette question acquiert donc une importance religieuse, en ce qu'elle sert a montrer le néant des doutes et des objections élevées par la critique protestante contre l'authenticité de Daniel , précisément à cause de ces noms étrangers, qui prouvaient, dit-on, une rédaction postérieure à l'époque que lui assigne l'autorité de l'Église ^\ C'est ainsi que la connaissance et l'inspection des lieux qui ont été la scène des événements racontés par les Saintes Let-^ très pourront venger notre foi d'autres attaques non moins fausses^ et faire comprendre qu'elle a sa raison première dans ce que les hommes appellent ici-bas la Science,

Mais revenons à la contrée arménienne des Mogs, qui

' Vicisti sane, bealissime paler, vicisti rerum magnitudine famam quam olim Europsi inslilores per Syriam Egyptumqac vulgâruDt ; vlctiqae simul dedêre manus Syri, Assyri, Chaldœi, gens alioquln non agresUs, nec faumani moris ignara.T. I, préf. Gomment commence-t-il sa belle dissertation de Syris JVestorianis ? De Chaldœis seu Assyriis^ quos, amundiplagâquamincolunt Orientales^ etab hœresiquamprofitentur, IVestorianos appellamas, t. III» p. 2, p. 1.

* Herod,, VII, 63.— HoraU, od., II, 16.~III, 4, 32.--Justini Hisl., lib. I, cap. 2.-Slrab., lib. XVI.— Diodor. Sicul., II, 13.— XIX, 23, éd. Wcss.— Suidas in voce 0ot/p«c. — Les auteurs arméntens. Moïse de Ghorènc, Elisée, Jean VI le Patriarche, Thomas Ardzérouni, s'accordent en ce point avec les auteurs grecs cl latins.

' Blcek, iiber Ferfasser und Zweck des Buchs Daniel, ni dcr

nous a entraîné dans cette digression. Son nom est la tra* doction du mot persan Mage; et les Arméniens Font donné au pays, comme étant habité par desChaldéens» c'est-àdire f par la racé dominatrice de Babylone ^ qui reçut des nations étrangères le môme nom que les prêtres dont ils avaient accepté la croyance « réformée du magisme. Un district de Djulamerk et^une petite ville, suspendue, comme le nid du faucon, à un roc aride, qu'environnent et menacent d autres rocs gigantesques, sont encore appelés le canton et la ville des Mogs, ou Moks. Les pentes des montagnes sont si raides et si glissantes que les habitants, pour les gravir, usent dune chaussure particulière, appelée Kef'kef ' • Tous, à Texception de quelques Gurdes, sont chrétiens, et parlent une langue inintelligible à Van'. Leur église est dite TÉglise de Y Universel Rédempteur^; parce que, ayant approvisionné de vivres lecampdeTîmour-Leng, lorsqu'il envahit ces contrées , le conquérant Boiteux se montra si reconnaissant de ce service qu'il jura d accorder aux Mogs la faveur qu'ils lui demanderaient. Ceux-ci le prièrent d'assurer la liberté et la vie de tous les captifs que pourrait contenir leur église. Timour y consentit; et suivant la tradition , son enceinte , élargie miraculeusement, servit de refuge à 70,000 prisonniers. Une autre particularité que hous ne devons pas oublier, c'est que ce lieu est le but d'un pèlerinage célèbre , comme pos-

Uieolog. Zeitscbrift. herausgeg. Von Schlclermacher , de WeUe, und tacke III, Heft., p. 226.

' Ce nom nous semble curde , et dpH tenir à la racine persane kefch fJiS^s, signifiant une chaussure,

' Géogr. mod. de l'Arménie, Venise, 1806, p. J61.

^ Aménaperguilch,

sédaiit la châsse de saint Gaspar, Tun des Trois roismages, venus de Y Orient à BeMéèm de Jada \

Enfin , relativement aax Mogs , nous remarquons que le nom de MaMn, donné par les Guides à toute la race chaidéenne, à laquelle ils sont mêlés en certains lieux , doit être également dérivé du radical persan Mage. En retranchant la terminaison curde plurielle In, il reste Mak, mot analogue à lautre transcription arménienne de Mok. Les Ghaldéens nous ont affirmé que les Gurdes attachaient une idée religieuse à ce mot^ et que, en les appelant de la sorte, ils veulent leur reprocher comme une Idolâtrie ancienne. Les Arméniens vivant parmi les Ghaldéens ne sont point compris sous la même dénomination : ils sont nommés Fellah, ainsi que les paysans de la Haute-Egypte.

$. IX. — Des habitants du pays d'Arzen et d'autres localités de

l^Âsie Mineure.

A loccident des Mogs était une contrée que les auteurs arméniens affirment avoir été, à différentes époques, sous la dépendance de leurs rois ; et cependant les renseignements vagues et incomplets qu ils nous en donnent prouvent que les habitants n'avaient point avec eux une langue et une origine commune. Saint-Martin en a étendu les limites jusqu'à Nisibe, Ëdesse'' et Merdin. Mais il nous semble que son territoire finissait peu au delà de Tigranocerte,

' Géogr. mod. de TArm. - Certains auteurs syriens élèvent à douze le nombre de ces nobles pèlerins , et nous ont transmis soigneusement leurs noms, dont les uns, chaldécns, et les autres, persans, prouvent que la tradition leur assigne justement pour patrie ces contrées orientales, f^'oy. Whcloci,not. Fers, ad Malth., ?, 1. - L'cmpcr. Midd., 175,

* Mém. sur l'Arm., t. ï, p. 158.

qu'on croit retrouver dans lancienne ville d'Amed ' . Cette province portait le nom d'Aghdsnik'h, ou Arsnik'h ; et, chez les auteurs syriens, elle est appelée Arzen , dénomination qui correspond à celle d'Arzanène et d'Arzane des auteurs grecs et byzantins*.

Les traditions chaldéennes de la bibliothèque de Ninive, consultées, au rapport de Moïse de Chorène, par Mar-Ibas Catina , nous apprennent que deux fils du roi d'Assyrie , Sarazar et Adramelek , ayant tué leur père, Senhérib, ou Sennakérib, s'enfuirent près du roi d'Arménie, Sgaïort^, qui les accueillit honorablement, et leur céda le pays d' Arzen, Vagharschag, le chef de la branche des Arsacides d'Arménie, y entretenait un Peteschk, ou Commandant militaire , lequel prit ensuite le titre de roi ^. L'historien Jean VI mentionne les évèques de ce peuple , dont l'Église fut divisée par la double hérésie des Nestoriens et des Jacobites ^.

Le portrait que l'historien Thomas Ardzérouni trace de cette population montagnarde, barbare, indisciplinée et parlant une langue tellement incompréhensible et obscure que les Arméniens lui ont donné le nom de Khouûi, signifiant Embarras et Difficulté, démontre que , de son temps, elle était peu connue ; par conséquent , nous doutons

' Tchamich., t. II, p. 84ô.-- Géogr. ancien, de rArm., p. 75, 81.

' Ammien marcellln, lib. XY, cap. 7. - Procope, de Bel. pers., lib. II, p. 24.*-Socrat., lib. VU, cap. 18.

^ Bar-Hebraeus dans sa chronique, p. 208, conflrme celle Iradilion.— Bdit. des frères Whlslon, p. 55. Ce docamenl curieux des annales arméniennes a servi de preuve  la conjeclurc qu*Esar Haddon cl Sarda^ napalc sonl un seul el même personnage, qui fui le dernier roi de la monarchie assyrien ne.— y olncy, Recher. mmv., part* II, p. 1Î7.

* G6ogr. ancien, de l'Arm., p. 65.

^ Assem., Bibl. orient, t. III. p. ?, p. 7?3.

beaucoup que les souverains d'Arménie Taient proprement soumise à leur domination. Gomment ces hommes , qui ne reconnaissent encore présentement , ni lautorité du sultan, ni la juridiction du Schah de Perse» auraient-ils cédé à des rois moins puissants , et divisés entre eux par des discordes perpétuelles?

Quoi qu'il en soit, nous ne pouvons douter que les habitants ne fussent Chaldéens. Moïse de Ghorèue nous dit expressément que le pays d'Ârzen avoisine celui des Assyriens * ; et Âgathange , autre historien , qui vivait un siècle plus tôt , appelle cette contrée VAsoresdan , c est-èdire TAssyrie "". Thomas Ardzérouni donne le nom de Thoukh ^ à la rivière qui , descendant des monts Sim et Sassoun, se jette, au sud-ouest, dans le lac de Yan. Ces deux montagnes, que d'autres écrivains appellent Doros, le Taurus des Grecs , et qui sont confondues actuellement dans la chaîne de TArnos ou Arana, étaient autrefois occupées par les races illustres des Sanasouns , des Rénouniens et des Ardzérouuis , descendants des deux fils fugitifs de Sennakérib. La portion de pays désignée sous le nom de Sassoun est habitée, selon Fauteur de la Géographie moderne de V Arménie , par une race mélangée, parlant un patois barbare, quon nomme encore S(Unetsi ^.

Le mot Arzen compose les deux autres noms des villes arméniennes, Arzingam, ou Eriza et Erez, et Arzeroum,

' Lib. II, cap. 6, 7.— Lîb. I, 6.

* Hist. d'Agath., Venise, 1B3&, p. 382.~Géogr. ancien, de TArm., p. 62, 63.

' Il faut peut-être lire Khouth au lieu de Thoukh, nom de la nataon même , suivant lui.

* Édit. de Venise , 1806, p. 20 J,

ceat-à-dire l'Ârzen des Romains s ville qui fut formée des débris de la population de la primitive Arzen , située plus à l'orient» près des sources de TEuphrate, lorsque les Turcs Seidjoukides la dévastèrent , Tan de notre ère 1 049 '^.

Le même mot reparaît, sous les formes dUrjs, Erz on Ardz, dans une multitude de noms de lieux, sur la transcription desquels les historiens et les géographes varient. Nous avons» sur les bords du lac de Van , au nord-est de Khélath , la petite ville d'Ârdzgé ; plus au nord , celle d'Ardjech , nommée Arsès par Constantin Porphyrogenète, et occupant le pays d'Arzea ^. Ptolémée ^ donne même le nom d'ilrm^a au lac de Van, qui doit être la mer d'Arzen des auteurs arabes et turcs. L'Araxe , nommé aussi Aras, arrosait les limites méridionales de la province d'Arzakh 9 patrie des Aghovans, peuple ancien , peu connu et parlant une autre langue que les Arméniens. Llbérie renfermait le canton d'Erdsaï^ et la Géorgie, pays des Arsianiens. Sans vouloir trop étendre ces rapprochements, qu'il serait aisé de multiplier^, nous ferons seulement remarquer que toutes ces dénominations analogues, répandues sur la surface d'un même pays, ne peuvent être raisonnablement attribuées au caprice du hasard, et qu'il

' Saint-Martin , Mém. sur^ VArm., 1. 1, p. 60, reproche i Assémani d'avoir confondu ces deux villes d' Arzen , mais à tort. Ce savant les distingue avec soin , et blâme au contraire une faute dans laquelte Saint Martin est tombé, en expliquant Arzen par le mot Arz, Terre ou Pays.

" Gedrenus, t. H, p. 772, 773.

' De administ. imp., cap. 44, p. 144.

^ Geogr. lib. V, cap. 13.

^ Géogr. dite de Moïse de Chorène, Saint-Martin, t. II, p. 359.

" Géogr. ancien, de l'Arménie. Comparez les autres noms de vitlages, de forteresses , de montagnes , p. 385, 35, 451^ 127, 11?, 289,

vaut mieux en chercher rexplication dans la langue d'une race aborigène» qui le possédait anciennement '. Or, les Chaldéens , dans leur langue vulgaire , appellent actuellement un homme Arze et Ourza , dans le sens du mot latin Vir, ce qui nous rappelle le peuple des Mardes , dont le radical persan et arménien exprime la même idée.

Cette remarque acquiert d'autant plus d'importance que, suivant le témoignage des auteurs anciens, l'Asie occidentale et surtout la partie désignée sous le nom d'Asie Mineure, sont vaguement présentées comme parsemées de populations distinctes des Grecs et des Perses par l'origine et le langage. Les Grecs les appelaient Barbares, mot qui exprime moins un manque total de civilisation qu'une civilisation ou une société différente des leurs. Suivant Homère^, lesGariens parlaient une langue barbare. Les Lycienset les Giliciehs, d'après d'anciennes inscriptions, paraissent rentrer dans la famille syrienne ou, suivant nous, chaldéenne ^.

136, 109, 139.— L*aateur de cet oavrage range à rarticle des lieui inconnus tous ceux qui étaient compris dans le territoire d*Arzen.— Ibid., p. 74, 87.

' A cinq lieues environ au nord-est de Van , est un autre lac, que nous avons cOloyé, et qui peut avoir cinq lieues de circuit. Il n'est point dessiné sur les caries , bien que l'auteur du Djiban-Numa Tait mentionné, sous le nom d*OvadJak-Gueul (Djih-Numa, p. 497). Il est polssonneui et couvert d'oiseaux aquatiques; mais les habitants se sont retirés assez loin de ses bords marécageux. Us le nomment mer d'ArdJenk» ce qui me semble être un diminutif d'Arzen ou Ardsen , nom donné au lac de Van. Le principal village voisin est aussi nommé de la sorte. Le colonel Sbiel, dans la relation précitée, appelle ce lac Erchek, et évalue sa longueur à 15 milles anglais. -> Bar-Hebr»us (Chron. syr., p. 176) nomme la Gbaldée Beilli Cardouié ve Arzanaiéi c'est A -dire le pays des Carduiens, ou Garduchiens et du peuple de TArzen.

' lliad. Il, 867.

^ Ném. de Saint Martin, Journal des savants,, 1821, p. ?44.

Jablonsky, dans une dissertation savante , a démontré que la langue des Lycaoniens était celle des Assyriens; et il pense en outre que les habitants de la Cappadoce parlaient un dialecte analogue *. Ce qu'il y a de certain ^ c'est qu'Hé* rodole'' nomme Syrien le peuple de cette province, illustrée par la dynastie des Ariarathes ; et Strabon , qui vivait au milieu d'eux , les distingue des Syriens vivant sous un ciel plus chaud , par le nom de Leuco-Syriens ou Syriens blancs. Si, d'après lesTablesde Moïse^ les Lydiens peuvent être considérés comme fils de Lud, ils étaient des descendants de Sem. Si Strabon parle avec si peu de précision de la Paphiagonie et de ses habitants , c'est sans doute qu'il y avait entre eux et lui une barrière plus infranchissable que la chaîne du Taurus, qui sépare leur plateau de la riante vallée d'Amasie. Avant la guerre et la conquête de Troie, qui signale, dans l'histoire ancienne, l'invasion et les conquêtes des Grecs en Asie, les peuplades dont on nous a conservé le nom, et qui étaient éparses dans la Bithynie, la Galatie, la Pisidie et la Phrygie avaient, sans doute, plus ou moins d'affinité avec la famille dite araméenne.

Les Arméniens, malgré l'analogie apparente du nom d'Aram, auquel leurs historiens rattachent celui de la nation ^, ne peuvent néanmoins être classés dans cette catégorie. Ils appartiennent à une race complètement séparée des peuples araméens par le caractère , les mœurs, l'origine et le langage. II est même indubitable qu'ils ne

' OpQscula, disquis. de liiig. Lycaon., t. III, p. 3. » Hérod., I, p. T2.

3 Genèse, X, 23.— Joséphe, Antiq., 1. 1, cap. Y!.— Bochart-Pfaaieg.,

lib. II, cap. 13.

4 Hoiftede Ghoréne, lib. I, cap. 11, p. 34.— Scbroder, dissert., p. IC. ^ Bocbarl Phalcg., lîb. I, cap. 3, p. 24.

prirent possession de leurs montagnes qu'après en avoir chassé ou asservi la population aborigène, comme Tindique le ConAat épique d'Haïg * contre le roi des Assyriens, Bélus, qui ouvre l'entrée de la race arménienne sur la scène historique.

$. X. — Que les Chalybes du Pont sont réeUement des Ghaldéeos.

Les vestiges des Chalybes vaincus se perpétuèrent pen* dant des siècles au milieu des conquérants , comme nous le fait comprendre Xéiiophon, qui parle d'une race disséminée sur les bords de TAraie, sur ceux de l'Arpa-Sou, qui se jette dans l'Araxe, au-dessous d'Ani, et dans le pays de rintrouvable et problématique Gymnias *. En suivant les ramifications des aborigènes, débris de la population chaldéenne de la terre d'Arzen, nous sommes conduits à une contrée plus septentrionale. Le nom ainsi que l'origine de ses habitants ont déconcerté la science des critiques. Nous voulons parler de cette population ap-< pelée diversement, Chaldéens^y Chalybes^ et Chalàditn$\ Strabon , qui avait , sur ces contrées voisines de sa patrie des renseignements plus précis que le général qui les traversait avec ses dix mille, en fugitif victorieux, pré» fère le premier nom de Chaldéens, comme pins exact

' Si nous lui donnons cette épithëte , c'est que le stjle de Moïse de Chorène, qui sort du ton de l*liistoire dans ce récit et dans plusieurs autres, ferait penser qu'il avait tiré ces ronseignements de quelque poëme national , conservé peut-être par les rapsodes de Daron.

» Xénopb. Anabas., IV, 4, 18.— V, 34.-.VI, 9.-YII,8, fb.

' Id. ibid., IV, 34.— VII, 8, 28.

4 /d. md.

'- Diodore, lib. XIV, cap. 39.

et plusaotbentiqae; il ajoute de même que, s'ils ont reçu la dénomination de Chalybes et d'Alybes% la raison en est que les noms de peupla<fes, sartout chez tes Barbares, sont exposés à des changements qui les défigurent "". Le docte RenneP, après s'être décidé également pour le nom de ChaMéens » est tellement embarrassé de l'apparition 00 ces peuples au sein d'antres nations, qui leur sont totalement étrangères qu'il ne pense nullement à leur mère patrie, la Chaldée, et les prend pour une tribu de Scythes-, venue du nord du Caucase ^.

Quant A nous , d'après tes considérations précédentes , nous ne sommes nullement surpris de trouver en ces lieui une branche détachée de la souche qui étendait au loin ses racines sur tout le sol de l'Asie occidentale. Les traits de la physionomie de cette race, vivant libre du joug des Perses ^ des Arméniens et des Grecs , et livrée à l'exploitation des naines de fer et i*acier, métal qui a même emprunté d'elle son nom ^, sont parfaitement conformes à ceux des peuples de VArzen, libres, insoumis et livrés anciennement à l'extraction des métaux que renferment leurs montagnes. Les écrivains arméniens les appellent Jergaihahanks et

' Homère les place à Test des Paphlagonlens, lliad., II, 856.

* Strabon, Geogr., lib. XIII, cap. in. Pontus.

^ lllustraUon of the exped. of Cyrus» p. 233. — And probablf ttie reader will beof opinion that tbe name ought tobe vriUen Chaldeans,

* Illustration of tbe exped. of Gyrus, note, p. 28&.-'Hadji-Khalfa parle d'une plaine de Gbaldéran, qui s'étendait au pied de l'Ararat » ters la mer Caspienne.

' Xénopb. Anab., III, 12, IV, 1.

^ Stepban. Byzan. ex Chalybum regione ferrnm quod ad aciem vel dkaljben laodatur, p. 714. -*- Ammien Maroel., XXII, S.^yirgil*, Géùrg.^ I, b».-Énéide, VIÏI, 446.

GàbarahadcUs , ce qui veut dire : Hommes occupés à ex* traire et à tr(waiUer le fer et le plomb '.

Dans la langue chaldéenne, Sima^ nom de la montagne Sim, qu'habitaient les mêmes hommes, signifie encore Argent, renseignement philologique qui pourrait faire retrouver aux maîtres du pays des mines depuis longtemps délaissées. Si Ton puise à la même source, pour découvrir la signification de Gymnias, cette ville de Xénophon qui devait être le point central des ateliers et des exploitations des Chalybes ou Chaldéens, on saura que Gmmaça et Goumatsa désignent une mine , un souterrain , étymologie plus satisfaisante que la conjecture de Rennel, qui, sur une assonance fort dissonante , identifie Gomasour avec Gymnias '.

Enfin, nous dirons que le peuple anciennement mattre des provinces actuelles du Schirvan et du Daghestan, et connu des auteurs grecs sous le nom à'Àlbaias, ne peut, à cause de son langage particulier ^, être considéré comme étant d'origine chaldéenne : sentiment qui contredit celui de leur historien Moïse Galgandevatsi ^, qui vivait au neuvième siècle de notre ère , et qui , comme Moïse de Gho-

' Hist. de Thomas Ardzer.» passim, et Géogr. ancien. derArménic, p. 63. 64.

' Mol. Cher., lîb. I, cap. 5, p. 15, 19, Ub. H, cap. 7, p. 97. — Rennel, ibid., p. 298.— En cbaldéen, gamma signifie couper, tailler, et goumetha ou goumeca d'après la prononciation du th, désigne une fosse, un souterrain. Goumalsa a le même sens, voy . psaumes 7, 16, 67| 7. — Luc, 6, 3g. — Gomasour est le nom d'un village du pays de Pasen (Géogr. ancien., p. 387). En arménien , komatsor, mot qui a ta signification de vallée de l'étable ou du bercail,

3 Mot. Chor., lib. III» cap. 54, p. aoo.

* Nous possédons actuellement cet ouvrage, dont nous nous proposons de soumettre l'analyse à l'Académie.

— in —

rêne , les fait descendre de Sisag , famille arménienne. Nous espérons éclaircir ce point , après avoir recueilli, dans les montagnes où vivent les prétendus fils des Âghovans, les restes de la langue qu'ils parlent. C'est avec moins de raison encore que quelques savants , trompés par une ressemblance de noms , ont confondu les Âghovans et les Afghans^ tribus féodales, disséminées au midi de la Perse» et qui, plus que toutes les autres , nous rappellent les anciens Parthes. Les Afghans possèdent un dialecte analogue au persan pri* nûtif ; et ils n'ont point , selon M. W. Jones , une origine juive ou chaldéenne ' . Leur identité avec les Aghovans une fois supposée a conduit à les considérer comme des descendants d'Israël ; parce que le pays de Kir, où les Assyriens transplantèrent les tribus captives "", semble à des interprètes être la contrée qu'arrose le Koar ou Kur, le €yrus des Grecs.

J. XI. — Quelle était la natare de la langue de l'aucienne Chaldée.

Connaissant l'origine et la nature du peuple cbaldéen et l'identité de ses races ou tribus , réparties sur toute l'Asie occidentale , il nous sera facile de traiter la question relative à son langage. Le lecteur comprend déjà toute l'extension donnée au nom de langue chaldéenne, que les philologues restreignent improprement au dialecte conservé dans quelques chapitres de Daniel et d'Ësdras , lequel n'est qu'une de ses formes Iocales> convenant à une époque particulière. Partout où l'une des branches de cette nom-

■ Hist. des Afgb. Constant., 1729, p. 22.— Tyabsende Afgan. origine etbist. in comment. Gotteng., t. XVI, p. 45. — Rechercb. asiat., t. Il, p. 123.

* II, Rois, XVI, 9.-Àm., 1,6. -IX, 7.

GabarahadoUs , ce qui veut dire : Homwn^ traire et à traînailler le fer et le plomb ' y ^ Dans la langue chaldéenne, Sma^^ ^ Sim, qu'habitaient les mêmes homvri f ^ gent, renseignement philologique /i-^ "^ ver aux maîtres du pays des ir^ ^ 1 1, ^ laissées. Si Ion puise à la vohj. ^ ^ 1 i signification de Gymnias, çji W^. §• vait être le point central/^ i ^ %%'% des Chalybes ou Chair'; > 1 1 | V ^ Gaamatsa désignent j i:^ j f plus satisfaisante qr « f 1 '

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• I, Moue, XXII, 22.

'^umaine. Lorsque le peuple choisi eut oonquis

^ de ruisseaux de lait et de miel , sa langue

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^ * des relations qu'il voulait renouer

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\ ^ \ ^ive et tous les sujets rele-

.^iie des Ghaldéens s'est consenrée .qui porte actuellement ce nom.

. culture des arts et de l'industrie dans une société suppose celle des lettres. Or, les ruines , dont les masses imposantes perpétuent le souvenir de la cité de Nemrod , prouvent une connaissance consommée des lois de Tar* chitecture et de la mécanique, La science devait avoir reçu de ce peuple des développements proportionnés. Les récits d'Hérodote» confondu d'admiration par la magnificence des jardins de Sémiramis et par l'élévation gigantesque des murs, dont l'eoceinte enveloppait un circuit de douze lieues, ne sont plus rangés parmi les fables. La classe des pontifes ne pouvait expliquer les révolutions célestes sans une connaissance profonde du calcul ; et les sages de la Grèce n'auraient point été attirés à ses écoles , si un savoir réel neût justifié leur célébrité. Des bibliothèques, riches du dépôt des archives nationales et d'autres trésors littéraires, que fouillaient encore des écrivains postérieurs à l'ère chrétienne , constatent suffisamment une activité féconde de

breuse famille dressa ses tentes ou bâtit des cités , le ehaU déen était parlé, avec une unité qu'altérèrent progressivement le temps et la distance. Il subit le sort du langage des peuples de la presqu tie indienne , du plateau, de l'Asie supérieure , de la Perse , de la Grèce et de ses ties , en un mot, de toutes les régions du monde. Chaque idiome pri* mitif, en effet, sest partagé et subdivisé en autant de parties qu'il y a eu d Individualités nationales créées au sein d une même nation , par une sympathie ou un intérêt commun , ou par quelque autre cause sociale. Tels sont certains fleuves, qui, après avoir promené en de vastes contrées leur cours un et inaltéré , se versent à la mer par une infinité de bouches qui les épuisent.

La famille des Hébreux et des Ghaldéens ', sortie de la même souche , avait originairement un même langage, auquel se liait , par des affinités plus ou moins étroites, toute la variété des dialectes parlés chez les descendants de Sem et les tribus chananéennes. Cette langue primitive reçut des enfants d'Israël isolés en la terre d'Egypte une forme spéciale que leur législateur inspiré éleva à une perfection telle que , entre les langues connues , elle semble la plus digne de parer de son vêtement le Verbe de Dieu se révélant à l'homme : car quiconque peut , avec le regard clairvoyant de la foi , pénétrer au delà du portique de la lettre, saisir et admirer l'harmonie intérieure et les justes proportions de ce merveilleux édifice, celui-là vénère le corps des Écritures , comme un sanctuaire divin , et comprend pourquoi les mahométans , qui nous ont emprunté religieusement jusqu'au respect des Livres Saints, érigent en article de foi que rien de semblable ne peut être le produit d'une

• I, Moïse, XXII, 22.

conception hamaine. Lorsque le peuple choisi eut conquis la terre arrosée de ruisseaux de lait et de miel > sa langue vulgaire était encore assez conforme à celle de Ghanaan et des tribus environnantes ; puisque la loi intervient souvent pour proscrire des relations qu il voulait renouer sans cesse. Une analogie intime continua de lassimiler à la langue chaldéenne, conservée plus intégralement, par l'effet de la constitution politique qui unissait les peuples civilisés de Babylooe et de Ninive et tous les sigets relevant de leur double empire.

§. XII. — Que Tancienae langue des Ghaldéens s'est conservée €hez le peuple qui porte actuellement ce nom.

La culture des arts et de Tindustrie dans une société suppose celle des lettres. Or, les ruines , dont les masses imposantes perpétuent le souvenir de la cité de Nemrod , prouvent une connaissance consommée des lois de Tar* chitecture et de la mécanique^ La science devait avoir reçu de ce peuple des développements proportionnés. Les récits d'Hérodote, confondu d'admiration par la magnificence des jardins de Sémiramis et par l'élévation gigantesque des murs, dont l'enceinte enveloppait un circuit de douze lieues, ne sont plus rangés parmi les fables. La classe des pontifes ne pouvait expliquer les révolutions célestes sans une connaissance profonde du calcul ; et les sages de la Grèce n'auraient point été attirés à ses écoles , si un savoir réel n'eût justifié leur célébrité. Des bibliothèques, riches du dépàt des archives nationales et d'autres trésors littéraires, que fouillaient encore des écrivains postérieurs à l'ère chrétienne , constatent suffisamment une activité féconde de

rintelligence. Il en résulte qae la langue, réglée et assouplie par de nombreux écrivains , devait exprimer élégamment les nuances tes plus délicates de la pensée.

Nous ne comprenons donc pas pourquoi cet idiome , le même que Tidiome improprement appelé araméen par des savants qui en excluent la langue chaldéenne, comme étant médo-persane \ serait abaissé, entre les langues sémitique, au rang du plat allemand des dialectes germains. Les monuments de Tère littéraire chaldéenne ont universellement péri; et, nous le répétons, Ion ne peut regarder comme tel le dialecte auquel Ion donne communément le nom de chaldéen , et qui n'est qu'un mélange d'hébreu et de la langue parlée à Babylone pendant la captivité "".

Dès une haute antiquité, la barrière de l'Euphrate, interposée entre les tribus chaldéennes de la Syrie et celles des contrées plus voisines de la Perse , établit la différence du dialecte occidental et oriental, laquelle s'est perpétuée dans les temps modernes sous la double dénomination de langue Syriaque et Neslorienne. Toutefois, cette distinction devait provenir, comme aujourd'hui, plutôt du son vocal des mots que de leur nature radicale ; puisque , aux siècles les plus florissants de la littérature syriaque, un de ses meilleurs écrivains , Grégoire Bar-Hebrœus , rédi-

' Hoffm., Gramm, syria, Proleg., p. 3.

* Plusieurs écrivains distingués par leur savoir philologique semblent prolester contre cette fausse acception du nom de langue chaldéenne. Tel est George Amira, qui , en 1696, publiait sa grammaire, justement estimée sous le titre de Grammaire syrienne ou chaldéenne. Jo. Buxtorf a écrit trois livres d'une grammaire araméenne , c'est-A-dire chaldéenne et syrienne, Brem.« 1616.— Hottinger donne à sa grammaire le nom de Chaldéo-syrienne. Turic, 1652. —Jo. Wilh Hillinger prouve» dans sa grammaire publiée à Wit, 1679, que la langue chaldéenne ci samaritaine est la même que la langue dite Syriaque.

geait SOD histoire à 1 extrémité de la Chaldée orientale , dans un style commun aux doctes religieux des cloîtres du Liban. L un et lautre dialecte seraient désignés avec plus de justesse par T unité nominale de Langue chaldéenne ; puisque tous ceux qui la parlent ou récrivent sont des descendants des Ghaldéens » et qu elle est la langue de leurs pères modifiée par le temps , et ses révolutions. Le nom de Syriaqae a prévalu ; parce que la Syrie a été plus universellement le centre du mouvement intellectuel de Tesprit chaldéen, réveillé par l'apparition de la foi chrétienne.

Mais précisément , l'action extérieure des civilisations grecque, romaine et arabe, dont.le triple reQet rejaillit de la même contrée sur les Ghaldéens, contribua pernicieusenoient à altérer la pureté primitive de leur langage , qui fut envahi par des termes et des locutions étrangères, sans qu une indigence réelle nécessitât cet emprunt. Soumis surtout à l'influence diamétralement, opposée du grec et de l'arabe, le chaldéen chercha à combiner et à réunir en soi le double génie de ces deux langues, alliance coirtre nature, qui le priva de sou caractère original ' . Il ne prit point néanmoins le parti désespéré du. persan, qui, ne pouvant soutenir la concurrence de larabe, importé dans l'Iran avec son symbole et sa loi victorieuse, passa avec lui l'humiliant traité de vivre à ses gages et de son fonds , en s'affublant des lambeaux de sa ridie parure. Il tint pied en Syrie contre son frère rival, durant plusieurs siècles; et, s'il en fut chassé, il a la gloire de ne lui avoir point cédé le poste inabordable de ses nnontagnes natales, où il vit rude, pauvre et inculte , il est vrai , mais libre et indépendant.

* La vanité, des écrivains, aimanta étaler aux yeux du iecteur la connaissance des idiomes les plus étrangers » fit passer dans la langue

Noas l'avons surpris dans la vallée occidentale de Tancienne Médie , près du pays des Curdes , et notre joie de le retrouver a été grande ; car des voyageurs l'avaient déclaré défunt » ; et les savants avaient cru à leur témoignage •. Vivant en société avec le turc semi-oriental de la tribu des Afchars et lecurde-bulbassi, et ayant des rapports fréquents avec le persan» dominateur officiel du pays, il a sans doute un air de famille moins frappant et moins caractérisé que dans ses montagnes, ou il subsiste en maître , loin du contact d'hôtes importuns. Mais comme l'ombrageux amour des montagnards pour leur liberté rend actuellement périlleuse la tentative d'une visite , nous avons dû nous contenter , en attendant, d'un chaldéen plus facile et plus complaisante se laisser connaître. L'altération de ses traits doit être pea sensible ; puisque les habitants de la plaine et de la montagne communiquent entre eux sans difficulté , et croient parler une langue commune. D'ailleurs , nous ne sommes point sans espoir d'étudier plus tard cette dissemblance , si Dieu bénit et ratifie notre dessein de pénétrer dans ces lieux inaccessibles, sous la bannière de la foi catholique, qui doit aiqonrd'hui les reconquérir.

lyriaqae Jusqu'à des mots de la langue franque parlée par les croisé» , bien qu'elle fût fournie de termes abondants pour les exprimer.

• ▼oln€f, Fby. en Syrie, t. I, p. 321. — NIebnhr avait observé avec plus de justesse que , dans le voisinage de Damas et aox environs de Merdin et de Mossoul , les chrétiens parlaient un langage qui devait être le syriaque et le chaldéen. — Foy. en Arabie , t. II, p. 352. — Descrip. de V Arabie, p. 81.

* Hoibn. Proleg.tp. 36. AntiquarnSyroram veraaenlain interllnguas mortuas esse referendam, non temere statuisse uobis videbamur.

§. XIJI.— De la prononciation, de l'écriture et de l'alphabet des

Chaldéens.

L'examen d une langue aussi vieille et la comparaison de son état ancien et actuel sont un fait non moins curieux pour le philosophe, étudiant les procédés de lesprit humain et les lois qui le régissent dans le cours des âges , que pour le philologue , avide de vérifier les vicissitudes et les mutations de la forme si changeante que. revêt la pensée traduite par la parole. Nous chercherons à satisfaire Tun et 1 autre dans lesquisse qui leur offrira la représentation du chaldéen vulgaire.

La cause première de sa conservation est le christianisme , qui , renouant les fils épars et rompus de la société chaldéenne, défendit sa nationalité, attaquée successivement par TEmpire Romain, idolâtre , par la Perse, imbue du ma« gisme et par les peuplades arabes et turques, converties à TAlcoran. Les traditions , le dogme et le rit chrétien interprétés élégamment dans le corps des Écritures , des canons et de la liturgie ont été le signal et le commencement de la nouvelle ère littéraire ouverte à cette langue par la foi. Le culte Ta perpétuée, fixe et inviolable comme lui ; et elle est demeurée la langue littérale , à côté de la langue du peuple, qui s en écarta bientôt , pour passer par les phases d'une métamorphose sans fin. Combien donc est sage la pratique de TËglise, adoptant une langue à elle, qui , sanctifiée et fixée par sa liturgie , se conserve ensuite, sainte et inaltérable, au lieu de subir les profanes changements de celle que parle le vulgaire. Si l'innovation des églises réformées avait été adoptée dans ces contrées , il n'y aurait jamais en pour nous , dans cette partie de FAsre , de tangue et de

littérature chaldéenne , arméntenne et géorgienne. Ce qai les a créées et perpétuées , c'est précisément cette loi ecclésiastique.

D*abord » la prononciation des Chaldéens orientaux doit être beaucoup plus conforme à l'ancienne ' que celle des Maronites et des Jacobites' qui ont recomposé leur système

' Les motions sont au nombre de six , ainsi classées :

Ptaka a

Zkapa à.

Zlama ë, î, é.

Rvaka. . 6= il égale le dhamma arabe.

Rvatsa ou.

Khevatsa i.

* Seulement; fidèles à observer les lois d'adoucissement ou d'aspiration, qui règlent ici , comme dans Thébreu, la prononciation des six consonnes!», d, Qf k,ph, Ihj ils disent Ava,Pbre et Tliçaj Fille, le th ayant dans ce cas, le même son que dans la langue anglaise. Schultens (Instit. aram., pr. 114) dit: ^^<^ « Non abrupte efferturPftod, sedinter-

veniente quadam aeris impulsione, sonatur y^XPakad, vcl PikaA»^ Cette observation est contraire à la prononciation des Chaldéens , qui disent Pkad, sans indiquer même, par un son analogue à notre «muet, l'absence de la motion qu''ils nomment MapouUa, ou Motion tombée. Voy, Hofllm., Gramm, syr., p. 104.— Nous ijouteroi» quelques remarques, propres à éclairer certains points, que M. Hofltaiann, privé de tout rapport avec les Chaldéens , n'a pas exactement expliqués dans sa grammaire. Nous voulons parler du chapitre 17, p. 105, qui traite du Dagesch forte. Le savant auteur sait parfaitement que les Syriens n'ont point , compie les Hébreux et les Arabes , un signe particulier pour ex* primer le son redoublé de la consonne ; mais il pense que le dialecte syrien seul n'admet pas sa réduplication , et qu'elle existe ailleurs. Il veut probablement parler des Chaldéens orientaux , puisqu'il cite le passage suivant d'Assémani : « Orientales ( Syri) litteras geminant quibus Zekapha, seu (aut dicere voluit) Petacha adposUa est, si procédant lilter» mots vocali A seu I quas Pelacham et Rvassam nuneupant, ita proferunt^da/^a, kaddischa. »— Bibl. orient., t. III, p. 11, p. 379.— M. Hoffmann observe avec raison que les paroles d'Assémani sont obscures. En effet > elles ne rendent point compte d'un fait, qui est le réstil-

de voyelles sur le système vocal des Grecs. Le son de VO dominant est un trait étranger à la physionomie des autres dialectes sémitiques. Ici y il est atténué par un accent plus sourd , comme chez les Arabes ; et l'intonation finale de l'A qui le remplace est légitimée par le témoignage de la tradition ; puisque les mots chaldéens de rËvangile, Talitha, Fille, Dama, Sang, sont écrits conformément à cette prononciation. Ce son fréquent n'est point monotone comme on le pourrait imaginer, le ptakha, ou A simple, vibrant tout autrement à loreille que dans les langues européennes.

En second lieu , récriture est exactement la même que celle du système graphique adopté primitivement pour la

tat non d'ane règle grammaticale , comme on le supposerait, mais d'un simple accent vocal, tenant à la nature indéfinissable du Plakha. Dans KaddUcha, il n'y a point de réduplication de lettre. Elle.est rejetée par les Chaldéens de l'orient, comme par ceux de l'occident; mais le son de Kad surmonté du ptakah est vivement accentué, pour le distinguer du son long et traînant da zkapha. L'exemple d'^AUaha, cité par Assémani , est donc faux, puisque l'alcp est accompagné de zkapha , ce qui l'allonge et le sépare des deux autres syllabes suivantes , en sorte qu'on dit Alaha, Quant au mot Abbas, il ne peut servir de preuve d'un usage ancien de redoubler la consonne. Les Chaldéens le regardent comme un mot pris , il est vrai , de leur langue , mais changé par les Arabes et les Grecs ; car ils continuent de dire Ava, Père. Si , dans les formes verbales, il se trouve deux consonnes que les Hébreux unissent par un dagesch, comme à la voix Éthapal, le son du premier Ih, qui devrait se prononcer Ça, à cause du point euphonique qui le distingue de Tautre, étant supprimé, on sait dès lors que ce n'est pas la voix Eçpeel; voilà le seul moyen d'indiquer la coexistence des deux consonnes. Si la présence d'une lettre épeuthétiquc se rencontre dans un mot, où les Hébreux insèrent un dagesch fort comme Gibbor, Héros , elle sert, bien qu'elle ne se prononce pas , à compenser la réduplicatîon ; car Gabara^ Héros, est tout différent du mot Homme, prononcé Gaura. A'mé, synonyme d^Amminy mot hébreu qui signifie nation , est prononcé, comme s'U s'écrivait avec un seul Mim-, et les deux points caracléristiqucs du pluriel le font reconnaître à l'œil.

transcription des saintes Écritures et de la liturgie , d on elle a reçu le nom à'Estrangelo '. La représentation des voyelles, qui consiste dans la figure de deux points (:) différemment combinés, est passée sous une forme peu modifiée, dans le système graphique des Arabes, qui a été incontestablement emprunté des Chaldéens, soit que le Coufiqae ait été calqué sur un alphabet déjà connu des Himyarites, soit que le Neski existât sous la forme actuelle, avant que les Arabes du Hedjaz reçussent d'Anbar ou de Hira récriture qui a donné naissance au coufique même. La configuration antique des lettres chaldéennes prouve qu elles ont retenu, outre Tordre et le nombre alphabétique, beaucoup des traits qu elles avaient dans le système des premiers Chaldéens. Cest chez eux et parmi les Hébreux, leurs frères, plutôt que dans la Phénicie, qnil faut chercher lalphabet primitif, type du nôtre. La colonie de Sidon n a point l'antiquité des monarchies de Babylone et de Ninive; et un peuple de marchands ne peut être l'inventeur d'une découverte, la plus belle qui honore le génie humain, si elle ne dérive point, suivant la croyance des anciens, d'une source surhumaine. Les Phéniciens, qui lièrent, dès le principe, des relations commerciales avec la Chaldée, en rapportèrent, comme un produit utile, cette connaissance, dont ils furent les courtiers, pour les peuples de l'Occident.

Lalphabet primitif des Chaldéens, que l'on a appelés Ba-

' Assémani s'est trompé dans Tétymologie de ce mol, qu'il fait dériver du grec 1t/)o»vâo c,i{ond,CtrcuZaire, l. Illip.f , p. 378. Il est beaucoup plus juste de supposer, avec Micbaëlis, Adier et Hoffmann, qu'il est TabréviatioD des deux mots arabes^ «^.a^^I ^^Ja^iw, $elralindjilt c'est-à-dire , Écrilure de l'Évangile, (Proleg., p. 67.)

bytoniens , est la source d'où sont sortis les alphabets dits phénicien , samaritain , arainéen , de Carpentras , de Palmyre et probablement celui des Sabéens, peuple que nous croyons avoir une origine chaldéenne^ Nous pensons aussi qu'il est la clef de l'écriture cunéiforme , occupant le côté droit dans les inscriptions de Van et de l'Alvande *. Lors-

* On sait que le mot Alphabet est composé des deox premières lettres Alpha, Bêla, commençant celui de tous les dialectes sémitiques. Lucain a dit:

« Phœnices primi, famas si credilur, aasi

« Maosoram rudibus Tocem signare figuris. » (Pfaara., III, 2)0.)

Mâts un poëte ne fait point autorité dans la science. DIodore de Sicile (lib. V, 74, éd. Wessel ) nous fait connaitre une opinion assez répandue de son temps , d'après laquelle les Phéniciens auraient appris l'art d'écrire des Syriens, qui Tavaient inventé. Pline disait : < Litteras semper arfoUror assyrias fuisse. > Plin., H. N., Vit, 56. ^Clément d'Aleiaodrie , dans sa première Stromate , accorde cet honneur coUectiyementaux Phéniciens et aui Syriens ^ mais Eusébe, Prépar. évang., X, 5, se décide en faveur des derniers. Selon M. Hoffmann, les Araméens et les Babyloniens sont, avec pins de probabilité que les Phéniciens , les inventeurs de l'alphabet. Proleg., p. 61. Or, les uns et les antres rentrent dans la grande famille chaldéenne. — -Assém., Bibli. orient. , t. III, p. 2, p. 609, 714. —Le caractère dit Neslorien est plus élégant et plus régulier dans ses formes que celui des Maronites. Tousceui qui savent écrire parmi les Ghaldéens, n'emploient point d'autre alphabet dans leurs comptes et leurs correspondances. Ils n'y ajontent que trois points (*.*) disposés sous le Ghimel, à la manière du Dfim des Persans, lorsqu'ils veulent transcrire un mot de leur langue ou de celle des Curdcs.

' Nous avons copié, à l'aide d'une lunette, cette inscription , dont la première partie , conforme à celle qu'avoisine Hamadan , a été expliquée par M. Eugène Burnouf , dans le mémoire si remarquable qu'il publia en 1836. L'infortuné docteur Schullz, qui, dix années auparavant, explorait les mêmes lieux, la releva aussi , ainsi que toutes celles qui se trouvent dans le voisinage, avant d'aller périr sous les coups des Cardes , au passage du Pisan , petit ruisseau, éloigné de Baschqualan, à deux journées de Salmas, vers l'ouest. L'inscription , divisée en trois

que la puissance chaldéenne eut été renversée, à Ninive et à Babylone, parles monarques des Mèdes et des Perses, ceux-ci, voulant éterniser les souvenirs de la conquête parmi les vaincus, adaptèrent à leur idiome lalphabet national qui décorait la façade des palais de Persépolis. S'il est plus compliqué , plus serré dans ses signes que les deux autres systèmes, appliqués au zend et au pehivi , c'est que la consonne porte sans doute avec elle la voyelle, qui en règle et en détermine le son. La voie la plus sûre pour parvenir à son interprétation est peut-être une étude profonde du chaldéen, compris dans l'acception étendue que nous lui attribuons, et une connaissance du dialecte conservé chez ceux qui le parlent, avec d'autres notions traditionnelles, précieuses, comme tout ce qui est antique, et dignes d'intérêt, comme pouvant préparer à l'intelligence d'un mystère encore impénétrable à la science. Cette langue nous parait aussi devoir expliquer les difBcultés du dialecte que Michaëlis et Adler ont appelé Hiérosolymitain ^ et qui est la langue des restes des Sabéens, ou Chrétiens de saint Jean , qui vivent près des frontières de l'ancienne Susiane. En6n , le pehivi même pourrait tirer de cette étude des éclaircissements utiles , en

colonnes, regarde le sud. Elle est gravée à la hauteur de 120 pieds environ , dans un roc taillé à pic. Elle est parfaitement conservée ; et chaque trait de ses lettres, en forme de clous, et comme dessinées au burin, se détache à rœil, avec une netteté digne d'exciter l'admiration de Moïse de Ghorène , le plus ancien auteur qui la mentionne. Depuis cet historien, treize siècles environ sont passés sur elle, sans l'altérer. Elle brave le temps, comme elle brava le vandalisme de Timour-Leng , qui voulut vainement y atteindre pour Teffacer. La colonne de gauche, interprétée par M. Burnouf, et celle de droite sont les deux seules de leur système qui se soient conservées en ces lieux. Toutes les autres inscriptions, assez nombreuses, appartiennent au système de la colonne mitoyenne , qui doit être vraisemblablement expliqué par lo pehivi.

achevant de dissiper les ombres qui couvrent le point de transition des idiomes médo-persans et sémitiques.

§. XIV. — Résumé succinct des lois grammaticales du chaldéen

moderne.

L'existence d'nne langae peut être assimilée à celle de Findividu et de la nation qui la parle ; comme lun et l'autre , elle a ses époques d'enfance y de jeunesse, d'âge mûr et de caducité. Son caractère reproduit nos qualités et nos vices. Elle est simple ou prétentieuse , chaste ou sans pudeur, discrète ou bavarde 9 énergique ou faible; et surtout, elle a plus ou moins de clarté. Quant à sa richesse , elle est moins dans son propre fonds que dans le génie qui en use et y dépose le trésor de ses pensées. Le trait distinctif de la langue chaldéenne , celui qu elle a mieux retenu que les autres dialectes de la même famille , c'est une simplicité de formes , nobles et calmes , comme les patriarches dont les lèvres l'ont consacrée. Du radical sortent les dérivés, dans un ordre sensé et logique, et avec des nuances délicates, qui rappellent l'état d une société primitive '. La phrase est économe de mots; et elle resserre la pensée dans des limites précises, qui l'empêchent, comme en hébreu et en arabe, de s'écarter de la droite ligne, et de s'enfuir par des détours où l'esprit s'égare.

' L*idée d'Évangile s'associe à celle de Foi , d'Espérance, d*u4limenl et de Longanimité. Amia, qui, dans la liturgie» s'unitfréquemmentau Dom de Dieu , avec le sens d* Agneau, dérive d'un radical signifiant Verbe et Parole, L'idée de Pudicilé tient k celte d'un vin acre ou aigri. Le texte de saint Paul , que nous traduisons : « La lettre tue el l'esprit vivifie , » a , dans la version chaldéenne , ce sens : « C'est le Livre, Kiava, qui tue , et l'esprit qui vivifie » : argument encore plus manifeste contre les protestants.

La langue vulgaire est douée du même avantage» quoiqu elle ait toutefois beaucoup perdu de son originalité native. Tel devait être son sort , quand on considère la position géographique et sociale de la Chaldée. Centre de loccident de TÂsie et environnée de nations qui ont eu assez de force pour surmonter la sienne , elle a retenu dans son langage les traces de ces rapports, dont Tempreinte plus on moins profonde en fait connaître la nature et la durée. Les Persans, les Grecs, et surtout les Arabes, y ont introduit des éléments étrangers ; et , depuis cinq siècles que les Turcs cernent et pressent les Ghaldéens sur plusieurs points, l'idiome tatare a altéré le leur, par son alliage hétérogène. Quant aux Arméniens, ils n ont jamais eu une influence politique assez stable, pour avoir prise sur un peuple dont la nature , le caractère et la langue sont complètement diflérents; et, s'ils les dédaignaient comme incivilisés et parlant un jargon barbare , ceux-ci leur ont toujours prodigué libéralement le môme mépris.

La langue dun peuple est un édi&ce national, dont la structure représente le génie et l'état de la société. Si le style en est pur et sans mélange, une même conception a présidé au plan. Son architecture est-elle mélangée, ou des ornements accessoires ont-ils été ajoutés postérieurement , on connaît qu'il a été retouché par des mains étrangères* Quelquefois la façade et les dehors sont totalement changés, et il n'est resté de l'édifice que les fondements et les colonnes qui le supportent. Ce sont là des éléments indestructibles, qui attestent un passé vénérable et qui ne disparaissent qu'avec la nation elle-même.

Ils sont formés des radicaux, correspondant aux notions qui représentent l'ordre immuable et suprême de la pensée.

Tels sont les mots Diea, Religion, Bien et Mal, Ame, Esprit, Mort, Vie, Justi4:e, etc. , qui ont échappé , dans le chaidéen , comme les idées qu'ils réveillent , à toutes les altérations du temps et de la barbarie. Le peuple n'a point perdu ni rejeté ce précieux legs ; et il en use comme faisaient ses pères. Autour de cet ordre, se groupent des notions contingentes et variables de leur nature ; mais qui , fondées sur les nécessités de la vie , en reçoivent comme un cachet de stabilité. Ainsi sont les termes exprimant laction de boire, de manger, de voir y d^ entendre, de goûter, de dormir, de marcher. Les noms des membres et des organes principaux du corps sont analogues à ceux de la langue littérale, ainsi que les radicaux désignant le ciel, la terre, le feu, Y eau, Y année, les saisons, \ejour, la rmit, \e froment, Yorge, le chei^al, Y âne, et tous ces autres objets qui , va^ riables de leur essence , participent par leur présence ou leur retour périodique à une sorte d'invariabilité relative. Si nous pénétrons dans l'intérieur du système grammatical coordonnant les lois du langage actuel , la première observation qui nous frappe c'est que le chaldéen a suivi dans sa dégradation la même marche que toutes les autres langues illustrées par un règne littéraire, et réduites au rôle de langues dites Vulgaires. Elles ont été dépouillées du luxe des ornements, et affranchies de règles compliquées qui pouvaient paraître gênantes, mais qui étaient nécessaires à leur dignité extérieure. La simplicité progressive , vers laquelle elles tendent, ressemble beaucoup au négligé dans la parure, même à la nudité. Telle est , dans l'Asie occidentale , la condition de l'arménien , de l'arabe et du grec. L'homme ou la société qui les parlent ont aujourd'hui , comme autrefois, les mêmes moyens d'exprimer leurs pensées ; mais l'esprit

ni Foreille ne sont plas flattés par des sons harmoniease* ment combinés ; et un sentiment pénible affecte le philologue qui, en parlant ces langues ou en les entendant parler, est toujours involontairement porté à comparer leur passé avec le présent.

Les pronoms , expression simple et directe du Moi , cest-à-dire de ce qu'il y a de plus vivace et de plus immuable dans rhomme, sont aussi l'élément le moins variable des langues '. On les entehd proférer par la bouche du peuple, dans la Chaldée et dans VArménie, tels qu on les lit dans les livres. L'afiixe , autre pronom , particulier aux langues sémitiques, et qui s'attache aux désinences des verbes, des substantifs et des prépositions, en caractérisant les nuances des personnes auxquelles il se rapporte , est parfaitement reconnaissable dans toutes ses formes \

L'esprit de simplification présidant a la composition, ou plutôt, à la décomposition des langues modernes, a retranché toutes ces voix qui enrichissent la conjugaison des dialectes sémitiques, et que l'arabe reproduit avec toute la variété et la subtilité de leurs distinctions^. Comme chez

' Les pronoms de la première et de la seconde personne du singulier sont, dans le chaldéen vulgaire, les mêmes que dans le chaldéen littéral. Les terminaisons pronôminalesj, soit masculine , soit féminine de la troisième personne, se sont allongées ; et , au lieu de HaUy lui, on dit uiuvaha; au lieu de Hat, elle, on a Aiaha, Les pronoms du pluriel Aki, yiktouk, Enni sont les mêmes pour les deux genres.

* L'affixe des noms prend pour auxiliaire le />, ou Dalelh, qui a le sens de notre article De. Ainsi l'on dit Klava dii, diouk, d'auvaha, màee.fDiak, Diiaha, fémin,: le livre de moi, de toi, de lui, de toi, d'elle; et, au pluriel , nous avons Diian, Dioukoun Denni, pour les deux genres. Dans les verbes, l'affixe s'ajoute immédiatement aux personnes de la conjugaison , presque exactement comme dans le dialecte syriaque.

^ Il n'y a nïEçpeel, ni Paêl, ni Fepaal, voix exprimant Vacilon

nous, le verbe se partage entre les deui grandes catégories à'AcUf et de Passif, mais sans recourir pour celle-ci à riptervention d un verbe substantif.

Le nom est fixe et invariable dans sa désinence , qu'il soit ou non dans la dépendance d un autre ; et il ne connaît point Tétat que les grammairiens ont appelé Emphatique,

L adjectif a conservé TinQexion Tha pour le féminin; mais il confond les deux genres dans la terminaison plurielle.

L'esprit habitué aux études grammaticales saisira, à travers ces notions concises et nécessairement incomplètes, les traits principaux qui composent le signalement de la langue moderne des Chaldéens. Pour caractériser plus complètement sa physionomie particulière , nous rappellerons que les Hébreux , descendant de Nachor , comme les Chaldéens, nous offrent dans les débris de leur langue et de leur postérité proscrite et errante les preuves de cette étroite parenté. Tous les Juifs , qui , au nombre de plusieurs milliers , habitent les vallées de Salmas , d'Ourmi, les frontières orientales du Haut-Curdistan et les

énergique, passive intensitive, réciproque et réfléchie de l'agent. L'actif seul est usité , et ses temps sont le passé ; une espèce de présent formé de la réunion du pronom au participe; le futur, précédé de Bed, radical emprunté à Tarabe vulgaire et dont le sens, tiré primitivement de l'arabe littéral, nous parait correspondre au Stiall des Anglais et au iVerde des Allemands ; l'impératif, qui n'a que les secondes personnes, identiques au masculin et au féminin , et l'infinitif, qui est un nom d'action, suivant ordinairement la préposition Qua ou Ka, qui a le sens de Pour, Ka est peut-être le Ki des Persans chaldanisé. Le passif est réformé, d'après le système moderne, au moyen d'un auiiliaire, Piacha, qui a le sens de Rester, et qui se conjugue comme les autres verbes unis au participe de la voix objective ; ainsi J'ai été aimé se traduit par Je suis resté aimé,

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