DE LA FOI
Tauris, Perse, ce 17 noYcmbre 1839.
Monsieur ,
Le rapport que j ai l'honneur de vous adresser était écrit, lorsque j'ai reçu votre lettre, datée du 1 4 août. Vous voyez que, sans attendre la permission que vous m'accordez avec tant de bienveillance, de correspondre avec l'Association , j'avais osé la prendre , comme un droit que confère à tout catholique le désir de participer, selon ses faibles moyens, aux mérites de votre œuvre. Aujourd'hui, je vois la nécessité de son existence, la sainteté de son but et l'efficacité de ses moyens d'action , avec une évidence singulièrement accrue par la position où je me trouve. Elle est destinée à devenir, après la grâce, la cause pre-
mière du retour des communions dissidentes de TOrient, si le zèle pousse les fidèles à la soutenir et à l'étendre.
Le don de chacun est bien peu de chose ; mais les catholiques sont nombreux. S'ils voulaient entrer en foule dans cette belle propagande ^ ils seraient en état de faire partout la loi. Toutes ces gouttes , versées par la charité , formeraient comme un immmense Océan , qui couvrirait le monde.
Depuis mon départ de France , la plus douce consofation , au milieu de mes courses et de mes voyages , a été de visiter les catholiques dispersés sur mon passage. J ai trouvé chez eux une joie et un amour de frères ^ en apprenant que rOccident a les yeux ouverts sur leurs misères.
Ils sont en effet tous plus ou moins indigents , surtout dans la Chaldée persane, si bien qu'un nestorien me disait , dans son orgueilleuse ignorance : « Votre religion est donc la religion des pauvres. — Oui , lui répondtmesnouSy et ceux mêmes qui sont riches doivent se faire pauvres d'esprit. »
Il serait impossible d'accorder à tous ceux qui ont besoin : l'Association ne le pourrait. Ce qu'il est urgent de faire en ce moment, suivant nous, c'est d'assurer l'existence des sept ou huit prêtres chargés de veiller sur le troupeau chaldéen, d'envoyer des ornements et des vases sacrés pour les cinq églises de Salmas et d'Ourmi , de consolider les écoles fondées récemment, comme vous le verrez dans notre rapport , et d'aider les missionnaires que le ciel enverra. Tout réussira ensuite; et la conquête d'Ames innombrables récompensera votre sainte charité.
Veuillez agréer, monsieur le Président, l'hommage de mon profond respect et de la haute estiibe que m'inspire II. 22
votre noble ministère. N'oubliez pas dans vos prières un de vos membres , dont toute Tambition ^ ici-bas , sera toujours de vous prêter le concours de ses faibles efforts. Votre très-humble et très-dévoué serviteur.
P. S. J'oserai vous prier de faire parvenir à M. Ozanam un souvenir, en échange de celui qu'il m'envoie. Je vous félicite de l'avoir pour collaborateur. Son dernier travail sur Dante 9 que je viens de recevoir, promet à la cause catholique un écrivain distingué.