DE LA PROPAGATION DE LA FOI
De la propagande catholique comparée avec la propagande protestante. ■— Moyens d'action de celle-ci en Perse , chez les nestorieiis. — Victoire et émancipation religieuse des catholiques de la Ghaldée persane. — Fondation d'écoles chrétiennes^ — Attente d'une mission catholique^
La propagande religieuse est le plus saint et le plus noble des ministères , puisqu'elle élève celui qui Texerce dignement à la hauteur de l'apostolat. Elle exige donc de ceux qui se vouent à cette oeuvre une ferveur de foi , une abnégation de soi-même et une pureté d action en tout semblables à celles des apôtres*
Ouvrez nos saintes annales; suivez dans les régions extrêmes du monde ceux qu'y a conduits le désir de propager la religion, et vous verrez briller dans tous ces saintes vertus. L'ambition d'accroître cette admirable société qui amène tous les hommes à elle par la force attractive de sa charité , l'espoir de rattacher à la chaire de saint Pierre des liens d'amour, rompus par l'orgueil disputcur des hérésiarques , et le besoin de verser au dehors Jes flots de vérité qui débordent de leur âme, voilà les motifs qui animent ces ouvriers , dispersés dans le champ Aa Seigneur. Leur but suprême est d'avancer la consommation de l'unité religieuse dans l'univers. Cette magni-
fique prétention ne pouvait être manifestée que par TÉglise, qui seule peut se glorifier du nom de Catholique.
Toutes les religions ont aspiré plus ou moins ardemment à l'universalité; toutes, pour y atteindre, ont eu recours au prosélytisme. C est ainsi que, dans les Ages anciens , la force imposait la loi spirituelle et politique ; te triomphe d'un dogme était acheté par des exterminations et des guerres sanglantes. Llnde nous en offre un mémorable exemple dans les combats que les sectateurs de Bo.uddha livrèrent au culte brahmanique. Les nations conquises par les Perses, les Grecs et les Romains devaient aussi payer un tribut dadoration aux divinités des vainqueurs. Le judaïsme, chargé de conserver le dépôt des traditions révélées, et non de les répandre chez les autres peuples, indignes délies, bornait sa propagande aux étrangers établis dans la Palestine. Sa doctrine exceptionnelle portait le Caractère de îa vérité, en sinsinuant dans les Ames par la persuasion , sans faire appel à la violence. Quant au christianisme , complément et perfection de la religion primitive, il proclama ouvertement , dès sa naissance , que les mérites de la rédemption devaient s'appliquer à tous les hommes; et il le démontra , en faisant le partage des nations entre les premiers disciples , assemblés au Cénacle.
Aussitôt ces fils de pêcheurs se dispersent par le monde; et, plus que le conquérant Alexandre , ils semblent être à l'étroit dans ses limites. A-t-on jamais vu prosélytisme aussi incompréhensible ? Le glaive et le feu des persécutions doublent sa force et ses succès , au lieu de lui créer des entraves. Les adversaires de l'Évangile ont pour eux la puissance, les richesses et le nombre; l'Évangile l'em-
porte avec la faiblesse, le dénûment et la pauvreté de ses serviteurs ! Quel coDtraste avec le mahométisme , enflam-^ maot rimagination ardente des Arabes par lappâtâes voluptés» et armant la main des croyants contre les nations indifférentes ou contraires à son symbole. La guerre religieuse, érigée en loi sous le nom de DjUtad^ les massacres et le pillage sont les arguments qu il emploie sur les populations idolâtres et cupides de la Perse et de la Tatarie.
La religion procède toujours par une initiation libre et une charité pleine tie douceur ; et ce signe la distingue des communions qu elle a frappées d anathème et répudiées de son sein. Uétudede leur origine prouvequ une vanité de suprématieet de faux savoir théologique ou une révolte de la raison contre lautorité immuable de la foi furent leur cause première. Nées du mal et perverses dans leur nature , le mal a servi à leur dissémination. Observez en effet les progrès des premières hérésies, de larianisme, par exemple, vous verrez comme ils sont violents et tyranniques. D autres erreurs moins turbulentes , comme celles de Nestorius et d'Eutychès , semblent se reposer, satisfaites de lentraînement de la nation qui les a vueséclore. Le zèle de la haine seul leur reste; et il est dirigé contre l'Église mère, dont elles ont parjuré la foi. Franchissons d'un seul bond les siècles qui nous séparent de Luther et de Calvin ; et notre observation devient plus évidente. Lacté de révolte religieuse qui a séparé le nord de l'Europe du midi , fidèlement catholique , met en effervescence les passions politiques, passions les plus aveugles de toutes; et la conclu»sion des sophismes formulés dans toutes les écoles des théologiens se tire à main armée, dans les camps et sur les
champs de bataille. En vain vondrait-on faire croire que les protestants usèrent du droit d'une légitime défense, rhistoire , écrite par leurs historiens inèmes, prouve que lagression commença par ies princes , fauteurs de la rébellion et impatients de s affranchir de la juridiction spiritueHe de l'Église. Les intérêts de la terre et la concupiscence de la chair, gênée par la discipline catholique, furent les mobiles secrets qui attirèrent les néophytes dans les rangs du protestantisme. Les arguments de ses propagandistes étaient des déclamations contre l'Église romaine, si pitoyables qu'on rougirait aujourd'hui de les reproduire; mais , au fond ^ le véritable motif était l'orgueil de la désobéissance, premier péché du premier homme. Par son apparition , l'unité religieuse et sociale fut momentanément troublée dans son œuvre progressive. Les générations impartiales du présent , instruites par les calamités du passé , saveiit fort bien tout ce qui en est résulté de tdste et de mauvais pour le genre humain. Néanmoins le vent de la tourmente paraît avoir poussé plus rapidement le vaisseau de l'Église sur la haute mer , où il vogue triomphant vers le port de ses éternelles destinées. D'un autre côté , lé rationalisme , père de la réforme , a usé et tué son enfant) qui se meurt aujourd'hui dans le doute ou dans les vagues aberrations du panthéisme.
Mais toutes les doctrines ont des partisans entêtés , qui réputent comme une gloire de s'ensevelir sous leurs débris , les armes à la main , en les défendant avec l'impuissance de l'acharnement. La réforme compte on certain nombre de ces hommes. Ce n'est plus en Allemagne, où l'excès de la spéculation a paralysé la vie sociale et endormi les esprits dans un quiétisme nébdleux , mais en Angleterre
qu'il faut les chercher. Le mouvement et Taction sont inépuisables chez ce peuple, dont Tindastrie surprend chaque jour quelque secret de la nature physique. Le protestantisme a pénétré d'ailleurs plus avant dans l'État et dans la famille de ce peuple. L'église nationale a été organisée avec une éconmnie hiérarchique qui lui donne une apparence d'harmonie et d'unité. Cette religion ou Persaadon , pour employer un terme ridicule de sa langue , en identifiant sa cause avec celle de la constitution politique , avait du moins l'espoir de vivre autant qu'elle. Voilà pourquoi elle se débat, à l'heure qu il est, si opiniâtrement sous les coups des réformistes» qui attaquent indirectement sa réforme. Au commencement de ce siècle,. ne sachant comment conjurer l'orage , elle pensa à réveiller la tiédeur de ses enfants par l'organisation d'une propagande, modelée, autant que possible, sur celle du catholicisme. Des associations de personnes portant le nom de ministres se formèrent ; et on leur ajouta le titre de missionnaires , comme si cette appellation pouvait improviser des apôtres. La société biblique les prit sous son patrouagie ; et ils eurent la mission de porter chez tous les peuples des Évangiles et des Bibles , que ces peuples ne lisent ni ne comprennent , parce que la traduction en est généralement illisible , et que la lecture , sans un enseignement explicatif, ne peut élever l'esprit é leur intelligence. Ces hommes partirent donc avec leurs épouses et tout lattirail du ménage ; et la prévoyance administrative du comité promit une augmentation annuelle de 500 fr. pour chaque enfant qui augmenterait la famille. Il y aurait injustice à nier que lamour du bien et un certain esprit de dévouement exaltassent le courage de plusieurs de ces envoyés, et que,, près des tribus ido-
làtres de TÂmérique , du Gap et de llnde , leur doctrine supérieure n'ait opéré des améliorations sociales. Mais , si cette doctrine se mesure avec avantage contre les symboles païens , elle met à nu son insuffisance , lorsqu'elle usurpe ce ministère de propagande près des autres sectes détachéeSy comme elle, du centre de Torthodoxie , mais moins dégradées par l'erreur. Nous aurons occasion de le démontrer tout à l'heure, en parlant de l'action d'une de ces sociétés évangéliques sur les nestoriens de la Perse.
D'abord il faut savoir que ses membres sont tous Américains. Ces hommes, nés dans une civilisation d'hier et appartenante une secte non moins jeune, se croient déjà la force et les titres pour régénérer la religion et la civilisation mourante de ces contrées , qui furent leur berceau. Ils ont institué à Boston une société de missionnaires, qui doit convertir tous les Infidèles. Or, sachez que, nous autres catholiques, nous sommes inscrits en tète de la liste, comme les plus obstinés et les plus dangereux. Dire quel est leur symbole serait chose assez difficile , même pour eux. Toutefois, d'après des fragments de leurs écrits, tombés entre nos mains , d'après certains actes et certaines paroles, qui scandalisent ceux qu'ils viennent évangéliser, nous les croyons honorablement gradués entre les mille et une sectes de leur pays , qui , parcourant avec plus ou moins de rigueur logique les phases de la réforme, finissent unanimement par aboutir au déisme. Il se peut toutefois que ce culte pur de l'intelligence, tel qu'ils le qualifient, soit coloré chez quelques-uns d'une teinte de piétisme. Les âmes naturellement droites et tendres sont portées à calmer leur trouble intérieur par cette sensiblerie religieuse.
Mais , pour laisser le lecteur apprécier convenablement
ces missionnaîres , appliqués, depuis cinq ans, à convertir la Chaldée persane , nous suivrons la maxime posée par nous précédemment, et qui est cellç de TÉvangile , c est-àdire qu'il faut juger larbre par ses fruits , et celui qui se dit délégué de Dieu, par ses actes. Or, nous commencerons par dire que la mission de ces messieurs a pris dans ce pays , principal théâtre de son zèle en Orient , une direction qu'il serait impossible d'imaginer, et que nous avons voulu examiner sur les lieux , avant d y croire : tant elle s'écarte de toutes les traditions apostoliques. Le génie industriel et commercial des États-Unis est certes universellement connu : nul ne peut le contester. C'est un mérite dont ses premiers colons ont hérité de l'Angleterre ; et , depuis que la France a consommé l'indépendance nationale de l'Amérique du Nord, ses progrès, sous ce rapport, sont dignes d'éloge. Mais on ignorait sans doute que ces propagandistes eussent mêlé aux choses de la religion l'élément profane de l'habileté financière , et que l'argent fût le nerf et l'instrument de toutes leurs opérations. N.- S. J.-G. recommandait à ses apôtres un renoncement complet à tout bien de la terre; il leur défendait de porter un manteau, un béton ou une besace. Conformément à ce précepte , les missionnaires de l'Église catholique ont toujours été de pauvres prêtres ou de pauvres religieux , craignant d'embarrasser leur marche par une prévoyance superflue, et se confiant dans la force de la doctrine, qui était toute leur richesse. Aussi le ciel bénit leur foi ; et leurs conquêtes ne sont jamais plus rapides que lorsqu'aux yeux de la chair ils paraissent plus faibles. Ces messieurs de l'honorable compagnie de Boston savent qu'ils prêchent une autre doctrine ; et , conune elle est l'œuvre des concep-
tions humaines, et qu elle n a point derrière elle Tappui des promesses évaogéliques, il est tont simple qae leurs précautions et leurs ressources soient plus conformes aux procédés de notre folle sagesse.^ Cette observation explique d'avance la cause de sa stérilité. La prudence des fils du siècle n'est habile que dans le maniement des affaires terrestres ; si elle porte ses prétentions jusqu'à Tordre supérieur et surnaturel y son orgueil est confondu , comme celui du profanateur qui étendit la main sur l'arche.
Avant la venue de ces messieurs , d'autres envoyés protestants avaient cherché à prendre pied en Perse. Le crédit illimité de la puissance anglaise, qui s'était imposée comme protectrice du feu roi Feth-Âli-Schah , paraissait devoir favoriser leur mfluence ; rien ne fut négligé pour aider leur prosélytisme, qui pouvait avoir des résultats politiques importants. On savait que la religion des Persans est séparée et ennemie des autres sectes musulmanes, et qu'elle a formé dans le royaume de l'Iran une église nationale : ce qui l'assimilait, sous ce rapport, à l'église anglicane; sa conquête était donc jugée possible. Mais tenter sur les Persans , comme sur tous les musulmans en général, une propagande directe, basée sur des controverses religieuses , c'est assurément perdre son temps et sa peine. La foi est tellement enracinée dans Tàme des sectaires de Mahomet, et, d'un autre côté , l'ignorance est si profonde, que les meilleurs arguments ne sont pas compris, ni même' soumis à un examen sérieux. La science et Féducation, en éclairant la jeunesse, peuvent seules préparer les voies à ce changement si désirable. Du reste, le spectacle du protestantisme mahométan aux prises avec le protestantisme chrétien n'en était pas moins un fait très-curieux. La lutte
fut engagée par Henry Martyn , jeune tiomme d'une capacité réelle, et digne par son zèle de défendre une cause meilleure. Il eut pour adversaire le docteur Akmed d'Hanuadan. L'un et l'autre composèrent un traité sur l'authen* ticité et la sainteté des livres, bases de leur religion respective. Celui-ci opposa l'Alcoran aux saintes Écritures ; et y qui plus est, étalant une connaissance biblique aussi subtile dans ses interprétations que celle du ministre protestant, il appliqua toutes les prophéties à la personne de Mahomet. Que pouvait lui répondre le ministre , dont le jugement privé , critérium unique de ses raisonnements, était aussi faillible que le jugement de son antagoniste? Rien de décisif , privé qu'il était de la ressource d'invoquer le témoignage infaillible de la tradition conservée dans le corps de l'Église. Aussi la dispute fut-elle interminable ; et le musulman se crut autorisé à persister dans sa conviction première. Cette controverse n'eut d'autre effet que de rallumer la ferveur religieuse des théologiens persans ; de toutes parts, des réfutations furent rédigées , avec plus ou moins de science. Le peuple, qui entendit répéter que des émissaires chrétiens attaquaient ses dogmes , perdit la bienveillance tolérante qu'il leur témoignait. Quelquesuns d'entre eux , qui avaient tenté d'enseigner à Ispahan , furent contraints den sortir pour sauver leur vie menacée. Les Bibles , distribuées avec profusion aux musulmans , furent brûlées sur les places publiques. Les Juifs, qu'on espérait aussi gagner, en mettant les textes sacrés entre leurs mains, les rejetèrent comme interpolés, et semèrent dans les rues les lamboiux de leurs feuilles.
L'insuffisance de cette tactique étant reconnue , on songea a fonder des écoles. Un pasteur allemand, nommé
Hase, vint à Tébriz (Tauris), ouvrir une espèce de gymnase pour la jeunesse persane. La présence des négociants européens , des consuls et des instructeurs anglais pour larmée avaient habitué la population à la vue du costame et des mœurs des Francs ;- et le succès des armes russes avait révélé la force prépondérante des puissances cbrétieimes. La circonstance était donc favorable ; néanmoins, comme les musulmans se défiaient des intentions du pasteur, il ne parvint qu'avec une extrême difficulté à réunir un petit nombre de disciples , qui ne répandaient aucun lustre sur son œuvre , parce qu ils appartenaient tous à la classe moyenne, et que d'ailleurs renseignement manquait d'un but déterminé. Après trois années , il se découragea et partit.
Sur ces entrefaites , arriva la mission américaine. Elle n'essaya point son prosélytisme auprès des musulmans; elle s'adressa aux tiestoriens, répandus , au nombre de plus de cinquante mille, dans la province de TAderbidjan. Deux de ses membres avaient été envoyés à la découverte du pays en 1830; et leurs rapports l'avaient présenté au comité de Boston sous les traits non flattés d'une terre promise. En effet , la nature y est belle et féconde ; et puis les Persans laissent jouir tous les chrétiens d'une liberté de culte si absolue, et ces chrétiens eux-mêmes sont tombés dans une ignorance si extrême , qu'il devait être aisé de les convertir, en les éclairant. Quel champ aurait donc été mieux choisi pour des ouvriers évangéliques I Ils fixèrent leur établissement dans la petite cité d'Onnni , située au centre de la plaine fertile qui a emprunté son nom. Ces messieurs ne posaient point seulement une tente de voyage ; ils prenaient formellement domicile dans la pro-
vi lice, en bAtissant une vaste maison, qui commençait par donner aux habitants le bon exemple du comfortable américain. Leurs épouses les avaient rejoints, tant ik semblaient décidés à rester fermes au poste , jusqu'à la conversion universelle de tous les Ghaldéens. La tAche toutefois n'était pas aussi dépourvue de difficultés qu'ils l'avaient espéré.
Les deux sectes de Nestorius et d'Eutychès , enfantées à peu près dans les mêmes jours et sur les mêmes lieux , consistent dans la négation d'un seul dogme principal , qu'elles rejettent , en conservant, au risque d'être blâmées comme inconséquentes , les rites, les prières et la constitution hiérarchique de l'Église catholique. Elles offrent même le phénomène remarquable de participer à quelques éléments de sa vie et de sa stabilité. Ainsi , depuis dou2e siècles , elles se maintiennent au milieu du flux et reflux des révolutions sociales qui ont bouleversé l'Asie , tandis que la multitude des autres sectes n'a laissé tout au plus qu'un nom tristement célèbre dans l'histoire. Leur foi i altérée dans son essence, était encore assez forte pour résister aux menaces et aux promesses, par lesquelles l'islamisme n'a cessé longtemps de les effrayer et de les séduire. A trois reprises, le catholicisme a failli recouvrer dans ces contrées la totalité du terrain que l'hérésie lui nvait enlevé. Les patriarches s'étaient réconciliés , et rOrient serait rentré dans l'ordre de l'unité, s'il avait été aussi accessible et aussi maniabre qu'à notre époque. Mais la rareté des commurûcations empêcha que les liens se raffermissent ; et la défection se renouvela parmi les néophytes ignorants. Toutefois l'orlhodoxie avait déposé les germes de la régénération ; et le ciel a fait fructifier len-
lement ses rejetons , qui couvrent déjà toute lancienne Assyrie , et s'étendent jusqu à la Perse.
Quand les missionnaires américains ont appelé à eux les fils de Nestorius , ceux-ci leur ont demandé au nom de qui ils venaient, et les ont sommés d exposer leur symbole. Alors, quelle na pas été leur surprise, .eu les entendant s arrêter après ces premiers mots : (k Je crois en Dieu ! » Leur foi est restreinte à ce premier- article ; la vérité des autres s est évanouie, sous le contrôle de la raison, a Quoi 1 syoutèrent, avec curiosité, les fils de Nestorius , vous ne dites rien de Jésus , le Messie , en qui nous admettons deux, personnes et deux natures I Sa mère doit-elle être appelée if «r^ de Dieu, ainsi que laffirme une communion qui nous qualifie d'hérétiques, ou est-^Ue simplement la Mère du Messie? Admettez-vous la confession , longtemps usitée dans notre Église ? La commuoion s administre-t^elle aux simples fidèles sous les deux espèces ? Oigriez-vous de Thuile sainte les mourants? Quelle est votre hiérarchie ecclésiastique?... » Les missionnaires balbutièrent sur la première question une réponse , dont 1 erreur semblait concorder avec celle de Nestorius, et ses enfants s en réjouirent. Quant aux autres demandes , ils sourirent de pitié sur elles, et les traitèrent d'erreurs idolàtriques, dont s'était affranchie leur jeune Église; puis, ils ajoutèrent que le but de leur mission était de les ame* ner à leur propre culte simplifié. Cette explicatiou moins satisfaisante effraya tellement les nestoriens qu'ils se tinrent à l'écart des missionnaires , comme de gens dangereux , et jugèrent impossible toute union spirituelle. Au bo\xi de quelque temps, leur aversion augmenta, lorsqu'ils virent les étrangers ne bâtir aucune chapelle dans
leur maison , à laquelle rien autre chose ne manquait , et qa'ils surent qu une chambre , avec une Bible, était leur temple.
De leur côté , les étrangers étaient en grand emfiarras : ils avaient préparé une école , et les enfants n y venaient point ; que faire ? Sans doute le chapitre fut convoqué , et il délibéra gravement. Je me figure Tan des assistants, connaissant mièui le. pays , eiposer ainsi son opinion : « Les a homnies sont appauvris ici par l'usure des riches et par a les vexations arbitraires des gouvernanta; la classe chré- « tienne surtout est misérable , et par conséquent plus « fecile à gagner, au moyen de quelques sacrifices province soires. Nous lui offrons notre instruction ; mais lamour « du savoir n est point assez vif pour disposer en notre «c faveur des esprits qu'effarouchent les préjugés religieux. « Adressons-nous au penchant plus faible du cœur, je c< veux dire à lamour du gain ou à Tintérèt, passion plus « forte chez ceux qui ont le plus besoin. En tout temps, c< et dans toutes les contrées du globe , le maître a tou- <c jours été rétribué par les disciples ; et , si , par excep- « tion, il leur donne gratuitement ses leçons, on s extasie <t sur sa générosité. De notre part , un enseignement grâce tuit n est point une gratification , puisque personne n'en (c veut ; il faut prendre un parti extraordinaire , c'est de « payer les élèves. Pour une somme , prélevée , non sur c( notre bourse, mais sur celle des associés, qui nous a traitent déjà convenablement , nous n'aurons point la tt honte de rester à notre poste en non activité. Et qui a sait ? le sentiment de la reconnaissance peut passer du « cœur à la conscience , principalement chez de jeunes « enfants , qu'on pétrit et qu'on façonne comme une cire
f( molle. De plus, la concurrence des missionnaires ca- <( tholiques est pour nous fort à redouter : or c'est un c( expédient pour la prévenir, attendu qu'ils n ont pas et rhabitode de fournir une éducation aussi libérale. r>
Que le discours de l'orateur ait été plus éloquent et mieux tourné, c'est probable ; ce qu'il y a de certain, c'est que son avis fut approuvé, et que l'on statua : V. qa une pension serait octroyée annuelleroent aux évéques nestoriens , ou , autrement , qu'on achèterait leur adhésion à rétablissement de l'école ; 2"*. que chaque enfant recevrait par semaine une paie de 1 franc 25 centimes , laquelle augmenterait, avec son âge et sa capacité, jusqu'à 5 francs.
Il faut savoir que le schisme a effacé, dans l'église nestorienne, ce caractère sacré qui ennoblit à nos yeux l'épiscopat ; il ne reste à l'homme appelé évèque que le nom seulement. Sa conduite et ses actes sont un scandale perpétuel pour le troupeau. Consacré souvent avant l'âge de raison , et n'ayant d'autre titre à l'élection que celui d'être de la famille de son prédécesseur, il passe pour savant dès qu'il peut lire l'Évangile et la liturgie. La prédication, la visite de ses fidèles, moins nombreux ordinairement que les fidèles de nos paroisses, sont un soin dont il s'inquiète peu ; on exige seulement qu'il célèbre une ou deux fois les saints mystères dans l'année, et que, selon l'ancienne pratique, il s'abstienne constamment de viande, et ne mange pas de poisson les jours d'abstinence. Du reste , il est usurier et ivrogne; il va à la chasse, et s'absente de son diocèse autant qu'il lui plait. Personne ne lui fait de représentation; ou considère ces licences comme des privilèges de sa dignité. Je le demande , auprès de tels hom-
mes, Vor des Américains ne deYait-H pas être un afga^ ment irrésistible? Aassi, moyennant une pension viagère, ontnîls rallié extérieurement à leur cause les trois évéques de Guevilan , de Keui«Tépé et d'Ada , diocèses composés des villages du district d*Oormi. Il en restait un quatrième, nommé Mare- Gabriel , résidant au bourg d'Ardicher. Longtemps il avait eu le courage de résister à leurs sollicitations; mais enfin, ces messieurs, connaissant notre prochaine arrivée dans ce lieu pour y établir une école , ont teflté un dernier coup , et ont réussi à enlever Marc- Gabriel au milieu de la nuit, et à le transporter dans leur demeure. Devinez quel argument ils ont employé? Une montre d'argent et 1 ,000 francs en espèces. Voilà à quelle valeur s estime uu prâat nestorien. Cinq ou six prêtres font lire les enfants, dans les écoles établies aux villages de Diguelé, Keui-Tépé, Ardichér, Supurgan et Oula. Ils reçoivent chacun un traitement denviron 400 francs^ Les familiespauvres de ces localités, trouvant un soutien dans laumône hebdomadaire que leur distribuent les missionnaires, y envoient leurs enfants, au nombre de cent cinquante environ. Les dépenses qui en résultent, jointes aux frais annuels de la mission , composée de cinq pères de famille, ont été évaluées, par des persofines compétentes, à plus de 100,000 francs. Certes, ce n est pas une propagande à. bon marché. Avec une somme équivalente , rÉglise catholique pourrait couvrir de ses missionnaires tout rOrient.
Maintenant, voulez*vous connaître le résultat de tant
de sacrifices? Vous serez stupéfaits de trouver pour total
un zéro'désespérant. Les évéques continuent de vivre dans
le célibat, et de prier à part dans leurs églises. Admis
à la table de ces messieurs, ils ne touchent point aux viandes qu'on y sert indistinctement tous les jours de l'année. Pas une seule ftmilie n a adopté la religion ou Tirré*- Ugion américaine ; ils se défendent tous du reproche d'être devenus protestants , comnie dun déshonneur. Les petits enfants continuent de Caire , en cachette » le signe de la croix , qu'on leur a défendu. Ceux que nous avons interrogés sur l'état de leur croyance , répondaient : k Nous gardons la foi de toos pères , et nous ne prenons des missionnaires que leurs écus. » L'un d eut ajouta mèine une fois méchamment : « Ils sont comme nos Juifs JOurroi , toujours feuilletant la Bible ; mais ce sont des Juifs sans synagogue. )>
Le catholique ^ témoin de ces faits , se prendrait à rire , si des misères affligeantes et un mal incalculable ne résultaient d'un tel système de propagande, impuissant k produire le bien» La cupidité de la nation nestorienne a été excitée démesurément par ces milliers de dollars qui circulent dans ses veines, comine un poison corrupteur. L'enfance est habituée à venir, par l'attrait du gain , se former à un enseignement dont le but final est dîe capter sa foi. Elle se livre, pour de l'argent, entre les mains de maîtres dont la première leçon est de lui apprendre que la conscience peut se vendre. Quel mépris inouï, je ne dirai pas seulement de l'honneur, mais nème de toutes les lois de la liberté humaine i. Le Persan , qui ne comprend pas le mot de l'énigme, reste ébahi, et en conclut que ces messieurs ont trouvé le secret atehsmique, si longtemps cherché par eux , de la pierre pbiiosophale. Un voyageur européen est reigardé par eux comme une machine an bulante qui bat monnaie, et dont la fondtioo est d'en dis-
tribner. C'ert ainsi qae» ayant awfett une éeoie gratnite pour la jeunesse de Tauris , plusieurs enfants , disciples des pasteurs protestants , ne rougissaient pas de dire : « Que me donnerez-irous, et je serai votre auditeur. » Si nous ne craignions de mêler à un sujet religieui les considérations de la politique , nous ferions remonter ia eanse de ces habitudes vénales à la diplomatie anglaise , adietant l^expulsion du général Gardanne et de tous les Français de la Perse , par un tribut annuel de deux millions de francs.
Au^ plaintes attristantes faisons maintenant succéder les paroies dun consolant espoir. La ^yideoce misé^ ficordieuse a préparé de longue main des éléments régénérateurs dans la Chaldée persane. Elle les a disséminés là, comme dans tous les autres lieux » pour ia glorification de rorthodoxie et le dévdoppement de 1 unité finale. Cette société» renaissanle au sein de la société nestorienne usée par ses propres erreurs , est petite , &ifale et pauvre; mais elle augmenta journellement Elle a foi dans la force de la doctrine, et elle sera la pierre d achoppement de l'opulence américaine^ Dans une autre lettre , nous avons raconté Thistoire de son origine, sa propagation 4aBs 1^ deux vallées eootignës de Ssdmas et d'Oormi» ses combats contre les nestoriens; en même temps que nous avons signalé lurgence d'une mission catholique , pour rassister de ses secours spirituds , former réducation de la jeunesse et compléter celle de son clergé. Si nos paroles n'ont pas été entendues ou comprises, nous voitô prions de les examiner de nouveau devant Meu ; et peut-être serez-vous persuadés , pacee qu elles ne soot
pas seulement Texpression dune bouche indigne, mais bien le cri perçant de quatre mille catholicpies.
Nous écrivons ces lignes au milieu d'eux , dans là vallée d*Ourmi: et nous dirons aux esprits forts, faisant à Taise de Tincrédulité au sein de la prospérité oiseuse de nos sociétés chrétiennes, que tous leurs doutes sur la divinité de la religion catholique seraient dissipés, s'ils assistaient, conme nous, au travail de recomposition d'une de ses églises. Qu'ils se représentent une poignée d'hommes, semés parmi les Gurdes déprédateurs et sous le joug des Turcs , ayant pour frères et voisins les plus ignorants et les plus disputeurs des hérétiques , c'est-à-dire les nestoriens. L'esprit de Dieu a sonfBé sur leurs villages; ils en «ont sortis, comme ces plantes qui naissent de germes invisibles apportés par les vents d'une région inconnue. Pendant cinquante années, la risée, le mépris et les vexations ont été leur partage; et la nudité de la misère aggravait chez eux les infortunes venant du dehors. Les deux ou trois prêtres , leurs mattres et leur soutien , célébraient dans l'ombre de la nuit les divins mystères; et, lorsqu'on les découvrait , ils étaient tratnés sur la place publique de la ville et soumis à la bastonnade, comme des malfaiteurs. Leurs bourreaux étaient encore les nestoriens , qui leur reprochaient le crime de confesser la divinité de N.-S. J.-G/ Mais , quand mille ou cinq cents coups de fouets avaient mis en lambeaux le corps de ces prêtres, ils réunissaient dans leur poitrine le dernier souffle qui leur restait, pour crier aux oreilles de tk fouie étonnée: aOuil Jésus-Christ est Dieu.» Peu a peu, ils se sont multipliés, s'alliant par des mariages aux hé-
rétiques , et gagaaiit toute la famille où ils mettaient le pied. Ils sont répandus , maintenant, dans plus de trente villages; et leurs maisons sont le centre tout prêt de la mission future. Leur salut est autre que celui des néstoriens , dont ils ont rejeté la formule ' , adoptée aussi par les musulmans. En s'abordant ils se disent ceis paroles touchantes : « Que le nom de Dieu soit loué ! p A quoi Ion doit répondre : . a En vérité , dans tous les siècles ! D Tel est le beau mot d ordre que répètent aujourd'huiy hautement et sans crainte, les catholiques, qui ont enfin conquis leur existeuce publique. Les Turcs les appellent MessiM, ou Enfants du Messie. Entre eux, ils s'honorent exclusivement du nom de Chrétien qu'ils refusent aux Gis de Nestorius, témoignant ainsi, dans leur langage, que quiconque n'est point uni à TËglise une du Christ, n'est pas un chrétien complet. Leurs controverses , tout aussi ardentes qu'aux jours de l'école d'Édesse , où elles prirent naissance, roulent sur les points les plus ardus de la théologie ; et perpétuellement vous les entendez prouver, à leur manière, la dualité des natures, divine et humaine, et l'unité de la personne chez le Fils de Dieu. Le nestorien répète encore les objections de son maître, mais avec moins d'habileté, bien entendu; et, quand il est à bout de son savoir, le catholique lui lance, en riant, ce dernier trait : « Nos pères , avant votre imposteur, étaient membres de l'Église dans laquelle nous sommes rentrés; elle remplit le monde, que ses enfants couvrent par millions; et vous, vous êtes à peine cent
' Les musulmans se saluent par ces paroles i Selam aleikoum, « que la pati soU sur vous ; » et les nestoriens, de qui ils les ont probablement eroprunlécs, disent : Schélama aléikoan.
einquante mille : dans ce nombre, il ne se troure pas cent cinquante théologiens; comment croirions-nous à vôtre enseignement? D De bonne foi , quelle réponse plus sensée peut être dite à tous ceui qui protestent contre nous?
Les missionnaires américains ont usé de tous les artifices pour attirer à eux quelques-uns des prêtres catholiques y espérant sans doute que la pauvreté les rendrait plus faciles qu ailleurs ; mais avec quel noble dédain ceux-ci ont rejeté For sacrilège de ces messieurs ! Quelle sainte haine ils ont vouée à leur doctrine I Comme ils rougissent de rabaissement moral où leur trafic des consciences a précipité la nation cbaldéenne I Pas un enfant de leurs ouailles n a été aux écoles salariées* Ils ont espéré que leurs frères d'Occident viendraient a leur aide; et, lorsque, Fan passé» nous sommes tombés au hasard dans leur canton, avec quelle allégresse nous avons été accueillis! La promesse faite par nous de ne point les abandonner, jusqu'à l'arrivée des missionnaires français , a suspendu notre voyage scientifique, et nous a fourni l'occasion de les connaître mieux. La douce joie que celle goûtée dans la fusion de l'unité orthodoxe ! Nous avons réellement trouvé des frères, chez ces nations , défiantes à Tégard de l'étranger » et où mille préjugés ferment les cœurs aux épanchements intimes* Entre eux et nous est tombée tout aussitôt la barrière qu'élève toujours la disparité de race et de nation. Ne sommes-nous pas tous membres du corps indivisible de Jésus- Christ t La différence de la langue n'a pas même été un long obstacle ; parce qu'il s'agissait seulement de revêtir d une autre forme des idées communes. Dans nos confidences, nul secret n'a été caché ; parce que nous devinions
d'avance la pensée qui nous animait tous, d'employer le concert de nos forces au triomphe de la vérité. Quels projets» dignes dun Age d'or» nous formions dans nos réunions t Comme la question de l'union de TOrient et de rOccident est importante I Combien elle devrait exciter» par la simplicité de sa solution, l'attention de tous les pen-* senrs humanitaires!
Les adversaires de nos Chaldéens les appellent avec aigreur, des Francs, et ce mot» sur leurs lèvres» est un reproche de la sympathie qu'ils témoignent aux hommes de rOcctdent» Chose assez singulière I messieurs les Américains» fils de Francs» à ce que nous croyons» font répéter ce mot» comme pour exciter la défiance des Turcs. Mais les Chaldéens devenus catholiques savent fort bien qu'ils restent Chaldéens, Ils n'ont pas plus pmlu ou abdi* que leur nationalité que les Arméniens » les Jacobites , les Syriens ou Maronites , les Géorgiens et toutes les autres races du monde incorporées è l'Église. La religion catholique a cela de juste et de beau » qu'elle n'est point le culte spécial d'une nation ; elle les convie toutes à son banquet» et n'est point» comme la religion prétendue réformée» afiectée à une portion d'hommes » dans une localité fixe » qu'elle ne dépasse point» et où elle prend les noms de jR^ligion-'AnglicMie, Anglo- Américaine, Prussienne, Hol^ landaise, etc., etc. Le catholicisme seul porte l'empreinte de la loi divine, régulatrice des mondes et de tous les êtres ; La variété dans Vanité. Les nations écloses sous ses ailes ne sont point dépouillées de leur caractère propre , non plus que les individus , membres de ces nations. Toutes se meuvent» selon leur mouvement particulier, autour du centre glorieux qui les éclaire de sa lumière ^ et , à mesure
que lès rayons de la vérité leur arrivent plas resplendissants , elles s'harmonisent davantpge entre elles, et tendent davantage à éviter tout choc et tout désaccord. Que si vous rendez à cette dénomination le sens étymologique qui l'ennoblit chez la tribu germanique de nos pères , conquérants de la Gaule, les Chaldéens et autres Orientaux catholiques ont aussi droit à être appelés Francs, puisqu'ils sont affranchis des liens pesants de Fhérésie et rendus à la liberté sainte du Christ et de son Église.
Ces Francs, écueil de vos missions, a Constantinople , à Smyrne, à Beirout et partout ailleurs, vous font grand peur, messieurs les missionnaires américains, ainsi que le prouve l'histoire récente que nous allons raconter. L'évéque d'Ardicher, Marc -Gabriel, jeune homme de vingt-neuf ans, nous avait reçu, Tannée précédente, avec M. ScaG , dans sa propre maison ; et , non content de nous rendre les honneurs de l'hospitalité, il avait écrit et signé une déclaration , par laquelle il s'engageait à revenir à l'Église catholique et à laisser enseigner par nos prêtres les enfants de son village , dotit une partie est déjà orthodoxe. Comptant sur sa parole , et ne voulant point aussi manquer à la nôtre, nous vînmes à Ardicher au commencement de l'automne , époque fixée pour établir l'école. Mais ces messieurs Américains, peu observateurs des droits de la liberté religieuse , quoique citoyens d'un pays où elle fait loi , voulaient à tout prix s'opposer à cet établissement. En conséquence, ils vinrent, la nuit, veille de notre arrivée , décider le prélat à les suivre , en lui mettant à la main la montre d'argent et les mille francs dont nous avons parlé. Le mauvais ange l'avait mal inspiré ; car aujourd'hui nous recevons la réponse de la sainte As-
sociaiioû de la propagation de la foi , qui hii assurait une pension meilleure et durable. Quoi qu'il en soit, enchanté de voir cesser mes doutes sur la sincérité de Marc-Gabriel , et de n'être plus exposé , moi et tous les autres catholiques, à ses supercheries, je n'abandonnai point pour cela le projet de l'école. J'avais reçu de Sa Majesté , le schah de Perse, un firman pompeux , qui approuvait et confirmait notre école de Tauris , pour ses sujets persans et musulmans , et nous conférait en même temps la faculté d'en établir d'autres dans tontes les parties de son royaume. Muni de ces pouvoirs, j'arrive au viVIage, avec le prêtre catholique qui devait être l'instituteur. Tous les nestoriens , impatients de sortir des voies égarées de l'hérésie, nous désiraient, à part quelques-uns, gagnés par les prédications des missionnaires , ce qui veut dire par leur monnaie. Ces hommes cherchèrent à nous eflrayer ; et , quelques jours après , tous les évêques nestoriens de la terre d'Ourmi , c'est-à-dire les quatre prélats mentionnés ci-dessus et pensionnés par ces messieurs, vinrent et nous firent intimer Tordre de sortir. Nous nous contentâmes d'exhiber le firman , et nous restâmes au milieu de nos frères catholiques , sans ajouter d'autre réponse. Alors on vint nous annoncer qu'ils useraient de violence , et qu'il n'était pas sûr de passer la nuit dans le village. Souffrir persécution pour la doctrine qui fait notre foi est un honneur si insigne que jamais notre pensée n'avait osé y prétendre. Nous sourîmes à ce nouveau message, en nous rappelant ces paroles : « Vous n'avez pas encore résisté pour moi jusqu'au sang. » Là-dessus , nous nous couchâmes seul sur le tok de la maison, coutume que permet , jusqu'à la mi-automne, le ciel si pur de la Perse ; et nous nous endormîmes pai-
siblement en la présence de Dieu , de sa lane et de se^ étoiles innombrables. On nous dit, le matin, que le synode, déconcerté par notre résistance , s'était dispersé.
La victoire était donc restée aux catholiques , chose importante dans ces pays , où gagner une cause est avoir droit et raison. Mais nous avions d'autires assauts A sou^ tenir. L'épiscopat et les MéUks, ou maires des villages nes^ toriens , s étant réunis chez messieurs les Américaios , avaient porté devant le gouverneur une accusation contre nous. En conséquence , nous retournâmes A la ville, dis* tante de trois lieues ; et nous nous adressâmes directement au tenancier du village , Melik-Mansour-Mirza , oncle du roi actuel , qui nous avait déjà donné des marques honorables de son estime. Aujourd'hui que le roi de Perse , détaché de 1 alliance anglaise , recherche celle de notre roi , et qu'il lui fait demander , par son ambassadeur Hussein- Khan , non reconnu comme tel à Londres , des maîtres pour enseigner la jeunesse de son royaume dans les lettres et dans les arts de l'Europe, le titre de Français est une recommandation excellente, surtout si l'on y joint des preuves de dévouement à la cause nationale. Nous nous présentâmes donc , la tète haute , devant le prince. Autrefois, pour emprunter une comparaison convenable aux lieux et non aux personnes, une faible femme, Esther, avait obtenu du roi des Perses et des Mèdes des grâces pour ses frères opprimés. Or, la cause était la même, et la justice du ciel , depuis , n'a pas changé. Un ordre , que nous appellerons un édit, parce qu'il en a toute la portée, fut ré-digé , à notre demande , en ces termes : ce Sachez que , « dans l'Empire du roi des rois, le rival de Djemschid, « la lumière du monde et le favori des constellations, nous,
ce princeMeiikrMansour-Mirza,!*'. nous autorisons M. Bore» « Fieur da jardin de TÉglise des enfants du Messie et Go* « lonne de l'instruction publique ' dans Tlran , à établir , « comme bon lui semble , une école à Ardicher, notre « fief» et dans tous les autres lieu& de la province qu'il « choisira. 2% Comme toutes les religions, sectes et Cl croyances sont libres dans le royaume^ nous annonçons a que, surtout les enfants du Messie , jouiront aussi de la a liberté commune. 3*". Tout Nasroid ou Nestorien qui « voudra passer au culte du Messie, ou tout enfant du <i Messie qui voudra devenir Nestorien ne sera respon^ <c sable qu'à ,Dieu de son choii ; et nul homme n'a le a pouvoir de contrôler sa conduite. ^° Tout délinquant à oc cet ordre sera passible de corrections et d'amendes. »
Des copies de cet arr^t ont été distribuées dans les villages ; et les catholiques ont pu dire hautement , pour la première fois , quils étaient émancipés. Le jour même où la nouvelle a été connue , plusieurs nestoriens d'Ardicher, que Tévéque Marc-Gabriel menaçait pastoralement de tuer de sa main s'ils se faisaient Idolâtres, mot que lui ont soufflé ces messieurs les Américains, sont venus faire leur abjuration publique dans notre église. Leur exemple sera imité d'un grand nombre d'autres , surtout lorsque les prêtres du pays seront secondés par nos missionnaires. Le 21 octobre nous avons fait l'ouverture solennelle de notre école » à Ardicher; et, avant d'épeler sous nos yeux l'alphabet chaldéen , tous les enfants ont commencé par faire le signe de la croix. C'est le signe distinctif de notre
' De semblables métaphores orientales peuvent être traduites sans inconvénient : le sourire du lecteur nous rassure contre la crainte do manquer à la modesUe.
école ; et it a été dit : « Par ce signe tu triompheras. )^ Le 22, une autre école a été ouverte à Babari, village voisin , puis à Mahvana , bourg situé sur le premier plan des montagnes des Gurdes. Un mois plus tôt , nous avions établi à Khosroya celle destinée aux catholiques de ta plaine de Salmas. Tous ces Bdèles sont pauvres ; et le désir de l'instruction seul attire les enfants; car les maîtres ne * peuvent ni ne veulent rien leur donner autre chose: exemple qui frappera les âmes droites.
Cependant que tout Tunivers connaisse l'intolérance protestante, qui pousse ici, en Perse, à la persécution des catholiques, comme actuellement en Prusse, en Angle* terre et en Irlande. MM. les missionnaires américains réunissent une seconde fois les évéques , mais avec tant de diligence que Tun d'eux , dans le voyage , tomba de cheval et se fracassa une c6te. On oQre au prince Melik- Mansour-Mirza des présents , qu'il m'a dit de sa propre bouche avoir refusés avec indignation; de l'argent est distribué à plus de cinquante personnes , qui doivent affirmer qu'elles ne veulent pas d'école à Ardicher; et nous sommes traduits de nouveau devant le divan de la province. Nous étions seul , n'ayant pour avocat tutélaire que le jeune Juchanna-Âgar , major de l'armée persane, et fils de la Chaldécnne Rachel , veuve catholique , qai , comme nous l'avons dit ailleurs , édifie toute la cité par sa vie pieuse et ses aumônes abondantes. Notre banc des accusés était toutefois une chaise d'honneur, sur laquelle le prince nous avait placé , à ses côtés , tandis que , suivant l'étiquette, les autres assistants , khans et fonctionnaires, étaient humblement sur leurs pieds. Les trois évoques sont introduits. Marc-Gabriel fait sa plainte, qui
porte sur rétablissement de notre école à Ardicher. Nous objectons qu'il a toléré Touverture de Técole auglo-américaine , et nous invoquons le témoignage de sa lettre, écrite l'année précédente et signée de son sceau pastpral. Tout Tauditoire apprend que nous sommes venus sur $on invitation expresse ; sa propre sottise le confond. Un autre s'écrie, conformément à renseignement des missionnaires, «c Prince, ces hommes, enfants du Messie, sont des Francs idolâtres. if> L'auditoire musulman rit avec nous , et un docteur de la loi objecté judicieusement : « Mais nous avons des Guèbres , adorateurs du feu , des Arméniens , des Yezidis, des Juifs, des Sunnis, ou prétendus croyants, qui reconnaissent Aboubecre, Omar et Osman pour califes (que sur leurs têtes pèsent les malédictions des malédic* tiens! ) ; cependant tous sont également tolérés. » — ce Mais ils mangent du porc » , ajouta le prélat. A cette observation nous répondîmes que , s'il avait bonne mémoire , il se rappellerait en avoir vu à la table de ces messieurs les missionnaires , ses patrons , même durant le carême. Il se tut; et un jeune khan reprit : «Ma foi! pendant que nous étions au Khorassan, durant la campagne d'Hérat, j'ai bien vu plusieurs de nos derviches, dits sophis, se faire un mérite de manger des scorpions , des vipères et-d'autres choses plus immondes. Assurément il n'en résulterait de dommage que pour eux. — Enfin , le troisième prélat fut entendu. C'était lé prélat de Keui-Tépé. Il dit : « Que ce Franc place à la tête de son école un maître nestorien, et nous n'aurons rien à dire. -^ Mais alors , objcctàmes-nous hautement , nous ouvrons une école pour les enfants du Messie; et les Nestoriens ont une foi contraire à la leur. Vous, MM. les musulmans shiites, par exemple, confie-
rie2*vous l'enseignement de yos écoles à un tare sunnit ^ La comparaison était frappante; et tout l'auditoire , à part les plaignants payés ^ fut de notre avis. Il a été écrit : <tSi vous comparaissez devant le juge , ne pensez pas à ce qae vous devez répondre ; les paroles vooç viendront de l'esprit saint. y> Singulier spectacle , que celui de la vérité cadio* liqué gagnant sa cause contre le protestantisme conjuré avec les nestoriens ! et cela , eu vertu d un jugement équitable des fils de Mahomet. La sentence du divan fut que nous avions bien le droit d'établir une ou deux écoles pour instruire les enfants de notre croyance , attendu qoe messieurs les Américains en établissaient dispendieosement une dizaine » sans avoir un seul disciple de leur permashn. Là-dessus les accusateurs furent congédiés. Le prince nous rendit mille honneurs ; et nons retournâmes , étonnés de ce triomphe y au logis de Racbel. Tous les catholiques, accourus dans sa maison pour attendre l'issue du procès , récitaient avec elle la chapelet» deyant l'image de la madone ; et nous cn>yx)ns devoir rapporter à la mère de Dieu l'honneur de la confusion jetée sur ceux qui nient sa ma* ternité divine*
L'émancipation des catholiques ^ura les résultats les plus heureux. Elle met en hmméur notre commuoîon, avilie jusqu'à présent y et dont on rouait de coups les confesseurs, à la pcNTte du même tribunal qui nous a déclaré innocent Les nestoriens y apprenant quil y a dans le monde une autre religion chrétieune et d'autres nussiounaires que la religion et les missionnaires des Ânglo-américains , conçoivent des doutes sur leur foi nestorieooe. Les controverses renaissent; et elles auront leur retentissement jusqu'au centre des montagnes , ou se sont perpétués libres
les Chaldéens , fils des inattres opulents de Ninive et de Babylone. Les associés de là Propagation de la foi doivent donc témoigner leur reconnaissance publique au prince Melik-Mansour-Mirza , auteur d'un acte qui aura une grande influence sur Vavenir de ces contrées. Nous osons leur conseiller de lui envoyer une épée d'honneur française, avec ces mots gravés sur la lame : « A Melik-Mansour- Mirza, les catholiques reconnaissants. y> Le lendemain, les accusateurs revinrent à la charge , pendant une audience que nous accorda le beyierbey, ou gouverneur de la ville d'Ourmi. Ces messieurs Américains y avaient envoyé deux docteurs de Tislamisme, pour nous mettre à la question sur notre foi , et faire renaître la dispute. C'est ainsi que le plus âgé et le plus érudit de ces docteurs nous demanda brusquement , en face de l'auditoire musulman , ce que nous pensions de Marie , mère de Jésus. Sans tergiverser nous répondîmes que notre foi est qu'elle est mère de Dieu. Le front des docteurs se crispa ; et ils concentrèrent au fond de leur âme la rancune de cette confession , qui exposait naguère les catholiques à la gloire du martyre. Le gouverneur, homme habile et poli, coupa la conversation, pour entonner un hymne d'éloges sur la France, L'accueil fait par nous à Hussein-Khan et lespolr de voir une alliance solide cimentée entre notre patrie et la Perse occupent plus les esprits des hauts personnages que l'honneur de l'orthodoxie musulmane. Une sympathie secrète dispose les cœurs vers nous ; et , n'était la crainte de pécher par amour-propre national, nous répéterions quelques paroles flatteuses, qui sont sur toutes les lèvres, 'Tous r et les catholiques surtout, se réjouissent de l'arrivée d'un ambassadeur françaie ; et , si lui et sa suite représeiv-
tent dignemeot la nation qui les délègue , si les institU'» leurs demandés ont une capacité réelle , la face de la Perse sera renouvelée en peu d'années , et ses enfants avanceront à grands pas dans la voie des progrès. Le Persan^ par son intelligence et sa vivacité, est apte à tout» dès qu'il se laisse diriger. Pendant vingt ans , on lui a fait payer chèrement des maîtres, pour le former ; mais, ou ces mattres n'avaient pas d'enseignement 5 ou ils craignaient de rendre leurs élèves habiles : l'o&uvre est à recommencer.
Le 27 octobre, le prince Melik*Mansour-Mirza vint visiter son Gef d'Ardioher. Les nestoriens et les catholiques confondus se portèrent en masse a sa rencontre ; et , suivant une coutume, qui remonte au temps de Cyrus, des tètes de brebis et de génisses furent coupées sur son passage. Une réconciliation, momentanée du moins et apparente, s'effectua, malgré les intrigues de messieurs les Américains, qui n'omirent, dans cette circonstance, ni la corruption des présents , ni les accusations d'idolâtrie , pour indisposer l'esprit des musulmans. Monseigneur Nicolas, évéque de Khosrova, élevé récemment à la dignité de patriarche des Ghaldéens catholiques, partant pour la visite de son diocèse, qui ne comprend rien moins que la Babylonie et l'ancienne Assyrie , arriva le même jour à Ardicher; comme si le ciel avait tout ménagé pour la confusion de nos ennemis. Il mangea avec nous à la table du prince, pendant que les évoques nestoriens, accourus une troisième fois pour présenter une requête, étaient éconduits et obligés de rester debout, à nos côtés, toute la durée du repas. Les deux églises , dont ils avaient dépossédé violemment les catholiques , étaient rendues à ces derniers , par un nouvel arrêt; et l'indépendance de notre école
était plus m\mm\kmmi recoimue. En un mol» tout semble préparé pour le sueoès de la future mission catlioli<}iie.
Après ce premier esaai de fondation d'écohâs cbrétiennes, nouâ sommes retourAé À Tauris continuer Técole persane , parce que lea mattres promis ^ attendus de la France ne sont pas encore venus. Le but de cette école est de devenir itfie iinîversité» o& la jeunesse du royaume pourra sinsljruire dans toutes les sciences européennes. Là , il a est point question de prosélytisme religieux , c'est purement une œuvre humanitaire , qualité qui va nous réeoaeilier avec les lecteurs étonnés de nos préoccupations catholiques. Les disciples sont des Persans, fils d'Ali et de Mahomet, des Géorgiens , des Arméniens et des Ghaldéens. Mêlés à DOS leçons y qui se sont bornées jusqu'à présent à Thumble enseignement de la langue française , ils sont animés de l'ardeur la plus vive d'apprendre Y Idiome des Francs, comme ils dirent; et cette expression est plus juste que celle de Religion des Francs, donnée au catholicisme par ses ennemis. Dans une lettre qui nous a été communiquée, et qu'avait écrite Sa Majesté Schahin- Schah de l'Iran, le roi des rois y nous avons vu avec plaisir, au lieu du redoutable Togkra , ou signature abrégée , qui résume tous ses titres et qu'il scellait autrefois avec le pommeau de son épée , son nom écrit simplement de sa main , en lettres françaises. Espérons que l'Orient , qui , d'après les desseins providentiels, attire maintenant les regards de la politique et de la science, et excite au fond des âmes un intérêt vague, recevra , en échange de la lumière qu'il nous donne à chaque aurore , des rayons de notre autre lumière indéfectible.
Quel plus glorieux démeuti donné aux prédictions de la mort ou de la transformation de notre foi impérissable que le spectacle de peuples entiers reconquis à Tunîté ! Or, c est ce qui arrivera ici , dès qu un essaim d'apAtres sortira de la grande ruche, l'Eglise d'Occident, pour venir buti* ner en ces contrées. Au lieu de consumer en vain leur zèle près de tous ces incroyants , enfants gâtés , qui boudent une mère trop indulgente, qu'ils s'attachent plus fructoeosement à la conversion des sectes dissidentes de l'Orient; et ils serviront à la fois et la cause de l'Église et celle de l'humanité.
Vallée d'Ourmi, village d' Ardicher, 29 octobre 1839.
'.si
A LÉON BORE
Tauris, le 23 novembre 1839.
Mon bien cher Léon^ quand tu in écriras, di^ moi franclieiDent $i les lettres ,et les Méppires que je vous ai- en7 voyés sont capables d'intéresser quelques lecteurs ; je ne parle pas des orientalistes , en si petit nombre, mais de no^ lecteurs unis par une foi commune. Uintention est droite ; et, si je puis faire renaitre dans leur cœur une seule bonne pensée, un désir de se dévouer à la cause de l'Église, je n'en demande pas davantage : mon but sera atteint. J'ai eu toi:t peut-être de me presser de vous instruire de mes obsçrvah ti^^s; mais l'incertitude de l'avenir» que Dieu seul connaît, et la pensée d'attirer sur ces contrées les regards des catholiques, tropexclusivement concentrés sur l'Occident, m'y .ont déterminé. Ma position, certes, n'est pas favorable, puisque je. nianqne des livres. nécessaires ètque je n'ai pas un au^ teur français qde je fouisse consulter sur ces secrètes locutions du langaîge que tu connais si bien. Que de fois je r^rette ta présence ou .celle:de)que|ques bons amis , laissés près de toi. Apre» mes heures de leçons^ réglées c^mtm celles d'un collège, et mes lectures avec les matttesj qui m'instrQÎ8ept,à leur tour, je me sens quelquefois^bieu ^eill. Heureusrâient je m'efforce de vivre toujours en la pnésenœ et sous le regard die Dieu. ^ÂlQr$ je me dis ; ce Pouisquoi penser aux hommes ! Noti'e pèi:e commun ne me auffitrîl pas?» Je trouve que cette solitude m'âève et nœfMirtfie. Elle achève de me détacher du monde, pour lequel tii as
vu 9 pendant quelque temps , mes ridicures préoccupations. Elle me pousse plus directement dans la voie ùh je veux toujours marcher , avec le secours de la grâce. Je te dirai toutefois que cet isolement est bien volontaire ; car notre ville offre encore quelques distractions ; c'est moi qui les refuse. Je me partage entre mes élèves de toute croyance et l'intérieur de ma maison , ooroposée d'un bon prêtre chaldéen et de deux domestiques, devenus bons catholiques. Le soit, je les ftiis lire dans leur langue syriaque et arménienne; nous prions selon cette double Ktergie, et nous fions endormons tranquillement. Uns de ces folles pensées qui te scandïilisaient à Paris , lorsqoé f allais perdre mon temps et évapOYer les bonnes inspirations ffae f avais déjà dans Tâme au mffien de la société. Mais Dieu Cire le bien du mal ; cette expérience a porté ses fruits , en me mettant à même de porter 9or le inonde des jugements plus eomplets.
f ai k, au pied des montagnes des Gnrdes, tes conseils à la jeufiesae, et jVi été attendri de trouver en^toi^e si bdles pensées > si bien exprimées. Quel bonheur d*ètre de concert ^ns la vérité I II n'y a pas de celé par lequel on ne se touche^ on semble respirer de la mène haleine; et l'on goûte cette dMceutderuiiité inconnue à ceux qui n'entrent poiutdaus notre société une et universelle. Continuons, dter frère , tatit que nous aurons un sooflle de vie , à mrcher dans la même voie, en y poussant les «utfes. Mais que k conscîenee d'être ilans le vrai ne nous^ inspire pas «ne veDéité de com|daisanoe et de préférante de nousmettes f Que ThumiMé «eus pénètre toujours l Sachons . hienifie notre vuix ne retentirait que ^mme une cymbale frémissante, si > chaque jour, nous ne cherchions é redres-
ser notre nature dégénérée, et à avancer d'in pas dans le chemin de la pratique.
Le charme de mes solitaires veillées , depuis quelques jours » est la lecbire du ji ve de nutre eomomn nA , Charles Sainte-Foi. Je le regarde comme la révélation dun talent qui promet un noble défenseur de plus à l*Ëg1ise. Ses idées sont exprimées avec force et clarté ; et souvent la tournure neuve de Fexpression les encadre heureni^emént. Dis-lui qu'il a rompu éloquemment le silence , et que j applaudis à son œuvre avec l'émotion de l'amitié ; qu'enfin je l'aime encore cent fois plus qu'auparavant Voua tous^ ralliés à la belle cause » qui doit tôt ou tard triompher , recevez ici l'expression de ma joie et de ma reconnaissance , pour tout ce que vous tenleE et opérez. Élargissez un peu vos rangs» et recevez parmi vous te ^old^t obsour qui ne peut vous appmter qw s» bonne volonté I Qm le lien littéraire aaut M nous unisse pas; il est trop fragile et il n'a d'^^qtre oonsitfance qoe celle de la vauit^* Qu'il prenne donc une (orce iudisaoluble dans la foi catholique \ et; qu'une muttiMile prière nous rapproche chaque jour I Si Dieu est avec ihi^us» qui sera contre nous ? Disnnoi ce qiiç tu fm. Toi , ta c^hère Caroline et tes petitu en&ots» JQ vous embrasse tous avec uu amour fortifié par l'exil de labsence > et devenu plus sensible par l'ignorance du jour où nous serous r4uuis. Adieu, envoie inoi par loceaiion de l'ambassade, que nous attendons ici pro^hainemept , ton travail sur le Pauthéisme et les autres publications. Ton frère.