‹ Correspondance et mémoires d'un voyageur en Orient (volume 2)Chapitre 2 sur 28 · RUE CASSETTE · texte numérisé non relu

RUE CASSETTE

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A EUGÈNE ♦**

Frontières de l'Empire Busse Asiatique , Alexandropole, ce 8 septembre 1838.

Jb t'écris ces mots, cher ami, sous les auspices de la Sainte-Vierge , dont j'ai célébré ce matin la fête avec mon compagnon , M. ScaG. Ce jour date heureusement dans notre voyage; car je suis sorti d'une dure prison , où j'ai langui vingt et un jours : c'est-à-dire que j'ai fait vingt jours de quarantaine dans un lieu sale et humide , où je n'avais pour coucher que quelques planches , sous lesquelles croissait l'herbe y avec des fenêtres sans vitres , au milieu d'une plaine dépourvue d'arbres et brûlée par un soleil de canicule. Voici un beau portrait; mais telle est une quarantaine russe. Enfin , grâce au ciel , j'en suis quitte ; et je puis dire hardiment que j'ai apprécié là surtout tous les avantages de l'amour de l'étude. Les livres , la conversation , la prière et parfois la chasse aux bécassines, qui abondent dans ce marais , ont rempli tous mes II. 1

ÎDStants. La solitude retrempe rftmc et loi donne une nonvelle force ; aussi ai-je pris plaisir à lutter contre tous ces petits désagréments , auxquels je suis déjà accoutumé ; et réellement je n ai pu m ennuyer. Pourquoi , me diras-tu y te soumettre à cette dure captivité? Je te répondrai : par amour pour TArménie. Il fallait acheter à ce prix ma visite au couvent à* Echemiaùn , le plus célèbre de tous lés monastères d'Orient , et celui où j'espérais surtout trouver quelques documents historiques. Je n'en suis éloigné que de dix-huit lieues. Après l'avoir exploré, ainsi que deux vieilles villes, dont les ruines sont voisines , je repasserai sur les terres de la Turquie, pour entrer dans le Curdistan. Que de choses je vois, cher ami I Quels longs récits je te rapporterai , si Dieu me conserve Ja vie !

Je reviens des ruines d'Ani, capitale d'Arménie, saccagée, il y a sept siècles environ , et restant encore debout avec ses monuments, comme une preuve de l'instabihté des choses de ce monde. J'y suis resté sept jours entiers à copier des inscriptions. Mon quatrième Mémoire à l'Académie, que je t'enverrai prochainement, te fera tout connaître '.

Après avoir vu Van , j'irai à Tauris me reposer quelque temps, afiu d'avoir une idée de la Perse. Je choisirai ensuite le lieu de mes quartiers d'hiver ; mes idées ne sont pas encore arrêtées là-dessus. J'ai donné ordre à Erzeroum que Ton m'envoie ici mes lettres. Si je pouvais en trouver une de toi , comme je serais heureux I Je ne sais pur quelle fatalité , depuis ma sortie de Constantinople ,

' Nous avons à regretter la perte de ce Mémoire, qui ne nous est jamais parvenu , et qui nous eût initiés à de sérieuses et savantes recherches lor UD pays encore pea connu.

aacime Irttre de France , ni de Constantinople mftme ne m*est parvenue. Mon ami est dans le même cas; et nous noDS perdons en hypothèses de toutes les façons.

Cette lettre te parviendra par notre consul résidant k Tiflis , qui doit te la &ire passer par Tentremise de notre ambassadeur k Gonstantinople. Je suis toujours dans les grandeurs y tu le vois. Adieu » je t'emhrasse, toi , nK>n JBrère, sa femme, ses enfants, mes frères, ma sœur et tous mes amis. Vous êtes sans cesse présents k ma pensée. Comme la distance , sur une terre étrangère , fortifie les sentiments du cœur ! Adieu, prie toujours pour moi.

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