‹ Correspondance et mémoires d'un voyageur en Orient (volume 2)Chapitre 7 sur 28 · DE LA. PROPAGATION DE LA FOI · texte numérisé non relu

DE LA. PROPAGATION DE LA FOI

Nécessité pour le voyageur de sMlever à la diguité de missionnaire. — Territoire de l'Arménie. •— Schisme de Nestorius, cause de la décadence et de la ruine de l'Arménie. — Conquête du territoire par les Turcs, les Perses et les Russes. — Monastère d'Echemiazin. — Émigration en Russie. — Arméniens catholiques. — Siège patriarcal d'Agthamar. — Couvent de Nareg. — Culte arménien schismatique. — Espérance de retour à l'unité catholique.

Royaume de Perse. Tauris, le 8 décembre 1838..

Messieurs ,

Aujourd'hui le premier devoir du voyageur chrétien est de s'élever, autant qu'il est en lui, à la dignité de missionnaire ; plusieurs raisons l'y engagent. D'abord , s'il se borne à l'observation des mœurs et des législations et à l'investigation des monuments historiques , il court risque d'ajouter bien peu de faits nouveaux aux remarques de ses devanciers, surtout lorsqu'il parcourt des pays visités par des hommes aussi distingués que les Chardin, les Niebiihr et les Burkhart. Voudrait-il annoncer les événements dont il est le spectateur, il serait prévenu par la presse. Le Caire, Constantinople et Téhéran ont leurs gazettes, chargées de publier tout ce qui se passe, des frontières de l'Abyssinie au Golfe Persique, et depuis les steppes delà

Tartane jusqu'aux derniers pachaliks de la Turquie d'Europe. Alors y s'il se contente de rendre ses impressions et ses souvenirs, le voyageur se renferme dans le cercle étroit de ses habitudes personnelles, et trompe déplorablement ses lecteurs , en leur donnant comme l'expression de la réalité les sentiments du moi , si mobile et si prompt à s'abuser. Combien de poètes et d'artistes , accourus dans ces contrées , sur la foi de pompeux narrateurs , pour jouir des beautés d'une nature imaginaire, sont cruellement déçus y et maudissent trop tard les récits romanesques qui les ont séduits t

La seconde raison de voyager en missionnaire, c'est afin de remplir le double comnaandement , imposé a chacun ici-bas , d'accroître en soi la conviction de la vérité religieuse, ce qu'on peut faire par le spectacle de la misère et de l'abaissement de ceux qui en sont privés , et de semer selon son pouvoir ce germe divin dans les Ames qui l'ont perdu ou qui ' nont point eu le bonheur de le recevoir encore. De la sorte, la conscience du voyageur jouit de ce doux témoignage, qu'il ne sert pas uniquement les hommes, en s'épuisant à la recherche de la science humaine , toujours si ténébreuse et si insuffisante, au prix de la science invariable et infinie qui se communique par la foi. La découverte de quelques villes oubliées , la fixation d'une source de fleuve ou d'une montagne, la moisson, quelque copieuse qu'elle soit, d'inscriptions de toutes les époques et de toutes les langues , ne peuvent satisfaire le cœur et dédommager le chevalier errant de la science, en lui offrant dans un avenir incertain la fumée, si tôt évanouie, de ce qu'on appelle la gloire. Non : cette consolation serait vide, comme les ruines et les tombeaux qu'il fouille; elle

ne pourrait même distraire sa pensée solitaire , poursuivant sans cesse l'image de la patrie. Que s'il croit au contraire , malgré son indignité , être conduit par la main de Dieu> pour examiner le corps meurtri et prosterné de l'Église orientale, pour sonder ses blessures, essuyer peut-être quelques-unes de ses larmes , et ensuite , selon sa faible voix , crier au secours , parmi les frères de la grande Église d'Occident, aussitôt il oublie le danger et la fatigue ; et la crainte n'a pas de prise sur son cœur , parce qu'il ne peut jamais se croire digne d'un sort qui ressemblerait au triomphe du martyre.

De plus, ce sentiment, loin de nuire aux examens et à la louable curiosité de l'intelligence, favorise son travail, en multipliant les feces de l'objet sur lequel il se porte , et en mettant à nu ses parties mystérieuses, invisibles à l'œil de la chair. Les sages de l'antiquité voyageaient constanuneut avec la préoccupation d'approfondir la constitution religieuse des peuples qu'ils visitaient. Gonfucius, d'après les annales chinoises, porta ses pas jusqu'aux lieux d'oij j'écris ces lignes , pour rechercher le Saint, que les prophéties plaçaient dans l'Occident. Zoroastre partit de ces mêmes lieux , qui furent son berceau , et s'enfonça plus avant dans TOrient , pour agrandir et compléter le plan de sa réforme. Les philosophes de la Grèce ne séjournaient-ils pas dans les collèges des prêtres, pour s'enquérir de leur doctrine secrète? Et , je le demande , que saurionsnous sur la religion des Égyptiens, des Mèdes et des Perses, si le bon Hérodote n'avait agi de même? Au moyen Age, les plus hardis, explorateurs du globe étaient des moines, des prêtres, des laïques pieux. C'est ainsi que Ton ne peut se lasser d'admirer Christophe Colomb , que la joie d'avoir découvert un monde nouveau pouvait faire

mourir d orgueil , quand il nous peint ses douleurs et son désespoir d'être privé , sur sa côte barbare , des sacrements de rÉgiise I

Ces considérations me serviront sans 4oute dexeuse près du lecteur, qui pourrait s étonner qa an jeune hommes encore dénué de .tout caractère spécial , ait la prétention de vouloir exercer une mission quelconque dans ces contrées. Oui y nous Tavouons en rougissant, nous avons cédé à l'attrait de signaler à l'attention de votre Association de la Propagation de la Foi ces contrées , autrefois le centre et le foyer le plus actif de notre divine religion. Nous serions trop faeureux si nous pouvions réveiller le zèle de quelques émes, ambitieuses d'étendre le royaume de Jésus-Christ, et multiplier les rares Missionnaires dispersés à travers ces vastes contrées.

Je me propose de vous parler aujourd'hui de l'Arménie, que je viens de parcourir en tous sens, dans la compagnie de M. Scafi , vénérable membre de la mission des Lazaristes français de Constantinople. Depuis longtemps , ces Messieurs désiraient reconnaître l'état spirituel de ces contrées ; et ils n!ont pas dédaigné d'associer un de leurs confrères à mes courses d'exploration. En commençant mon voyage sous de tels auspices , je me suis cru comme absous de cette sentence redoutable : a Celui qui voyage a beaucoup , se sanctifie rarement : » Rare sanctificaniar, qui muUàm peregrinantur.

Le territoire de l'Arménie est assez difficile à déterminer d'une manière certaine : il suffit de dire , qu'en y ajoutant toutes les provinces qui composèrent son domaine, au temps de sa praspérité, elle égale à peu près l'étendue actuelle de la France. Les cent bras de l'immense chaîne du Taurus la coupent dans toutes les directions. Çà et li

s'éièveot des pics gigantesques , perpétuellement couverts de glaciers et de neiges, qui alimentent de grands cours d'eau, qu'on croit être les quatre sources des fleuves qui arrosaient le jardin du premier homme. Si , pendant les jours dé rinnocence, ce lieu était le paradis de là terre , il faut avouer que, après la chute dont elles furent le théfttre, ces mêmes contrées ont été maudites et réprouvées ; car nul pays n'est plus attristant et plus ingrat pour ceux qui l'habitent.

L'hiver règne toute l'année sur le plan supérieur des montagnes ; et les frimas ne cèdent dans la vallée qu'aux feux d'un soleil qui devient bientôt dévorant et intolérable. Quelques plateaux, comme ceux d'Erzingam, d'Âkchar, où se trouvait l'ancienne Nicopolis, d'Erzeroum , d'Ani et de Van , se distinguent par une heureuse fertilité , et sont comme les greniers de réserve de la population. Le reste du sol semble moins fait pour l'homme que pour ses magnifiques troupeaux. Le peuple arménien a pu jouir anciennement d'une opulence temporaire, comme on le voit à l'époque du roi Tigrane, dont les innombrables soldats, tout resplendissants d'or et de pierreries , allèrent se faire battre parla poignée de Romains que conunandaitLucullus. Mais ce peuple avait des voisins trop puissants et à la fois trop avides pour conserver longtemps sa prospérité. Pris et repris par les grandes monarchies primitives de l'Orient, il fut ensuite successivement foulé aux pieds des Macédoniens , des Romains , des Perses , des Grecs de Byzance , des Arabes, des Persans, de» Mongols, des Géorgiens, des Turcs Seldjoukides , Ortokides , Osmanlis et des Curdes« Aussi le terrain est-il généralement nu et désert , comme celui de nos places publiques ; et, dans certaines provinces,^

telles que le Vasbouragan, il faut marcher plusieurs journées de suite avant de trouver le toit d'un chétif réduit , pour abriter sa tète. Partout la rencontre d un arbrisseau est un phénomène exceptionnel sur le passage du voyageur. Il est diiBcile de dire combien, nous autres, habitués à la vie y au mouvement et à la riante végétation de notre Europe occidentale , nous avons été péniblement affectés par la solitude de ces vallées , dont le labyrinthe fugitif et sans fin n offre que de loin en loin des saules , penchés sur leurs fontaines, et de longues herbes inutiles, que dessèchent le soleil et les vents.

Les rares habitants , échappés à tant de massacres successifs, craignant encore, pour ainsi dire, de paraître à la face du jour , se réfugient sous terre , où ils se creusent des trous , qui ne peuvent pas même être assimilés a nos étables. Les Turcs, qui les entourent, non contents de les dominer avec orgueil, les abreuvent d avanies humiliantes, et en extraient les derniers Paras , qui ne sont pas entrés au trésor du pacha ou dans la bourse du collecteur d'impôts. Ces misères nous expliquent la cause des lointaines émigrations de ce peuple, que nous voyons dispersé depuis le fond de rinde jusqu'au centre de la Pologne. Il déserte ses foyers, et renonce à sa nature première de peuple agricole et pasteur, pour devenir la population marchande des bazars de l'Orient. Il a ce trait de ressemblance avec le peuple juif, dont les misères lui sont en partie communes. Pourquoi cette conformité de fortune? Se serait-il aussi rendu coupable de quelque prévarication, qui exigeât une expiation sévère ? Nous allons tAcher de répondre à cette demande.

L'étude historique des peuples chrétiens de l'Asie nous

conduit à conclure que l'origine et la cause réelle de leurs calamités sociales est leur défection du centre de rËglise univei'selle. Les preuves en sont écrites en caractères sanglants à chaque page de leurs annales. En effet , dès que l'hérésie de Nestorius , assoupie après sa mort et réveillée ensuite par Barsumas et les autres disciples de Técole d'Ëdesse , se fut répandue dans la Syrie, la Chaldée, la Mésopotamie et la Perse, l'unité des communions chrétiennes étant rompue , la puissance des peuples païens de ces contrées profita de ces divisions pour réparer les pertes quelle avait essuyées sous le règne des empereurs romains. Dès ce moment, Tépée des Sassanides devint aussi redoutable à la chrétienté , que Tétait autrefois pour Rome Tare des Parthes, sous les premiers Arsacides. En parlant , dans une autre lettre , des Nestoriens que nous avons rencontrés sur notre route, nous montrerons que les persécutions suscitées, au sixième siècle en Perse, contre les^ orthodoxes étaient provoquées par ces hérétiques, qui, pour se concilier les bonnes grâces des Sapor et des Ghosroès, leur faisaient entendre que le moyen de résister aux souverains de Gonstantinople et d'affaiblir VEmpire grec , était de détruire les populations catholiques , qui semblaient en être les alliées. Que gagnaient-ils à cette trahison? Ils appesantissaient sur leur tète le joug des infidèles ; et ils creusaient labime de malheurs où ils sont encore plongés. Et plus tard , ce même empire, quel avantage retira-t-il de sa rupture avec les Latins? Il perdit les seuls alliés qui pouvaient protéger ses états contre les envahissements de l'islamisme. La nation grecque le comprit promptement ; et elle manifesta à plusieurs reprises la velléité d'une réunion. Mais toujours il se rencontrait quelques sophistes qui

renoQYelaient les objections insoutenables de Photios et de Michel Gérulaire. Le. Patriarche , presque réduit au siège de Gonstantinople, et cerné par les Infidèles, écrivait, arec le titre festueux à'Éçéque (Bcimémqae , au Pape , qai se contentait de répondre en signant : a Le Serviteur des serviteurs de Dieu. » Les moines illuminés du mont Athos prétendaient que la lumière émanée d'eux-mêmes était incréée, comme celle du Thabor. Cependant les Tares s'avançaient dans la Cappadoce et la Bithynie ; ils franchissaient le Bosphore, et acculaient ces orgueilleux dans lear capitale, qui céda bientôt aux assauts des janissaires de Mahomet second.

Mais c'est surtout à la nation arménienne que s'applique avec justesse cette observation. Le patriarche Nersès d'Âchetarag convoquait , l'an 520 de notre ère , un ^node à Tovin , oii il osait improuver les décisions du concite général de Chalcédoine. La division se mit aussitôt dans les esprits et les consciences. Les uns préféraient la doctrine définie par les Pères dç l'Église universelle et sanc* tionnée par son chef aux interprétations faillibles d'un métropolitain , assisté de quelques vartabeds* Les novateurs, au lieu de discuter avec calme et de s'éêlairer sur des matières aussi importantes , recoururent aux moyefis employés par tous les dissidents. Ils mêlèrent à la question religieuse les intérêts politiques du temps ; et en appelèrent aux passions humaines. Ainsi , comme les Nesloriens, ils persuadèrent au monarque persan qu'il était intéressé à briser les liens qu'une foi identique avait étabtis entre l'Arménie et l'Europe. Le roi de Perse trouvait une pro*position semblable trop avantageuse pour y fermer l'oreille; car assister les Arméniens schisraatiques , c'était les assor-

vir. Première cause de (ongues guerres, dont les infortunes auraient dû corriger ces enfants rd[)elles.

Cent douze années se passèrent. L empereur Héraclius, qui revenait de la Perse victorieuic , et rapportant avec lui la vraie croix, rétablit parfni les Arméniens la paix et lorthodoxie. Cet état normal dura un siècle, au terme duquel Jean Osnieosis renouvela par ses écrits subtils la dispute presque oubliée. Le schisme recommença. En mènie temps , aux frontières , apparaissaient les Arabes , qui venaient , nouveaux Philistins, infliger aux prévaricateurs la punition qu'ils avaient méritée. Les Grecs, dont ils venaient d abandonner la communion , leur refusèrent tout secours. Ils furent , durant plusieurs siècles, flagellés jusqu'au sang par ces ennemis nouveaux, auxquels se réunirent les hordes tatares des Mongols et des Turcs. La dernière dynastie arménienne des Rhoupéniens, forcée, par suite de ces événements, de se retirer en Cilicie, se trouva en contact avec les croisés, qui venaient , au nom du Chrisi , délivrer leurs frères d'Orient. Alors le parti orthodoxe , qui se conservait toujours secrètement , leva la tête ; et le remords se réveilla éàns la conscience du roi Léon. En recevant la couronne de la main du cardinal Conrad , archevêque de Mayence, il abjura l'erreur, et reçut son pardon du pape Célestin IIL Plusieurs des patriarches de Sis envoyèrent à Rome l'acte de leur soumission. De ce nonabre fut t'illustre Nersès Claiensis , que ses vertus ont fait ranger parmi les saints. Un autre Nersès , non moins distingué, qui portait le nom de Lampron , sa patrie, tenta une réunion générale dans le synode de Rom-Cla , où il prononça une harangue, conservée comme un des chefsd'œuvre de la littérature ecclésiastique des Arméniens.

Mais la mort inopinée de lempereur Manuel rompit tontes les négociations. Les Tatares et le sultan d'Egypte firent de nouveau des incursions dans le pajs* Au concile de Lyon , des propositions sincères de paix furent présentées par quelques prélats ; mais elles ne furent pas ratifiées par le reste du clergé. Alors les Sarrasins reparurent. Dans la Gilicie seule ils massacrèrent trente mille hommes ; et en conduisirent dix mille en esclavage. Le dernier des Léon alla mourir en exil à Paris.

Les Infidèles se partagèrent leur proie. Les Turcs prirent la majeure partie du territoire , et laissèrent aux Persans les provinces orientales ; tandis que les chefs curdes, retranchés dans leurs montagnes inaccessibles, mirent à contribution les cantons du midi. Il y a dix ans , un quatrième compétiteur, plus redoutable, venait aussi du fond du nord revendiquer sa part', et l'empire russe s'adjugeait les terres comprises entre les cours de l'Arpa-Sou et de l'Araxe.

Là se trouve , au pied du mont Ararat , désigné par la tradition comme le point où s'arrêta l'arche du déluge , le monastère d'Echemiazin , appelé par les Turcs le couvent des Trois- Églises. C'est le premier centre spirituel de l'Église arménienne et le lieu où saint Grégoire ITlIominateur, apôtre de la nation , bâtit la basilique patriarcale. Les successeurs de saint Grégoire y fixèrent leur siège ; et, tant qu'ils n'en étaient pas chassés ou attirés ailleurs par les nécessités politiques, ils ne cessaient d'y résider. Depuis le schisme , la majorité des Arméniens est demeurée soumise à leur autorité ; bien que deux ombres de patriarcats subsistent depuis sept siècles à Sis , en Gilicie , et à Aghtamar.

Garie.ux de visiter ce lieu mémorable, tious n'avons pas cra fwyer trop cher.notre curiosité , en Tachetant' m prix dune pénible quarantaine à la frontière rosse. Le Patriarche schismaljqae nous reçut avec biénveiilande à Achetarag , maison de campagne assez agréable , oii quelques touffes d'arbres peuvent défimdre contre les ardeurs dé la eaniculè, qui calcinent la plaine d'Ârarat A l'entrevue assistaient trois évéques , dont Vfin , en qualité de coadjutour, se tenait assis à o6té du Patriarche. Le second était respectueusement agenouillé en fece , tandis que lé troisième rafraîchissait avec l'éventail sa tète déjà blanchie par les ans. L'étiquette vent que le Pasteur suprême dé TArménie ne s exprinâe que dans sa langue nationale. Il affecta en effet de ne pas savoir le turc. Honorant en n^ persom>e le caractère de député de TAcadémie savante de France, il m'accorda l'insigne faveur que je souhaitais vivement , de pénétrer dans la bibliothèque de son clottre. Je ne sache pas qu aucun voyageur ait jamais joui de ce' privil^e.

L'érudition géographique n'est pas le partage des Orien* taux. Ils commencent toujours, lorsque vous leur annoncez que vous êtes Français, par demander si la France est la même chose que le Frenkistan ; si Paris est dans le voisinage de Marseille et du cèté de Londres ; si nous avons un roi ; et , comme le nom russe a retenti dans ces parages , si notre roi ou souverain, PaéHehah , est celui dé la Moscovîe. Cette dernière question paraissait vivement préoccuper le vieillard , confirmé dans son siège patriarcal par le czar, et décoré dernièrement par lui de l'un des ordres de l'État. Il eut grand soin de me le dire ; et je compris le lendemain toute sa reconnaissance, en voyant dans chaque

salle publique du monastère le portrait de Sa Majesté , et le grand aigle noir remplaçant » au-dessus du trftne pontH< fical , la colombe Bgûrative de rEsprit-Saint.

L'histoire ecclésiastique des nations de rOooident est sans doute moins familière au Patriarche que celle de YAr-* ménie ; aàr il me demanda si la France avait la mènie religion que la Russie ; et si le chef de Téglise de Paris exerçait sa juridiction sur la France tout entière. Alors je pris la liberté de lui faire observer que la France était et n'avait jamais cessé d'être catholique; que son clergé, instruit , zélé et célèbre dans tout le monde pdr la pureté de sa discipline et son unité compacte, comptait plus de quarante mille membres , chiffre qui le frappa de stu-* peur, puisqu'il égale celui des fidèles soumis p son auto* rite. J'ajoutai que l'église de Paris n'a qu'un arch^ vèque » lequel ne prend point le titre de Patriarche , àd tout temps convoité par l'orgueil des Orientaux; et^tie la France reconnaît Un Patriarche unique, qui a'«p{>^ le Pape , à qui obéissent, avec la même hutaililé , comme à leur père sfûrituel, l'Italie, l'Espagne, le Portugal, l'Ir* lande , une partie de TAngleterre et de TËcosâc , la Bel-* gique, la Pologne, plusieurs petits Ëtats d'Allemagne» l'Autriche , et l'innombrable mukitode des fidàlies répandus en Amérique , en Afrique , en Asie. Je lui rafipelai enfin que la plupart de ses prédécesseurs » dont je hii ettai les noms, avaient proclamé la souveraineté spirituelle 4a pontife romain ; et que , cent cinquante ans. auparavant , celui-ci envoyait encore i un Patriarche tl'Ecfaemîasin îles dons de sa munificence protectrice, l'avais lu ce fait dans un Mémoire des anciens missionnaires ; et effectivement,

je reconnus que le tr6ne incrusié d'ivoire, sur lequel le vicaire général d'Arménie siège dans les cérémonies solen^ nelles , venait cb Rome.

Les religieuK du monastère sont en fort petit nombre , comparativemant à nos convents d'Europe. Une dizaine à peu près sont décorés du titra d'arcbevèqm ou d'évéqne , sans diocèse. On compte autant de tartabeds , dont la dignité se subdivise en plusîeure degrés , selon f étendue dé leur savoir» J'en ai rencontré à&oK ou trois , réellement versés dans la connaissance de la langue et de l'histoire de leur nation. Je me plais surtout à citer le nom du docteur Jean , le bibliothécaire ^ qui compose en ce moment un ouvrage sur les antiquités de la maison et la succession des Patriarches. Les autres vo^tabeds semblent occupés de tout autre soin que de cdui de la science.

Du reste , Echemiasin a perdu son importance et sa grandeur passée; il ne lui reste que l'autorité de son nom ; et encore chaque jour s'affaiblit-^lle. Son incorporation  la Russie n'a s^rvi (pie les intérêts de l'Empereur, qui voulait attirer dans ses Ëtats nouvellement conquis la population arménienne des provinces torques et persanes. Outre les concessions de terres et la promesse de certains droits et privU^es. politiques , on faisait valoir aux yeux des^ Arnaénieus l'avanlage d'une réunion plus étroite à leur chef spirituel. Par ce moyen , le gouvernement russe est parvenu à e&lever à la Pérsé quarante mille émigrés , et soixante*di% mille i la Turquie. Mais cette émigration , fort tttt«»ibie aux intérêts des de«x Ëtats musulmans, a appelé particitlièrement l'attention sur cette ctasse de sujets ; et Ton ne s'e^t plus soucié de les voir fit^ncfair la frontière russe « soit pour accomplir des pèlerinages , soit pour aller

chercher le Meùron , ou Thuile sacrée , que le Patriarche a seul le droit de bénir. Ainsi la source principale de la richesse et des revenus du monastère est tarie. Bien plus, nous savons positivement que le gouvernement turc défend à larchevéque.arménien-schismatiqne de Gonstantinople de communiquer librement avec celui d'Echemiazin, ordre qui l'obligera bientôt de s arroger les mêmes droits. Cette nécessité est douce au cœur d'un métropolitain , qui a , comme tous les prélats hétérodoxes orientaux , la tentation de la suprématie.

D'un autre côté, Fempereur de Russie, concentrant dans sa personne le double pouvoir temporel et religieux, ne doit laisser au chef de Féglise arménienne qu'une prééminence fictive et subordonnée à ses propres volontés. Il est fort probable que le plan, adopté depuis quelque temps, de fondre dans une sorte d'unité toutes les sectes de l'empire s'appliquera aux Arméniens , comme au reste des sujets. Déjà nous avons vu une administration séculière organisée suivant ce but par le gouvernement dans le monastère , afin d'en diriger et surveiller l'action ; déjà l'élection patriarcale a été complètement modifiée. Il est vrai que la dignité n'est plus mise à l'enchère , comme sous le régime des Persans et des Turcs , qui spéculaient , à la honte du nom chrétien, sur l'ambition des candidats. L'investiture n'était conférée qu'à des prix énormes ; et cet abus avait démesurément accru la simonie du clergé, vice déplorable, qui consomma chez les Arméniens, comme chez les Grecs, la misère de la nation ; parce que le Patriarche , pour s'acquitter ^e sa dette , rançonnait les évéques , les évèques rançonnaient les docteurs , ceux-ci les simples desservants, et ces derniers le peuple, sur qui

tout mai Tetombe à la fin. Sous ce rapport, il y a donc une anélioitation réisHe; Ynai& voyons jusqu'à quel point. A la mort dtt Ptttridrche; les quinze prélats relevant de son aîége, et répartis dans la Perse, la Russie et les antres contrées de TEurope , sont convoqués à un synode , ainsi que les grands de la nation , appelés Ichekans et les dépistés des corporations» Au premier tour de scrutin , on choisit quatre candidats; au second, deuxseulennent; et le sort dédde entre eux. Le dernier élu succède alors à la phaîre vacante de saint Grégoire , si toutefois la sanction impériale lui est octroyée. Donc Tindépendancc spirituelle d'Echemiazin a cessé ; et cette église , qui toujours refusa la paternelle et libre protection du chef des égUses , a fini par courber forcément la tète sous un chef militaire. Avant de quitter la province russo-arménienne » je dirai quelques mots des catholiques arméniens qui s'y sont réfugiés à l'époque de la dernière guerre. Leur position est critique ; elle mérite tout votre intérêt et toute votre attention. Ils ont abandonné , voici huit années, le sol de la Turquie, espérant trouver dans les États d'une puissance chrétienne un soulagement à leurs maux. Mais leur espérance a été déçue , et voici qu'ils sont réduits à regretter le joug musuhnan. En effet , si le gouvernement tolère encore les prêtres qui ont accompagné les émigrés, il ne permet pas qu'ils communiquent avec leurs supérieurs spirituels , restés sur le territoire ottoman ; et il interdit soigneusement l'entrée de son territoire à tout nouveau prêtre, l'en ai eu la preuve affligeante , à l'époque de ma quarantaine, en voyant mon vertueux compagnon de voyage, M. Scafi, repoussé du sol russe par l'ordre du gouverneur de Tiflis , parce qu'il le savait missionnaire et

fwètre romain. De la sorte, on esjpèiie que les liens ralî^ gîeux se relâcheront ; et que les Anaknem orthodoies perdront insensiblement rattachement qui les retient à leur communion. Puis , comme la mort frappe ehaqtoe année quelques prêtres , et qne l'indigence ne leur penoet pas d avoir une ëcole, il ne se forme aucun jeune lévite pour les remi^acen Donc, aaiM>ut de deux g^érations tout âm (dus y ces catholiques seront redevenu^ schismatiques ar^ menions , à moins qu'ils n'embrassent la religion de l'État» ou que la divine Providence n'intervienne pour les sauver* De leur côté, les schismatiques , plus riches, plus nombreux , occupant des foâctions publiques , ont la làdieté de persécuter ces frères malheureux. C'est ain^ qu'on a fait languir pendant six mois , dans un cachot , un oa** tholique , dont ie crime était d'avoir présenté une requête à l'Empereur, lors de son passage , l'année précédente. Ils ont bâti à grands frais, ainsi que les Chrecs réfugiés^ une église dans la nouvelle ville d'Alexandropole , rancietfne Gumru ; et ils insultent orgueilleusement à la détresse des fidèles , qui ne peuvent célébrer les divins myst^es que dans des réduits obscurs et humides. Il eût fellu , assistant cœnme moi à la sainte messe daifê un de ^^ lieux qu'on appelle églises, être témoin de ia piété simple et fervente des hommes» éss femmes et des petits enfents, les entendre chanter ia ttaue, dent le ton plaintif, et les paroles, nDer vorkomia, SêigHear, ûyez pùié de noas , i» répétées en masse et avec mesure, semblaient être le lefrain d'un hymne de douleur. Il eût fallu admirer leur respect pour le prêtre, orné de la seule pauvreté de ses vêtements sacerdotaux, sacrifiant sur un autel nu ; écouter leurs protestations unanimes de vivre et de mourir Ains la

même foi , puis jouir de leur hospitalité prodigue et do la joie qu'ils avaient d'être visités par un frère. II eAt fallu cela, pour comprendre tout le mérite et le bonheur qu'il y aurait à soulager tant d'infortune » et à détourner sur ces malbeurenses contrées un petit filet d'eau du grand fleuve de la charité catholique. Dans leur bon wms orthodoxe , les paysans me dilBaient : a Notre église périra » Monsieur» « foute de tète pour nous commander. Il nous faudrait un «c évèqoe ; nos prêtres ne savent vers qui se tourner, et <c à qui en appeler dans l^irs nécessités. Ah I faites prier (( Notie Saint Père de Rome de nons en envoyer un. »

Outre Tiflis, Lori et surtout Akhatsiké, où il y a plus de quatre mille catholiques, nous avons trouvé d'autres villages entièrement catholiques, tels que Kara-EkUssé, Tepé-Dwlak, KeftarW^, Pataàa, Kaiondji, un autre bonig du nom de Kara-EkUssé, Acha^Tepé et Chanaxar. lia sont dispersés dans la plaine qui s'éieod au pied septentrional du mont Âla-Oueuz , et qui formait, dans Van* cienne Arméoie, une portion du plateau de Ghirag. Quatre ott cinq piètres seulement sont chargés de l'administ/ation sprilodle dé tous ces lieux , séparés par d'assez grandes distances. Sans une pron^te assistance , cette population caiiMiUqne disparaîtra , comme celle d'Ërivan et de Nakchi* van, villes situées à quinze et trente lieues de là , que les flMsions desJésuites et des Dominicains avaient autrefois gagnées à l'Église»

Ici nous touchons à la Perse , où le nombre des Ârmé^ niens a été considérablement réduit par la dernière émi^ gratioUâ II ne s'élève guère dans bout le royaume qu'a viagt-ciaq mille. Ils ont pour chefs spirituels deux évèqaes schismatiques , résidant à Nakchivan et à Djulfa ,

petite ville qui forme comme un des faubourgs dlspahan. Pour vous peindre d un seul trait leur état religieux , je me servirai des propres paroles d*un vartabed , qui les connaissait bien, a En Perse, me disait-il , les Arméniens c( ressemblent aux Persans, et les Persans aux Arméce niens » : mot qui exprime avec esprit et rindifférenoe religieuse de ceux-ci , et la tendance tolérante de ceux-là. Il est certain que les Arméniens sont plus heureox et plus considérés en Perse qu'en Turquie. Ils peuvent y remplir de hautes charges , et commander même des provinces. Un prosélytisme éclairé aurait ici des chances de succès , attendu qu'aucune loi n entrave la liberté religieuse.

De la Perse je reviens à l'Arménie méridionale, qui lavoisine; et j essaierai de décrire Tétat de son si^e patriarcal , distinct de celui d'Echemiazin. Il s'appelle Aghthamar, du nom de l'île où réside le prélat. Voici quelle en est l'origine. Elle ne remonte pas au tanps d'Héraclius, comme quelques-uns de ses partisans le Teulent faire croire, mais bien au commencement du douzième siècle. L'an 1 1 1 3 de notre ère , un descendant de l'illostre famille Pahlavouni , Grégoire III , surnonmié Vgaiaser. ob Y Ami des Martyrs, parce qu'il avait recomposé le martyrologe arménien , monta sur la chaire de saiot Orégom, qu'il honora pendant cinquante-trois ans par son savoir et ses vertus. C'était l'époque de la domination des croisés dans la Syrie et la Palestine ; et l'autorité du Souverain Pontife avait repris de l'ascendant sur les communions orientales. Grégoire envoya donc à la cour romaine l'acte de sa soumission , par l'entremise d'une ambassade , que décrit l'auteur latin Otto de Freisingen. Ce fut sans doute cet acte éclatant d'orthodoxie qui détermina le moine

schismatique David à rallier aiitoar de lui les sectaires obstinés » en se déclarant Caiholieoê ou Patriarche d- A§^thamar*. Il fortifia sa puissance usurfiée, en se:prévaiaot de la pessessiOin de la reliqdb de saint Grégoire, 'fitrtivemeot enlevée' d'Echemiasin- '.car 9 entre les croyaiioes absurdes popularisées par le schisme» il fautkxnnptèr.ceHe qui fait de la seule piiésenee d'uue relique dans un certain lieu^ le signe de la suprématie patriarcale. Le bras droit de saint Gr^oire, transféré de Sis^^à Echemiazin, lui. avait déjà rendu , suivant l'opinion commune , le droit de prééminence» que pe siège avait perdu momentanément » et dont il fut privé de nouveau, lorsque David réussit à le dérober. Aghthamar conserva peu de temps ce prédeux dépôt, parce que le Patriarche d'Ecbemiazin employa tous les moyens imaginables pour le recouvrer. Le roi de Perse , Abbas , connaissait bien ce faible des Arméniens , puisqu'il eut soin de porter la même relique à D|iilfa , pour retenir dans cet endroit la colonie de captifs qu'il y avait amenée. Quand Aghthamar fut dépossédé de cette relique» ses prélats firent valoir» comme droit au patriarcat» un autre trésor : « c'était l'autel où célébrait saint Gréce goire^ c'était sa ceinture de cuir» c'étaient le voile et les <i sandales HoghcUap de sainte Rypsimée. » Ainsi le témoignent les historiens Jean Catholicos et Vartan. Telles sont les raisons qu'allèguent , pour légitimer leurs prétentions» ces Patriarches» qui osent parodier ht puissance pontificale.

Disons à présent ce qu'est Aghthamar » où je voulais pénétrer » par le double motif d'examiner son siège et la bibliothèque, que je supposais avoir été conservée dans le monastère* Les événements politiques me servaient heu-

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reasement, pour accomplir ce pèlerinage, impossible quelques jours plus tôt ou plus tard, à cause des Cordes, dont il fallait traverser le territoire. En eflet , les tribas qai bordent Textrémité méridionale du lac de Van , après avoir déposé les armes, Tenaient de cesser leurs déprédations. • Leur dief Mahmoud-Khan , prince redoutable, qui, avec ses frères, commandait à tout le pays, avait pris le parti de recourir à la protection turque, pour résister aux attaques de ses adversaires. Il avait donc écrit à Husref- Pacha , gouverneur de la ville de Van , afin d'obtenir un prompt secours. Le pacha , profitant de la dé^ioion qui lui livrait des ennemis invincibles , lorsqu'ils sont unis , envoya son propre Gis avec des troupes et des munitions au château de Paklevan , où s'était retranché Mahmoud- Khan , et qui est à trois lieues <1' Aghthamar. Pendant ce ce temps-là, lui-même consultait ses supérieurs. Dans cet intervalle, j'arrivai à Van ; et, dès la première visite que je rendis au pacha, je lui manifestai mon intention d'aller à Âghthamar* Il m en promit les moyens , dans un délai de peu de jours. Aussitôt en effet qu*ii eut reçu ses instructions , il me chargea de porter la lettre mystérieuse à son fils f faisant répandre le htuni que c'était le traité d'alliance avec Mahmoud-Khan. Ambassadeur et ministre involontaire de la diplomatie turque, je partis; et, après avoir heureusement côtoyé les bords du lac , je parvins ert une journée à Paklevan. Ce château ^ dont le nom indique nue origine arménienne , ressemble à nos anciens manoirs féodaui. Il est flanqué de quatre tours , percées de meurtrières, et bâti sur une colline raide et élevée, au pied de laquelle mugit un torrent. Nous étions au 8 octobre ; et déjà l'hiver avait commencé son règne en ces

lieai. La neige Uanchissait le eerde des moDtagiies envi*ronnaateft ; et une him glaciale la chasaaftl jusifu anx pertes du château* J0 me pcésentèi aa fils du pacha, Téfui^Bey, jeune homieaQx autoièrea fraliehes et polies , ami et ad^ minitear de$ Frapcs. U lut U lettre , saus ciiaager de Visage ; et me promit, en souriant , de me montrer le ïmiB^ maÎB les princes o«rdes» ses hèles» BflectivenieQt, le qiatin, on me cooduisil à la sattadu conseil , oii. s'offrit à ma fiie le singulier spectacle éd chefs eurdes , vêtus de leurs am^ pie» mAQt6a«x» et la tète ornée d'énonnes turbans de ea«* cfafvwte; d'éàfeboâibatt, flottant sur leurs ^ule6, un long bono^ rouget Ib étaient graTémmt aeenovpîs en oercle et naèlés paimi les officiers et les sergents de là milice tunfue. Toutefois je ne vis point Mahmoud-Khan^, dont le purittnisme emsulman et î'oigveil indomptable ne>vott^ hirent pah s'abaisser sans doutai eomparaterè devant un chrétien. On.pada prindpalemeatde l'Europe ; et la eu- TÎoÀÎté générale sefKMrtait sur le& inventions et les pr^ès de notre iodcetrie. Le jeune bey, ({ni faisait à merteille les honneorl du divan, annonça» avec an aird'insonciancei que h lettre envoyée par son père terminait A TamiaUe tdotea les afia^ , et qaon irait oe jour mtene è la ville, ponr ratifier le traité de pûx et cétéfar^ les réjouissances ; pnia il ejoota qu'il nous donnerait l'escorte nécessaire pour gagner le couvent. Or, oonmie, M. Scafi et moi, nous nous mettions en route , une ^im d'arliUerie annonçait le dé* part du bey et des princes eurdes. Ils tarent reçus avec de grands honoenra par Hnsref*<Pacha, qui iesffeta pendant deux joucs^ Le troisième il leur annonça une revue gênéraie des trotipes , afin de leur donner, disail*il , une idée de leurs progrès dias la tactique enropéenue. Au milieu

des maneeuvres, les soldats, & un signal convenu , eernent leurs admirateurs et les conduisent à -la prison qui leur était préparée à la citadelle. Depuis longtemps, de riches cadeaux ayaient été envoyés de Gonstantinople à Mahmoud^Ktian , pour le mieux tromper, et l'attirer dans le pîége*

Cependant» au lieu de marcher directement aa lac, nous faisions un détour à gauche, attirés pat les ruines do oouyent de Nareg. Son nom était associé dans mim esprit à celui du plus profond docteur, d&plus parfait écrivain et du saint le plus tendrement pieux de T^îse arménienne , je veux nommer saint Grégoire Narégùtsi. Il vivait  la fin du dixième siècle. En noiis agenouillant sur son tombeau , qui attire un grand concours de pèlerins , nous nous vtmes entourés de toute la population du village, cpii nous demandait avec larmes quand viendrait l'heure de ^ déU^ vrance. Ces pauvres gens nous recevaient comme- les messagers du ciel ; et, de tous les Arméniens de ces contrées, ce sont ceux qui paraissent désirer le pins sincèrement la réunion à l'Ëglise romaine, comme si de la châsse du sainte qu ils honorent avec ferveur, émanait une verbi secrète d'orthodoxie. Les Curdes ont achevé de ruiner le monastère , en ces dernières années ; ils ont même dés>^ honoré l'élégant portique de l'église ^ qu'avait fait réparer le prédécesseur du Patriarche actuel. Deux vieillards^ portant le nom de vartabeds, habitent les masures du clottre. L'un d'eux, d'une simplicité engageante, prit la peine de nous accompagner, sur son humble monture, jusqu'au bord du lac, distant d'une lieue environ. Je fus bien étonné d'apprendre ensuite que ces deux vartabeds étaient, après le Patriarche , les deux premiers prélats de l'église schis-

matiq^e d'Aghttianior ; et que le vieux Méchitar, qui s'était fait complatsaniiiient notre guide, était archevêque. Xa Jfer de Van, comme disent les Arméniens, est un grand lac 'bleu etjsalé, qu'on appelle aussi mer d'Aghthamar, du nom de la petite ilé pour laquelle nous nous embar^ quions dans une sandale turque. Un vent du sud , qui descend habituellement vers le soir des montagnes du Gurdistan , gonflait favorablement la voîle. Nous abordâmes avec la nuit au rivage. L'obscurité m'entretint jusqu'au matin dans l'illusion oii j'étais de retrouver les constructions royales attribuées à Kakig, premier roi de la dynastie des Ardzérounis , desquelles Thomas Ardzérouni , historien issu de la même maison , a fait une description pompeuse '. Mais y à mon réveil , je ne vis autour de moi qu'un écueil aride. Pas un pouce de terre végétale r et partout la détresse et la désolation. La prétendiie digue de Rakig, que l'auteur cinlessus mentionné compare an travail gigai^ tesque attribué a Sémiramis , qui se trouve près de Van , au pied du mont Yarak ^ aurait totalement disparu sous les flots envahissants do lac; et» s'il faut croire les habitants de l'ile , l'cBÎl peut encore , dans les jours de cafane , en distinguer au fond de la mer l^s derniers vestiges. H ae reste que régltse , ou mieux la chapelle ; dont l'architecture fort médiocre n'a d'autre originalité que de grotesques et informas bas-reliefs , sculptés à l'extérieur, et représentant l'histoire abrégée de TAncien et du Nouveau Testament. Je ne parle pas de la chambre d'honneur qu'on nous avait donnée. Bâtie de terre détrempée dans de l'eau mêlée de paille , comme toutes les habitations de ces pays,

' Géographie de l'ancienne Arménie, Venise, 1822. — IVouvelU Arménie, page 152 i Venise, 1S06.

on y trouvail pour siège une natte de jonc; et les fenêtres, fermées par on simple treillis , étaient ouvertes à tous les vents. Mais comment oser se plaindre ^ lorsque le Patriarche n'est pas logé plus splendidement» et que les ou* vertures qui laissent passer la lumière dans son apparte* ment nont, en guise de vitres, que lesfeuillos huilées d anciens manuscrits !

Le Patriarche n'était pas dans son palais. Dix jours an^ paravent , je l'avais trouvé par hasard » fegilif dans un village» où il se cachait, pour éviter les nouvelles exac** tiens de Mahmoud-Khan. Introduit dans «ne chambre obscure et souterraine , j'avais vu un vieillard septuagénaire, dune taille élevée, d'une figure régulièrement belle, et que son épaisse barbe blanche embellissatt encore : on aurait dit iin- antique pontife de l'Orient. Maïs, à ces dehors favorables, ne se joignait pas la capacité intellectuelle que j'attendais. Jean, CaihoKeoê d'AgHlhamer, après m'avoir fait honnêtement asseoir sur son tapis , commença par me demander qui j'étais, craignant que mon costume ne déguisât un espion ou un agent de Mahmoud- Khan. Il fut rassuré, sur ma parole que je venais du Frenidstan. J'ajoutai le nom de la France ; mois je m'aperçus qu'il n'éitait pas phis connu du Patriarche que celui des autres royaumes de l'Europe. Le monde se borne pour lui au TOC d'Aghl^mar, dont le circuit est de ^M toises ; et il ne connatt au delà que les villages arméniens répandus dans le Curdistan, et qui tombent sous sa juridiction. Lorsque je lui exprimai mon envie d aller au monastère , il me répondit obligeamment ^pse son vartabed Joseph le représentait , et me montrerait l'église et la bibliothèque. Après quoi , il ne m'adressa que des ijuestioHS insigoi-

fiantes. Toute conversation sérieuse fat impossible ; plusieurs fois j'essayai de Fentamer ; mais mon interlocuteur distrait ne me suivait pas, préoccupé qull était des boutons de mon habit. Il n'avait pour cortège qu'un autre vieillard f parlant aoasi arménien vulgaire mêlé dé curde : c'était un évéque. Son oeil fin et scrutateur n avait pas l'expression simple et bonne des regards de l'autre. Il stm- Uait être avec nous sur la défensive, comme s'il avait redouté notre qualité de catholiques , titre sous lequel nous noas étions présentés. M* Scafi , qui pensait avoir avec le Patriarche une conversation intéressante sur l'origine de son si^e, sur la succession de ses prédécesseurs , leur histoire et l0s points de croyance qui les séparent de l'Ëglise latine, fut douloureusement désenchanté à la vue de cette nitUité puérile ; et il me fit la juste réfiexmi : «c qu'une ^lise qui avait un chef semUable était encore « sous la verge du Seigneur* »

Nou$ ne fâmespas plus satisfaits des religieux qui nous regurent au couvent. Il ne s'y trouvait qu'un vartabed qui sût de la langue littérale ce qui est nécessaire pour l'infel* ligence de la liturgie. Après m'avoir promené dans l'égliise, dont je lui appris la véritable date » il me conduisit à la bibKotbéqte, cc^istant en une centaine de manuscrits poudreux , enlassés sans ordre dans un des <oms de b sar cristie* La plupart de ces livret incomplets et déchsrés étaient des psautiers, des copies de TËvangile, quelques traités des Pères , et des sermons* Je ne distinguai que quatre ouvrages rares» dont deux siH*tottt ont une valetir scientifique féeH^ Qu'estdevenu le dépét littéraire recueilli par les Patieiarcbes précédents , et qui , préservé par to

position avantageuse de l'Ile , flôit avoir échappé au vandalisme d'Alp«Arslan et de Timour?

Trois autres jeunes reli^eux aspirent à la dignité de docteurs, et représentent les espérances futures du clergé d*AghtfaaiDar. Le premier me pria gravement de Tinitier aux secrets de la science talismauique , que les Orientaux supposent aux voyageurs européens ^ pour l'aider à découvrir les trésors du roi Kakig, qui, suivant la tradition locale , sont enfouis dans lenceinte du monastère. Ce qui pouvait le confirmer dans cette haute opinion de mon savoir, cestquil m avait vu copier une inscription cunéiforme persépolitaine y transportée là, je ne sais à quelle époque , de la ville de Van , où j'ai recueilli toutes ceHes dont parle rhistôrien Moïse de Ghorène, et qui sont attribuées à la reine Sémiramis. Le second , que j'avais chaîné de me transcrire d'autres inscriptions arméniennes , ne put s'acquitter de sa tâche ; et le troisième , transfuge de l'église arménienne-schismatique de Gonstantinople , où il n'avait pu être ordonné, était venu à Aghthamar, dans l'espoir d*y trouver plus d'indulgence. Grand Dieu ! voici à quel excès d'abaissement est descendue cette déplorable secte, qui a eu la triste constance de demeurer sept siècles et d^mi séparée de l'Église mère! L'ignorance, la misère, l'épée des Curdes, le joug des Turcs et le mépris des autres communions arméniennes pèsent à la fois sur ces obstinés , dont le chef se complaît orgueilleusement dans sa solitude, où il s'entend saluer par quelques bouches , du iMNon de (kukoiicùs, ou patriarche universel.

Le deuxième jour, nous partîmes; et, tandis que le vent emportait rapidement la barque, assis à la poupe et les

yeux fixés sur Ttle , je récapitulais tout pensif le long enchatoement des infortunes <)ui accablent ces chrétiens, nos frères, et je me disais : « Sans doute ils sont coupables , a et Dieu les a châtiés; mais aujourd'hui, Tignorance les (c retient peut-être seule dans Terreur , et Dieu leur aura ce fait miséricorde, selon cette parole : Mon père, pardonce nes64eur, parce qu'Us ne saveta ce qu'Us font. Si des apô- <c très de la vérité catholique leur montraient la voie , ils « y entreraient probablement sans difficulté. Mais qu'il K est petit le nombre des ouvriers de la moisson évangé- « lique ! Et quand pourra-t-il s'en détachar quelques-uns, « pour glaner les épis dispersés dans ce coin obscur du « champ du Seigneur ? »' Débarqués sur la plage , nous nous acheminâmes vers Van , malgré les représentations de nos guides, qui voulaient attendre au lendemain, parce qu'il se faisait tard et que la route était longue. Depuis j'ai en tout lieu de connaître que notre refus d*écouter leurs observations était une bonne inspiration de la Providence, car ce soir même Mahmoud-Khan était incarcéré. Comme nous atteignions, à la nuit close, les portes de la ville, les gens du prince curde s'enfuyaient à toute bride, pour donner l'alarme aux tribus. Le lendemain, certainement nous eussions été faits prisonniers et renfermés conune otages dans le noir château de Paklevan.

Feu M. Saint-Martin, connu par ses doctes travaux sur l'histoire et la géographie du peuple arménien , s'est trompé lorsqu'il avance que l'église d'Aghthamar suit le rite et la doctrine des Grecs. La litui^ic et le symbole sont exactement les mêmes que dans l'église d'Echemiazin ; et toute la scission vient de l'établissement d'un patriarcat indépendant du premier. Les deux communions sont sépa-

rées de la véritable Église; parce quelles rejettent le concile de Ghalcédoine. Ce n'est pas qn elles soutiennent la doctrine complète d'Ëutychès ; puisqu'on lanathématise, comme complice d'Apollinaire, en ce qu'il nie que Notre- Seigneur Jésus-Christ soit homine comme nous. Mais » après avoir admis que le Sauveur est Dieu et homme parfait, qu'il a souffert selon la chair et non selon la divinité» ils ne veulent cependant pas conclure qu'il y ait deux natures en sa personne. Ils partagent ainsi l'erreur des Syriens jacobites, des Cophtes et de tous les Monophysites. L'unité de nature les conduit à dire qu'il n'y a en Notre- Seigneur Jésus-Christ qu'une seule opération et qu'une seule volonté.

C'est un fait bien digne d'attention que l'erreur, après avoir placé une église hors du sein de l'Église unique, tarit aussitôt en elle toutes les sources de la foi et de la charité : c'est-à-dire, premièrement, que la doctrine» au lieu d'être développée par les lumières d'un enseignement légitime , reste inerte et comme frappée de stérilité théologique; en second lieu , que le foyer d'activité , qui va toujours se dilatant dans le catholicisme et se reproduisant, chaque jour» sous les mille inventions de Tesprit évangélique de saeri* fice , est pour ainsi dire glacé par cette première négation ; en sorte que son feu divin se retire des institutions même où d'ordinaire il se manifeste. Le culte arménien-schismatique nous servira d'exemple.

Le saint sacrifice de la Messe, dont l'Église catholique est saintement prodigue, comme du miracle le plus grand de la bonté céleste et comme du moyen le plus excellent pour la sanctification de l'homme , est rendu rare , comme une exception; et sa célébration devient plus difiieile.

D'abord il fiiat retraneher les jours de jeûne^ si nombreux dans le rite arménien ; ensaite il n arrive guère que Ton célèbre deui messes en un jour dans la même église , et jamais elles ne peuvent être dites sur le même autel. L'es* prît des sacrements est encore faussé dans leur application. Ainsi le baptême n'est administré à Tenfiint que le huiti^ne jour après sa naissance. S'il meurt dans l'intervalle, certains vartabeds» pour se justifier , aiment mieux nier implicitement le péché originel que d'avouer le défaut de leur liturgie. La confirmation est donnée à Tenfiint apirès le baptême ; et le simple [urètre s'arroge le pouvoir de la conférer.

L'eucharistie est administrée sous les deux espèces aux fidèles, qui se présentent debout à la sainte table. Le prêtre ne consacre qu'une seule hostie; et il la divise eu autant d& parties qu'iï y a de communiants. De la sorte , le trèssaint Sacrement n'est pas toujours présent dans l'église ; et il faut ajouter que , soit par un esprit de rigorisme insensé, soit par une indifiSérence Coupable , les communions sont extrêmement rares , non-seulement parmi les simples fidèles, mais même parmi les évêques et les vartabeds, qui célèbrent à peine une fois l'an. Qui pourrait en outre concevoir l'excès inouï d'orgueil de ces derniers? Un docteur croirait déroger à sa dignité, s'il recevait le Fils de l'Éternel des mains d'un prêtre inférieur , ou s'il s'agenouillait à ses pie& pour être absous. L'extrême-onction administrée par les uns dans l'état de santé, ainsi que pendant la mdadie, est entièrement supprimée par les autres, comme pouvant fevoriser le relâchement; parce qu'elle offre, disent-ils, au mourant un dernier moyen de salut. Étrange interprétation de la prévoyance miséricordieuse

de l'Église , qui nous poursuit de ses grâces jusque dans les bras de la mort !

Le sacrement dé TOrJre est le mieux conservé dans son intégrité primitive ; et, comme cette église a «reçu ses cérémonies de saint Gr^oire-le^rrand , son rite ressemble presque entièrement à celui ^e l'Église romaine. Toute* fois, une diffà'énce essentielle distingue le sacerdoce arménien : c'est la faculté donnée ou même le devoir imposé au simple prêtre de contracter mariage. Toùà les DerderSy qui forment la classe des desservants, correspondante chez nous à celle des vicaires et des curés» ont leur En^gpin; tel est le nom que porte l'épouse du prêtre. En comparant, même sous le seul rapport temporel, cette portion du clergé avec le nôtre, j'ai pensé mille fois que la meilleure réponse aux contradicteurs et aux ennemis do céHbat des prêtres . serait de leur peindre en quelques traits la condition d'un prêtre marié dans l'Orient. Il est bien facile à nos discoureurs d'argumenter spécieusement contre le règlement le plus louable de la discipline catholique; parce qu'ils jugent les choses du point de vue de la France , et qu'ils sont habitués à aydir sous les yeux l'exemple d'un clergé instruit, zélé, et d'une conduite régulière. Ils s'imaginent imprudenmient que le mariage serait comme un complément de ces qualités , en ajoutant seulement au caractère sacerdotal le mérite d'une ùJ&Uié sodale , %Aqïï le langage convenu dés économistes. II9 ne savent pas qu'alors le prêtre deviendrait, avec sa femme , ses eiifants , et toutes les nécessités de la. famille , un pesant fardeau à la société, au lieu de l'alléger et de la servir par le sacrifice continuel et entier de sa personne, libre de toute entrave terrestre et de tous les tiens de la chair. Il serait conti-

nuellement reteou par les considérations de. rintérét privé; et, s il ne pensait pas à lui-même, il ne pourrait oublier du moins ceux dont la Providence ou la nature Taurait chargé. Qu on ne nous objecte point ici I exemple des communions protestantes : il n y a là aucune parité. Le protestantisme, comme d'habiles controversistes Font prouvé, ne peut avoir de culte, et se résume toujours forcément daùs le déisme. Le pasteur est un homme dont tontes les fonctions se bornent à venir une fois la semaine au lieu du prêche faire une lecture, que chacm> peut faire égatement chez soi , et donner des explications du sens spirituel et littéral , que chacun esUlibre d'accepter ou de repousaer.. Il n y a donc pas là de ministère ; et le sacerdoce est une place de lecteur, plus commode à remplir que celle de maire, et aussi plus avantageuse. Les communions chrétiennes de TOrient sont schismatiques, et même hérétiques ; mais la pratique des devoirs qui constituent pour le prêtre la partie active du ministère, quelque altérée quelle soit, subsiste toujours. On doit noême dire que la cause de cette altération est le mariage, qui contraint le pauvre Derder à travailler des mains, pour faire subsister sa famille. En effet , après avoir récité les matines, au lever de laube, il va mettre la main à la charrue ou pattre son bétail, Jorsqu il n'est pas occupé d autres soins domestiques, jusqu'à l'heure de vèr près, qu'il chante au coucher do soleil ^, et qui composent la seconde partie obligatoire de son bréviaire. Il manque donc du temps et des moyens d'étudier. Gomment ensuite pourrait-41 instruire ses ouaillçs? Aussi semUe-t-il s'être résigné à la .nécessité humiliante de son ignorance , en abandonnant la lecture et Tinstruction aux docteurs et aux vartabeds, lesquels vivent dans le célibat, ainsi que tous

tes autres supérieurs ecclésiastiques. Nouvelle preuve de

la justesse et de Futilité de nos règiements , puisque la

mbaie église qui autorise le mariage reconnaît aussi que

le prêtre élevé , intelligent et modèle doit vivre dans la

continence. Les darders, il faut lavouer; ne sont que les

premiers valets de ceux-ci , qui les traitent avec tant de

hauteur qn ils ne leur permettent jamais de s'asseoir en

leur présence. « Gomment pourrais- je lire et étudier, me

(( disait un jour un de ces desservants, à qui je reprochais

c( son peu de connaissance de la langue de sa Irtui^ie ? Ce

« n'est pas la coutume; et, si je le faisais ^ les vartabeds

c( s'en fâcheraient comme d'une usurpation. » Que de fois

j'ai secrètement gémi sur la dégradation de cette classe

de prêtres, que leurs haillons seuls distinguent des autres

paysans , et qui s'empressent de rendre au voyageur les

offices les plus serviles, pour avoir droit, au départ, de

tendre la main et de réclamer leur Bakehiche !

Le mariage est soumis à des empêchements plus sévères que partout ailleurs ; et cependant , lorsque les réclamations sont appuyées près du Patriarche par quelque largesse, on trouve les moyens de faire légitimer même ie divorce.

Les Arméniens sont appelés les grands jeûneurs de l'Orient, et ils méritent ce nom; puisque, durant les deux tiers de l'année , ils observent une abstinence rigoureuse , qui leur interdit l'usage de la viande , du poisson , de l'huile et du vin. Cet esprit de mortification , véritablement louable en soi, dégénère néanmoins en un pharisaïque orgueil, qui les porte à accuser de relftchement l'Église romaine. Il est aisé de reconnaître que l'intention de saint Grégoire l'Illuminateur, en instituant ces jeûnes ,

était de sanctifier par la religion des privations rendues nécessaires par la nature. Le pain , le lait et la chair des brebis , tels sont les seuls alin^nts possibles dans le pays ; tout le reste est luxe. Le dernier paysan de France ne pourrait supporter le régime des gastronomes arméniens. Les fruits et la vigne ne mûrissent qu'en quatre ou cinq lieux privilégiés ; le poisson , dont la pèche la plus abondante se fait dans le lac de Van, ne peut être pris que deux mois de Tannée ; et il se borne à deux espèces. L abstinence de la viande est si peu une privation» que la majorité du peuple n'en mange pas les jours où elle est permise. La constitution saine et robuste de la race prouve , du reste, que cet aliment nest pas potir elle un besoin. La vie sédentaire des femmes, continuellement renfermées ou assises , l'indolence des hommes , qui ne partent pas au travail l'activité énergique de nos ouvriers , expliquent encore cette possibilité des longues abstinences. Quant é l'huile, elle est si rare dans le pays , que j'en fis chercher inutilement quelques gouttes , nécessaires à un malade , dans la ville d'Erzingam , Tune des cités les plus considérables de l'Arménie. Nou& savons d'ailleurs que le Patriarche et les évéqaes sont obligés d'employer l'huile de sésame, et même le beurre, pour les onctions de la liturgie.

Nous le savons , c^ tableau de l'état religieux et intellectuel de l'Arménie n'est pas flatteur; Tamour seul de la vérité a pu tirer ces aveux de notre cœur, toujours plein de compassion pour la nation même. Notre pensée serait donc 0ial comprise , si quelque lecteur y voyait un autre sentûneot que le désir de montrer le degré de décadence et d'ai:^eetion où se réduisent volontairement les églises

qui abandonnent leur mère, lëpouse du Christ. Ce sont des enfants prod'gues, qui, après avoir déserté le toit natal, ne rencontrent partout qu'amertumes et opprobres. Ce malheur n est pourtant pas sans remède ; il suffit de demander humblement pardon au Père des Gdèles ; ot le pardon sera bientôt accordé , avec toute leflusion du paternel amour.

Le peuple arménien est profondément religieux ; et sa foi, quand elle s'attache à la vérité, est inébranlable en présence de la persécution , comme en ont fourni tant de preuves éclatantes les catholiques de Constantinople et d'Angora. Il ne partage pas les préjugés et la passion haineuse de ses chefs spirituels; il n'a besoin que d'être éclairé pour abjurer l'erreur. Tous les missionnaires qui sont venus l'instruire ont vu leurs peines amplement récompensées. Dans le xiv' siècle , un frère dominicain , Barthélemi de Bologne, envoyé par le pape Jean XXII , s'établit à deux journées de Tauris, dans la petite ville de Maraga. Le bruit de sa sainteté attirait à sa cellule tous les vartabeds dalentour. L'un d'eux , Jean de Kerimi , neveu du prince Grégoire de ce nom , le visita aussi , et engagea avec lui une controverse sur la question de la suprématie pontificale. Éclairé de la grâce et guidé par son sens droit , il se convertit à la foi catholique , et résolut noblement de travailler le reste de ses jours à la propager dans sa nation. Parmi les docteurs que la lecture de ses écrits avait portés à imiter son exemple, il en choisit douze, et fonda l'association des Frères unis, qui , durant trois siècles , ont été les défenseurs et les apôtres de l'orthodoxie dans TÂrménie, la Géorgie, la Tatarie et la Crimée. En 1 680, ils avaient encore une maison à Nakchi-

van, et la multitude des catholiques qui remplissait le pays était le fruit de leur zèle. Dieu bénit aussi les travaux des Jésuites , qui leur succédèrent à cette époque ; mais ceux-ci ayant été contraints par les circonstances d'abandonner cette mission , la plupart des brebis se sont dispersées ou ont péri , et le bercail est resté désert.

Nous conjurons Dieu d envoyer de nouveaux ouvriers, et nous espérons, en attendant, que votre sainte et charitable Association fera son possible pour les âmes demeurées fidèles.

A LÉON BORE

Dernier soir de Tan 1838.

Mon cher Léon, il y a deux ans, à pareil jour et à la même heure, j avais le bonheur de te faire mes souhaits de nouvel an y ainsi qu'à ta bonne et douce Caroline. Aujourd'hui, quelle longue distance nous sépare I Quand te parviendront ces mots, que je t'écris maintenant ? J espérais pouvoir envoyer cette lettre plusieurs jours auparavant ; mais nous ne sommes pas ici dans un pays civilisé , où les postes partent à jour fixe. Le Tchapar, ou courrier, va seulement une fois le mois de Téhéran à Trébizonde ; et encore faut-il que le courrier qui apporte, pour lambassade anglaise, les dépêches d'Europe soit arrivé. Depuis plus d'une semaine, nous l'attendons à chaque heure ; et il ne vient pas. Sans doute , il ne peut cheminer à travers les neiges , qui obstruent déjà les défilés des hautes montagnes d'Arménie. Je suis toujours extrêmement satisfait de mon séjour à Tauris ; j'ai trouvé là mille avantages et mille ressources, qui m'engagent à prolonger de quelques mois mon séjour en Perse. Ce pays m'a toujours vivement intéressé. Lorsque j'étudiais avec amour sa langue , au cours si savant et si intéressant de M. de Sacy , dont la mémoire , environnée d'estime et d'admiration , reste impérissable dans mon cœur, j'étais loin d'espérer qu'un jour je verrais ces contrées. J'y ai été conduit, en quelque sorte, malgré moimême et à mon insu. En quittant Constantinople , mon

intention première était de descendre dans Tancienne Assyrie 9 et de choisir sons son ciel plus chaud mes quartiers d*hiver. Jusqu'aux portes de Tauris» j'étais dans la même résolution ; puis j'ai modifié mon plan ; d abord parce que j'avais un besoin réel de me remettre de mes fatigues , ee qui s'est effectué promptement , grâce à la bonté paternelle de la Providence ; ensuite parce que j'ai senti la nécessité de me fortifier dans la connaissance du persan , langue qui forme le complément du turc; en ce sens que le dialecte de Constantinople lui a emprunté, ainsi qu'à l'arabe» un nombre considérable d'expressions. On ne comprend jamais mieux tout ee qui vous manque que lorsqu'on est sur les lieux» où Ton voit chaque olijet sous son véritable point de vue. Ce que la distance rendait incertain , confus^ ou voilé à vos regards s'éclaircit, et devient compréhensible. Ensuite j'ai le malheur de vonr les oisjets de mes recherches se multiplier indéfiniment , et exciter en moi une nouvelle ardeur d'étude et de savoir. L'aiguillon qui me pousse est d'autant f^s vif et plus pressant qu'il est l'effet d'un amour nouveau de la religion et de la vérité et d une compréhension plus nette du bien qu'il y a à faire» soit en Orient » soit dans notre patrie. J'ai jeté à mes pieds toutes les firivoles pensées du monde; et, autant que l'homme» si faillible» peut répondre ici-bas de sa fragile vokwté » je suis fermement décidé à travailler» le re^ de mes jours , sdon mes faibles moyens , à poser quelques pierres au grand édifice de la reconstruction sociale qui se prépare. Si les années me laissent réaliser mes espérances» peut-être serai-je utile» à l'Église catholique» notre sainte mère » hors du sein de laquelle tout dégénère et tout dépérit, comme je l'ai vu si clairement» en parcou-

raiit ces contrées , jadis orthodoxes. Eiv ce momenty je suis préoccupé d un plan qui peut être utile pour le nouveau royaume que je visite. M. Scafi, nàon digne compagnon , et moi avons résolu d'établir ici une espèce d'université. Les Persans aiment Tinstruction ; et instinctivement ils savent que, pour le moment du moins, les Français seuls peuvent la leur donner. Les Anglais, cpii , depuis plus de vingt années, après nous avoir chassés, ont été mattres du pays, n ont absolument rien fait sous ce rapport ; et le peuple n a pas avancé intellectuellement. Il le sait ; aussi les voit-il partir avec assez d'indifférence , croyant que ces hôtes, du reste infiniment honorables, cherchaient leur intérêt propre, plutôt que le sien. Il courbe déjà la tète sous le bras de la Russie, acceptant, comme une triste nécessité, sa domination , si les puissances rivales la laissent encore engloutir cette proie. Nous autres , nous pouvons seuls , avec des idées pures de bien et d'utilité nationale , leur communiquer les lumières de notre civilisation. Voilà ce qui m'a engagé à écrire une belle lettre au frère du schah , ou roi de Perse, gouverneur de cette ville. Je lui expose les avantages qu'il y aurait à instruire l'élite de la jeunesse suivant une méthode nouvelle, à la hauteur des conniaissances actuelles. Il m'a compris ; et l'amour général de la langue française , que je propose comme base et moyen de l'instruction publique, lui a fait accueillir avec reconnaissance ma proposition. Si l'influence de la Russie, qui doit craindre tout développement intellectuel dans un État qu'elle convoite , ne vient pas arrêter nos projets , nous aurions, avant quelques mois, une université persane. Nous nous engageons à instruire gratuitement vingt jeunes gen^ choisis, à la seule condition qu'on nous

donnera à jamais un local , où nous serons mattres d agir et d'enseigner selon nos vues. Nous insistons beaucoup sur ce dernier article , parce que ma pensée est d'implanter ici la vertueuse compagnie des Lazaristes, qui pourra, par la suite , étendre le royaume de Dieu dans ces contrées et annuler Ttafluence des missionnaires protestants , venus de l'Amérique et de l'Allemagne , depuis quelques années , pour travailler les populations nestoriennes , parmi lesquelles ils ne réussissent à faire des prosélytes qu'à prix d'aigent. Le pays leur prête peu d'appui ; parce qu'ils ne font rien pour la nation même , et que leurs efforts ne sont dirigés que par des vues fausses et étroites. Nous autres, en nous appuyant sur le bien général et efficace de la nation entière , nous acquerrons une influence tout autre ; et les populations chrétiennes viendront naturellement à nous. Ce n'est pas que nous ayons des espérances de prosélytisme parmi les Persans; le moment n'est pas encore venu. Toutefois le mahométisme, qui doit nécessairement périr, comme religion antinatnrelle et antisociale, ne peut être attaqué que par les armes de la science. Le savoir portera nécessairement le doute dans les âmes que nous instruirons ; et cela suffit : le temps fera le reste. Dans quelques jours , nous saurons définitivement si notre demande est acceptée. Dans ce cas , M. Scafi part aussitôt pour Constantinople et probable* ment pour Paris, afin d'aller chercher le renfort d'hommes, de livrés et d'autres moyens nécessaires à la fondation d'un établissement qui peut acquérir quelque importance. Pendant ce temps , je resterai sur les lieux , afin de mieux connaître le pays et de préparer les voies, en rédigeant une grammaire persane*française. Peut-être commencerai -je

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aussi à donner déjà les premières leçons aux vingt jeunes gens choisis. Je resterai à ce poste, jusqu'à ce que AL Scafi revienne avec ses confrères. Alors, après avoit remis à ees actifs et saints ouvriers le soin de Fœuvre naissante, je poursuivrai le plan de mon voyage, me regardant c(HDine obligé par devoir à remplir les promesses que j ai faites à rAcadémie. Cette mission terminée , Dieu me fera ensuite connaître ce qu il demande de ma bonne volonté.

A LÉON BORE

Taaris, ce 6 janvier 1S39.

Je t^écris ce soir , mon excellent frère , mais tout désolé et tout chagrin. J*attendais le courrier avec la plus vive impatience , espérant euGn recevoir de vos nouvelles et savoir si vous avez reçu toutes les lettres que je ne cesse de vous écrire, depuis ma sortie de Constantinople ; mais cest en vain... Rien pour moi de France et de Constantinople ; et M. ScaB est dans le même cas. Dans quelle triste position je me trouverais, si, par une sage prévoyance, je n'avais toujours ménagé mes fonds avec économie , ou si je m'étais avancé dans l'intérieur du pays , sur l'espoir d'obtenir de vous les fonds que vous aurez probablement mis à moa ordre , soit chez M. Etienne , procureur-général des Lazaristes, soit à la maison de la Congrégation , à Galata. Il est toujours triste de manquer d'argent dans quelque pays que ce soit , mais surtout en Orient, où l'on n'estime l'homme que selon la valeur de sa bourse, et où l'on ne peut espérer

de rencontrer un ami qui vous assiste au besoin. Heureusement, je le répète» j ai su éviter cette disgrAce ; et. Dieu merci , je puis rester encore quelques mois abandonné de vous. Néanmoins, si cet état se prolongeait encore huit mois, par exemple, je croirais qu*il ny a plus dans le monde de Fraoce, ou, dans h France, de frère& et d amis du pauvre voyageur. L'unique lettre qui me soit parvenue est celle que tu m'écrivais le 7 et le 1 4 juin , sans doute celle à laquelle tu tenais le moins , si tu te rappelles le Sujet.

J'ai tout lieu d'espérer que le projet dont je t'entretiens dans la première partie de cette épttre réussira. Le prince de la ville, qui prend le plus d'intérêt au développement de l'instruction , et qui parle même un peu français , nous accorde un local. La permission est communément accordée à une société de missionnaires protestants d'Amérique , établis depuis quelques années dans le pays. Je doute qu'ils osent ouvrir leur école , en nous voyant disposés à leur opposer une concurrence redoutable. Toutefois « s'ils le font, au lieu de changer notre résolution, ils la eonfir* meront au contraire; parce qu'il est plus nécessaire que jamais que la Perse , où le catholicisme a été autrefois honoraUement représenté et qui est aujourd'hui totalement dénuée de catholiques , sorte de cet état funeste. Â l'écofe se.rattaeherait une mission. Tel est même le véritaUe but de toute notre entreprise ; et c'est lafin d'ei^ger M. le chef de la coQgrégatioQ des Lazaristes à adopter ce projet, que M. ScaB quitte après-demain Tauris , et s'aventure , au mois de janvier, è travers les neiges de l'Arméuie , pour aUer d'abord à Constautinople , et sans doute de là i Paris ; car tout nous fait espérer qu'il ne rencontrera dans cette

dernière ville ni empêchement , ni retard. Ainsi , cher frère, un mois après la réception de cette lettre/ tu ap* prendras sans doute que mon honorable compagnon de voyage est arrivé à Paris. Quelle agréable nouvelle pour toi I II te semblera voir la moitié de ton Eugène. II ira te voir à Jully , si tu ne peux le venir visiter. Entretiens-le longuement. Tu trouveras en lui un caractère affable et cette droiture d'âme que communique le caractère apostolique qui les distingue. Il a la force de volonté et l'énergie des anciens Romains , dont il est un descendant. Je lui remets quelques petits souvenirs persans. C'est un tissu en soie de Kermanshal , que je trouve fort joli , et qui a nécessairement beaucoup de prix à Paris-, pourvu qu'on ne l'arrête pas à la douane , comme on me le fait craindre. Il t'est adressé y à toi et à Caroline : voyez ce que vous en devez faire. Vous trouverez aussi un petit miroir , orné de peintures dlspahan, avec le portrait de deux persanes : têtes purement de fantaisie , et que j'envoie à ma bellesœur, pour servir d'ornement à sa cheminée. Je ne sais si elles sont belles ou laides; je ne me connais plus à ces petits avantages, auxquels j'attachais jadis tant de prix. Les pensées qui me préoccupent sont maintenant trop sérieuses. Je vous envoie en outre un encrier persan, ou plutôt l'étui d'un encrier, que tu feras adapter comme tu l'entendras. Ici ils sont en fer et décomposent notre encre. Puissiez-vous croire que je ne vous oublie pas. Si j'étais sûr que mon étoffe persane pût franchir nos douanes, j'en enverrais un morceau semblable à Louise; mais attendons une autre occasion. Une fois M. Scafi parti, je vais être seul dans ma maison et rester isolé à Tauris , oii tous les autres Francs sont préoccupés des idées prosaïques de

commerce et d'intérêt. Mais si Dieu me conserve la santé dont je jouis , mes instants seront tellement remplis que je De redoute pas ma solitude. Pour ne pas demeurer complètement privé des ressources de notre divine religion ^ je fais venir de chez les Cbaldéens un prêtre, qui me dira la meàse, et avec lequel j'étudierai sa langue. J'attendrai de la sorte l'arrivée de mon ami et de ses frères. Après quoi , je continuerai le cours de mon voyage scientifique. Si , comme je l'espère , un local convenable pour l'école nous est accordé , je l'ouvrirai seul , afin de prouver notre bonne volonté et ne pas laisser refroidir le 2èle des Persans.

Après la réception de cette lettre , écris un mot à M***, pour me rappeler à sou bon souvenir , et dis-lui de chercher parmi ses jeunes médecins les plus capables, un jeune amoureux de la science , qui ne t^raigne pas de s'expa* trier pour quelques années. Il faudrait qu'il accompagnât la mission à Tauris. Là , il apprendrait vite le persan , langue belle et facile ; et il pourrait donner dans notre école des leçons de médecine ; ce qui ferait merveille. Probablement il ferait son chemin avec le temps , attendu qu'il n y a pas de médecin capable en Perse. S'il savait bien la chimie , la physique et la botanique , s'il avait surtout quelque idée de l'application des arts à l'industrie, sa fortune serait assurée. Néanmoins , pour ne point recevoir de reproches , et de peur de tromper quelqu'un , il faudrait que ce jeune homme eût une position indépendante , de manière à ne point regretter ce voyage, si le but ne réussissait pas complètement , et à n'être pas gêné par les dépenses , qui au fond ne sont pas considérables. Il est in« utile d'ajouter qu une condition sine quâ non serait qu'il fiit un excellent catholique, pratiquant sa religion. Lorsque II. 8

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M. Scafi sera à Paris , j'espère qu'il verra M'^^'^, avec qui il parlera plus longuement de cette affaire.

A ces pages j'en joins quelques autres » contenant des nouyelles politiques de la Perse; vous pouvez les faire insérer dans quelque journal , si vous le jugez convenable.

Adieu.

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