‹ Correspondance et mémoires d'un voyageur en Orient (volume 3)Chapitre 5 sur 35 · ALPHABET ARMÉNIEN · texte numérisé non relu

ALPHABET ARMÉNIEN

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22. 23. 24 25. 26. 27. 28. 29. 30. 3i. 32. 33. 34nou, cha, oue, tchn, b(\ tché, ra, s6, viev, dium, re, tsouc, yun,

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' Moïse de Chorène , liv. m, ch. ux.

3 Mém. sur l'Arm., t. i, p. 217.

3 Les auteurs anciens qui parlent des Albaniens sont Strabon, liv x,i. Pline, JYatur. hisl., lib vj, cap. xv. Ammien Marcellin , lib. hj, p. 291.

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ALPHABET AGHOYAN .

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Viennent ensuite les douze sipnes du Zodiaque fidurés delà sorte;

En outre j'ai trouvé ces caractères composant des mots dont le sens et le son me soivt inconnus

Néanmoins, si l'alphabet aghovan correspond avec exactitude à l'alphabet arménien , ces mots peuvent se traduire de la sorte en français :

ïhra vi dietsech iao chaphieh ratsui seghdz.

Quelque petite que fût la nation des Aghovans, elle a mérité l'intérêt de la postérité et l'attention des savants, a cause de son existence politique indépendante et glorieuse, et par l'avantage d'avoir eu une langue et probablement une littérature distincte. Généralement, les écrivains d'Arménie n'arrêtent sur elle qu'un regard distrait , pour nous faire connaître, en passant, ses rapports avec leur propre nation ; cependant un auteur du vne siècle , Moyse Glangdouni ou Galgandouni , avait pris à tâche d'écrire l'histoire de ce royaume. Quelques courts extraits, cités par d'autres auteurs, étaient à la fois une preuve certaine de l'existence de cet ouvrage et un nouveau motif d'en regretter la perte \ J'ai eu la consolation de voir que la bibliothèque d'Echemiazin en possédait un exemplaire ancien et correctement écrit. J'ai obtenu la permission du patriarche d'en faire tirer une copie; et je me propose, Messieurs , de vous en envoyer bientôt une analyse raisonnée2. En attendant, je puis seulement vous dire que le texte composerait environ deux cents pages d'un inoctavo imprimé. Un coup d'œil rapide jeté sur l'ouvrage m'a appris qu'il se divisait en trois Livres ; que l'auteur,

' Fried. Neumann, Leipsig, 183G. Fersuch einer Geschichte der Armenîschen Lilteralur,

1 Le MSS. a six cents ans d'antiquité. Chaque page est divisée en deux colonnes, et les trois livres sont partagés en cinquante cinq chapitres.

suivant la coutume des historiens d'Arménie , remonte jusqu'au déluge et à la dispersion des races ; qu'il fixe le commencement de la monarchie à l'époque de Vagharchag Ier, qui y établit un chef de la famille de Sisag; qu'il raconte longuement l'histoire de leur conversion à la foi chrétienne, du voyage de S. Mesrob et de l'établissement des patriarches, dont il donne les noms, ainsi que ceux des évoques ; qu'il parle des rapports de ce pays avec la Géorgie, l'Arménie, la Perse, les Huns et plusieurs autres peuplades environnantes ; qu'il décrit l'expédition de l'empereur Héraclius, et qu'il signale enfin l'arrivée des Arabes, qui livrèrent de fréquents combats aux Aghovans. Si Moysc Galgandouni a puisé ses documents à des sources nationales et certaines, si sa chronologie est fondée sur une saine critique, nous pensons tirer de son livre des renseignements curieux et importants.

Après cette digression , Messieurs , je reprendrai la suite de mes observations , et je m'arrêterai d'abord à Elisée , contemporain de Moïse de Chorène, et historien devenu comme lui classique dans la littérature arménienne. Nous savons qu'il avait écrit une histoire générale de son pays; mais elle est perdue, et il ne reste que son éloquent tableau des guerres livrées aux Persans , sous le prince Vartan. Le manuscrit de la bibliothèque est plus complet que le texte de l'édition de Venise ' , où le dernier livre a été supprimé. La raison qui a sans doute porté les Pères méchitaristes de Saint-Lazare à faire ce retranchement est qu'Elisée défend dans ce sixième livre les principes du nestorianisme, qu'il avait reçus de Barsumas lui-même.

Dans le même siècle, qui est proprement l'époque du

' Venise, 1828.

beau langage, la plupart des Pères de l'Église grecque furent traduits ; et quelques-uns l'ont été avec tant de mérite, qu'on croit y reconnaître la main des premiers écrivains. La bibliothèque d'Echemiazin est riche en ce genre de traductions; et je pense qu'on y pourrait trouver des traités qui manquent présentement dans les originaux. Le catalogue détaillé que doit publier le docteur Jean décidera de la valeur de nos conjectures.

Il est plusieurs auteurs profanes que je savais avoir été traduits anciennement, tels que Jules l'Africain, cité par Moïse de Chorène ' ; Olympiodore, mentionné dans la bibliothèque de Photius; Flavius Joseph, l'historien juif; Callimaque; Andronic de Rhodes , que Grégoire Magistros lisait encore, vers la fin du xie siècle. Mes recherches ont été infructueuses, ds ne se sont pas conservés dans ce monastère. Ce Grégoire Magistros, que je viens de nommer, était un docte personnage. 11 a composé beaucoup d'ouvrages, qui ne sont pas encore publiés : j'ai vu ici une collection de soixante-dix lettres, qui sont autant de traités curieux sur l'histoire, sur l'administration politique, sur diverses questions théologiques, relatives aux sectes païennes , et sur la philologie. Il possédait si bien la connaissance de l'arabe que , défié par un poëte , son ami, il composa, dans l'espace de trois jours, sur l'Ancien et le Nouveau Testament, un poëme de mille vers, qui est presque devenu classique, comme l'Alfiat. Comme il avait traduit beaucoup de livres grecs et syriaques, on pourrait avec vraisemblance lui attribuer la traduction d'un ouvrage qui ne se trouve, à ma connaissance, dans aucune autre bibliothèque arménienne : c'est le livre de saint Jean Cli-

' Liv, ri, eh. îx,

maque , intitulé Sanloughkirk , ou Livre de l'échelle des saints, lequel peut renfermer des détails nouveaux sur la vie des Pères de la Thébaïde.

II est un autre docteur du ixe siècle, nommé Machdotz, également célèbre par son savoir théologique. C'est à lui qu'on attribue la rédaction du Rituel arménien, qui est encore en usage chez les dissidents. Ses écrits , assez nombreux et complétés par la relation de sa vie , sont inscrits au catalogue.

Asolnig, historien du xe siècle , fort estimé sous le rapport de la chronologie, a attiré mon attention. Il en existe à Echemiazin une triple copie , dont chacune offre la singularité assez frappante d'avoir les trois mêmes pages tronquées.

Je vous citerai ensuite , Messieurs , Mathieu d'Édesse , historien du xne siècle, qui mérite particulièrement notre intérêt, puisqu'il a rapporté les événements relatifs aux croisés , pendant qu'ils occupaient la Syrie. Notre Bibliothèque du Roi en possède un seul exemplaire ; et ici j'en ai trouvé plusieurs de différentes dates.

Nersès de Lempron, contemporain de Mathieu d'Édesse, est connu par son éloquence, dont il fournit une preuve glorieuse dans le discours qu'il tint au synode de Rom-cla, assemblé pour la réunion de l'Eglise arménienne à l'Église catholique. Outre ce chef-d'œuvre, déjà publié à Venise, j'ai vu plusieurs autres traités , qui ne sont pas connus , et qui peuvent ajouter à sa réputation d'écrivain.

La chronique de Méchitar d'Ani sur les antiquités de la Perse , de la Géorgie et de l'Arménie n'est point perdue , comme le pense le supérieur du couvent de Saint-Lazare, dans son Essai sur la littérature de sa nation. Cet auteur,

du xme siècle, est un des livres rares du couvent. 11 a été consulté avec avantage par le prince Huboff, savant arménien, qui en a inséré plusieurs extraits dans ses Tables généalogiques des rois d'Arménie '. J'en fais tirer en ce moment une copie.

Au même siècle vivait un certain Ânanias Chiragatsi, totalement inconnu de ceux qui ont écrit sur la littérature arménienne. Grégoire Magistros le cite dans ses ouvrages; c'est ce qui a déterminé le docteur Jean à le chercher dans les monastères voisins , où il l'a fort heureusement découvert.

Il est un auteur du xive siècle , dont on regrettait beaucoup la perte ; c'est l'historien Sempa ; il vivait à la cour des rois de Cilicie , et était le généralissime de Léon I. Son histoire, qui commence au dernier Kakig régnant à Ani , s'étend jusqu'à l'époque du roi , son maître , dont il raconte longuement les faits politiques. Le manuscrit peut renfermer une somme de matières égales à la moitié du texte de Moïse de Chorène, dont il est bien loin d'imiter la pureté et l'élégance; son style est fort incorrect et mêlé de locutions vulgaires.

Venise n'a pas le privilège de posséder seule l'histoire de Vartan, que sa connaissance de l'arabe, du persan, du mongol et d'autres idiomes de l'Asie jointe à la variété de ses observations, placent peut-être au premier rang des historiens arméniens. J'en ai vu à Echemiazin plusieurs exemplaires, avec un grand nombre d'autres traités du même auteur non moins importants. Nous désirons que cette nouvelle bibliographique décide enfin MM. les Méchitaristes à

1 Miscellaneous translations from oriental languages, London, 1834, vol. Il, p 16.

publier cet ouvrage , qu'ils ont toujours différé de livrer à l'impression , malgré son mérite et son utilité reconnue. Nous avons enfin remarqué le beau manuscrit, en deux volumes in-folio, à'Âmir el Doulat. C'était un médecin d'Amasie, vivant au xve siècle. Son ouvrage serait infiniment précieux à ceux qu'intéressent là science de la médecine et son histoire chez les peuples orientaux ; car ce savant, à qui les langues arabe, syrienne et grecque étaient aussi familières que l'arménien même, s'était proposé de composer une encyclopédie, traitant de l'origine et de l'histoire de l'art médical , considéré dans ses cinq branches générales, la Physiologie, la Pathologie, la Séméiotique, l'Hygiène et la Thérapeutique. Ces divers traités sont complétés par des remarques et des réflexions sur les doctrines des médecins arabes, chaldéens et grecs, dont il cite les aphorismes. Il a choisi ce titre neuf et piquant : « Inutile, aux ignoràns. » Ancludatz Anbed

J'omets ici quelques autres ouvrages peu importants , dont rénumération me rendrait prolixe et ennuyeux. J'avouerai que, à mon grand regret, je n'ai trouvé aucun livre rédigé en chaldéen , en syriaque ou en langue mongole , que plusieurs auteurs des xitr et xive siècles parlaient et écrivaient avec facilité.

Le 19 septembre, je quittais Echemïazin, enchanté de l'affabilité et de la complaisance des religieux, qui accueil laient si bien l'humble missionnaire de votre illustre assemblée. La renommée d'un sénat aussi savant, qui honore à la fois la France et la république des lettres tout entière, a franchi les limites de l'Europe et s'est répandue dans l'Orient; c'est elle qui m'attirait la considération des

moines arméniens, aussi bien que les bonnes grâces des pachas.

Mon intention était d'aller visiter le monastère de Séven, qui donne son nom au lac au milieu duquel il est situé. Il fut distingué jadis dans l'église arménienne par le nombre et le savoir de ses vartabeds; mais actuellement ses cellules et sa bibliothèque sont vides. Tovin , cité florissante, pendant qu'elle était la résidence des rois Pagratides et des patriarches, était située dans le voisinage du même lac. Elle ne saurait dédommager de ses peines le voyageur qui voudrait l'explorer , puisque ses ruines même ont péri.

Je pris donc la direction du sud; et pendant toute la journée je cheminai à travers la plaine d'Ararat. A la distance de quatre lieues , je traversai l'Araxe, alors fort paisible dans son cours. L'eau de ce fleuve, que les poètes peignent comme toujours indigné, mouillait à peine les sangles de mon cheval. Les campagnes, fertiles surtout en riz et en coton, sont parsemées de villages populeux ; néanmoins l'industrie peut encore gagner beaucoup de terrain sur les nombreux marécages qui entrecoupent le sol.

A trois lieues de l'Araxe, je trouvais le village de Mëlaïk, colonisé par des Persans; et à un agatch au delà, j'atteignais Ikdir, où le gouvernement russe a établi de ce côté sa quarantaine. Le village touche le pied septentrional du mont Ararat. Là, après avoir attendu deux jours que le pacha de Bayazid informé de ma venue dépêchât l'escorte nécessaire pour entrer sur le territoire musulman, dont les limites, distantes de trois lieues, sont déterminées par une colonne, que les Russes ont élevée dans la dernière campagne, je vis arriver quelques Curdes. Celait

eux qui devaient me défendre contre les attaques des autres Curdes, qui infestent toujours ces montagnes. En effet, le lendemain de notre passage, que la Providence protégea, une troupe de marchands fut pillée et maltraitée dans le même lieu. J'appris que ce brigandage avait été commis par les gens d'un certain Soleïman-Aga, chef curde que le pacha d'Erzeroum vient de relâcher fort mal à propos de ses prisons. Il a déjà réuni autour de sa personne mille cavaliers; et il est l'épouvante du pays. Sa grand'mère, âgée de quatre-vingts ans, dirige ordinairement la troupe, montée sur le cheval le plus fougueux; et chaque matin elle exerce ses petits-fils à frapper, en galopant, l'ennemi à la gorge ou à la poitrine.

Le 22 septembre, après avoir traversé la plaine méridionale, que domine la tête chenue et arrondie de l'Ararat, je montai à Bayazid, suspendue comme le nid de l'autour au milieu de ses rochers rougeâtres. Bélul-Pacha me reçut avec toutes sortes d'honneurs dans son palais, qui surpasse en magnificence les demeures des autres gouverneurs de province. De la fenêtre de son salon, doré et peint en arabesques , je découvrais la forteresse et l'emplacement du puits où languit dans une dure captivité l'un des honorables membres de votre Académie , que je m'estime heureux d'avoir eu plusieurs années pour maître. Le nom de Der Petros n'est point encore oublié ; et ce n'est pas sans une émotion profonde que j'ai vu ses geôliers, et que je les ai ouï raconter l'histoire de leur captif. Certes, aujourd'hui les temps sont bien changés ; le voyageur n'a plus à redouter une violation semblable de tout droit et de toute justice.

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