CHEF DE LA MISSION FRANÇAISE A GALATA
Perse. Tauriz, ce 6 novembre 1838.
Cher et respectable ami ,
J'arrive aujourd'hui à Tauris , après avoir traversé le pays des Curdes , compris entre le lac de Van et celui d'Ourmiah. Ce voyage a été aussi pénible que dangereux. Je dis dangereux , parce que toutes ces tribus sont soulevées, et se font entre elles ou contre les Turcs une guerre perpétuelle. Ainsi, quatre jours avant notre passage, il s'était livré un combat, où une quarantaine d'hommes avaient péri. Le pacha de Van n'a pas osé nous donner une escorte ; c'est la Providence seule qui nous a accompagnés. Certes, cette protection vaut bien celle des hommes, n'est-ce pas? De Van donc nous avons été à Salmas , où l'évêque catholique , Monseigneur Nicolao , nous a reçus avec une extrême bonté. Nous nous sommes empressés de visiter le bord occidental du lac, où il se trouve un grand nombre de Chaldéens. Les catholiques ont augmenté beaucoup, ces dernières années ; et des villages entiers, lorsque nous passions, nous conjuraient de rester, en disant qu'ils voulaient devenir nos frères ; et cela, malgré la mission protestante établie à Ourmiah depuis quatre ans, avec un luxe peu évangélique. Elle se borne à acheter les consciences à prix d'or. La population, surchargée d'impôts,
est extrêmement misérable ; et, pour opérer du bien, il faut des ressources. Je ne doute pas que votre sainte société ne vienne établir de ces côtés une mission. Elle est plus que nécessaire , c'est-à-dire urgente ; deux ou trois ouvriers feront une ample récolte. M. Scafi compte rester l'hiver à Tauris pour mieux étudier le pays et se concerter avec vous sur les moyens à prendre.
Quant à moi , j'avais dessein d'aller à Mossoul ; mais plusieurs motifs me font préférer Tauris. Le premier est ma santé : j'ai besoin de repos; ces derniers jours j'étais très-fatigué. Depuis six mois et trois jours , sans cesse à cheval, courir à droite et à gauche, coucher toujours sur la dure, quelquefois à la belle étoile et dans des endroits humides, manquer souvent de pain, voilà les voyages d'Asie. Je remercie Dieu de m'avoir donné la force d'accomplir cette première campagne. Je suis comme un na vire qui rentre au port, pour se radouber après un voyage de long cours* Les autres motifs , ce sont la société de VI. Scafi, la facilité d'étudier le chaldéen, le curde et le persan, et enfin, le comfortable un peu européen que les Anglais ont introduit dans cette cité.
J'ai trouvé pour me loger une petite maison neuve et propre, comme je n'en ai pas vu à Bey-Oglou ou à Galata. Je m'occupe de la pourvoir des objets les plus nécessaires.
Je vous ai écrit de Van une petite lettre, pour vous avertir que j'avais reçu le billet que vous m'écriviez le 21 mai. Voilà toutes les lettres et toutes les nouvelles que j'ai reçues. M. Scafi a trouvé ici la lettre de M. Bonieu, du 5 octobre. Elle nous convainc que toutes les autres lettres ont été détournées : je ne dis pas perdues, la chose est imposable. C'est à vous de découvrir les conspirateurs ; en vérité
je ne comprends pas l'utilité de leur conspiration. Je suis tout à fait sans nouvelles de la France, depuis mon dépari de Constantinople. J'espère que ce malheur sera réparé. J'ai appris ici qu'il se trouvait à Erzeroum des lettres à mon adresse ; je m'occupe de les faire venir, ce qui demande encore un mois. Toutefois, devant rester ici plusieurs mois, j'aurai le temps de les attendre, ainsi que celles que vous m'enverrez encore.
Je ne vous donne pas de nouvelles aujourd'hui sur mes découvertes et mes observations , n'ayant pas le temps d'achever mon cinquième rapport à l'Académie. Il sera prêt au départ du premier courrier.
J'ai envoyé le troisième et le quatrième rapport par la voie de notre consul à ïiflis. Ne recevant aucune nouvelle de vous, j'avais raison de craindre que les deux premiers ne fussent perdus. J'aurai des choses intéressantes à dire , sous le rapport scientifique. En outre, j'espère exciter l'attention des catholiques de France par d'autres lettres que je prépare , sur l'état religieux de l'Arménie et des Chaldéens. Je compte m'occuper de cette rédaction pendant les loisirs de mon séjour à Tauris.
Pour vous faire passer mes lettres, je prendrai la voie de l'ambassade anglaise , qui me semble la plus sûre, et je vous conseille d'user du même moyen.
Mon cher Monsieur, je vous prie de vouloir bien envoyer cette lettre à mon ami Eugène, à qui je n'ai pas le temps d'écrire en ce moment , à cause du courrier , qui n'attend pas. Je lui dirai combien je désire recevoir de ses nouvelles ainsi que de mes parents et amis. L'état de mes finances est satisfaisant ; je puis très-bien rester cinq mois sans recevoir de nouveaux fonds. Ainsi , jusqu'au
mois de mars il aura le temps de m'en faire passer. Je désire qu'il demande pour moi à l'Académie un exemplaire de l'ouvrage de M. Schultz , publié par M. Mohl. J'ai quelques droits à ce cadeau ; et nul autre livre n'est plus propre à m'intéresser actuellement. Vous me l'adresseriez avec une Grammaire chaldéenne, en allemand, que j'ai laissée chez vous, à moins que vous ne l'ayez déjà fait passer à Alep , comme je vous le disais dans une autre lettre précédente. Eugène peut annoncer d'avance à MM. les membres de l'Académie que j'ai copié toutes les inscriptions babyloniennes qu'avait copiées Schultz, et qui ne leur sont peut-être pas parvenues. En outre , je crois en avoir découvert de nouvelles. J'ai été occupée Van dix jours par ce travail. Je serais bien aise de recevoir aussi de Y Université catholique les articles que j'ai publiés, s'ils ont paru, les dernières publications les plus intéressantes , et toutes les autres petites choses que ce cher ami jugera mètre de quelque utilité.
Assurez de mon profond attachement tous vos dignes confrères, en commençant par M. Bricet. Que devient le cher Cor? Mille choses à MM. Robert, Calosso, à mes Arméniens, etc., etc.; et vous, vertueux ami, demeurez convaincu que je n'oublierai jamais votre tendre charité. Puisse le projet que nous formions se réaliser ! Venez en Chaldée, après avoir prêché vos conférences du carême, et nous ferons ici de belles et saintes choses.
P. S. Il est inutile d'ajouter que M. Scafi me fait l'interprète de tous ses sentiments.
A EUGENE
Tauris , ce 2G novembre 1838.
Mon Eugène , ouvre le premier volume , ou le second (si l'édition est in-8°) des Voyages du sieur Chardin de Paris à Ispahan , et tu y verras la description de la ville que j'habite. Les lieux ont un peu changé depuis l'époque où il écrivait; mais néanmoins, son tableau est fidèle, et on en reconnaît tous les traits. Aujourd'hui Tauris a l'avantage d'être plus civilisée , grâce au bon nombre d'Européens qui y font leur résidence. J'avais véritablement grand besoin d'une pareille ville pour me remettre de mes fatigues. Déjà, après trois semaines de séjour, j'en sens la bénigne influence. L'air y est extrêmement sain ; et de toute la Perse les malades y viennent pour se guérir. Le froid ne commencera que dans trois semaines; jusqu'à présent, la température est délicieuse. Le soleil est éclatant et chaud et les pluies d'automne sont très-rares. Chaque jour je sors après mon déjeuner pour faire une promenade, pendant laquelle je rédige solitairement mes notes. Si je te faisais la peinture de mon habitation , tu en serais enchanté. La maison a été construite par un ingénieur français, actuellement au service du schah à Téhéran. Elle est petite, mais fort convenable, surtout lorsqu'on a passé par l'Arménie. Non, mon cher ami , il n'est pas de palefrenier qui n'ait chez nous un gîte meilleur, et surtout plus propre que les places d'honneur qu'on me donnait dans ce
pays. La science seule et l'amour du prochain ont pu me faire oublier les désagréments de tout genre que j'y ai rencontrés pour la vie matérielle. Eh bien donc ! ma petite maison blanche a la façade convenablement tournée au couchant ; elle a au rez-de-chaussée une grande chambre, occupée par M. Scafi , et qui sert le matin de chapelle à tous les catholiques de Tauris, fort peu nombreux. L'escalier qui l'avoisine mène à un étage supérieur, où l'on trouve d'abord ma chambre à coucher, chaudement revêtue d'une double enveloppe de beaux tapis de Perse , qui ont une finesse de couleur et un velouté très-rares chez nous. Là, mes caisses de voyage, qui étaient, comme je te l'ai dit, suivant la circonstance, notre siège, notre pupitre à écrire, notre table à manger , l'autel pour les saints mystères , et la nuit mon lit de camp , figurent encore honorablement. Mon sac de crin a été rempli dune chaude laine; et la paire de draps que j'avais apportée m'a permis de me coucher proprement, pour la première fois, depuis six mois et trois jours. Le jour, il est recouvert d'une indienne persane, et il fait admirablement canapé. La même indienne sert à me faire des rideaux et un tapis de table élégant, qui supporte une partie de mes notes et de mes papiers. Un fauteuil et trois chaises , prêtés par un obligeant Allemand , mon boulanger, complètent l'ameublement. Mes armes reposent dans un placard avec mes selles et mes autres équipements de voyage. Cette chambre communique par une porte vitrée à un petit cabinet, ayant une cheminée demi-parisienne, et éclairé favorablement par une large fenêtre vi- . trée. Tu comprendras cet avantage de ma maison, d'avoir partout des fenêtres à l'européenne , quand tu sauras que j£ n'en ai pas vu dans toute l'Anatolie. Dans ce cabinet ,
môme tapis de Perse, avec un petit sopha prêté par mon obligeant boulanger ; mes livres sont à droite et à gauche du manteau de la cheminée , qui me sert de pupitre à la Tronchin. Voilà d'où je t'écris, cher ami ; et pour achever, je te dirai que, sous les fenêtres de ma chambre à coucher, j'ai un balcon , et que mon cabinet d'étude communique par un petit escalier à la terrasse , formée par le toit de la maison. Là, je puis jouir du soleil tout à mon aise. Dans ma cour est un autre petit réduit, blanchi et propre comme tout le reste : c'est notre salle à manger; au-dessous est la cuisine, avec toutes ses servitudes. Enfin, dans le coin de la cour est la niche de mon pauvre Galata , qui m'a suivi depuis Constantinople, partageant toutes mes bonnes et mes mauvaises fortunes. Maintenant voici le prix du loyer de mon palais. La maison entière, par mois, cent piastres (vingt-cinq fr.) ; location de tapis, chaises, table, sopha du boulanger, trente-cinq piastres (je mets dix fr.) ; total , trente-cinq fr. Me voilà donc à ce prix logé comme un roi. Ajoute à cela qu'ici toutes les provisions se trouvent en abondance et à très-bon marché. Par exemple , la livre de viande, (et quelle viande que celle de ces gros moutons qui ne peuvent pas même traîner leur queue ! ) vinglcinq centimes. Je ne pouvais mieux choisir, n'est-ce pas, le lieu de mon quartier d'hiver. C'est donc là que je passerai les jours de neige, qui durent, dit-on, l'espace de trois mois. Toutefois, avec la grâce du ciel, je compte partir au commencement de mars ; car ici il n'y a pas de printemps, et les chaleurs viennent tout d'un coup. Je serais donc obligé de les essuyer dans la Mésopotamie , où elles sont très-grandes.
Une autre fois, je te parlerai de notre société franque. II. 5
Je t'envoie aujourd'hui un rapport pour l'Académie. Par la prochaine occasion, tu recevras probablement encore quelque chose de ce genre.
Je n'ai reçu aucune de tes lettres depuis bien longtemps ; et je ne sais rien de l'état de mes finances. Je te dirai , à ton grand étonnement peut-être, qu'il me reste encore près de quatre mille fr. en caisse, bien que j'aie voyagé en pacha. Je n'y comprends rien ; la Providence semble avoir multiplié mes ressources.
Je te demandais l'ouvrage de Schultz dans une dernière lettre. Tâche encore d'obtenir pour moi de l'Académie un exemplaire de l'ouvrage de ce bon M. de Sacy sur les Druses. Tu l'adresserais à Beyrout au consul de France; je le trouverais là à mon arrivée en Syrie. Il me sera presque indispensable.
Adieu, je t'embrasse et te remercie affectueusement de toutes les peines que tu te donnes pour moi. Crois à ma tendre amitié.
P. S. Ne m'oublie pas auprès de mes bons amis , et surtout de ton voisin , M. de Slane. Je parle maintenant le persan; dans quelques mois viendra le tour de l'arabe.
A EUGENE ***
Tauris, le 8 décembre 1838.
Mon cher Eugène , j'espérais pouvoir écrire aujourd'hui à Léon, ainsi qu'à toi, une assez longue lettre; mais le courrier qui vient de Téhéran , sans qu'on sache précisé-
ment l'heure et le moment , nous surprend cette fois. Le Mémoire assez long sur les Arméniens a pris tous mes loisirs; et je tenais beaucoup à vous l'envoyer par cette occasion. Tu verras que je l'adresse à l'Association pour la propagation de la foi. Je te charge de le présenter toimême au conseil avec mes hommages et respects. L'intention qui l'a dicté est bonne ; je ne sais s'il sera jugé favorablement , et surtout s'il atteindra le but que je me propose. Je pense qu'il pourra être inséré dans les annales ; toutefois , comme il renferme des détails qui pourront peut-être intéresser les lecteurs aux yeux de qui ont été soumis mes autres lettres , tu pourras en tirer une copie et le faire publier dans l'Université catholique, si mes lettres ont été insérées dans ce recueil. Lis-le toujours d'avance et vois ce qu'il convient de faire.
Mon séjour à Tauris me plaît chaque jour davantage. J'y trouve le repos, chose inappréciable, après six mois de souffrances et de fatigues de tout genre. Il m'était si nécessaire, qu'étant arrivé ici souffrant et à demi malade, je me suis vu aussitôt rétabli comme par enchantement. Deux choses ont contribué à cette prompte guérison , la salubrité de l'air et ma vie réglée, que j'avais abandonnée pendant mes excursions. Tranquille dans ma petite maisonnette avec le bon M. Scafi , nous passons tout notre temps à l'étude , tâchant en même temps de bien sanctifier la journée. J'ai mes maîtres d'écriture, de langue persane, de turc et d'arménien. De plus , j'ai des domestiques arabes et chaldéens, qui me parlent leur jargon, de sorte que ma chambre ne ressemble pas mal à la tour de Babel. Je ne suis pourtant pas mort à la société. Elle se compose ici de deux ou trois maisons anglaises de garçons , parmi
lesquelles je range en première ligne celle du consul , jeune homme aimable et bien élevé. Je les vois de temps a autre, durant mes instants de récréation ; et ils me prêtent le Galignanïs Messenger, qui m'apprend des nouvelles vieilles de trois mois. N'importe, elles m'intéressent toujours vivement; et jamais je n'ai senti en France comme ici tout ce qu'il y a de plaisir à savourer lentement sa gazette.
Les Russes sont aussi à Tauris; et, depuis huit ans, c'est-à-dire depuis la dernière guerre d'Arménie, ils ont acquis dans le gouvernement persan et sur l'esprit du peuple une influence plus grande que celle des Anglais. Le schah sent fort bien que ses voisins du nord sont plus redoutables que le pouvoir britannique, dont les possessions indiennes sont fort éloignées. La politique russe est d'exciter le mécontentement déjà général contre l'Angleterre , et de faire chasser ces hôtes incommodes, dont les marchandises, vendues dans les bazars à beaucoup meilleur marché que les produits russes , ruinent leur commerce. Les affaires prennent ici une tournure qui peut influer directement sur la politique européenne. Tu sais sans doute que le roi de Perse a assiégé fort longtemps dans le Rhorassan la ville de Hérat, sans pouvoir la prendre. Les Anglais protégeaient le rebelle; ils avaient même amené des troupes au fond du Golfe Persique, menaçant de marcher sur lspahan, si on ne levait le siège. Les Russes, de leur côté, tenaient beaucoup à ce que la Perse enlevât cette place , défendue et occupée par un ami des Anglais ; et quand ils ont vu le roi céder à l'ambassadeur de la Grande-Bretagne et se retirer, ils ont été fort mécontents. Ils ont alors offert le secours de leurs troupes, et conseillé
au roi de recommencer le siège ; et il est assez disposé à les écouter, car il a l'âme profondément mortifiée de l'échec qu'il a essuyé. L'ambassadeur russe , diplomate adroit , a profité de l'occasion pour prendre un nouvel ascendant sur l'esprit du roi , et il a réussi. Au contraire, l'ambassadeur anglais est comme fugitif, près de Kasbin , ne voulant pas retourner à Téhéran , avant qu'on lui accorde certaines satisfactions au sujet d'un de ses courriers qui a été maltraité. Si le roi s'y refuse, il repassera la frontière turque. Ainsi, chaque jour, on est dans l'attente de quelque événement grave; parce que les troupes anglaises occupant Aboushire peuvent agir aussitôt. Tu conçois d'après cela, cher ami, qu'il y a plus que de la froideur entre les Anglais et les Russes , qui ont déjà vieille rancune. Moi j'arrive, comme puissance neutre, au milieu de toutes ces querelles, qui ne nous regardent pas ; et je suis bien accueilli par les uns et par les autres. Je suis juge et spectateur, sans me préoccuper d'aucune idée politique. Mon premier soin , à moi, est d'apprendre ; et j'ai une besogne qui peut hardiment remplir tous les instants de la journée. J'oubliais encore de te dire, comme une de nos nouvelles , que le gouvernement russe a envoyé un nouvel ambassadeur à Téhéran et un consul nouveau à Tauris. Par hasard je rencontrai, l'année dernière , ce nouvel ambassadeur sur le bateau à vapeur qui me conduisait à Constantinople. Il venait d'Alexandrie , où il avait longtemps rempli les fonctions de consul.
Cette lettre arrivera sans doute après le premier de l'an; et je ne veux pas rester en retard avec un ami qui venait, chaque année , m'apporter les premiers souhaits. Reçois donc les miens du fond de la Perse, cher Eugène. Ils sont
bien sincères , et , plus que tout autre , tu mérites d être heureux. Que cette année passe encore , et j'espère que nous nous reverrons pour ne plus nous séparer. Nous vivrons plus unis, s'il est possible, travaillant chacun dans notre sphère pour Dieu et pour les hommes. Je forge de beaux rêves, je ne sais s'ils se réaliseront; mais comme ils ne sont pas enfantés par un esprit ambitieux ou avide de gloire mondaine , il me sera peut-être donné de les mettre à exécution. Il est bien singulier que je n'aie jamais mieux compris mes devoirs en ce monde, qu'en le quittant pour m'enfoncer dans la solitude orientale. D'un autre côté , je comprends que la conscience doit recevoir plus de lumières d'en haut dans la retraite et 1 eloignement des distractions frivoles, qui, dans le monde, où ces mêmes distractions vous attirent, vous rendent comme un enfant gâté. Adieu , je te charge d'annoncer à Léon et à sa famille quels vœux ardents je forme pour leur bonheur pendant l'année où nous entrons. Je pense qu'il s'acquittera de la commission près du reste de notre famille. L'hiver est déjà venu ici , où je ne croyais trouver qu'un ciel de rose. La neige couvre la terre , et le froid est tout à fait persan; mais le ciel est pur, un beau soleil reluit, et mes promenades ne sont pas interrompues. Le temps passe vite à l'étude ; le printemps viendra encore trop promptement. Adieu , ne m'oublie pas auprès de nos communs amis. Tout à toi.