‹ Correspondance et œuvresChapitre 20 sur 47 · MON CRUCIFIX · texte numérisé non relu

MON CRUCIFIX

mante ses courses, ses dang-ers, son chagrin d'être trop jeune pour émigrer et aller servir le Roi, ses regrets d'avoir abandonné son frère et sa sœur plus jeunes que lui. Il n'a plus queux au monde, et c'est pour eux: seuls qu'il regretterait la vie.

<( Vous n'avez donc pas de mère? Oh! que je vous plains ! » dit une voix si douce que le beau proscrit resta comme interdit.

Mais la jeune fille, craignant d'avoir rouvert une plaie encore saignante, s'embarrassa et rougit ; ses grands yeux noirs se baissèrent, une larme mouilla ses longues paupières ; elle pensait aux infortunes du proscrit, et remerciait Dieu, dans son cœur, de ne pas l'avoir faite si malheureuse.

Mais la mère, interrompant le siletice :

— Enfants, dit-elle, c est l'heure de la prière. Ursule, prends cette clef, va chercher notre crucifix ; la neige tombe trop abondante pour que les méchants nous surprennent, et il y a bien des jours que nous n'avons osé prier devant lui. Va, mon enfant ! ce sera bien célébrer l'arrivée de notre hôte que de le mettre sous ses yeux, car sa vue rafraîchit le cœur.

Et. plus légère que la feuille que le vent emporte, da jeune fille disparut et revint bientôt après, portant cette croix précieuse qu'elle baisait avec amour.

Sa voix fut choisie comme la plus pure pour prier au nom de tous. Le souvenir du Roi et de ceux qui souffraient pour lui revint souvent dans sa prière ; il y avait alors dans son regard, dans son air, dans toute sa personne, comme un reflet du ciel. Et le jeune homme, toujours frappé comme par enchantement de tant de gràee

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et de tant de candeur, jura tout bas, par sa noble épée déposée aux pieds du crucifix. f[u'il n'aurait jamais d'autre épouse qu elle. Mais il faut atttendre des jours meilleurs, car aujourd hui. traqué comme une bête fauve, le pauvre proscrit n'a rien pour reposer sa tète. Jamais il n"a tant regretté son antique castel. et sa belle prairie, et ses bois sombres et son frais ruisseau.

Tout à coup, les aboiements d'un chien et les cris répétés d'un paysan courant à toutes jambes annoncent l'arrivée des l)rigands. A ite. vite, jeune proscrit, reprenez vos armes, échappez-vous par la fenêtre basse, du côté du Nord, et jetez-vous dans la forêt : jeune tille, cachez ce crucifix, et que les portes s'ouvrent 1

Les voilà, ces cannibales, fouillant partout, jurant et blasphémant ce qu'il y a de plus saint. Ne dirait-on pas des bêtes féroces poursuivant une proie I x\près avoir cherché jusque dans les bureaux et les coffres les mieux fermés, ils passent une partie de la nuit à boire, et l'autre dans l'ivresse. Puis, au matin, furieux d'avoir manqué leur victime, ils partent pour de nouvelles expéditions.

Mais le proscrit? Ah, ne craignez rien, nobles dames ; vos bénédictions l'accompagnent, son bon ange veille sur lui, il échappera à toutes les poursuites et reviendra souvent vous demander l'hospitalité, car il oubliera auprès de vous ses fatigues et ses dangers.

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