‹ Correspondance et œuvresChapitre 19 sur 47 · MOX CRUCIFIX · texte numérisé non relu

MOX CRUCIFIX

comme le palais des rois, avait été battu par la tempête. Le vieux prêtre avait disparu, les tours étaient abattues, la châtelaine jetée dans un cachot avec ses enfants, la chapelle détruite. Le joli lierre périt aussi avec les murs croulants; mais, oh .'chrétiens, quelles leçons ! au milieu de cet effondrement général, le crucifix fut sauvé, et, avec lui. consolation et espérance.

m. — Le proscrit.

Cependant, des jours bien long-s s'écoulèrent, et le nuage commençant à s éclaircir, la prison de la pauvre mère fut ouverte : elle put s'acheminer de nouveau vers sa montagne et s'installer parmi ses ruines. Les deux enfants ne l'accompagnaient plus, mais une jeune fille, presque aussi belle que son ange gardien, lui prodiguait ses soins et ses tendres.ses.

L'enfant avait grandi dans les jours mauvais comme un Ivs parmi des épines. Elle était à sa mère, ce qu'est au voyageur la goutte d'eau dans le désert brûlant, le rayon de soleil au milieu de l'orage.

Le Crucifix, la plus précieuse partie du bagage, fut déposé dans un lieu secret ; ce n'était qu'à la dérobée qu'on allait à ses pieds épancher son àme. Mais lorsque, de la forêt voisine, arrivait un homme au noble regard, épuisé de fatigue et de faim car il avait marché bien longtemps à travers des dangers pour porter une bénédiction et montrer le ciel à un pauvre montagnard qui se mourait) oh ! alors, le crucifix paraissait sur une petite table recouverte d'un ling'e blanc, ornée des fleurs de la

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montagne et de quelques cierges bénits ; les maîtres, les domestiques, les paysans des alentours s'assemblaient en silence et se prosternaient en pleurant de joie. Quelquesuns d'entreux faisaient sentinelle sur les lieux les plus élevés, tandis que le mystérieux étranger revêtait une Tobe blanche, et, dans un profond recueillement, faisait descendre Dieu lui-même au milieu de cette troupe fervente qui ne craignait pas de venir braver la mort pour ïadorer un moment. Après l'accomplissement de son saint Miinistère, le digne prêtre reprenait son chemin avec une force nouvelle, car la nourriture céleste et le breuvage divin, auxquels il venait de goûter, avaient relevé son courage ; et, se jetant dans un ravin pour n'être pas aperçu, il allait consoler d'autres douleurs et cédait sa place à d'autres fugitifs.

Un soir, le \ent souillait avec violence, la neige tombait à gros flocons, la nuit était obscure. Un grand coup Betentit à la porte ; la jeune fille eut peur.

— Ouvrez, c'est un ami, dit la mère, car le chien n'aboie pas.

En effet, un noble et beau proscrit parut sur le seuil. Ah ! par pitié ! donnez-lui l'hospitalité ! il meurt de froid et de lassitude.

— Qui que vous soyez, dit la mère, si vous aimez Dieu et le Roi, entrez. Ici, votre cœur trouvera un écho, et Totre corps fatigué, du repos et de la nourriture.

— Vive le Roi ! s'écria le proscrit.

— Vive le Roi ! répondirent des voix émues.

Oh ! que de sentiments, que de sympathies réveillait alors ce cri magique ! Aussi, voilà déjà 1 étranger établi auprès du grand feu, racontant avec une naïveté char-

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