VI. — Ma mère
Quelques années après, la santé de ma mère s'altéra sensiblement.
0 mon crucifix ! Quelle page me reste-t-il à écrire ? A présent, je ne sais plus de paroles, mes larmes coulent, et voilà tout. Oh ! dites-moi ce quelle vous confiait, lorsque, au pied de son lit, vous veilliez avec elle et ■charmiez ses longues insomnies ! Racontez-moi son courage, sa résignation, son amour et sa sollicitude pour ses pauvres enfants I Combien de fois ne m'a-t-elle pas remise entre vos mains et placée sous votre garde ! Dites-moi son dernier regard, sa dernière pensée, son •dernier soupir ; car on m'arracha de son chevet, je ne l'ai pas vue mourir, je n'ai pas reçu sa dernière bénédiction. Mais elle vous a chargé, sans doute, de me la trans-
(1) M^^ de Gaïx, née d'Espine, mourut en 1830.
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mettre, elle a^ous a légué à moi comme la plus riche portion de son héritage.
Oui, vous êtes tout mon bien, ma consolation, mon trésor et ma vie ! Cachez-inoi dans vos plaies ! C'est là seulement où je trouve à reposer ma tête. Le monde, je n'en veux pas ; et les saints asiles, où je voudrais m'ensevelir, me trouvent trop lâche ou trop faible, et ne veulent pas de moi. On m'a dit de rester sur la terre, comme le jalon planté au milieu du ch'emin pour indiquer la route au voyageur, et je ne connais pas même la mienne !
Ainsi donc, me voilà exposée à tous les vents, ballottée par tous les orages, prête à tomber à chaque instant, si je ne m'appuie sur vous, ô mon crucifix î Enseignez-moi la tombe de ma mère : non seulement on ne l'a pas distinguée des autres, mais on l'a même nivelée, effacée de la terre, pour mieux la dérober à mes regards. Mais, j'en suis sûre, elle est auprès de celle de ma sœur ; l'émotion que j'éprouve lorsque j'y pose mes genoux me dit que cette terre ne m'est pas étrangère.
0 ma mère ! pourquoi m'avez-vous laissée ici sans vous ! Appelez-moi bientôt au ciel, afin que je voie Dieu et que je sois sûre de ne jamais le perdre. En attendant, j'aime et j'embrasse votre crucifix ; il est là, sur ma table, il compte tous mes pas, il sait tous mes secrets, il est témoin de toutes mes actions. Sa forme est usée, son métal terni parles larmes, mais les perles et les diamants ont moins d'éclat à mes yeux.
Puisse-t-il être toujours ma sauvegarde et recevoir aussi mon dernier soupir 1