LA VOCATION DE SCEUR MARIE
Aussi, comme la messe de minuit dans cette petite chapelle si calme et si tranquille a vivement ému mon cœur ! comme autrefois à Bethléem, l'enfant Jésus n'était entouré que de pauvres, de faibles, de cœurs simples et naïfs ; il j avait tant de paix dans ce lieu que je me crus transportée aux célestes parvis. Placée près de mon amie, il m'arrivait comme un rejaillissement des délices ineffables dont, sans doute, elle était enivrée. 11 me semblait entendre une voix céleste de l'autel qui disait : « Viens,, que je te caresse, toi qui t'es faite petite pour me ressembler ! pour ton amour je me suis arraché du sein de mon père et tu as abandonné le tien.! j'ai quitté le ciel,, toi la maison paternelle ! je me suis revêtu de langes, et toi, d'un vêtement grossier. Des bergers ont formé ma cour et tu ne vis qu'avec des pauvres : le froid a glacé mes membres et tu t'es refusée toutes les douceurs ! aussi le monde m'a repoussé et voilà qu'il te repousse ; à peine suis-je né que je suis en butte à la haine des méchants,, à rindiiférence des prêtres ; rien de tout cela ne te manque, viens donc entourer mon berceau. Place-toi près de ma mère, réchaufîe-moi contre ton CŒ'ur avec courage.
A la communion. Sœur Marie se leva entourée de pauvres petites filles qu'elle fut présenter à celui qui venait de naître comme si elle eut dit : « Jésus, soyez leur frère, laissez-les grandir près de vous !... et ce Dieu si bon et si tendre se livra tout entier à ces jeunes enfants qui avaient à lui offrir plus d'un trait de ressemblance. — Oh 1 qu'elles furent douces les larmes qui coulèrent, alors que les joies de la terre sont tristes et pâles auprès de tels ravissements ! Non, jamais cette fête ne s'effacera de ma mémoire.
"288 CORALY DE GAIX
J'ai déjà vu passer bien des nuits de Noël, j'en ai vues dans nos Cathédrales avec leur mille, cierges, leurs ■chapes éblouissantes et leurs chants majestueux. J'en ai vues aussi dans nos églises de village, où, certes, elles ine sont pas sans charmes. Mais aucune ne ma émue comme celle qui vient de finir !
Cependant, je serais ingrate si j'oubliais les douces émotions que cette fête réveille à la campagne, au milieu de nos pauvres bergers ; c'est leur fête à eux ; aussi rien n'est joli comme le son de la cloche argentine de notre pauvre petite église (1) se mêlant aux concerts lointains des grosses cloches de la cité voisine. On dirait la voix d'un petit ange séparé un moment de ses frères pour venir annoncer aux bergers de notre vallon la naissance du pauvre Jésus. Aussi les voilà tous, avec leur chapelet, leurs gros sabots et leur sarrot de laine. Ils chantent un ■ vieux Noël qu'ils ont appris de leur mère et qui n'est pas dépourvu de grâce. Quelquefois le plus lettré du village mêle à ces vieux refrains quelques couplets de sa façon ; les derniers que j'ai entendus finissaient par ces mots :
^'enez mou petit Jésus !
Venez daus ma chaudirelte J'ai un beau petit Ht blanc, Je vous y mettrai dedans.
( ) ! mon maître !
Oh! sans doute le bon Jésus qui ne regarde que l'inntion est descendu avec chambrette du pauvre poète.
tention est descendu avec toutes ses grâces dans la
(1) Eglise de Saiut-Julien de Gaïx, dans la banlieue de Castres.
LA VOCATION DE SCffiUR MARIE
Au reste, tout ce que l'on voit, tout ce que l'on entend est en harmonie avec cett<' poésie grossière. Les voix rauques et criardes ; les petits cierg-es clairsemés ; le bruit des lourdes chaussures ; l'autel qui se ressent de la pauvreté de ceux qui l'entourent ; tout fait penser à cette étable où Jésus voulut naître. Mais le ciel s'est chargé de parer la terre pour cette jolie fête. Une neige éblouissante la recouvre en entier, comme on jette des tentures magnifiques sur le passage d'un souverain. Des perles de cristal pendent en feston à toutes les branches ; cent mille étoiles brillent au firmament ; pas un ])rin d'herbe qui n'ait sa parure et l'homme fait alors un triste retour sur son cœur plus pauvre et plus froid que la ci"èche, et dans lequel il va loger son Dieu ! oh ! que cette neige si blanche qui a etïacé toutes les souillures de la terre m'a souvent fait envie ! et moi aussi un jour je fus blanche et pure aux yeux de Dieu ; parée de tous les dons du ciel, mon àme était pour les Anges im magnifique spectacle. Mais comme le pied de l'homme qui laisse sa trace sur la neige et la souille en passant, ainsi le monde a fait un pas dans mon âme et toute sa blancheur a été effacée.
Hélas 1 divin enfant ! voilà pourquoi vos yeux versent des larmes, et c'est moi qui les fais couler ! Ah ! qu'elles tombent dans mon àme ! qu'elles la lavent ! qu'elles la purifient ! et lui rendent sa beauté première. Alors, ô mon Sauveur ! je m'approcherai de votre crèche ; j'irai m'asseoir à votre festin ; je vous recevrai dans mon cœur ; je trouverai ma force dans votre faiblesse ; ma richesse dans votre pauvreté : ma gloire dans votre abaissement ; ma consolation dans vos larmes.
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0 Marie, gardez-moi toujours près de vous! Laissezmoi contempler Jésus entre vos bras ! Laissez-moi prendre part à ses douces caresses : et obtenez-moi la grâce d'imiter une vie commencée dans une crèche et ter-
jnmee sur une croix