‹ Correspondance et œuvresChapitre 30 sur 47 · LA VOCATION DE SŒLR MARIE · texte numérisé non relu

LA VOCATION DE SŒLR MARIE

-Quel est celui dentre nous que cette jolie fête trouve sans émotion.

Oh ! celui-là est bien à plaindre qui ne revient pas avec transport aux beaux jours de sa douce enfance, alors qu'autour du brillant foyer, assis sur les genoux de sa mère, il écoutait sans oser respirer la touchante histoire de lenfant Jésus : et tandis que les vents sifflaient dans les vieux créneaux, fjue la neige s'amoncelait dans langle de la fenêtre, il se serrait dans le sein maternel, s'attendrissait sur le pauvre enfant qui n'eut point de berceau et demandait avec instance qu'on le menât à cette messe de minuit pour laquelle on faisait de si beaux préparatifs.

Tous les candélabres du château et les chandeliers d argent, supportant de grands cierges, allaient parer ce jour-là l'autel de la paroisse. Les serviteurs, après avoir roulé dans le large foyer une souche séculaire, se revêtaient de leurs plus beaux habits, maîtres et domestiques s'agenouillaient pour faire, comme de coutume, la prière du soir. Mais l'enfant s'endormait, et sa mère, le baisant au front, le déposait doucement dans sa couche, puis pensait à cette autre mère, si sainte et si pure, qui n'eut qu'une crèche pour déposer son fils. Le sien rêvait déjà des bergers et des anges et l'on eut dit à son doux sourire que le divin enfant le caressait de ses petites mains 1 Oh I oui, Noël est une jolie fête 1

Lisez l'admirable évangile qui en raconte l'histoire. Quelle ravissante simplicité dans ces touchantes paroles qui renferment un si sublime mystère ! — Marie enfanta sontils... Elle l'enveloppa de langes et le coucha dans une crèche, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux

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dans l'hôtellerie... ; de qui donc parlez-vous, saint évangéliste? naviez-vous pas dit tout à l'heure que Marie était de la race de David ? tout le sang des Rois de Juda et des plus illustres prophètes ne coule-t-il pas dans les veines de cet enfant ? N'allez-vous pas bientôt nous répéter le cantique des anges qui célèbrent sa naissance ? et pourtant vous nous le représenterez dans une étable, comme si vous eussiez dit un palais : repoussé de tous, comme vous auriez raconté une entrée triomphale ; entouré de bergers comme si c'eût été une brillante cour I . . .

Orgueil de l'homme, viens te briser contre cette crèche ! viens mesurer à sa juste valeur les avantages d'une naissance illustre, accompagnée de richesse et d'honneurs l

Quelles leçons ! que de touchants souvenirs ! heureux qui a su les comprendre ces belles leçons, et mille fois heureux qui a su les pratiquer !

C'est cette nuit, au pied de l'autel du couvent de l'Immaculée-Conception, que ces pensées ont fait battre mon cœur. Il y a trois ans, à pareil jour, alors que la pieuse fondatrice de ce saint établissement était encore dans le monde, nous fûmes ensemble à la crèche du Sauveur. Oh ! Sans doute, le saint enfant qu'elle contemplait avec amour laissa tomber dans le cœur de mon amie une de ses divines larmes ; et voilà qu'un grand mépris de tout ce que le monde estime s'empara de son âme, elle n'eut plus d'autres désirs que de se faire humble et petite. Et, c'est de la crèche qu'elle est partie pour accomplir une œuvre admirée par les anges, incompréhensible aux hommes, et qui a fait pousser un cri de rasre à l'enfer.

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