‹ Correspondance et œuvresChapitre 35 sur 47 · III. — Description de la station d'Ussat · texte numérisé non relu

III. — Description de la station d'Ussat

Je dois maintenant te présenter mes nouveaux hôtes,, car nous voilà jetées dans un monde inconnu où l'on se presse et se succède avec une rapidité incroyable, comme les générations devant Dieu. C'est une chose assez drôle que la vie d'Ussat, mais laisse-moi d'abord te faire la

UNE SAISON A rSSAT 349

description de ce petit coin du monde qui ne ressemble en rien aux autres lieux.

Figure-toi deux hautes montagnes de rochers, oîi les corneilles et les isards ont établi leur domicile ; pas une herbe, pas une mousse ne couronnent leur sommet et n'embellissent leurs flancs arides. On aperçoit pourtant quelques arbustes rabougris et clairsemés qui ont poussé là comme une bonne pensée dans un cœur desséché par le remords.

Entre ces deux montagnes d'un aspect si désolé court l'Ariège aux frais rivages et aux gracieux contours. On dirait que le bon Dieu a voulu nous donner, dans ce magique contraste. 1 abrégé de ses leçons sublimes sur l'orgueil et l'humilité : plus la vallée s'abaisse, plus elle s'embellit et de fruits et de fleurs : plus les montagnes s'élèvent, et plus elles sont arides.

Notre joli pavillon, qui contient à peu près quarante baigneurs, est situé sur le bord de l'Ariège dont il n'est séparé que par un petit jardin, un ruisseau et ua pré : un joli sentier ombragé conduit à la chapelle où le bon Dieu daigne aussi se fixer tout le temps que dure la saison des bains. Souviens-toi, je te prie, de ce pré, de ce jardin, de cette tranquille chapelle et de ce beau petit ruisseau qui roule des flots si calmes et si limpides ; ils ont été le théâtre d'une humiliation dont le souvenir ne s'effacera pas de mon esprit et que je te dirai plus loin.

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