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VIII. — Effets salutaires de la présence du bon Père

Toutes les misères, toutes les angoisses, toutes les tristesses trouvaient en lui un trésor inépuisable de compassion et de piété ; il savait des paroles magiques pour endormir toutes les douleurs : " Oh 1 que je suis heureux ! nous disait-il de temps en temps ; je viens de rencontrer une âme à qui j'ai fait un peu de bien ! » L'àme était tout pour lui ; il ne s'informait guère si le corjDS qui la logeait était jeune ou vieux, beau ou diiTormo. Nous en riions quelquefois, mais lui ne savait voir autre chose dans ses frères que des images de Dieu rachetées par le sang de

JfésuS' Christ ; c'était l'apotre de l'amour, de la confiance et de la simplicité.

Mais quelle plume pourra raconter son dévouement à la Sainte Vierge ? On peut dire sans exagération qu'il l'aimait à la folie ; c'était la dame de ses pensées. Les ménestrels, les troubadours, les chevaliers errants n'étaient que glace auprès de lui ; il portait ses couleurs, s'entourait de ses devises, gravait son nom sur tout ce qui tombait sous sa msfin. Ce doux nom de Marie était sans cesse sur ses lèvres et amenait toujours des larmes dans ses yeux. Aussi, comme il était aimé de cette tendre Mère ! Oh! qui pourra nous dire les secrets ineffables de ces communications si intimes, dont, malgré lui, il paraissait quelquefois tout ému ! Que de grâces, dans ces moments précieux, n'a-t-il pas dérobées à cette Reine toute puissante pour de pauvres âmes assises à l'ombre de la mort et qui ont vu, tout à coup, paraître une grande lumière sans se douter à qui elles devaient tant de bonheur 1

Oh ! si j'osais, mon Elise! Quelle merveille de miséricorde opérée par sa médiation ne pourrais-je pas te raconter ! Qu'il en soit béni mille fois et qu'il ignore toujours que j'ai su pénétrer son secret !

Dès le jour de son arrivée, comme nous étions réunis, travaillant autour d'une petite table, il débuta par nous lire une relation admirable d'un apôtre de ses amis qui évangélise la Chine en l'arrosant de son sang. La cangue. la torture, rien ne lui avait manqué que le dernier coup de cimeterre, et le saint confesseur se lamentait d'avoir touché à la palme du martyre sans avoir pu la saisir. 11 aurait fallu voir la physionomie de notre bon mission-

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iiaire commentant ce récit ! il pleurait encore plus de joie que de tristesse ; il enviait son ami. nous disant le bonheur qvie l'on éprouve à s'immoler pour Dieu.

Puis il se retira et alla se recueillir auprès du bon Maître, lui demandant sûrement la grâce de répandre son sang, lui aussi, pour son amour. Nous restâmes longtempsen silence ; de grosses larmes roulaient sur nos ouvrages, et chacune de nous, croyant être la seule émue, cherchait furtivement à les effacer. Quand nous nous aperçûmesde ce petit manège, nous finîmes par en rire et par nous raconter mutuellement nos impressions. Oh 1 j'en suis sûre, ces impressions-là ne s ell'aceront jamais.

Comme nos heures s'écoulaient délicieuses et rapides ! Tantôt nous grimpions la montagne pour aller visiter sur son rocher aride le bon curé du lieu ; il vivait là, tout seul dans ce désert, entre l'église et le cimetière. Nous mangions ses fraises et ses groseilles ; puis, avant de redescendre, nous allions voir le bon Dieu qui nous attendait au passage.

Rien ne délasse mieux dans ces courses qu'ime petite pause devant le Saint-Sacrement. Après avoir récité une petite prière pour nos frères inconnus qui reposaient là sous le gazon, nous retournions gaiement dans notre nid de là vallée.

D'autres fois, c'était au bord d un ruisseau que nous allions nous asseoir ; le bon Père lisait tout haut quelque délicieuse poésie ou quelques pages naïves de saint François de Sales, son ami, son modèle dont il était, à son insu, la charmante copie.

Souvent, la causerie remplaçait la lecture. Notre bonne Elise avait toujours quelques doutes à soumettre, quelques

UNE SAISON A L'SSAT • ,'W3

objections à proposer. Je ne sais vraiment pas où elle allait puiser ses arguments ; elle soutenait son opinion avec tant de chaleur et d'originalité, le bon Père lui ripostait avec tant de iînessé et de malice, que la discussion finissait toujours par des rires bruyants :

« Ah ! mon Dieu ! s'écriait-elle un jour avec une naïveté charmante, que je voudrais comprendre l'apocalypse ! »

Cette exclamation lui a été, depuis, bien souvent ré— pétée.

Quand la pauvre Elise était battue, c'était ordinairement M. C... qui prenait la parole pour argumentera son tour. Celui-ci, certes, ne nous faisait pas rire ; il nous montrait son pauvre cœur écrasé par le souvenir de seserreurs passées et par la crainte de la Justice divine ; il avalait sa coupe amère sans jamais y trouver une goutte de miel : Oh I comme le bon Père lécoutait avec compassion 1 Comme il ouvrait alors tous les trésors de sa charité ! Comme il aurait voulu dilatei% élargir ce pauvre cœur, et prendre pour lui toutes ses angoisses ! Il savait trouver alors des pensées si douces, des paroles si suaves, qu'il était impossible de n'en être pas attendri.

Les tristes réponses de M. C... le mettaient au désespoir, et, quand la discussion s'animait, c'étaient comme deux cailloux en contact, d'où jaillissaient mille brillantes étincelles. Souvent la cloche de l'Angelus venait les interrompre : et tous, à genoux, les mains jointes, nous priions la douce Marie pour ce cœur désolé.

Je sais que ces entretiens ont porté leur fruit, et qu'uni peu d'espérance est venue réjouir enfin cette pauvre àme.

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