‹ Correspondance et œuvresChapitre 6 sur 47 · L'AVEUGLE-NÉ · texte numérisé non relu

L'AVEUGLE-NÉ

Tout auprès d'un berceau, couche de Tinnocence, Que les pleurs du remords ne viennent point souiller, Adèle, dont les traits encor peignent l'enfance, Oubliant le sommeil, se plaisait à veiller. Sa voix, son regard, tout disait : elle est mère. Des séduisants plaisirs dédaignant la chimère,

(1) Par Marie de Gaïx.

SOUVENIRS DE MON JEUNE AGE H'.i

Elle cherche les siens au berceau de son fils ; Endort par des chansons le germe des soucis ; De perles et de fleurs dépouille sa coiffure, Pour orner de joyaux sa blonde chevelure. Et son voile d'hymen, ce tissu précieux. Suspendu sur l'enfant, lui dérobe les cieux.

Mais, vaine illusion ! tendresse passagère ! Dernier rêve trompeur d'un espoir éphémère I Ah ! pourquoi tempérer un jour trop radieux ? Le ciel a refusé la lumière à ses yeux. Et cet azur brillant que létranger admire, D'une mère, jamais, ne verra le sourire. Adèle, en y songeant, sentit ses pleurs couler, Et les baisers d'un fils n'ont pu la consoler.

« Dors, ange du berceau, dors sans penser, dit-elle « Mais laisse-moi pleurer sur ton triste destin. « Encore quelques jours, et la raison cruelle ^( T'apprendra que la nuit peut avoir une fin.

« Alors tu me diras : est-ce bien beau l'aurore ?

« Montre-moi le soleil, et la terre et les fleurs.

« Dis-moi pourquoi mes yeux ne peuvent voir encore ?

' Je ne te répondrai, mon fils, que par des pleurs I

« Cher enfant 1 il comprend le prix d'une caresse ; « D'un baiser, bien souvent, il demande le don ; « Et pour lui, du bonheur, la coupe enchanteresse, « Il la puise en mon .sein en répétant mon nom.

'2i CiiRALY DE GAIX

« De ses pas chancelants, s'il hasarde Tusage.

<( Il tend ses petits bras pour réclamer le mien.

.( Et je ne me dis pas. en guidant son jeune âge :

'I Ce bras, un jour moins faible, il sera mon soutien,

• Ah ! le Ciel à jamais unit notre existence. « Hélas ! d'une douceur mes maux seront suivis ; « J'aurai, pour sa vieillesse, encor les soins d'enfance ; « Jusqu'à mon dernier jour je conduirai mon fils.

« Mais, n'est-il plus ce temps où. le Dieu des miracles « Ranimait une vue éteinte sans i-etour ? « Grand Dieu 1 tu le permets, j'espère en tes oracles, « Demandez, as-tu dit : rends à mon fils le jour. »

Ces accents sont montés au L)ieu de la prière. Sera-oe vainement que sa bouche a promis ? La mère du Sauveur pria pour une mère : Elle se rappelait du regard de son fils 1

Page 1