‹ Correspondance et souvenirs (de 1805 a 1864) (volume 2)Chapitre 28 sur 30 · II 2Ç · texte numérisé non relu

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du point d'où elle est partie. Ce qu'elle ne voit pas est l'infini. Mais là où elle ne voit pas, elle ne croit pas. Elle ignore, elle ignore beaucoup dans les origines du christianisme. Le fondateur du christianisme est lui-même enveloppé pour moi d'un nuage qui convient à mon respect...

« J'aime à m'incliner devant Jésus, à l'adorer pour le bien qu'il a fait; j'aime à fléchir le genou devant lui avec le monde qui lui doit sa civilisation, avec le plifs humble de mes frères, qui vaut peut-être mieux que moi, et qui lui doit la vertu qui le fait bon, et l'espérance qui le rend heureux...

« Ayant donc un très-grand désir et les plus grands motifs de croire ce que je ne puis croire, le bon sens que Dieu m'a donné me dit invinciblement que je ne peux être coupable de ne pas voir la vérité, car je voudrais la voir.

a Voici ma profession de foi, faite en la présence de Dieu et en la vôtre; mais voici ce que j'ajoute aussitôt :

« Suis- je donc infaillible ? Si je me trompais! J'ai cru évidentes des choses que j'avais crues fausses. Qu'y faire? La foi est une grâce, la foi est un don. Je désire cette grâce, j'appelle ce don. Je veux faire tout ce qui dépendra de moi pour m'éclairer. Je relirai l'Évangile dans le précieux Nouveau Testament que vous m'avez laissé. Je lirai les livres où le dogme catholique passe

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pour être le mieux démontré, ceux où vous en cherchiez l'exposition : Bossuet, le cardinal Gousset. Je lirai les livres des hommes qui ont tenté' d'approprier cette démonstration du culte catholique au génie de notre siècle, Nicholas, etc. Mais vous-même disiez un jour en parlant de votre ami : « Il a tant cherché, tant étudié, il faut prier « pour lui. )> Je cherche encore en m'adressant à vous, ô bienheureuse! Demandez pour moi quelque chose de la certitude de cette foi qui ne vous empêchait pas d'être désolée de cette désolation incurable à la mort de votre enfant, mais qui vous faisait écrire ces paroles sublimes : « Je me dis que la chère âme de mon fils, en quittant sa « belle enveloppe d'enfant, a tout à coup grandi et que, « sans avoir combattu et souffert ici-bas, elle est, à « l'heure même où je me désole, en possession du bien « suprême et de la souveraine vérité. »

Le 29 août 1864, dans la chapelle de Stors, l'abbé Perreyve, fidèle à deux mémoires bien chères, voulut leur rendre hommage devant Dieu.

Celui qui avait reçu les saintes confidences d'une mourante, et prodigué des trésors de consolation à ses malheureux parents, pouvait seul de sa main délicate et pieuse soulever un instant le voile d'un passé si douloureux, sans blesser des cœurs déchirés.

« Oui, je regarde et je les cherche (disait le jeune

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prêtre en s'adressant à un auditoire en larmes) ....

elles devraient être là, ces chères personnes

aimées que la riante beauté de ces lieux semble toujours attendre, et dont les souvenirs vivront éternellement en nos cœurs 1

« Où est-il, ce bon, noble et charmant ami qui, fidèle à la douleur comme d'autres le sont à la fortune heureuse, avait apporté ici le cœur du meilleur des frères? Ah! qu'il me soit permis d'évoquer un moment cette figure aimée! Je ne craindrai pas de le faire à vos pieds, ô Jésus, car vous avez été en vos jours mortels un incomparable ami, et rien de ce qui touche les vrais et purs sentiments du cœur de l'homme ne saurait être indigne de vous !

« Oui, j'aime à le revoir dans mes souvenirs tel que nous l'avons si souvent admiré. Il me semble retrouv-e'i cet accueil franc, sincère, ardent; sentir l'étreinte vive et agitée de sa main, entendre aussitôt sur ses lèvres ces paroles d'une amabilité exquise, si délicates, si affables, si pleines de la plus cordiale tendresse, sans la moindre affectation. Je crois entendre l'animation loyale de sa parole, les spirituelles saillies de sa conversation, toujours promptes et imprévues. Je me rappelle ses admirables indignations, ses colères d'honnête homme qui l'entraînaient parfois et lui arrachaient des jugements sur lesquels il s'imposait souvent le devoir de revenir : rare exemple de justice sévère sur soi-même et de coura-

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geuse droiture Je me rappelle !a tendresse comme paternelle si profonde et si touchante qu'il avait reportée sur les enfants de ceux qu'il aimait, sa générosité dans les affaires de la vie, sa charité envers les pauvres, enfin cette grâce d'une bonté naïve, plus charmante dans un grand esprit, et la délicatesse infinie d'une amitié sûre qui une fois donnée n'était jamais reprise.

« Hélas! qu'il est loin déjà ce dernier entretien qu'il me fut donné d'avoir ici-même, il y a un an à peine sous ces ombrages voisins, avec cet excellent esprit ! Je ne sais quelle gravité inattendue vint tout à coup donner à ses paroles comme une austère consécration. Nous parlions de Dieu, de Jésus-Christ, des preuves évangéliques, des espérances de la vie future. Je fus si heureux de voir les grands progrès de cette âme dans la recherche de la vérité que j'en bénis Dieu devant lui et avec lui.

« Toutes les difficultés de l'esprit n'étaient pas vaincues, mais toutes les certitudes du cœur étaient acquises, et il me répéta plusieurs fois avec l'accent d'une conviction déterminée : « Je suis chrétien, je suis chrétien! »

Et vous tous venus à cette fête pour

honorer la présence de Dieu en cette demeure et entourer de nos prières des amis aimés, emportons plus de courage pour la vie, plus de force pour supporter nos chagrins, plus de désir de trouver Dieu, plus de certi-

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tude de rejoindre au ciel ceux qui nous ont précédés, plus de détermination à pensera notre salut, sans lequel toutes les richesses, toutes les gloires, tous les amours les plus sacrés ne sont que l'illusion d'un moment et un rêve trop court pour une âme destinée à des joies et à des affections éternelles! »

Stors, 29 août 1864,

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