PRESERVATION MASTER AT HARVARD
préfacb:
Poursuivant la tâche commencée il y a quelques années^ par la publication du journal (V André-M arie Ampère^ nous voudrions intéresser les lecteurs à la seconde période de la carrière du grand physicien y en même temps qu'à la vie de son fils Jean-Jacques,
'Le roman d'André se termine en juillet 1804. Pour lu', c'en est fait, à compter de cette^date funèbre; plus d'idylle ni de lettres amoureuses. Il ne ressentira pas deux fois le sentiment dont il a été possédé tout entier en épousant Julie ; un jour nous le verrons essayer vainement d'aimer une autre femme. Ses enfants y ses amis, l'amour qu'il porte à Dieu et aux hommes, serviront désormais d'aliments à sa flamme
Nous savons qu'en 1804 André-Marie après avoir obtenu ce qu'il avait désiré comme terme suprême de son
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ambition^ la place de professeur de mathématiques au lycée de Lyon^ quitte sa ville natale pour accepter les fonctions de répétiteur d^ analyse à V École polytechnique ; un an plus tard, il est nommé membre et secrétaire du bureau consultatif des Arts et Métiers; bientôt, en 1808, // devient inspecteur général de IWniversité.
Malgré les devoirs que lui imposent l'importance de ses travaux, et les obligations de ses relations nouvelles, une mélancolie incurable le^consume. Il ne peut s'habituer à Vab-sence des siens, à Nloignement de ses anciens camarades ; il croyait en changeant de lieu trouver quelque adoucissement à ses peines, mais lui quia goûté les joies d'un amour passionné dans le mariage, qui, à la fin de ses journées laborieuses, n'a cherché de délassement qu'au foyer domestique, il a trop présumé de son courage, 'les regrets, l'isolement l'accablent.
Depuis qu'André et Ballanche ont atteint l'âge de vingt ans, un groupe de compatriotes s'est formé autour d'eux, groupe fidèle que des fortunes diverses ne désuniront pas, A la tête de cette phalange d'élite, il faut compter d'abord les de Jussieu, parents d'Ampère, Camille Jordan, Dugas- Montbel, de Cérando, Barret, de Gàsparin, et bien d'autres dont les noms ignorés du grand nombre sont restés gravés dans la mémoire de leurs contemporains lyonnais : c'est
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Bonjour, Châtelain, Desroche, Grognier, Lenoir, Beuchot, Dupré, d^Ambérieux, Roux de Genève et surtout Claude- Julien Bredin, qui, à régal de Ballanche, devait être chéri d'André et l'aimer comme un frire.
Tous ces jeunes hommes, travailleurs infatigables, la plupart livrés à la culture des sciences et traditionnellement nourris de sentir^ents pieux, avaient fondé ensemble, en 1803^ une société catholique dans le but d'étudier scientifiquement les bases de la religion chrétienne, les preuves de son origine divine, de la révélation, etc., etc. Ces recher* ches entreprises et continuées assidûment par chacun des membres de cette association, signalent le commencement du mouvement spiritualiste et chrétien qui se préparait contre le sensualiste.
Ampère et Ballanche prirent une part très-acîiVe à ces travaux, rédigèrent les principaux comptes rendus des séances et furent chargés de présenter d'importants mémoires que nous avons sous les yeux, ils résument tous les sujets traités par les membres de la société depuis son établisse^ ment. « Conservez ces manuscrits, disait André à Bredin, ce seront des n\pnuments peut-être bien précieux, quand, après avoir vu découler des années, nous nous retrouverons sur les bords de la Saône. »
A Lyon André s'était déjà occupé de métaphysique, mais
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sans s^y arrêter sérieusement. En arrivant à Paris, il voit intimement Maine deBiran, à Auteuil, Cabanis et de Tracy, et répète souvent que sa seule distraction est de discuter avec ces messieurs, « C^est, dit il, pour mon cœur et mon esprit désolés, ce que le sommeil est pour mon corps fatigué, » Il y a dix anSy Pamour des fleurs et de la poésie l^avait rappelé à la vie; aujourd'hui c'est un aspect nouveau delà science qui r arrache au dégoût des choses de la terre. Malheureusement cet aliment donné à son cerveau, jette en lui un germe de troubles inconnus. Un combat violent se livre entre le doute et la foi à mesure que Ntude de la métaphysique le séduit davantage.
Mais revenons à l'ami Bredin, qui, dans sa jeunesse, étudiait aux Broiteaux la médecine, Vanatomie, l'histoire naturelle, la géologie, pendant qu'Ampère faisait des mathématiques rue des Cor délier s. Pour ces deux hommes, se rencontrer et s'entendre fut l'affaire d'un moment. La conversion de Julien au catholicisme par André en 1803, consacra tout d'abord cette affection. Dès lors il s'établit entre eux une confiance sans bornes; jamais échange de pensées plus sincères, plus intimes. Souvent pour j^e pas interrompre d'interminables entretiens, ik passaient une partie de leurs nuits à s'écrire. La bonté, la simplicité caractérisaient particulièrement' la nature de Bredin, Impressionnable^
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ardent, généreux, il pouvait se passionner jusqu'à la Wolence. Le^culte du beau et de la vérité avait éveillé sa foi, et sa fidélité au Christ n^eut pas une heure de défaillance, A vingt ans, sa destinée s'était engagée dans une affection romanesque terminée par un mariage qui fut la source de bien des orages, et l'occasion de grands sacrifices. « Sans tes lettres et celles de Bredin, que deviendrais - je ^ » écrit Ampère à Ballanche. En effet, ces trois âmes sont sœurs. Pour de tels hommes, le bonheur est ailleurs qu'en ce monde, mais ils ne désespèrent point de la terre, malgré les misères qui la remplissent.
A ceux qui se rappelleront avec complaisance la pure et fraîche jeunesse des amours d'André, les lettres qu'il écrira désormais paraîtront bien graves. Sa correspondance nous ,montrera son génie et son cœur toujours en travail. Tantôt c'est l'intelligence ou l'imagination qui combat, souvent tou* tes ses facultés luttent et se disputent à la fois; douter et croire, se décourager, se relever, s!anéantir ou vouloir tout entreprendre, tressaillir de joie ou de douleur, telles sont les pensées et les émotions extrêmes qui passent sans relâche à travers son âme, tandis que son esprit cherche et découvre. Au spectacle de cette vie fiévreuse et dévorante, on s'étonne qu'Ampère ait atteint sa soixante et unième année^
Les pages scientifiques mêlées dans ce recueil à tant d'effu-
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sions religieuses et tendres, rC apprendront rien aux hommes qui connaissent les œuvres du grand physicien, mais tout le monde trouvera intérêt à saisir la trace de Vidée maîtresse qui y dans un cerveau puissant, vient de naître, vase développer, grandir, et sera immortelle.
Quelque temps après ^installation du répétiteur d'analyse à l'Ecole polytechnique (alors au Palais Bourbon), les pre-^ mières lettres d'André^M^rie qui tombent sous nos yeux
s'adressent à Julien Bredin, C'est en 1808 seulement que les deux amis commencent à se tutoyer.