‹ Correspondance et souvenirs de 1805 à 1864Chapitre 2 sur 21 · ANDRE-MARIE · texte numérisé non relu

ANDRE-MARIE

ET

JEAN-JACQUES AMPÈRE

D'André'Marie Ampère à Claude-Julien Bredin.

« Mon ami, je l'ai reçue cette lettre attendue si impatiemment; elle rn 'apporte les plus véritables consolations que j'aie ressenties depuis que je suis à Paris. Vos peines, je les partage et vos joies aussi. Soyez toujours plus heureux comme vous devenez chaque jour meilleur que la veille. Ce que vous me dites de votre chère Mêla me fait prendre une part bien vive à ses souffrances. Les femmes seules sont susceptibles de cette sensibilité exaltée qui change quelquefois pour elles en tourment les plus douces émotions. Qu'elles sont à plaindre lorsque

8 André-Marie et Jean- Jacques Ampère,

l'être le plus fort, chargé par la Providence de rendre leur sort moins sévère, sait à peine y compatir. Mon ami, ce n'est pas les jours où j'étais comblé de tout le bonheur qu'un homme peut goûter sur la terre qui ont laissé dans mon âme les plus poignants regrets, ce sont ceux oii, navré de ses douleurs, je voyais mes soins lui en épargner quelques-unes, où un reconnaissant et languissant regard s'attachait sur moi quand elle me disait : « Mon André, tu fais tout ce que tu peux, tu ne songes V qu'à te Julie; pourquoi tant te tourmenter? » Ah! Bredin, si vous voyez souffrir ce que vous aimez, du moins vous n'avez pas à craindre lé plus grand des malheurs. Diminuez ses peines en les partageant, en hii montrant par toutes vos actions que vous n'êtes plus rien à vos propres yeux, qu'elle est tout pour vous. Après ce que j'avais perdu, il me restait à Lyon des amis qui me chérissaient, qui élevaient mon âme, exaltaient en moi les sentiments du beau et du bon. Ici tout me rapetisse, tous me paraissent dépourvus d'enthousiasme. J'ai aperçu quelques exceptions, mais je n'ai presque aucun rapport avec ceux chez lesquels j'ai cru les découvrir Ne craignez pas cependant que le séjour de Paris détruise en moi ce qui m'a valu votre amitié. Non, vos lettres et mes souvenirs sont de sûrs préservatifs.

a Dites à Châtelain l'intérêt que je lui porte ; embrassez pour moi Bonjour, Barret, Desroche, Grognier, etc.; rappelez- moi au souvenir de Roux J'ai dîné à Auteuil

KV -►

André-Marie jt Jean-Jacques Ampère, 9

avec Cabanis et Tracy: ces messieurs m'assurent qu'il y a dix mémoires au concours sur la question de métaphysique que je voulais traiter.

« Présentez mes respects à M°*« Grognier, vous lui devrez une partie de votre bonheur par Tunion qu'elle établira dans votre intérieur et l'exemple de ses vertus. Puisse son mari sentir le prix de ce qu'il possède.

« A. Ampère. »

D'André'Marie Ampère, à J, Bredin,

(c cher Bredin, j'aurais besoin de vous lire dans ce moment où ma tête n'est pas moins fatiguée de travail que de pensées douloureuses. Cependant ces jours derniers j'ai eu un peu de relâche, en me livrant aux seules idées qui me portent dans un tout autre monde. Ahl cela est bien vrai, le monde des abstractions est le seul qui vaille la peine qu'on l'habite. Mais je ne trouve plus la route de celui des abstractions où le cœur est aussi occupé que l'esprit; je me traîne sur d'arides frontières où je ne puis me repaître que des sèches spéculations de

ma psychologie.

10 André-Marie et Jean-Jacques Ampère.

« Tout est vide pour moi , et cependant ma mère se porte mieux qu'avant le siège de Lyon , ma sœur aussi ; mon petit grandit et montre des dispositions étgnnantes.

11 apprend bien le latin et passe ses récréations à étudier la botanique et la zoologie.

a Ah ! je sais bien ce -qui me manque : ce sont ces sentiments doux et profonds, ces images vives dont on se nourrit dans toutes les passions, dans l'amour céleste comme dans l'amour terrestre. En amitié, je puis aussi goûter une sorte de volupté inconcevable, j'y avais trop longtemps accoutumé mon âme. Votre absence m'est un tourment. A ce dernier voyage à Lyon, dans me$ promenades à Polémieux, à Fourvières, aux Brotteaux, comme j'ai joui de nos entretiens ! ! Je m'étais bien promis de vous parler raison aujourd'hui , mais dès que je me mets à ouvrir mon cœur, toutes les tristesses que je comprime habituellement font effort pour s'échapper, et, d'ailleurs, à qui les confierais-je, si ce n'est à vous?

« Donnez-moi des nouvelles de Ballanche ; où en est* il? Dans sa dernière lettre, il m'annonçait sa prochaine arrivée ; son silence m*étonne, et ce qui m'inquiète, c'est que Beuchot^ interrogé sur lui par moi , vient de répondre ces mots : « Je vous en prie, ne lui écrivez pas, (( il est trop affairé, il n'a pas un moment. » Est-ce un motif pour que je ne lui écrive pas î Y à-t-il quelque mystère là- dessous? Vous devez en être instruit. Comment Bredin saurait-il un ami malheureux sans chercher

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à lui arracher ses chagrins secrets? Ballanche est un de ces hommes auxquels il faut faire violence pour obtenir l'aveu des jDeines qui le rongent. Versez malgré lui dans son âme le baume df la confiance ; allez le voir sur-lechamp et tâchez de m'ôter cette agitation. J'ai bien assez de celles qui me sont propres. Dites raille choses de ma pa^rt à votre père, aux dames Bredin, à notre petite Agathe, à Grognier, Roux, Desroche, Barret, Châtelain, plus encore à Bonjour. Quand je reçois des lettres qui ne sont pas timbrées de Lyon, c'est un vrai malheur. Adieu.

<c A. Ampère. *

D' André-Marie Ampère à J. Bredin.

Paris, I»'' avril i8oj

(c Oh ! comme le présent que vous m'avez fait m'a touché, mon bon ami. J'ai été lire votre lettre et le petit livre qui l'accompagnait, dans le jardin de l'École polytechnique, à l'ombre d arbres plantés par des grands de la terre dont la puissance s'est évanouie.

« Au chant des oiseaux et seul au milieu de cette belle nature renaissante, comme je sentais le néant de ce que je poursuis à Paris. Mon Dieu, vous avez permis que j'y vinsse éprouver combien est vain ce monde

î2 André Marie et Jean Jacques Ampère.

dont la vue dans le lointain me paraissait offrir une si brillante perspective. Ces savants si fiers de leurs connaissances, que sont-ils auprès de l'âme simple à qui

HP

Dieu se révèle? C^est lui qui a inspiré à Mêla les prières qu'elle vous a dictées. Pauvres littérateurs ! Efforcezvous d'égaler cette touchante éloquence d'une pensée qui n'étudia jamais vos rhétoriques! Mon ami, pourquoi fallait-il que je vinsse à Paris pour connaître Thomme, pour me connaître moi-même ?

■ i( Ces;, supplications à Marie sont adressées à ma patronne. Lorsqu'à l'âge de sept ans je fus atteint d'une maladie qui menaça de m'enlever âmes parents, ma mère alla prier pendant neuf jours Notre-Dame de Fourvières; son intercession me sauva, dit-elle.

« Jamais l'envie de revoir ma famille, mes amis, n'a été si vive, et cependant le retour définitif à Lyon m'est impossible. Priez Dieu que je continue à me trouver mal ici et que je ne devienne point comme tant d'autres.

« Ne soyez pas longtemps sans m'écrire. Mon cœur est si froid quand vos lettres ne viennent point le réchauffer. Parmi ceux qui, à Paris, n'ont pas mis leur Dieu en oubli, je tâcherai de répandre vos prières.

«Vous irez à Polémieux avec Desroche; vous y parlerez de moi, vous y verrez mon enfant. Tous mes vœux hâtent l'instant où vous me raconterez ce voyage. Je vous prie de dire à monsieur votre père et aux deux

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dames Bredin combien je suis reconnaissant de leurs bontés pour moi. Adieu.

« A. Ampère. »

D'André-Mark Ampère à J. Bredin.

Paris, avril ]8o^

« Je m'adresse à votre bon cœur, cher Bredin, à ce sentiment qui vous force à secourir vos semblables. Lenoir, privé de toutes ressources, sans Pamour de Dieu dont il est plein , était prêt à terminer lui-même son existence. Ses parents, par une inconséquence inexplicable, au lieu d'être enchantés de voir leur fils, grâce à M. de Gérando, occuper cette place qui lui ouvre une carrière convenable , ses parents ne lui ont envoyé que 1 5 louis depuis cinq mois qu'il est à Paris 1 Comment vivre ici avec cela , malgré la plus modeste chambre et la nourriture la plus sobre ? Il voulut hier mettre sa montre en gage, on la refusa. Il doit trois mois de. loyer! Je sais que vous connaissez peu la famille Lenoir, mais l'envie de rendre service vous donnera le moyen de la voir. Allez parler au nom de Pamitié, de la raison, de tous les sentiments de la nature, le père veut-il exposer son fils à retomber dans un nouvel accès de désespoir ? Jl faut absolument servir Lenoir, promp-

14 André-Marie et Jean-Jacques Ampère,

tement, avec zèle, prudence et discrétion. J'ai écrit à ce sujet à Bonjour, bon et sensible comme vous ; entre nous trois, trouvons un moyen d*agir directement. Ah ! si vous connaissiez le cœur de ce jeune homme aussi intéressant que malheureux !

i< Dites à Roux que je vois souvent MM. Cabanis et de Tracy, à Auteuil ; nous parlons toujours métaphysi-que ; le^dernier goûte plusieurs de mes idées.

« Répétera votre ami que j'attends de lui une longue lettre sur la physionomie, dont je m'occupe aussi, comme un écolier qui fait un premier thème. *« Le mariage de Châtelain avance-t-il?

(c A. Ampère. »

D* André-Marie Ampère à J. Bredin.

Paris, 2} avril i8oj.

• « J'espère, mon ami, que cette lettre arrivera assez à temps pour empêcher les démarches que je réclamais de vous. C'est à ma mauvaise tête qu'il faut attribuer l'imprudence que j'ai commise en vous écrivant ; quand je suis frappé d'une idée, je ne réfléchis plus. Je savais depuis longtemps dans quel embarras était Lenoir; mais il ne m'en parlait pas, à cause d'une extrême délica-

André' Marie et Jean-Jacques Ampère. 1 5

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tesse de sentiment que je lui reproche souvent comme peu philosophique. Un jour enfin il me vient confier sa position, en me priant de lui prêter. Je n'avais malheureusement rien, mais je lui offris bien vite de mettre en gage des couverts et des flambeaux d'argent, ce qu'il rejeta très-loin. C'est alors que j'écrivis à Bonjour et à vous. Lenoir a reçu quelque chose de sa mère, il n'a plus besoin de rien. Mais maintenant que je sais qu'il ne voulait pas même avouer sa situation à ses parents, de peur de les inquiéter ou de les gêner, je crois qu'il ne me pardonnerait jamais s'il découvrait ce que je vous ai écrit. Quand donc apprendrai-je à être patient et î ne plus me jeter étourdiment dans tous les embarras que me suscite mon imagination ? Pauvre Lenoir, quel chagrin je lui causerais s'il savait que j'ai confié (à deux amis, à la vérité) le secret qu'il voulait cacher à tout le monde; enfin, le voilà tranquille. J'espère que le Code rural n'en ira que mieux et qu'il plaira de plus en plus à M. Delàtourette , qui lui a déjà témoigné souvent sa satisfaction. De grâce, des nouvelles de Châtelain, de Barret et de Grognier.

« Il y a eu hier une séance publique à l'Institut , où l'on a décerné à l'ouvrage de Maine de Biran le prix pour lequel j'avais commencé mon mémoire de métaphysique. Roux était un des concurrents.

<i A. Ampère. »

D'André" Marie Ampère à J, Bredin,

i< Je vous recommande aujourd'hui un nouveau débarqué, auquel je prends le plus vif intérêt : c'est M. Clerc, ancien professeur à l'École centrale de l'Ain, depuis au lycée de Moulins, et qui me remplace à celui de Lyon. Je vous prie de lui accorder l'intérêt dont il est digne et de lui rendre tous les petits services qui kii seront nécessaires. Présentez-le à ceux qui m'aiment ; promenez-vous quelquefois avec lui , au bord de la Saône ou dans le jardin de l'École vétérinaire.

« Vous avez été présenté à Boiraparte ; dites-moi ce que Roux, Desroche, Châtelain et vous, vous jugez de cette physionomie-là?

<( Je m'occupe plus que jamais de métaphysique; j'en parle à Auteuil, quoique mes idées diffèrent extrêmement de celles de M. de Tracy; il paraît cependant goûter assez mes recherches, et faire un peu plus de cas de ma métaphysique que je ne m'y attendais. Oh! comme j'aurais plus de plaisir à en causer avec vous et Bon-^ jour, sur le chemin de Polémieux !

« Combien est admirable la science de la psychologie, mais, pour mon malheur, vous ne l'aimez plus ; il faut pour me priver de toutes consolations que nous ne

André-Marie et Jean-Jaccfues Ampère, 1 7

puissions pas sympathiser en matière de métaphysique sur la seule chose qui m'iméresse^ncore. Vous ne pensez plus comme moi, c'est un vide affreux dans mon âme.

« Adieu , je vous embrasse. tendrement.

<c A. Ampère. «

De Ballanchc à André Ampère, '

Lyon, ce 13 floréal i8oj.

« Mon très-cher ami ,

« Ce que vous dites au sujet de vos succès en meta physique me désole. Je vois avec peine qu'à votre âge vous entriez dans une nouvelle carrière. On ne va pas loin quand on change tous les jours de roule. Songez '

bien qu'il n'y a que de très-grands succès qui puissent justifier votre abandon des mathématiques, où ceux que vous avez déjà eus présagent ceux que vous devez at- i

tendre. Mais je sais que vous ne pouvez mettre de frein J

à votre cerveau. ;

(( Cette idéologie ne fera-t-elle point quelque tort à |

vos sentiments religieux ? Prenez bien garde , mon cher |

et très-cher ami, vous êtes sur la pente du précipice; j

1 8 André-Marie et Jean-Jacques Ampère»

pouf peu que la tête vous tourne, je ne sais pas ce qui va arriver. Je ne puis m'empêcher d'être inquiet. Votre imagination est une bien cruelle puissance qui vous isubjugue et vous tyrannise. Quelle différence il y a entre nous et Noël!' J'ai retrouvé ici les jeunes gens qui appartiennent ^ comme moi, à la société que vous savez. Combien ils sont heureux! combien je désirerais leur «assembler! Nul trouble, nulle inquiétude, leur âme est parfaitement tranquille.

« Mon cher, je crois que nous avons Tun et l'autre péché par Torgueil et que Dieu nous en punit. Heureusement pour moi je suis extrêmement occupé et je fuis comme la peste tout ce qui pourrait me distraire des affaires. Je n'ai ici nulle société qui me convienne, parce qu'il n'y en a aucune où je puisse m'abandonner.

« Ce qui sera toujours étonnant, c'est que deux hommes aussi essentiellement différents que nous le sommes se comprennent cependant si bien , car jamais il n'y aura personne qui puisse tenir dans mon cœur la place que vous y tenez. Mon cher ami , pour ne pas tomber dans le dégoût et l'ennui des choses de la vie, j'évite de me replier sur moi-même, je voudrais que vous puissiez en faire autant, mais je sens que cela ne vous est pas possible, à cause du genre d'études et d'occupations qui vous est habituel : c'est en cela que votre position est pire que la mienne. Vous m'avez conseillé de me marier, j'en avais moi-même le désir, mais je

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tremble devant l'avenir qui m'attend lorsque je me marierai. J'aurai Ses moments de solitude effrayants, parce que si Ton ne dit pas tout à la personne avec qui l'on doit passer sa vie, on ne peut trouver le bpnheur. Ensuite les enfante et tout le reste. Dans l'état de garçon , il est facile de dévorer son existence , mais dans l'état d'époux et de père, c'est bien différent ! »

(( Ballanche. »

' De Ballanche à Andre-Marie.

Juillet 1805.

' ft Je ne vous parlerai que peu de moi , parce que vous me grondez si fort du parti que je veux prendre, qu'ici je reconnais encore votre caractère fougueux. Ce n'était point 4es emportements que je vous demandais , c'était (te avis. J'espère que vous serez plus calme aujourd'hui, et que vous me parlerez un langage dégagé de passion.

« Vous motiverez leS raisons qui vous font me détourner de mon projet, je vous ferai les objections que je croirai devoir faire,. vous les combattrez à votre tour et peut-être que nous parviendrons à nous éclairer mutuellement.

« En attendant , mon cher ami, je vous prie de pren-

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dre quelques informations qui peuvent m'être utiles ; mais je voudrais que vous le fissiez sans me compromettre et sans vous compromettre vous-même. Comme mon projet est loki d'être arrêté, il faut que j'examine bien, avant de me déclarer, pour ne pas m'aBtposer à passer pour fou ; pourtant il est bon que je me mette en mesure. « Sachez donc quelle vie on mène au séminaire de Paris, quel en est à peu près. le régime intérieur, non pas pour le boire et le manger, car cela m'est égal , je voudrais seulement savoir quelle somme d'exercices de piété on exige dans la journée, quelle somme de temps on a pour être seul avec soi-même, quelles sont les études qu'on y suit , à part la théologie et la philosophie, etc.? Je vmidrais s^oir encore si on ne peut pas mêler à tout cela quelque étude étrangère, comme par exemple le grec et Phébreu. Il me passe par la tête d'étudier les preuves de la religion dans les sources mêmes. Je ne puis le faire qu'en m'y livrant entièrement et exclusivement. Il faut donc que je quitte le monde et que j'embrasse l'état ecclésiastique. Croyez-moi, mon cher, je pourrais faire quelque bien dans cet état-4à, et c'est une considération qui ne peut pas être indifférente. Que savez-vous ? Je pourrais trouver la lumière. Dieu exige peut-être que j'emploie toutes mes forces à cette recherche importante. Il donne la foi aux simples, mais comme j'ai le malheur d'être très-peu simple, c'est-à-dn-e trèsmauvais, il veut peut-être ne m'accorder ce don qu'au-

André-Marie et Jean-Jacques Ampère. " 2 1

tant que je lui dévouerai toutes mes facultés. Si une fois je venais à être convaincu , je pourrais en convaincre bien d'a\itres, car il y a une inspiration qui tient à 4a conviction intime; cette inspiration produit une éloquence entraînante et pour ainsi dire contagieuse, celle des missionnaires. Voilà toute mon hypocrisie, mon cher, dites-moi si vous la condamnez.

« Mettez-vous bien dans la tête que si je continue à faire comme je fais, je serai toute nia vie un misérable, qui n'aura pas assez de force pour avouer ses véritables sentiments, et qui aura même l'impardonnable faiblesse de détester de tout son cœur les hommes qui les avoueront.

<( Ceu< qui nous connaîtraient bien comprendraient la raison des inconséquences de J.-J. Rousseau.

« Mon cher, j'ai brûlé toutes vos lettres, je vous prie d'agir de même à l'égard des miennes.

a Adieu; croyez à mon amitié et écrivez-moi le plus

souvent que vous pourrez.

« Votre meilleur ami,

« Simon. »

D^ André-Marie Ampère à J. Bredin.

10 septembre 1805- *|

<f Cher ami, cette lettre vous sera remise par M. Tes- '^]

seyre, jeune homme charmant, excellent mathématicien ;î

22 * André-Marie et Jean^Mc^ues Ampère.

et si zélé chrétien qu'il a quitté la carrière où ses connaissances lui méritaient déjà un nom, pour entrer au séminaire et y prendre Tétat ecclésiastique.-

« J'espère que vous et nos amis l'accueillerez comme un frère, que vous l'accompagnerez à Poléraieux; il m'a promis d'aller donner de mes nouvelles à maman, de ' voir mon pauvre enfant et de lui porter des livres. Tout le long du chemin, vous parlerez ensemble du christianisme, puis vous m'écrirez un extrait de votre conversatio*h, qui me sera peut-être bien utile. Cachez à ma mère avec le plus grand soin^ les doutes dont je suis tourmenté. Vous savez mieux que personne à quel point j'ai cru à la révélation de la religion catholique romaine. En arrivant à Paris, je tombai dans un état d*espfit insupportable. Oh I que je regrette le temps où je vivais de ces pensées peut-être chimériques!

« Au nom de notre amitié, cher Bredin, faites-moi le tableau naïf de vos convictions actuelles, je vous en conjure, versez votre âme dans la mienne.

« A. Ampère, »

(Bredin, encore plus effrayé que Ballanchede la révolution qui s'opère dans l'esprit d'André, écrit sur son journal * les impressions qu'il éprouve en retrouvant son ami après quinze mois de séparation.)

I. Journal dont le fils de M. Bredin a bien voulu nous confier quelques fragments.

And$ê'MMie et Jean-Jacques Ampère. 23

21 novembre i8ûj. — Je partais, pour aller chez le Père Roger, quand- Ampère «rive. Quelle joie de revoir cet homme si profondément bon, si essentiellement généreux. Avec quel intérêt je le considérais! Je pesais chacune de ses paroles, j'écoutais la moindre inflexion de sa voix, j'observais- chacun de ses gestes, le plus léger mouvement de ses traits, rien ne m'échappait , .

22 novembre. — C'est bien toujours ce cher Ampère, mais il est changé . .

8 décembre. — Je suis revenu hier de Polémieux avec Barret, Bonjour et Ampère. Il est plus changé que je ne croyais. L'année dernière, c'était un chrétien ; aujourd'hui, ce n'est plus qu'un homme de génie, un grand homme !

Qui peut avoir troublé sa raison? Il ne voit pas le gouffre ouvert sous ses pieds. Que sont devenus les sentiments sublimes qui remplissaient son âme? Il ne voit plus que la gloire, il est idolâtre de la ^gloire! Il a l'orgueil de sonder les mystérieuses profondeurs de l'intelligence humaine

1 5 décembre. — Je ne puis me faire à ce changement de

24 ■ André-Marie et Jean-Jacques Ampèrt.

mon ami, c'est pour moi comme si je ne voyais plus que la moitié d'Ampère. Je m'inquiète, je m'afflige, son esprit s'est aicore élevé. Quelle étendue! J'espère toujours que dans nos conversations il m'ex-

primera quelques-unes de ces hautes vérités qui le ren daient si éloquent. Mais non, c'est toujours la science^ la renommée ! Autrefois la civilisation l'intéressait en tant qu'elle devait perfectionner l'homme sous le rapport moral, A présent il n'y voit que le développement des forces et des facultés, un moyen d'avancer les sciences, la liberté civile, l'indépendance des nations; tels sont ses dadas, il cherche la vérité dans les apparences. Il n'y a de vrai que la vérité éternelle, immuable. Dieu

1 5 décembre, — Avec Desroche et Ampère nous sommes partis pour aller voir Barret à l'Argentière*. En passant sur le petit pont rustique, mon ami n'avait pas peur pour lui , mais pour la métaphysique. « Barret a choisi la bonne part, elle ne lui sera point enlevée », me liit André, mais bientôt il est revenu à la psychologie.

Après la messe, déjeuner chez les Pères de la Foi, adieu au général, Barret nous accompagne; au retour sur la route, Ampère et moi nous nous faisons mille

I Maison de Jésuites.

André-Marie et Jean-Jacques Ampère. 25

tours d'écolier,

17 décembre. — Dimanche. C'est demain que part mon ami ; que Dieu veille sur lui ; que deviendra-t-il sur ce grand théâtre des folies humaines? Quel homme excellent, quel vaste génie! Ne m'accoutumerai-je donc jamais aux séparations? . . . .C .

D^ André-Marie Ampère à J, Bredin.

18 janvier 1S06.

tf II y a trop longtemps, cher Bredin, que je suis à Paris sans nouvelles de Lyon, c'est ma faute, puisque je n'écris pas ; mon temps se perd en des occupations aussi ennuyeuses que multipliées ; des visites aux membres de rinstitut , l'embarras d'une installation. Enfin me voilà au collège de Navarre dans un commode appartement, préférable à celui que j'avais au Palais Bourbon. Seulement, à la place de beaux marronniers en fleurs, je ne verrai au printemps qu'une petite et triste cour. Depuis mon retour, je n'ai eu de moments agréables que ceux

que j'ai passés à disputer avec Maine de Biran. Il est I. 2

26 André^Marie et Jean-Jacques Ampère.

parti , me laissant tout entier livré aux ennuis du moment présent et, ce qui est bien pire, à mes souvenirs.

« Près de vous, mon imagination m'offrait encore quelques espérances d'avenir. Seul ici, je revois sans cesse, comme il y a deux ans, l'image de celle qui a rempli ma vie de tant de charme. Je relis ses lettres et partout je retrouve les monuments de mon bonheur perdu. Comme je regrette d'avoir quitté le lycée de Lyon! Je n'aurais point abandonné ma mère, inon fils et vous tous ; je serais meilleur que je ne le deviens. Écrivez-moi, vos paroles sont un baume de paix, je tombe dans des accès de désespoir quand je suis longtemps sans les entendre. Vous avez des chagrins aussi , mais j'admire votre, résignation.

« Dites à Roux qu'il est impossible de retirer les mémoires envoyés au concours, c'est la .propriété de l'Institut.

« A. Ampère. »

D^André'Marie Ampère à J, Bredin,

25 février 1806.

w Tesseyre est entré au séminaire; toute sa vie sera donc consacrée au bien. M. Berthier, qui le remplace à

André-Marie et Jean-Jacques Ampère. 27

l'École polytechnique, a eu la générosité de se charger de donner à Mentelle des leçons particulières gratis. Puisse ce jeune homme, qui a quitté son pays et ses parents pour' celte folle passion des sciences qui m'a fait tant de mal, être bientôt désabusé et retourner vivre heureux et utile à ses semblables à PArgentière.

'<( Oh ! Dieu, où me conduisez-vous par des routes si éloignées du but que je voudrais atteindre ? Bredin , vous qui concevez clairement qu'il n'y a pas d'opposition entre la bonté du Créateur et la damnation des réprouvés, tâchez de me convaincre. Travaillez avec Bonjour à me montrer la vérité; qu'il fasse les objections, vous les réponses. Puis, envoyez-moi le résultat de vos conférences, il me fera peut-être changer de point de vue. Prêtez-vous à mon désir pour me sauver du gouffre où je tombe. D'Ambérieux ne refuserait peut-être pas non plus d'essayer de m'éclairer.

« Vous me parlez de l'immortalité de l'âme. Jamais le doute ne s'est étendu en moi jusque-là. Je sais que la révélation peut seule en démontrer la certitude. Cependant l'édifice est debout, stable quand la base chancelle. Que deviendrai-je à ce moment terrible où mon CQrps restera loin de moi; à quelle existence passerai-je? Que •l'état de Tesseyre, dont il est si digne, fait envie. Vous êtes bon d'avoir été à Polémieux. L« passage de votre lettre où vous parlez de mon pauvre enfant, de maman.

28 André- Marie et Jean-Jacques Ampère.

de ma tendre maman, m'a rendu bien heureux. Pourquoi me suis-je séparé d'eux ? Adieu.

« A. Ampère. »

(Bredin ne se trompe pas; la pensée de son ami a subi d'étranges bouleversements : « Précisément parce que je suis inquiet et agité, lui dit André, parce que mon esprit est à la renverse ; parce qu'au lieu de vous écrire je voudrais travailler à un mémoire pour l'Institut ; c'est pour cela même que je ne puis m'empêcher de vous écrire. Jamais je n'ai été plus mécontent de moi, l'enfer est dans mon âme, et personne ne sait deviner ce qui s'y passe , ne sait y porter la moindre consolation ; ceux qui croient m'aimer ne font que me déchirer. »

Décidément le mal est profond. L'idéologie, la métaphysique, la psychologie ont leurs dangers sans doute. Mais les regrets du passé, l'isolement de toutes ses affections entretiennent dans cette ardente imagination un chagrin permanent et rongeur. Ballanche et Bredin le sentent ; ils veulent à tout prix secourir Ampère, cherchent à le ramener au pays natal et à le réconcilier avec l'idée d'un second mariage.)

André-Marie et Jean-Jacques Ampère. 29

De Bdllanche à André Ampère.

Lyon, 16 mars 1806.

« J'ai reçu, mon cher ami, votre énorme lettre du 10; lie m'a horriblement fatigué.

« Nous sommes deux misérables créatures à qui les inconséquences ne coûtent guère. Un brasier est dans votre cœur ; le néant s'est logé dans le mien.

« Vous tenez beaucoup trop à la vie, et j'y tiens trop peu. Vous êtes trop passionné et j'ai trop d'indifférence. Mon pauvre ami , nous sommes tous les deux bien à laindre. Vous avez été ces jours-ci l'objet de toutes mes pensées, voilà ce que je crois à votre sujet : Il faut que vous quittiez Paris, que vous renonciez aux projets que vous aviez formés en y allant, parce que vous ne pourrez jamais trouver, je ne dis pas le bonheur, mais au moins le repos dans cette solitude de tout ce qui tient à vos affections. L'air natal vous vaudra encore mieux, il sera peut-être un baume pour votre mal.

« Camille Jordan part pour Paris, il a le projet de former à Lyon un Salon des Arts, qui serait organisé à peu près comme les Athénées de Paris. Il y aurait différents cours. Camille m'a consulté sur les professeurs dont on pourrait faire choix. Je lui ai parlé de vous, je lui ai dit que vous aviez le plan d'une espèce de cours I. 2,

30 André-Marie et Jean-Jacqaes Ampère.

qui serait bien fait pour réussir : ce serait d'embrasser toutes les sciences et d*enseigner ce qui serait suffisant pour ne pas y être étranger, d'en saisir les faits généraux , d'en faire apercevoir les points de contact et de donner ce qu'on pourrait appeler la philosophie ou la génération de toutes les sciences humaines. Je m'explique sans doute mal , mais vous savez ce que je veux dire. Camille est persuadé que vous seriez très-utile dans l'établissement qu'il projette, à cause delà variété de vos connaissances ; il croit aussi qu'il serait intéressant pour la ville de ramener un homme tel que vous dans ses murs ; il vous aime et vous estime beaucoup ; tâchez de le voir; de son côté, il cherchera à vous rencontrer, pour essayer d'arranger quelque chose qui vous soit agréable d'abord et utile ensuite. Il est sûr qu'outre ce cours du Salon des Arts vous pourriez avoir, comme autrefois, des cours particuliers, ou travailler à quelque ouvrage. Vous seriez ici avec vos amis, vous vous retrouveriez, peut-être. Si une fois vous pouviez compter sur une existence douce et honorable, vous pourriez vous associer une femme de votre choix, et qui parviendrait sans doute à combler le vide qu'a laissé dans votre cœur la perte de vos anciennes affections. Je sais, mon pauvre et cher ami, tout ce que vous pouvez me répondre; je sais qu'un second mariage dans cette ville vous répugnerait; mais, de bonne foi, cette répugnance n'esl-elle pas un enfantillage? Eh ! mon Dieu, dans le monde, où tous

André-Marie et Jean-Jacques Ampère. 31

les sentiments s'affaiblissent, où toutes les douleurs morales finissent, on trouvera tout naturel votre second mariage, on croira qu'il est le fruit de l'inconstance de nos affections et de l'instabilité de nos sentiments, même les plus vifs et les plus profonds. Mais ceux qui connaissent mieux le cœur humain, ceux qui auront étu^ dié un peu le vôtre, ceux enfin dont l'opinion peut être quelque chose pour vous ^ sauront bien que votre âme expansive a besoin d'une âme qui réponde à chaque instant à la vôtre. Ainsi, dans tous les cas, vous serez justifié : les indifférents, comme vos connaissances et vos amis, trouveront cela très-naturel. Voyez, mon cher, à quoi vous êtes exposé. Il y a des folies, permettez-moi le mot, auxquelles vous seriez capable de vous livrer; tâchez de vous préserver de ces affections qu'on peut former en courant ; on dirait parfois que vous cherchez à vous débarrasser de votre cœur ; vous le jetez à qui se trouve là. Vous savez bien, que dans l'état actuel de la société il ne vous est pas permis de prétendre à une femme d'une grande fortune ou d'un grand nom ; ceci est la chose qui vous inquiète le moins, puisqu'à vos yeux un mariage de convenance est une monstruosité ; si donc vous aviez le malheur d'être séduit par une personne avec laquelle vous ne puissiez point vous marier, qu'arriverat-il ? Ne me répondez pas que tout cela ne dépend pas de vous : au risque de vous fâcher, je dois vous dire ici la vérité. Vous ne savez pas encore ce que c'est que de

3 2 André' Marie et Jean-Jacques Ampère.

résister à vos penchants, et c'est ainsi que vous vous exposez à les faire devenir de véritables passions. Croyez-vous donc que tout aille dans le nionde au gré de chacun ? Comptez-vous pour rien cette grande vassalité qui nous soumet et nous entraîne à chaque instant? Étudiez votre cœur, descendez dans votre âme, et lorsque vous apercevrez un sentiment nouveau, cherchez à savoir s'il est raisonnable ; n'attendez pas , pour éteindre un feu de cheminée, que ce soit devenu un grand incendie : ir y a des malheurs sans remède , il faut nous consoler ; il y a des malheurs que nos fautes ont occasionnés ou empires, il faut nous corriger; les petites choses vous agitent, que 4oit-ce être des grandes? Je vous en supplie, commencez un apprentissage nouveau. Modérez-vous sur les choses indifférentes de la vie, et vous parviendrez à être modéré sur les questions importantes....

« S. Ballanche. »

De J. Bredin à André-Marie Ampère.

Le 25 août 1806.

« Faut-il donc renoncer à l'espérance tant de fois caressée de vous voir révenir ici? Songez qu'à Paris, dans le grand tourbillon, vous n'avez pas le temps de tra-

André- Marie et Jean-Jacques Ampère. j ]

vailler à quelque chose de suivi. La vie s'écoule sans porter aucun fruit, l'arbre dépaysé, transplanté, ne produit rien , rendez-lui son sol natal , Patmosphère qui lui convient, «et vous verrez quelle vigueur il reprendra. Ah ] que je * serais heureux si j'avais espérance en ridée de Ballanche. A Lyon, vous nous feriez vivre, nous qui vous aimons tant ; ce projet est trop beau , tous nos moments seraient consacrés à l'amitié, à la métaphysique ; vous-même , vous Jivrant à l'éducation de votre fils, le formeriez à ces pensées d'homme que vous souffririez de ne pas lui voir. Dans cette éducation de collège ne détruira-t-on pas l'énergie de l'âme, tous ces dons si beaux qu'il ne faudrait que régler sans *es amoindrir?

i( A Paris, Votre enfant ressemblera à tant d'autres ; il sera façonné pour le siècle et non pour Dieu et l'humanité ; et vous, dans cette foule d'hommes qui sentent, pensent et agissent d'une façon tout opposée à la vôtre, combien vous serez froissé.

<( Il m'est bien dur de vivre loin de vous, c'est la plus amère des privations qui me soit imposée sur -cette terre. A tout ce que cette séparation a de pénible se oint le tourment de l'inquiétude. Il me semble qu'aucun homme n'est exposé à autant d'accidents, de chagrins et de malheurs que vous.

« Je- suis allé à Polémieux avec les deux Grognier. Votre mère et votre sœur étaient absentes. Votre petit,

54 André-Marie et Jean^Jacques Ampère,

ivre de joie, m'a fait des caresses inouïes; il me disait, avec bien plus d'expansion qu'on n'en a ordinairement à cet âge : « Ah I monsieur Bredin , que je vous aime ! « que de plaisir J'ai à vous voir. » Il est, charmant. Adieu, excellent ami.

« J. Bredin. »

D' André-Marie Ampère à J, Bredin,

Août 1806.

« Vous avez donc embrassé ce pauvre enfant que son père a quitté. Il me ressemble, dit-on. faut-il le désirer*^ Je le verrai dans huit jours. Vous viendrez avec moi à Polémieux, n'est-ce pas. puis je vous reconduirai à Lyon , dans cette ville où j'ai été si heureux et que j espère pourtant ne plus jamais habiter. Oh! qu'ils me connaissent mal ceux qui pensent que ce séjour me ferait du bien; s'ils m'aiment, ces hommes dont je suis sépai:é, qu'ils ne me parlent jamais de revenir me fixer dans ces lieux où se sont écoulées et mon enfance et mes années de bonheur. Non , non , ils n'ébranleront jamais ma résolutipn, leurs conseils ne pourraient qu'empoisonner inutilement le peu de moments qui me reste à ^ passer auprès d'eux. Que Barret, Ballanche, ne me

André-Marie et Jean-Jacqaes Ampère, 3 j

tourmentent pas à ce sujet, épargnez-moi tous la plus grande peine que vos sollicitations me feraient éprouver dans ce voyage dont la perspective s'offre à moi à la fois sous des couleurs si douces et si tristes.

« Je m'occupe toujours beaucoup de métaphysique et suis très-lié avec Maine de Biran. Son ouvrage, qui vient d'être couronné à Tlnstitut et qu'il va publier, est l'écrit le plus opposé aux systèmes modernes que l'on peut imaginer; c'est une métaphysique toute spirituelle comme celle de Kant, peut-être plus éloignée encore de tout ce qui tient au matérialisme. Ma manière de concevoir les phénomènes intellectuels est plus simple, et, à ce qu'il me semble , plus d'accord avec les faits ; mais elle n'élève point l'âme autant que la sienne, et ne donne pas une si haute idée de cette force innée de la volonté, libre par essence, dont il fait découler toutes ses explications. Je connaîtrai mieux bientôt l'ensemble de son système. J'attends avec impatience la publication de son livre.

<c Nizier est bien reconnaissant de votre souvenir ; en voilà encore un qui vaut mieux que moi. Remerciez ces dames Bredin , de l'intérêt qu'elles veulent bien prendre au pauvre exilé. Pas un moment pour dire à mes amis combien ils me sont chers. Mais à bientôt.

(( A. Ampère. »

3 6 * André-Marie et Jean-Jacques Ampère,

Pressé, endoctriné par ses deux meilleurs amis, André, malgré une résistance prolongée, subit enfin leur influence et celle de son entourage; sa mère, sa sœur rengagent à écouter ceux qui s'intéressent à lui. M. de Gérando ne reste point inactif en cette occasion; il plaide si bien la cause dont il s'est chargé qu'Ampère se laisse persuader et présenter à une honorable famille de Lyon. Dans ce cercle, on lui parle avec enthousiasme du cœur et de Tintelligence de M"« P***, de son admiration pour la science et le talent. La physionomie agréable de cette jeune personne ne révèle que l'envie de lui plaire ; il la voit s'attendrir au récit d'une bonne action, l'entend s'exalter en citant quelques passages de la Nouvelle Héloïse, croit reconnaître une sympathie véritable entre les sentiments qu'elle exprime.et ceux qu'il éprouve; et le voilà, le pauvre et triste André, l'amant, le mari de Julie, le voilà se livrant à l'espérance d'aimer une seconde fois. Étonné, presque humilié de l'émotion qu'il ressent, c'est à sa chère sœur Élise qu'il veut faire tout d'abord un aveu qui lui coûte. Élise, l'aimable fille dont nous gardons le souvenir, ne s'est pas consolée ; les regrets ont épuisé ses forces; elle se meurt de consomption; l'inconstance apparente d'André lui déchire le cœur ; mais sa vaillance la soutient ; sous des expressions tendrement résignées, elle cache sa bkssure et souhaitç du bonheur à celui qui le cherche.

André-Marie et Jean-Jacques Ampère, jy

D^Élise Carron à André-Marie Ampère.

Lyon, 1807.

« Non, mon frère, je ne serais ni révoltée ni surprise si tu voulais essayer d'être plus heureux ; non, mon eslime pour toi resterait toujours la même, je ne t'en ai* merais pas moins. Je sais que la douleur humaine n'est guère à l'épreuve du temps. Je sais qu'excepté un petit nombre tous les êtres se donnent la peine de chercher le bonheur; je fais pour le tien des vœux bien sincères, et pour celui de ton fils. Comment ne pas idolâtrer cet enfant? Oui, on le chérira, c'est là mon espoir, tout ce qui peut sourire à ma pensée.

« Adieu, sois persuadé encore une fois que je demeurerai, quoi qu'il arrive, toujours ta sœur.,

« Élise Carron. »

Il y a quelque temps, Ballanche écrivait à André : « On dirait parfois que vous cherchez à vous débarrasser de votre cœur, vous le jetez à qui se trouve là. » Élise a mieux deviné : son frère voudrait encore essayer d'être heureux. Ce qu'il cherche, il va l'avouer tout à l'heure, « c^est le bonheur de ces tendres liens dont une douce expérience lui avait laissé un souvenir délicieux. »

38 André-Marie et Jeûn-Jacqaes Ampère;

D' André-Marie Ampère à J. Bredin,

<« Cher Bredin, je réponds bien tard à celte lettre pleine d'une si profonde amitié. Mon- sort est fixé, il m'attache à Paris, c'est-à-dire loin de vous. Cette idée trouble mon bonheur, mais aucune "affection ne pourra diminuer ceHe que vous m'inspirez. Plus le cœiir s'ouvre à des sentiments tendres, plus ceux qui le possédaient déjà lui deviennent chers, ,

« Vous vous emportez, je crois, bien mal à propos contre cette pauvre métaphysique ; elle m'a rendu queiquefois la paix et le repos de l'âme, et me paraîtra toujours un sujet trop digne d'étude pour l'abandonner. Au reste, soyez content, je ne puis m'en occuper maintenant : mes journées se passent sur d'arides calculs qui desséchent l'esprit. Comment le sentiment religieux, qui a été assez exalté en moi, s'est-il presque éteint? Pourquoi l'incertitude l'a-t-elle remplacé? Je n'en sais rien. J'en souffre, mais c'est un mystère que toute" la métaphysique

du monde ne peut . expliquer. Parfois je sens renaître mes anciennes idées, les doutes disparaissent ; c'est alors qa'il me faudrait de longues conversations avec vous. Il y a quelques jours, l'admirable chapitre xxxvii du troisième livre de Vîmiiation m'avait fait grand bien;

André-Marie et Jean-Jacques Ampère, 39

lisez-le, je vous en conjure. Après cette lecture, je vous ai écrit une lettre que je me repens d'avoir détruite. Quelle malheureuse faculté que l'imagination ! Comme elle agite et tourmente la vie ! Flotter entre les pensées les plus contraires, et d'un jour à l'autre juger évident ce qu'on était si loin de croire la veille, voilà la situation d'esprit que m'a faite l'absence de ma mère, de. mon fils, celle de mes amis, et tous mes souvenirs chers et affreux.

« Enfin, mon mariage est arrêté; les paroles sont données. Je vois tous les soirs M"' P***. Dans nos entretiens, son cœur semble avoir deviné le mien ; elle me préfère, dit-elle, à ce que le monde appelle un brillant parti. C'est M. de Gérando qui a tout fait. Que j'aurais voulu vous avoir près de moi et vous confier mes anxiétés! Mais plus de craintes aujourd'hui, je veux croire à une félicité certaine. Adieu, nous nous aimerons malgré la distance et le temps. Peut-être un jour serons-nous réunis, et la fin de nos existences pourra se confondre. Adieu.

« A. Ampère. »

40 André-Marie e\ Jean- Jacques Ampère,

D'André-Marie Ampère à M, Maine de Biran, sons-préfet de l^ arrondissement de Bergerac,

Paris.

« Cher ami, excusez mon silence en songeant aux préoccupations qui m'absorbent en cet instant; l'amitié que vous m'inspirez n'en est pas moins vive. En pareille circonstance, je serais un homme heureux si vous étiez à Paris et que je pusse chasser entièrement quelques souvenirs douloureux qui reviennent m'agiter, et que de doux projets, l'espérance d'une nouvelle vie, ne peuvent éloigner tout à fait (Manent alta mente reposta),

a Le cœur et l'esprit de l'homme sont une étrange énigme, et l'on fait une bonne métaphysique en s'observant impartialement comme on observerait un autre, sans s'imposer aucun effort sur soi-même et en laissant déterminer toutes ses pensées, toutes ses actions par ses seuls sentiments, en sorte que le moi soit presque réduit à la fonction de spectateur ; ce n'est qu'ainsi qu'on saurait bien connaître l'âme humaine. Comme dans le cas contraire, où la raison désapprouve nos penchants et lutte, on pourrait observer un ordre de facultés tout opposé, celui de la volonté libre et puissante.

« Avez-vous pu reprendre vos méditations métaphysiques? Votre santé s'est elle complètement rétablie, et

André-Marie et Jean-Jacques Ampère. 41

la douleur dont vous avez été accablé ne s'est-elle pas un peu adoucie par les consolations de la science et les distractions de votre emploi?

a II y a environ un mois je suis allé à Auteuil; vous y êtes bien aimé. Pensez à moi, lors même qu'il me devient impossible de vous écrire } une lettre de vous me ferait tant de plaisir, un peu même de métaphysique. Je la néglige beaucoup, il est vrai; cependant mon esprit travaillerait sur le texte que vous m'auriez fourni, en allant à l'École polytechnique et au bureau consultatif. Ces rêveries pourraient être moins aimables, mais plus utiles que celles qui me dominent ordinairement.

« Je vous embrasse tendrement.

« Ampère. »

M"* P'** est ambitieuse et compte sur la fortune et les honneurs scientifiques. Incapable de comprendre la supériorité, encore moins le génie du mari qu'elle a choisi par vanité, elle s'étonne, s'effarouche et s'indigne de tout, prend la distraction et l'inexactitude pour de l'impertinence, le désintéressement pour du désordre, l'ardeur et la chaleur de cœur pour les exigences d'un mauvais caractère. Comment apprécierait-elle la bonté, la bienfaisance et la simplicité, celle qui remplace le devoir et la générosité par de grandes phrases et des semblants de sensibilité, l'oubli de soi par Tégoïsme, et croit

42 André-Marie et Jean- Jacques Ampère.

de bonne foi recevoir toutes les blessures qu'elle inflige... Pauvre nature, qui ne saura pas même chérir son enfant ! Elle est de plus sous Tinfluence d'une mère acariâtre, jalouse d'un gendre qu'il lui plaît de tourmenter; aussi rendra-t elle son intérieur insupportable à celui qui, pour être heureux et reconnaissant, ne demanderait qu'un peu d'affection, d'indulgence et de repos.

Quelques mois se sont à peine écoulés que le malheur d'André est certain; ses amis ne peuvent s'en consoler. M. de Gérando surtout s'accuse de l'initiative qu'il a prise en cette circonstance , et , pour arracher Ampère aux mille petites persécutions de deux femmes, voudrait lui offrir l'hospitalité, en attendant que les tristes formalités d'une séparation soient accomplies. Mais le mari tourmenté ne consent point à quitter le domicile conjugal : réfugié dans son cabinet de travail, seul , comme un exilé ^ dit-il, le courage et la patience ne lui manqueront pas jusqu'à la naissance de son enfant. Cet enfant, il ne veut à aucun prix l'abandonner.

D^ André' Marie Ampère à J, Bredin,

Mai 1808.

« Bredin , vous pense^sans doute dans ce moment à l'infortuné qui vous est cher; tout est fini pour lui, il

André-Marie et Jùxn-Jac^iuès Ampère. 43

faut vous le dire , mais comment vous le faire comprendre, je ne le comprends pas moi-même; oui, mon ami, je m'attends à être mis hors de ma maison un de ces jours. Il y a longtemps que M™« Ampère ne me parle plus, ne me répond plus, au seul moment de la journée où je me trouve avec elle.

« M. P*** a osé me répéter deux fois que si je voulais éviter une séparation il fallait faire le sacrifice de toutes mes opinions à celles de ma femme, et des choses plus incroyables encore : j'ai tout supporté. L'espoir de revoir l'enfant de l'angélique et malheureuse Julie, d'embrasser ma pauvre mère et vous, mon ami, voilà ce qui me soutient ; puis la même voix crie toujours au fond de mon cœur que si Dieu m'a abandonné, je l'ai mérité en l'abandonnant le premier; me rendra-t-il cette grâce de la foi? J'ai prié avec ardeur ce matin , je croyais vivement alors, mon âme s'élevait doucement vers le ciel ; mais ce que je sentais il y a quelques heures me semble un songe à présent.

« Je me rappelle ce jour où je reçu§ la confirmation à Saint-Jean ; de quels sentiments d'amour divin n'étaisje pas pénétré! Six mois après j'ai pu douter; dans certains moments je me trouve absurde de méconnaître la main qui voudrait me soutenir; dans d'autres, je me rappelle toutes les contradictions, les impossibilités que j'ai cru voir dans le christianisme, mais quand j'ai cru les voir, mon cœur était déjà corrompu. Je prie et je

44 André-Marie et Jean-Jacques Ampère.

doute. Bredin , c'est bien ardemment que je vous dis d'obtenir de Dieu qu'il m'éclaire, qu'il me console, car je sens au dedans de moi des mouvements détestables. Mon ami , je vous presse contre ma poitrine.

0 André-Marie Ampère. »

D* André 'Marie Ampère à J. Bredin^

3 juin i8o8.

« Cher Bredin , vous l'avez reçue cette lettre, peutêtre le même jour où je pleurais en lisant la vôtre, si touchante. Voilà les amis que j'avais à Lyon et j'ai pu les quitter ! Remords déchirants ! le plus affreux des supplices ! Et ma mère ! et ma sœur! vous ne savez pas les preuves de dévouement qu'elles m'ont données ; toutes deux ont exigé que j'eusse la moitié de ce qu'elles possédaient , quand elles avaient à peine le nécessaire, et je les ai abandonnées, dans un accès de délire, sacrifiant tout à une femme dont j'ai cru follement être le préféré. Un aveu plus triste encore à répéter, c'est que chaque jour celte femme me donne des preuves nouvelles de sa sécheresse de cœur, de son aversion pour moi, et c'est

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à peine si je puis l'accuser du mal qu''elle me cause, car selon sa manière de sentir et de juger je suis un fou, un insensé, entiché de principes ridicules, parce que j'ai dans la tète et dans Tâme des idées et des sentiments qui me semblent le beau moral et la vertu. Elle est à plaindre aussi; elle pleure sans cesse, dit-on, me reproche son malheur et ne se pardonne pas de * m'avoir choisi parmi tant d'autres. Quelque temps avant ce funeste mariage, je la vis pleurer : je fus perdu, croyant que c'était des larmes d'amour! Écrivez-moi, j'ai besoin de votre amitié; j'étouffe, je ne sais comment achever cette lettre ; je voudrais pourtant me contenir devant vous ; mais cette solitude supportée depuis quatre mois dans ma propre maison m'a tué; rester jour et nuit dans ce cabinet de travail, où je suis comme un exilé, n'ayant le courage de voir personne, n'entendant autre chose que des récriminations incompréhensibles, et ne pouvant me dissimuler que c'est moi qui ai voulu tout cela. Je ne traverse pas la Seine sans désirer vivement m'y précipiter, et j'ose dire encore que j'aime ce Dieu qui, peutêtre, m'avait destiné à quelques vertus.

« Vous me parlez de spectacles, de plaisirs : ce n'est pas là ce que je regrette, c'est le bonheur de ces tendres liens, dont une douce expérience m'avait laissé un souvenir délicieux; oui., c'est à cette espérance que j'ai tout sacrifié. Une lettre de vous mettra un peu de calme dans mon imagination ; die m'aidera à supporter cette hor-

46 André-Marie et Jean-Jacques Ampère.

rible existence quelques jours de plus. Que deviendraije? Je n'en sais rien.

i( Ampère. »

D'André Marie Ampère à J. Bredin,

Juin 1808.

« Ma situation ne peut changer. A ces vapeurs chagrines que vous vouliez exph'quer par un état de santé a succédé un dédain froid, raisonné, tranquille, une sorte de haine; qu'ai-je fait pour la mériter? Oh! mon ami, vous souffrez aussi; mais je bénirais mon- sort à votre place. Cependant je vous plains profondément, car les peines les plus cruelles dépendent bien moins des causes qui les produisent que de l'extrême sensibilité de celi^i qui les éprouve. La tendresse de Mêla doit vous consoler de tout. Être aimé me paraît un enchantement, moi qui ne peux plus l'espérer. Ma vie est odieuse, je ne sors de mon cabinet que pour aller à mes occupations accoutumées. Il me faut endurer mille sortes de persé-. cutions dont on fait complices les domestiques. Ils ont ordre de ne pas recevoir les amis qui viennent me demander. Le travail m'est- absolument impossible malgré îous mes efforts, je n'ai pas la faculté de lier deux idées.

André-Marie et Jean-Jacques Ampère, 47

Quant à M"® Ampère, elle est tranquille loin de moi, nfie fait appeler aux heures des repas ; je la trouve seule avec M"^® P***, détournant la tête pour éviter mes regards. Dès que j'ai mangé, je me retire. Je ne sais pourquoi aujourd'hui je me sens plus calme ; ce calme est celui de la mort. J'ai perdu jusqu'à la force de souffrir davantage.. J'attends la naissance de mon enfant avant quinze jours, mais elle ne changera rien à mon sx)rt; je vous l'ai dit, ce ne sont point des vapeurs de grossesse, c'est un parti pris, après une longue délibération, après cinq mois de réflexion. C'est de sang-froid qu'elle m'a dit que si je ne me trouvais pas heureux nous n'avions qu'à nous séparer ; depuis ce moment elle semble se mieux porter et s'applaudit d'avoir rompu avec moi. On a fait choix d'une nourrice à Montmartre, dans le voisinage de la maison. J'irai voir souvent mon enfant, bien sûr de ne rencontrer jamais sa mère. Elle n'a pas voulu depuis six mois que je sortisse avec elle , préférant constamment la compagnie de M""® P***; pourtant il n'y avait point eu encore à celte époque de manifestation contre moi.

«Vous avez lu à présent une lettre que je vous écrivis il y a quelques jours, dans un paroxysme de désespoir. Je vous l'ai dit, je regrette le temps où je croyais fermemenî^ peut-être reviendrait-il si je pouvais revoir les lieux où j'ai laissé tant de souvenirs, les églises de Lyon, les montagnes de Polémieux, l'Argentière même. J'ai

48 ' André-Marie et Jear-Jacqiies Ampère,

un dessin de ce monastère, que de fois sa vue m'a arraché des larmes I C'est là que j'avais eu le projet de cacher ma vie pour la consacrer tout entière à Dieu et au bien de mes semblables. J'ai cherché le bonheur ailleurs et n'ai trouvé que des infortunes. M. de Gérando, dont vous me parlez, est bien éloigné de ce que vous appelez les opinions des savants de Paris. Il est peut-être plus chrétien que je ne le suis dans mes moments de doute, mais il est plutôt protestant que catholique. Hélas ! il ne sent pas que dès qu'on ne reconnaît point une autorité inspirée de Dieu, on ne sait plus sur quoi fixer sa croyance.

« Adieu , mon ami , mes paupières se ferment, il y a bien longtemps que le sommeil me fuit ; je dormirai peut-être cette nuit, mais, hélas! il faudra se réveiller. Je vous reverrai, je reverrai mon enfant. Avec quelle tendresse et quel serrement de cœur je vous embrasse.

^ « André-Marie Ampère. >>

D'André-Marie Ampère à J. Bredin,

Mardi, 7 juillet 1808.

« Mon ami, après les moments que je viens de passer je peux désormais tout souffrir. Comment ne suis-je

André^Marie et Jean-Jacques Ampère, 49

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