I. La Fayette
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s'étaient mérité une affection toute particulière de^ M. Royer-Collard,
« Quant aux présentations qui se font par les Facultés de province, tu comprends assez Tinfluence que peut ^voir dans cette circonstance une liaison intime avec M. le recteur ou MM. les professeurs. C'est mon ami, mon cousin, mon compère.
« Tout le monde ici se porte à merveille. La maison avance. Il parait décidé que nous nous y installerons de mercredi en huit.
« Adieu , mon bien-aimé fils, je t'embrasse de toute mon âme.
« A. Ampère, »
D^ André-Marie Ampère à J. Bredin,
Paris, mardi 17 août 1818.
« Cher ami , •
a Si tu savais ce qu'est ma vie depuis que je suis de retour à Paris ! Examen à l'École polytechnique, distribution de prix à l'Université; demain, récapitulation de tout mon cours à l'École polytechnique , et ma maison
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encore pleine d'ouvriers, qui ne font que des bêtises dès que je passe un jour sans les surveiller.
i( Je ne trouve le temps ni de penser, ni de revoir les feuilles du mémoire de mathématiques qu'on imprime dans le Journal de l'École. Cette préoccupation de vingt • choses à la fois m'a amené au sentiment pénible d'une tristesse sèche qui me fait souffrir extrêmement. M. Huzard te racontera les admirables découvertes de Thénard en chimie ; c'est une nouvelle carrière ouverte dans cette science. La psychologie vient pour moi de temps en temps suspendre cet ennui de tout.
« Ce chagrin du fond de l'âme tient à ce que je me suis trop éloigné des pensées qui seules valaient la peine d'absorber une intelligence dont ce monde n'est pas le but.
(( Mon mal de gorge est à peu près guéri ; ma sœur et mes enfants se portent bien.
<( Donne-moi des nouvelles de ta famille.
et A. Ampère. »
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De Jules Bastide à J,-J, Ampère,
Octobre iSi8.
« Je reviens à Tinstant de Melqn, où j'avais été avec mon père pour les élections ; tu sais sans doute quel en est le résultat et que l'autorité est parvenue à nous faire représenter par ses créatures. Mon ami , le petit nombre de ceux pour qui la morale est quelque chose , et qui n'ont pas banni de leur cœur toute notion d'honneur et d'équité, ont dû être consternés envoyant cette assemblée qui devrait être celle d'un peuple libre exerçant le plus beau de ses droits, ressembler si peu à ces modèles sublimes. Qu'il y a loin du fait à l'idéal ! Partout l'intérêt, l'égoïsme et la cupidité. J'ai vu un préfet se vanter devant mon père de connaître les votes secrets. Je l'ai vu encore menacer les fonctionnaires publics de leur ôter leur salaire et leur pain s'ils ne bannissaient pas Tamide Washington, les plaçant ainsi entre le déshonneur et la ruine. Dans ce siècle on craint donc l'ombre d'un homme libre , et l'arbitraire nous envahit de toutes parts. J'ai vu des hommes assez vils pour aller marchander des voix; des Français se mettre à prix, mentir pour du vin et de l'argent. Il y a trois mille ans que Platon l'a dit : les affaires des humains sont désespérées. Mon ami , restons les uns auprès des au-
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très , c'est là seulement que nous pourrons trouver le désintéressement, l'amour de la patrie, le dévouement que nous n'avons encore vu que dans nos livres de classe. La politique, c'est-à-dire l'application de la philosophie aux peuples, est impossible ; appliquons-la aux individus, et surtout bravons le ridicule, arme de la société: c'est un ennemi qu'il suffit de mépriser.
De J,'J, Ampère à Adrien de Jussieu.
Novembre 1818.
« De la paix de Vanteuil j'ai passé un peu brusquement aux agitations politiques de Paris. A peine étais- je arrivé que j'ai entendu bourdonner autour de ,moi les mots d'élection , dç ministère, d'intrigue, etc. Tout le monde veut la paix , mais, malgré cette bénigne intention, chacun est sur un pied hostile. Enfin, on les a faites, ces élections. Je me suis flatté quelques jours que B. Constant serait nommé;' mais non. Le ministère a envoyé chercher en masse les électeurs champêtres de Clamârt, de Vincennes, de Meudon. Ces braves gens qui ont vu venir les gendarmes chez eux pour les engager, au nom de M. le maire, à librement voter pour M. Ternaux, ont librement voté ainsi qu'on le voulait, r. 9*
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et M.Temaux a. été nommé librement député de la libre France. N'importe, M. Ternaux est un constitutionnel prononcé; c'eût été, beaucoup de l'avoir l'année passée; ce n'est pas assez cette année-ci : les choses marchent ^ il faut marcher avec elles. Il faut ou avancer ou reculer, céder ou vaincre, être eîivahi ou conquérir. Les frontières du pouvoir seront éternellement incertaines, il faut toujours les repousser plus près du trône. Voilà, selon moi, la pdlitique qui convient à un peuple sensé. Je suis le peuple , tu es le roi ; je veux être libre, et toi aussi; nous nous poussons jusqu'à ce que tu tombes sur le derrière : cela est juste, cela est légitime. Je définis la balance politique une brimade , tant pis pour qui attrape les coups de poing. Pour moi, je me bats avec le temps. Je voudrais que ce coquin me donnât plus qu'il ne possède; on dit qu'il est toujours solvable à qui sait le prendre. Je fais maintenant dix-sept choses, je ne désespère pas d'en faire bientôt cinquante.
« Adieu. Il y a cinq espèces de racines : les fibreuses, les tubercules, les bulbifères, les pivotantes, les progressives. Tous les angles droits sont égaux. Les marsupiaux se divisent en six genres : a -{- a nz 2 a. Romulus fut le fondateur de Rome; Clovis se fit chrétien à la bataille de Tolbiac. Les sensations ne sont pas des idées. Le syllogisme est un raisonnement composé de deux prémisses et d'une conclusion ; rappelle-toi que la matière n'est paS; Verum enim veroy patres conscripti; et
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le jeune Zoroez et la lyre de Pindare. Tu sauras que Paris est la capitale de la France.
« AddiOy my friend^ 8x««pe *• Mes hommages à ta famille.
« J.-J. Ampère. »
D^ André-Marie Ampère à M. Roux, de Genève.
Paris, 18 mai 18 19.
« Mon cher ami, c'est un vrai désespoir que de manquer de temps. J'ai vingt fois inutilement préparé dans ma tête de longues réponses à toutes vos hérésies politiques, économiques, psychologiques, etc., etc., car je ne sais par quel mauvais sort mes idées sur ce sujet sont absolument contraires aux vôtres. Mais le temps, le temps... Où peut en trouver un pauvre homme absorbé par mille occupations dont son existence et celle des autres dépendent, et qui, pour l'achever, a eu la sottise de devenir propriétaire à Paris d^une maison et d'unjardin qu'il faut remplir d'ouvriers? Ils ont bientôt fmi^ grâce à Dieu ; mais le résultat de mes combinaisons c'est que le Journal de VÊcole polytechnique ^ où j'imprime un grand mémoire de mathématiques, reste