‹ Correspondance et uvresChapitre 15 sur 58 · INTRODUCTION XXXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXXV

Malheureusement, nous ne possédons sur cette période, de 1832 à 1841, aucune lettre de Coraly de Gaïx; peut-être avait-elle exigé des destinataires qu'elles fussent brûlées, car c'étaient celles de la crise de sa vie, les lettres décisives qui contiennent le secret d'une âme. Celle-ci, par bonheur, n'était guère difficile à deviner. En fille courageuse et simple, elle avait dû préférer à l'asile du couvent le devoir impérieux qui lui incombait, à elle, l'aînée, de remplacer la mère absente. Ce devoir, elle l'accomplit bravement, jusqu'au bout. Une à une, elle vit ses -sœurs, au soleil des noces, quitter le foyer, s'en aller l'une en Bretagne, l'autre en Roussillon, l'autre à Narbonne ; et, en 1845, nous la retrouvons seule dans le grand château de Gaïx, avec son père malade et son oncle, le vieux chevalier, auquel elle tient compagnie toute la journée, lui lisant des contes et lui faisant des patiences. Les amies se sont envolées, elles aussi ; elles se sont mariées et Léontine de Villeneuve, et Justine de Bonne, et Elise de Raynaud. On a eu beau se promettre que le mariage ne changerait rien aux anciennes tendresses, la pauvre Coraly a dû bientôt s'a percevoir qu'elle seule avait le temps et le goût de continuer la longue correspondance d'autrefois. 11 y a beaucoup de mélancolie dans ce crépuscule de vie, dans cette existence qui avait besoin d'affection, de tendresse, de lumière, de chaleur, et qui va bientôt s'éteindre.

Une seule chose lui reste : ce qui ne meurt pas,

XXXVI CORALY DE GAIX

la consolation chrétienne. Elle va la chercher dans la prière, dans les sacrements, dans les sévérités de ses confesseurs, qui arrachent patiemment en elle les derniers brins d'ivraie. Pour peu qu'on sache lire entre les lignes, on découvre facilement ce grand progrès moral qui s'accomplit en elle. Elle encourage ses sœurs, elle prêche gentiment à ses amies ; elle s'est attelée à une tapisserie, véritable ouvrage de Pénélope, afin de ne pas trop rêver... car, en somme, très courageusement, elle veut penser le moins possible à l'amertume de sa vie.

Dès lors, les notations religieuses qu'elle nous livre à ce moment-là sont bien plus intéressantes , bien plus sincères que celles du début, où il entrait trop de littérature à la Chateaubriand. Lorsqu'elle accompagnait le saint Viatique chez un malade, vers 1824, on ne voyait que prairies, fleurs, chemins coupés par des torrents, humble cabane, souvenirs de la Galilée, etc. Maintenant, son ton est bien plus simple et plus prenant :

Le petit clerc courut après moi : « Mademoiselle ! Mademoiselle ! M. le Curé a dit que vous deviez rester pour accompagner le Saint-Sacrement qu'il va porter à un malade de Valdurenque. » Je ris du sans-façon du pauvre curé, et je revins sur mes pas. C'était à Michel, de l'Oustalou, à ce pauvre jeune homme qui, me prenant sans doute pour Esculape, voulut à toute force me montrer l'autre jour cette horrible plaie qu'il a par là-bas, au fond des côtes ; c'était à lui qu'on portait le bon Dieu.

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