LA JEUNE FILLE AVEUGLE
Déjà les vents du Nord, au sourd mugissement, Arrachaient au vieux chêne un reste de verdure <v)ue nos bois dépouillés lui cédaient tristement ; La lune n'éclairait qu'à demi la nature ; Les oiseaux de la nuit, par l'horreur inspirés, Faisaient vibrer les airs de leurs cris prolongés ;
(1) Par Lconline de Villeneuve.
Et du haut d'un castel l'airain annonçait l'heure.
De l'infortune, hélas ! c'est la triste demeure.
Seule, désespérée, délaissée sans retour,
Malvina du bonheur n'attendait plus le jour !
Aveugle, sans parents, à ce monde étrangère,
Depuis cpie sa compagne avait quitté la terre,
Ne pouvant plus aimer, elle voulait mourir !
Grâce, beauté, fraîcheur, en elle tout s'ellace.
Du sombre désespoir ses traits gardent la trace ;
A la seule douleur son âme peut s'ouvrir !...
« Où sont tous mes amis ? où sont-ils ? disait-elle :
La seule Evelina m'était restée fidèle,
Klle essuyait mes pleurs, écartait les revers,
Guidait mes pas tremblants, embellissait ma vie,
Veillait auprès de moi, me nommait son amie ;
Et par ses yeux, enfin, je voyais l'univers !
Mais, pourquoi, de ce temps, me retracer les charmes ?
Pourquoi nie rappeler ces jours chers à mon cœur ?
Il ne me reste plus que le deuil, que les larmes ;
Mon ange a pris sans moi le chemin du bonheur.
Vous, qui voyez encore la lumière des cieux,
Conduisez Malvina vers cette roche antique,
Où, d'une vieille croix plantée par ses aïeux,
Sont les restes couverts d'un lierre symbolique.
La demeure des morts ne saurait m'effrayer ;
(-'est dans ces tristes lieux que je veux habiter.
Au séjour di^s vivants je n'ai plus d'espérance ; Des hommes désormais mon cœur n'attend plus rien. Mais je sens que ma morl va linir ma souffrance. De mon éternité le jour heureux commence ;
La nuit (pu m'environne aura fini demain. »
CORALY DE GAIX