‹ Correspondance et uvresChapitre 47 sur 58 · V. — Un compagnon édifiant · texte numérisé non relu

V. — Un compagnon édifiant

Il y avait pourtant là un homme avec lequel il faut absolument que tu lasses connaissance, et que tu aimeras, j'ensuis sûre; c'est ce veuf dont je t'ai déjà parle, il mérite bien un chapitre à lui tout seul. Chaque matin, je le trouvais à la chapelle où sa présence me valait une méditation. Souvenl aussi, dans la semaine, je le voyais à la Sainte' Table avec la ferveur d'un chérubin ; et certes, alors, je ne l'apercevais plus qu'à travers des larmes.

tant il me pénétrait, me touchait et me confondait.

Il venait habituellement au salon lire les journaux.

el causait volontiers avec ces dames. Sa conversation

m'intéressail singulièrement ; on reconnaissait en lui

L'homme du monde, mitigé par L'Evangile. 11 aimait l.i

controverse; alors, sou regard brillait, sa parole était

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éloquente et l'on voyait qu'il avait de la peine à soutenir sa thèse sans emportement. Rien n'était amusant comme de le voir s'arrêter à moitié chemin de la plus légère médisance. Il s'exprimait avec grâce, ses manières étaient distinguées, sa figure noble, ses yeux vifs et perçants, son caractère plein d'énergie ; mais il y avait un pli sur son front qui décelait toute son existence : c'était la ride du désenchantement. De combien de déceptions et de mécomptes n'était-elle pas formée ? Dieu seul pourrait nous le dire. On devinait facilement à son regard mal éteint que son cœur avait été longtemps la région des ■ tempêtes.

Il me faisait l'eifet de ce vieux chêne de la pelouse, frappé par la foudre, que j'aime tant à contempler. Ses branches orgueilleuses, qui autrefois narguaient le ciel, aujourd'hui brisées, abattues, ne servent plus que de retraite aux petits oiseaux et d'ombrage à ceux qui passent. Peu à peu, nous nous apprivoisâmes et nous fûmes bientôt avec lui comme les petits oiseaux avec mon vieux chêne ; il était notre chevalier dans les excursions lointaines, notre secours dans nos embarras. Pauvre M. C... ! ;Que de fois, pour grimper la montagnej ne me suis-je pas accrochée à son bras ! je gage que ce malheureux .bras s'en ressent encore.

Mes amies en étaient d'autant plus enchantées quelles retrouvaient dans ses gestes, dans ses manières, dans son ensemble, des souvenirs de cœur qui, parfois, les faisaient fondre en larmes. « Oh ! me disaient-elles souvent, comme il ressemble à notre père ! » Il avait avec nous un charmant abandon, nous racontant avec naïveté ..les luttes de son âme pour revenir au bien ; il avait d'au-

UHE SAISON A USSAT

tant plus de mérite à persévérer, qu'après avoir abandonné pour le ciel ses chimères enchantées, Dieu se plaisait à le laisser au désert sans manne et sans eau. Il nous disait sa détresse avec la simplicité d'un enfant.

Mais Dieu, qui a toujours des desseins de miséricorde. 1 avait aussi conduit à Ussat pour le faire boire comme nous, à longs traits, dans la source délicieuse qu'il allait nous ouvrir.

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